‹ Magasin théâtralChapitre 958 sur 1377 · FABIUS, GRAND-LOUIS · texte numérisé non relu

FABIUS, GRAND-LOUIS

FABIUS

Tiens, c'est vous, monsieur Grand-Louis?

GRAND-LOUIS, »6 flottant tu jambe.

Comme il n'y a que moi ici, ça serait difficile que ce fût un autre.

FABIUS

Pardon de ne vous avoir pas aperçu et de vous avoir heurté si l'oit.

GRAND-LOUIS

Pardon, dites-vous? ça ne vous coûtera pas cher, si je ne mets que ce cataplasme-la sur ma jambe.

FABIUS

Vous avez de l'humeur?

GRAND-LOUIS

Oui, j'en ai... Si ce n'est pas une infamie! ne vouloir prendre les petits écus que pour cinquante-cinq sous!

FABIUS

Qui ça?

GRAND-LOUIS

Eh! pardi! M. de Matta... Mais à quoi est-ce que ça nous a donc servi la chute de l'usurpateur et le retour des Bourbons, si c'est comme avant ? Cinquante-cinq sous, des écus de trois livres !... On voit bien que ce comte de Matta est un vieux jacobin!

FABILS.

M. le comte, un jacobin !

GRAND-LOUIS

Eh ! oui ; est-ce que vous croyez qu'on ne le connaît pas?..- J'étais à Lyon, quand il commandait a\ ee Fouché et Couthon; et il en a fait des horreurs, le \icux juif!... Dans ce temps-là, Bonaparte ne lui avait pas encore donné le sobriquet de comte de Matta, et il trouvait que les assignats valaient de l'or; et aujourd'hui, il prétend que les petits écus n'ont pas le poids... Buveur de sang!

FABIUS

Faites attention qu'on peut vous entendre.

GUAND-LOUIS.

Eh! je m'en soucie bien!... Et je le répéterai tant qu'il me plaira, devant lui, s'il le faut.

FABIUS

Mais pas devant moi.

GRAND-LOUIS

Bah !... Prenez garde d'écorcher les oreilles de monsieur!

FABIUS

Continuez donc à votre aise; car je n'ai pas ici le droit de vous imposer silence, et je ne veux pas être témoin des outrages que vous adressez à un homme que je dois considérer comme mon bienfaiteur.

Fabius va pour sortir.

GRAND-LOUIS, le suivant.

Votre bienfaiteur!... Mille excuses; je ne savais pas... Le père vous fait du bien, et le fils en \eut faire à votre sœur ; vous ferez une jolie for-

tune, monsieur Fabius, et je vous en fa il mon compliment.

FABIUS, s' arrêtant et à part.

Son Lilti veut du bien à ma logur!... (A Grand- Louis. Qu'e il ce que «pus avei dit là .'

GRAND-LOI is.

Ce que tout le monde dit, ce que vous venez de dire vous-même... D'abord, que .M. de .Mai i.ï est votre bienfaiteur.

Il ne s'agit pas de moi; vous avez parlé de ma sœur.

CUAHD-LOI IS.

Eh bien! est-ce qu'on ne peut plus parler de MUf Célestine Fabius ?

Fabius, doucement.

D'elle, comme de toute autre; mais vous avez dit...

GnAND-I.OlIS.

J'ai dit, et je dis encore, que c'est un beau brin de fille , mais qui se croit plus qu'elle n'est. Fabius , s' animant sourdement.

C'est possible; mais vous prétendez...

GRAND-LOUIS

Je prétends que pour une ouvrière qui a élé élevée au couvent par charité, elle ne devait pis tant faire la fière vis-à-vis d'un honnête homme qui lui offrait son bien en mariage.

FABIUS

Elle a eu tort de vous refuser; mais vous a\èz voulu me faire entendre...

GRAND-LOUIS

J'ai voulu vous faire entendre que lorsqu'on laisse prendre aux filles des ail s de

leur état, il arrive des malheurs ; et que, si, au lieu de vous laisser mener par elle comme un bambin, vous lui aviez fait de temps en temps de la bonne morale, elle ne serait pas où elle en est.

FABIUS

Mais où en est-elle, enfin?

GRAND-LOUIS

Ah! pour ça, M. Achille peut vous le dire mieux que moi.

Fabius , iHonnê.

M. Achille'... II connaît donc ma sœur?

GRAND-LOUIS

Eh! il n'y a pas besoin d'ouvrir !cs yem si

grands que ça pour le voir entrer tous les jours dans votre maison.

FABIUS

Tous les jours?

GRAND-LOUIS

Oui.

FABIUS

Mais à quelle heure ?

GRAND-LOUIS

Eh ! vous devez bien le savoir ; car, s'il y en a qui disent qu'il choisit pour aller chez vous l'heure où vous venez au château, il y en a aussi qui prétendent que vous prenez pour sortir l'heure où vous savez qu'il va arriver.

LE FILS DE LA FOLLE

FABIUS, avec une colère sourde.

Et qui est-ce qui dit ça, Grand-Louis?

GRAND-LOUIS

Ceux qui, en vous voyant si faraud, vous qui «l'étiez qu'un méchant maître d'école, il y a deux mois, pensent que le frère profite de l'inconduibc de la sœur.

FABIUS, s'approchant de Grand-Louis.

Et qui est-ce qui pense ça, Grand-Louis?

GRAND-LOUIS

Moi, et d'autres.

fabius, avec éclat, le prenant à la gorge. Eh bien ! toi d'abord ; nous verrons les autres iMisuite.

GRAND-LOUIS

Veux-tu bien ne pas me toucher?... Qu'est-ce que c'est?

FABIUS

Tu vas venir devant ma sœur répéter ce que tu as osé me dire ici... et malheur à toi, si tu l'as calomniée!

Il le laisse.

GRAND-LOUIS

Et qu'est-ce que tu me feras, monsieur Fabius?

FABIUS

Tu as été soldat?

GRAND-LOUIS

C'est-à-dire, j'ai été conscrit, et malgré moi.

FABIUS

Tu me rendras raison !

GRAND- LOUIS

Raison!... moi, à vous, à un méchant bâtard qui vient d'on ne sait où... le fils d'une vieille folle !

Tu insultes ma mère !

GRAND-LOUIS

Le frère d'une...

FABIUS, le prenant et le terrassant à sa gauche. Ah ! misérable ! tais-toi t

GRAND-LOUIS

Au secours! au secours !

FABIUS

Tais-toi!

GRAND-LOUIS

Au secours!... il m'étrangle, le gueux!... au secours !

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