‹ Magasin théâtralChapitre 91 sur 1377 · VOIX NOMBREUSES · texte numérisé non relu

VOIX NOMBREUSES

0 crime !

don pèdre, reculant.

Juste ciel !

MARIA

Tu ne m'attendais pas aux marches de l'autel, Don Pèdre? M'y voici! recule donc, et tremble! Pour la seconde fois Dieu nous y voit ensemble.

DON PÈDRE

Maria! Maria !...

maria, d'tine voix tonnante.

Silence! homme sans foi!

Toi, qui ne sus pas être amant, époux, ni roi !

DON PÈDRE

Ah! c'en est trop !

ALBUQUERQUE

Soldats, qu'on chasse cette fille!

Les hallebardiers font un mouvement. Don José les contient ; Maria pose la couronne sur sa tête.

MARIA

Qui de vous chassera la reine de Castille?

La reine Blanche est tomhe'e sur un fauteuil, des f«mme3 l'entourent.

don ruy, qui a semblé se réveiller aux cris de sa fille et qui regarde d'un air incertain et étonné. Où suis-je?

Surprise mêle'e d'exclamations du peuple. MARIA.

Écoutez tous ! Dans cet auguste lieu, En présence d'un peuple, en présence de Dieu, Maria Padilla vient empêcher un crime ! Elle est de votre roi la femme légitime

•Exclamations parmi la foule.

Il voulut m'arracher au foyer paternel ; Moi, je lui répondis en lui montrant l'autel; Il y monta! l'Eglise a consacré la chaîne Que ne saurait briser nulle puissance humaine ! Sous le titre odieux qu'il m'avait réservé Si j'inclinai mon front, mon front s'est relevé; Secouant les mépris et repoussant la honte, De deux ans de douleurs je viens demander compte! Le sang des Padilla vaut bien le sang d'un roi ; Arrière, arrière donc ! cette place est à moi ! don ruy de padilla, regardant et écoutant avidement.

Quel bruit ! ah ! le ciel s'ouvre, il me semble 1... Esldon pèdre. [ce un songe?

Que faire ?

ALBUQUERQUE

Oses -tu bien, par ce hideux mensonge, Femme, du Tout-Puissant et de la royauté Outrager à la fois la double majesté?

Quelle voix à ta voix joindra son témoignage? Qui d'un pareil hymen peut nous montrer un gage?

MARIA

Un gage? Ah ! le sais-tu, qu'il est anéanti? Viens donc, viens devant Dieu dire que j'ai menti, Don Pèdre! tu le peux! et c'est toi que j'appelle!

Non, non! c'est trop souffrir et trembler devant Tu dis vrai, Maria! je t'ai donné ma foi! [elle! Mais, coupable envers Dieu, coupable envers ton

[Toi,

Tu trahis le serment quet u dictas toi-même! Tu l'as voulu porter ce fatal diadème?

Il brûlera ton front !

MARIA

Vous l'avez entendu?

Don Pèdre est mon époux, et l'honneur m'est rendu; Maintenant il m'accuse, et sa fureur menace !

A Don PèJre.

Que me font tes fureurs? T'ai-jc demandé grâce? J'ai trahi mon serment, et je connais mon sort: A qui le fit rougir don Pèdre doit la mort ! Oui, je l'ai méritée! eh bienl je me la donne ! rlaiguez-moi, Castillans ! et que le ciel pardonne! Elle se frappe d'un poignard. On se presse autour d'elle;

on la place sur un des fauteuils qui étaient derrière

Don Pèdre et Blanche.

DON PÈDRE

Ahl du secours!

juana, donnant des secours à sa saur.

Ma sœur!

don ruy de padilla , regardant immobile et cherchant à rassembler ses idées.

Quels cris !

maria, sur un siège où on Va placée.

Il est trop tard!...

Regarde, et dans ma main reconnais ce poignard; Don Pèdre! à tes projets il m'a deux fois ravie !... Tu m'a s rendu l'honneur... que m'importe la vie? Retire-toi!... va-t'en!

don pèdre, agenouillé devant elle.

Tu vivras! tu vivras!

Rien ne -peut désormais t'arracher de mes bras ! Maria! mon bonheur !... c'est toi seule que j'aime! A toi mon cœur, ma vie, à toi mon diadème!

maria.

Tout est fini, don Pèdre !

A don Ruy de Padilla, qui s'est avancé vers elle, et qui la regarde d'un air incertain.

Et toi, mon père, et toi, Dont le morne regard tombe et pèse sur moi,

Avant d'aller répondre â ce Dieu qui m'appelle, Ne te verrai-jc pas me bénir?...

don ruy, la reconnaissant.

Ah!... c'est elle !..

C'est Maria!...

Il reul la prendre dans ses bra».

Du sang?... qui donc l'a répandu?

Ma fille !... Ils t'ont frappée!... ils n'ont pas entendu L'archange qui criait d'une voix solennelle : « Maria Padilla ne fut point criminelle! » Ses cris consolateurs remplissaient le saint lieu : L'archange m'a touché de ses ailes de feu : Clémence, disait-il! et, sous la voûte immense, Les échos bondissaient en répétant : Clémence ! Mes yeux se sont ouverts! mon cœur s'est ranimé! Alors j'ai reconnu mon enfant bien aimé! Le voilà!... c'est mon bien! l'orgueil de ma famille! Oh! ne m'enlevez pas les baisers de ma fille! J'ai si long-temps souffert!... j'ai pleuré si longmaria. [temps!...

Ah ! Dieu m'a regardée à mes derniers instans ! Son éternel courroux ne m'a point condamnée; Car mon père pardonne... et je meurs couronnée!

Elle expire.

don ruy, l'examinant d'un œil consterné. Morte !... morte!...

ALBUQUERO.UE.

Seigneur!...

DON PÈDRE

Que me demandez- vous?

Je vous hais, je vous chasse, et je vous maudis

[tousl...

Elle n'est plus!... c'était votre ange tutèlaire! Un seul de ses regards désarmait ma colère Messagère de paix, elle aurait fait bénir Un nom que flétrira peut-être l'avenir!... Tremblez tous maintenant!... quand Maria succombe, Don Pèdre le Cruel se dresse sur sa tombe.

FIN

l'.W.lh — IMPRIMERIE DE Ve DONDF.Y-DUPRE,

rue Saint-Louis, 46, au Marais,

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