‹ Magasin théâtralChapitre 936 sur 1377 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

ISMAEL

Je dis qu'une femme infidèle Corrompt, en l'accordant, tout ce qu'on obtient

[d'elle, Et que tu t'es {disse dans ma maison sans bruit, Pour surprendre une femme à l'heure de minuit; Et que l'époux absent vient frapper à la porte. Il faut que l'époux entre et que l'étranger sorte...

CHABLES

Ah! c'est un guet-apens.

ISMAEL

Tu pouvais demander La Judée, à présent vaincue , et la garder, Prendre Jérusalem comme une ville ingrate, Et la mener pleurer sur les bords de l'Euphrate; Mais après mon pays... ma femme... le vainqueur Introduit l'étranger jusqu'au fond de mon cœur! J'aime mieux ton épée... et tiens, tu peux reprendre...

(II lui jette le gant du second acte.)

CHARLES

Ah ! ce n'est pas ici qu'on devait me le rendre !

ISMAEL

Tu n'avais pas prévu le hasard à venir.

CHARLES

Et j'avais mieux vécu , je devais mieux mourir.

ISMAEL

Eh bien !

CHARLES, calme.

Je n'ai pas peur ; une mort inconnue Qu'on rencontre une nuit, au détour d'une rue , Un piège , un guet-apens, n'a rien de glorieux, Et je n'en voudrais pas sortir victorieux. Ecoute... à mort!

ISMAEL

A mort.

Sans merci !

ISMAEL

Pas de grâce.

Il faut qu'un de nous deux demeure sur la place.

CHARLES, attendri.

Ecoute... je suis seul... promets-moi que les tiens S'ils me retrouvent mort, me rendront aux chrétiens.

ISMAEL

Je promets.

CHARLES

J'ai ma mère... Ah! j'oubliais... en France Nous savons ce que c'est que ces amours d'enfance, Et je t'ai fait souffrir peut-être, jour par jour, Plus de douleur encor que tu n'avais d'amour... Eh bien ! pardonne-moi comme je te pardonne.

1 II lui tend la main. )

Et donne-moi ta main , veux-tu?

ISMAEL, lui donnant la main.

Je te la donne.

CHARLES

A l'heure de la mort je ne suis pas maudit... Et tu m'as pardonné...

ISMAEL

Comme je te l'ai dit.

Et moi, si j'ai mal fait , je dis que c'est ma faute... (Avec énergie. )

A présent, l'arme au poing, à présent tête haute , A présent coup pour coup; j'ai le glaive de feu Et je remets ma cause au jugement de Dieu.

( Le combat commence. Charles tombe sur un genou et se débat. Ismaël se retire et laisse tomber son damas. )

ISMAEL

Ah ! le combat n'est plus égal ta mort est sûre ; Ta force avec ton sang s'en va par ta blessure.

CHARLES

Ce n'est rien , que fais tu ?

ISMAEL

C'est un assassinat...

J'égalise entre nous les chances du combat.

( Il se perce le bras de lu pointe de son poignard et le noue avec sa ceinture. )

A présent, coup pour coup !

CHARLES

Encore un mot, prière Des mourants... et pour elle à notre heuredernière : Celui qui tuera l'autre, Ismaël... — ce combat Est jugé dans le ciel au moment qu'on se bat. — Celui qui tuera l'autre, après, qu'il se rappelle Qu'un jugement de Dieu l'aura choisi pour elle!

ISMAEL

Je jure , par Allah !

Jure aussi , le veux-tu ?

Qu'il fera de l'amour un culte à sa vertu.

ISMAEL

Je le jure, et toi, jure aussi que pas un autre Ne touchera son corps plus sacré que le nôtre, Et qu'au jour de sa mort, loin des regards humains, Tu l'enseveliras, seul, de tes propres mains.

CHARLES

Je le jure !

ISMAEL

A présent, Allah prenne mon ame !

CHARLES

Et Dieu me fasse grâce à cause d'une femme !

(Combat à outrance. Le rideau tombe sur le duel.)

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LE CAMP DES CROISÉS

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