‹ Magasin théâtralChapitre 956 sur 1377 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

TANIN IY, FABIUS.

FABIUS, n part, ]»(]s de la table.

Son mari, lui! Ah! mon Dieu!

Il va pour sortir; Fannj l'ai réfe.

FANNY, lui faisant signe de descendre.

Restez, j'ai à vous parler.

FABIUS

A moi ?

FANNY, allant regarder au fond, pour s'assurer qu'ils sont seuls.

Oui, à vous.

FABIUS, à part, la regardant pendant qu'elle est au fond.

C'est donc un secret ?

FANNT, revenant.

Vous venez d'entendre ce qu'a dit mon oncle?

Oui, il a dit que dans un mois M. Achille serait votre mari.

FANNT.

Vous le voyez, monsieur Fabius, il faut que d ici là j'aie pris un parti.

FABIUS

Mais vous ne pouvez en prendre de meilleur que d'épouser votre cousin, ce me semble. fanny, hésitant.

C'est selon. Ma détermination peut dépendre de ce que vous me direz.

FABIUS

Oh! là -dessus, mademoiselle, je n'ai pas de conseils à vous donner... ça vous regarde.

FANNY

Aussi, ce n'est pas un conseil que je vous demande... c'est... (Elle hésite.) Tenez, ce que je vais vous dire est bien extraordinaire; ce n'est pas ainsi que devrait agir une jeune tille... mais enfin, les circonstances m'y forcent.

FABIUS, avec force.

Est-ce que quelqu'un vous aurait fait de la peine? si je le savais...

FANNY

Eh bien t que feriez-vous ?

FABIUS, avec humilité.

Rien... rien... D'ailleurs personne ne peut y avoir pensé: vous êtes trop bonne pour ça.

FANNY

Écoutez-moi donc : vous savez que je suis orpheline, sans autre famille que mon oncle le comte de Matta, et son fils, mon cousin Achille.

FABIUS

Vous ne me l'avez jamais dit; mais je m'en suis douté ; quand on a une mère qui vous aime, on ne la quitte pas.

fanny, avec un soupir.

Oui, vous comprenez cela, vous.

l'A «Il s.

Oh! ce n'est p:is pour moi que je parle; ma srcur ne m'aime guère, et ma mère n'aime que ma sieur.

FANNY

C'est cependant vous qui les soutenez tOUtei deux du fruit de votre travail, et elles ne se montrent pas reconnaissantes?

FAIIII s.

Je ne leur en veux pas, je suis un homme, moi ; c'est mon devoir; je suis fait pour travailler. Files n'ont pas besoin de m'aimer pour si peu; au lieu que vous, si vous aviez votre mère, gj vous aviez une sœur, elles vous aimeraient, j'en suis sûr.

FANNT , tristement.

Qui sait?

FABIUS, avec force.

Oh ! je vous en réponds.

FANNY

Je veux le croire. Mais le ciel m'a refusé ce bonheur, et je me trouve seule, sans appui, sans conseil, au moment le plus décisif de ma vie. S IBIUS.

Mais qu'est-ce qui vous fait donc peur comme ça?...

FANNT.

N'avez-vous pas remarqué que depuis plus d'un mois mon cousin quitte tous les jours le château, et...

FABIUS, arec satisfaction.

Oui, oui ; je m'en suis aperçu, et je l'en ai souvent remercié à part moi.

FANNY, piquée.

Ah! vous l'avez remercié de ce qu'il m'abandonne, de ce qu'il me méprise? je vous en suis bien obligée, monsieur Fabius.

FABIUS, avec embarras.

Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, vous le savez bien. C'est que quand il vous laissait seule ici, alors, ne sachant que faire et comme j'étais là vous me parliez, vous m'écouliez, nous causions ensemble, et si M. Achille était resté tous les jours près de vous, je n'aurais pas eu ce bonheur-là.

FANNY, souriant.

Vous vous faites un bonheur de bien peu de chose, monsieur Fabius.

FABIUS

C'est vrai, mais quand on n'y est pas accoutumé, un rien suffit.

fanny, vivement.

Un rien ? je vous remercie du compliment : mon cousin Achille n'eût pas mieux dit.

FABIUS

Mon Dieu ! que je suis bêle et gauche !

Quelquefois.

FABIUS

Toujours. Mais que voulez-vous, vous me parlez de votre cousin, de votre mariage, vous avez l'air triste, malheureuse; je ne peux pas vous

LE FiLS DE LA FOLLE.

dire, mai.î ça me trouble, ça me fait perdre la tête, je n'y suis plus. Ayez pitié de moi, ditesmoi ce que vous me voulez, et parlez-moi tomme vous faisiez depuis quelque temps, avec bonté, sans vous moquer de moi.

FANNY

Est-ce que je me suis moquée de vous?

FABIUS , souriant.

Souvent.

fanny , affectueusement.

Autrefois. Mais maintenant, Fabius, je m'adresse à vous comme à un ami.

FABIUS

Moi? votre ami?

FANNY

Oui; et pour vous le prouver, je vous demande de me rendre un service.

FABIUS, avec éclat.

Un service à vous, moi ? vous voulez dire vingt, et j'y donnerais ma vie, mon sang.

Doucement, vous me faites peur. C'est que je vous connais, il faut prendre garde a ce qu'on vous demande; l'autre jour, pendant que nous nous promenions au haut de ce ravin si escarpé, parce que j'ai eu l'étourderie de trouver jolie une fleur que je voyais de l'autre côté, ne vous êtes-vous pas mis à descendre tout-à-coup dans le précipice, au risque de vous tuer vingt fois ; et cela malgré mes cris, et cela pour me rapporter une misérable fleur, qui ne valait certainement pas la peur que vous m'avez faite?

FABIUS

Je vous demande bien pardon, chacun fait ce qu'il peut, et puisque vous me demandez un service, je vous le rendrai, et j'y mettrai de la douceur, je vous le promets.

FANNY

C'est plus que de la douceur qu'il me faut, c'est surtout de la discrétion.

FABIUS

J'ai bien des secrets dans le cœur, et vous ne les savez pas ; ça doit vous prouver que je suis discret... De quoi s'agit-il?

FANNY

Il faut que vous vous informiez adroitement... fabius, écoulant avec une grande attention. Adroitement?

FANNV.

Oui, adroitement, de ce que devient mon cousin Achille, et où il va ainsi tous les jours. fabius, se reculant.

C'est de l'espionnage, ça... je ne peux pas.

FANNV.

Vous me refusez?... [Fabius fait signe que oui.) c'est bien...

F.lle va pour sortir.

fabius, la retenant.

Oh! non, non... je ne vous refuse pas; mais demandez-moi autre chose... tout ce qui \ous plaira.

FANNY

Tout, excepté ce qui peut me sauver, n'est-ce pas?

FABIUS

Vous sauver!... ( Silence.) C'est mal ; mais je le ferai... Je le ferai pour vous; je ne le ferais pas pour ma mère et ma sœur.

FANNY

Et c'est parce que vous ne le feriez pas pour elles, que j'espère que vous le ferez pour moi; car je ne veux pas que vous ayez un remords de voire bonne action... Écoutez! Si votre sœur, sur le point de se marier, avait le soupçon que son fiancé la trompe, qu'il en aime une autre... si sa conduite semblait vous le prouver, ne voudriezvous pas éclaircir ce soupçon avant de la laisser s'engager dans une union irrévocable?

FABIUS

Sans doute, sans doute : j'irais a cet homme, et je le forcerais bien a parler.

FANNV.

Oui, s'il s'agissait de votre sœur, vous auriez ce droit; mais pour moi, vous ne pouvez faire de même ; car on vous dirait que cela ne vous regarde pas.

FABIUS

Oh! si, ça me regarde que vous soyez heureuse!

FANNV.

Il faut donc y mettre de la prudence, de la discrétion.

FABIUS

C'est bon; dans une heure je saurai la vérité, je saurai si M. Achille vous trompe.

FANNV.

Et s'il en était ainsi... Fabius, que feriez-vous?

LE DOMESTIQUE, entrant par la (jauchc.

M. le comte et son fiîs attendent mademoiselle pour se mettre à table.

FANNY, le congédiant.

Bien!... [A Fabius.) A demain, et n'oubliez pas qu'il y va de mon bonheur.

FABIUS

A demain!... Ayez bonne espérance; est-ce qu'il est possible qu'on ne vous aime pas ?.

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