ACHILLE , CÉLESTINE
ACHILLE, riant.
Elle est superbe, la mère Fabius.
CÉLESTINE
Il y a bien long-temps qu'elle n'avait été si agitée,- c'est au point qu'elle ne vous a pas reconnu. (Elle va regarder par la porte.) Ah! la voilà qui se promène dans le clos.
ACHILLE, à part, pendant que Célestine regarde.
Bien, les momens sont précieux; c'est à moi d'en profiter. Fabius est absent, du moins d'après ce que m'a dit Grand-Louis, que je viens de rencontrer. La folle est partie, nous sommes seuls... la nuit est sombre... on m'aime... Ah! pauvre Fanny, encore cette trahison!
célestine, d'un ton prude.
Maintenant, monsieur Achille, me direz-vous pourquoi vous êtes venu à une pareille heure... malgré nos conventions, lorsque mon frère peut rentrer d'un instant à l'autre?
ACHILLE
Ne craignez rien, il ne rentrera pas.
CÉLBSTINE.
Ah ! et d'où le savez-vous?
ACHILLE
J'en suis sûr.
CÉLESTINE, à part.
11 parait que M. Achille a pris ses précautions.
Achille, à part.
Elle m'a compris, et cherche vainement à se défendre.
CÉLESTINE, à pari.
Ah! s'il ne m'avait pas promis de m'épouser. .. (descendant la scène) je lui ferais payer cher son impertinence.
ACHILLE , la lorgnant.
Pauvre petite, elle est toute tremblante.
CÉLESTINE, à part, le regardant de mime. A-t-il l'air sûr de lui!
ACHILLE, à part.
Quelle charmante maîtresse j'aurai là!
célestine, de même.
Quelle bonne pâte de mari ça peut faire.
Achille, amoureusement et minaudant.
Célestine...
célestine, baissant les yeux.
Monsieur Achille.
ACHILLE
Est-ce que je vous fais peur?
célestine, jouant l'embarras.
Pas précisément... mais je ne sais ce que j'éprouve.
ACniLLE.
Ah ! vous éprouvez ce que j'éprouve moi-même : c'est un amour qui a soif de bonheur... un amour qui brûle d'être satisfait.
CÉLESTINE
Je ne demande pas mieux.
acuille, avec joie.
Qu'avez-vous dit, Célestine? vous consentiriez...
CÉLESTINE
Ça n'est pas difficile. Il n'y a qu'à voir M. le maire et à faire publier les bans.
ACHILLE, à paît, après s'être arrêté.
Comme ça je comprends; elle s'est entêtée à cette idée... mais je l'en ferai revenir. célestine, à paît.
Il y aura contrat ou rien, j'en réponds.
acuille, se rapprochant.
Chère enfant, je vous l'ai déjà dit, ce mariage ne peut s'accomplir maintenant, j'ai de grands ménagemens à garder.
célestine.
C'est trop juste : quand on est comme vous l'héritier d'une noble maison, on doit avoir beaucoup de ménagemens à garder. Mais quand on est une pauvre fille comme moi, on a aussi beaucoup de précautions à prendre.
ACHILLE
Il faut pourtant être raisonnable, Célestine: mon père n'est pas amoureux, lui, je ne nuis lui faire oublier tout de suite la splendeur et l'antiquité de son nom. Il faut l'accoutumer à l'idée d'une telle mésalliance. Mais un jour viendra où, maître de moi-même, je paierai votre amour d'un rang, d'un titre, d'une fortune.
Eh bien, attendons ce jour-là.
ACHILLE
Célestine...
célestine.
Monsieur Achille.
ACHILLE
Vous ne voulez pas me comprendre?
célestine.
Je fais de mon mieux pour ça.
ACHILLE
Vous refusez cependant de croire h mes promesses, à mes sermens. Oui, Célestine, je vous le jure, vous serez comtesse de Matta.
célestine.
Oh! les hommes! ça jure tout ce qu'on veut»
Mais tenez, je suis sûre que vous n'oseriez pas récrire.
ACHILLE
Ecrire quoi?
CÉLESTINE
Dame! ce que vous jurez si haut.
C'est donc une promesse de mariage que vous
me demandez?
CÉLESTINE, minaudant.
Ce n'est pas moi qui demande quelque chose.
ACHILLE, à part.
Elle n'en démordra pas.
CÉLESTINE, de même.
Il faudra bien qu'il y vienne.
ACHILLE, « part.
Au fait, ça ne peut guère me compromettre, et la pauvre lille ignore que, grâce à nos lois, ce n'est plus un engagement sérieux.
célestine, de même.
Je sais bien que ce n'est pas valable en justice; mais ce n'est pas en justice que je m'en servirai. Achille, câlinant.
Eh bien, Célestine, si je faisais ce que vous me demandez, que pourrais-je espérer?
célestine, minaudant.
Ah! monsieur Achille, que me demandez-vous
là?
achille, lui prenant la taille.
Répondez-moi... répondez-moi, Célestine.
CÉLESTïNE, se défendant faiblement.
Est-ce qu'on répond à ces questions-là?
Achille, après l'avoir embrassée, il la regarde, elle se détourne en baissant les yeux.
ACHILLE, à part.
Elle est à moi.
célestine, de même.
Je le tiens.
achille, à part, écrivant à droite à la table. Ce n'est pas bien ce que je fais là; mais je l'obtiendrai à tout prix.
célestine, à part.
11 n'aura que ce qu'il mérite, je le lui promets.
achille, lui donnant zin papier.
Vous le voyez, j'oublie tout pour vous, Célestine, l'antiquité de ma race, l'orgueil d'une vieille famille... je foule tout aux pieds... Croyez-vous que je vous aime?
célestine, prenant le papier.
Le moyen d'en douter !
ACHILLE
Etmaintenant, mon ame... maintenant, ma Célestine...
célestine l 'écarte de la main et reprend d'un ton sérieux.
Maintenant, monsieur Achille, écoutez-moi. Je vous aime, monsieur Achille... mais vous ne voudriez pas déshonorer celle à qui vous voulez donner votre nom.
ACHILLE
Célestine..
CÉLESTINE
C'est à votre générosité que je m'adresse
Achille. C'est un effort digne de vous, de votre vertu.
ACHILLE
Célestine, c'est mon amour seul que j'écoute. Célestine, vous serez à moi.
CÉLESTINE
Grand l>W*u î Achille... Ah! ne (ne réduisez
pus au désespoir, ne me forcez pas a vous haïr.
ACHILLE
Célestine...
CÉLESTINE
Jamais... jamais...
la folle, a la fenêtre.
Célestine!
CÉLESTINE, " part.
Juste: voici ma mère.
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