‹ Magasin théâtralChapitre 985 sur 1377 · ACHILLE, FABIUS · texte numérisé non relu

ACHILLE, FABIUS

ACHILLE, au domesliijue.

Sjrtez.

FABIUS, prêt à lui tendre les brus. Mon...

ACïiîLLE.

Monsieur le marquis, je croyais que vous refusiez de me recevoir.

FABIUS, à part.

Lui aussi... Ah! mon père n'a pas voulu avoir à rougir devant ses deux (ils.

acuille.

Monsieur , mon père ignore l'explication que je viens vous demander, j'aime à croire que vous trouverez également juste delà cacher à votre mère.

LE FILS DE LA FOLLE

FABIUS

Je ferai ce qu'il vous plaira.

ACHILLE

Hier, monsieur le marquis, mon père me supposait envers M"e d'Esgrigny des torts que je n'avais pas. Cependant, du moment que j'ai pu croire que sa réputation aurait a souffrir de mes assiduités , j'ai consenti a réparer ce tort involontaire.

FABIUS

C'est d'un homme d'honneur... et je vous en remercie.

ACHILLE

Mon père a demandé pour moi la main de Mlle d'Esgrigny.

FABIUS, à part.

Ah ! je ne m'étais pas trompé.

ACHILLE

Voici la réponse de Mme la marquise; lisez. FABIUS, lisant.

« Jamais la fille du noble marquis d'Esgrigny » n'entrera dans la famille de l'assassin de son » père; jamais elle ne portera un nom que je » veux vouer au mépris et a l'exécration publi- » que. » Àh! mon Dieu!...

Achille, qui était au fond, descend la scène.

Monsieur le marquis, une mère n'écrit pas une pareille menace sans que le fils sur qui repose l'avenir de son nom ne se soit associé a ses projets.

FABIUS

A h ! je vous jure que je l'ignorais.

ACUILLE.

Vous l'ignoriez , je veux le croire; mais maintenant que vous le savez, daignez me répondre : que feriez-vous à ma place ?

FABIUS

A votre place, monsieur? à votre place... je voudrais à tout prix imposer silence à ces affreux resseutimens; à votre place, monsieur, je me dévouerais a sauver l'honneur de mou père, l'honneur du nom que je dois porter.

ACHILLE

J'étais sur que vous me comprendriez; et je n'ai pas besoin de vous demander ce que vous liriez pour cela.

Pour cela, monsieur, je ne sacrifierais pas seulement ma vie ; j'humilierais mon orgueil; j'oui. lierais une menace échappée à un premier transport de douleur, et j'irais implorer cette mère irritée, et je lui demanderais à genoux de ne pas flétrir le nom que je viens offrir a sa fille.

ACHILLE

Sans doute, monsieur, si la marquise d'Esgrigny et sa lillc étaient seules en ce monde, je ferai» ce que vous dites , car rien ne doit coûter à un (ils pour sauver l'honneur de son père !

FABIUS

Ah! vous sentez cela, monsieur, n'est-ce pas?

ACUILLE.

Mais ce qui eût été convenable en face de deux

femmes abandonnées deviendrait une lâcheté quand il y a un homme qui les protège.

FABIUS

Que voulez-vous dire?

ACUILLE.

Qu'après le refus de votre mère, ce n'est plus une affaire entre elle et mon père, mais une affaire entre nous.

FABIUS

Une affaire entre nous ?

Elle aura un autre motif que celui de l'explication que vous êtes venu me demander hier en mon absence; voilà tout.

FABIUS, avec force.

Mais savez-vous que c'est un duel que j'allais vous proposer?

ACHILLE

C'est pour cela qu'il vous sera facile de l'accepter.

FABIUS

L'accepter... moi ! de vous? c'est impossible.

ACUILLE.

Mais vous le demandiez hier.

FABIUS

Et je le repousse aujourd'hui.

aciiille, avec dédain.

La provocation de M. Fabius s'accorde mal avec les refus de M. le marquis d'Esgrigny. FABIUS, solennellement.

Vous vous trompez, monsieur; c'est un devoir sacré qui m'a dicté l'un et l'autre.

ACUILLE.

Comme il vous plaira. Ainsi donc vous refusez ?

FABIUS

Je refuse.

ACHILLE

Soit; mais vous trouverez bon alors que j'exige de vous une garantie qui mette l'honneur de mon père à l'abri de toutes les accusations.

FABIUS

Ah! que l'honneur de votre père soit sauvé, c'est mon plus ardent désir !

ACHILLE

Le moyen est facile : écrivez un désaveu anticipé et formel de tout ce que peut dirç votre mère.

FABIUS

Moi?

ACHILLE

Écrivez que ce sont les imputations d'une folie, et que vous êtes satisfait des explications qui vous ont été données par le comte de Matta.

FABIUS

Vous me demandez de déshonorer ma mère, monsieur; vous me demandez de l'accuser de mensonge? [Avec éclat.) Ah! prenez garde de me faire oublier qui vous êtes.

ACHILLE

Mais je vous demande de vous en souvenir; je suis le [ils du comte de .Matta, je suis le fils du citoyen Bénard.

FABIUS, à pari. 0 mon père!...

ACHILLE

Le fils du citoyen liénard, entendez-vous, marquis d'Esgrigny?

FABIUS

Ne m'appelez pas ainsi, monsieur.

ACHILLE

Ah ! vous faites bien de ne pas répondre à ce nom ; car vous le déshonorez.

fabius, à part, avec désespoir.

Mon Dieu! mon Dieu!... venez à mon aide; arrachez-moi à ses injures.

ACUILLE.

Mieux eût valu qu'il se fût éteint sur l'échaf'aud que d'être transmis à un lâche.

FABIUS, avec un cri de fureur, et arrêtant Achille qui va pour sortir.

A un lâche 1... {Après une pause. ) Monsieur, vous direz à votre père que vous m'avez appelé un lâche, et que je ne vous ai pas tué.

ACHILLE

Allons donc...

F ABU s.

Vous le lui direz, monsieur; et si le citoyen Bénard , si le comte de Matta , si votre père ne vous dit pas : Va lui tendre la main et lui demander pardon... alors... oh! alors... malheur à vous ! et malheur à lui!... car enfui que m'importe l'honneur de ce nom, qui n'est que le vôtre?

Je retrouve enfin le marquis d'Esgrigny.

La Marquise paraît.

FABIUS

Vous m'appelez marquis d'Esgrigny ; eh bien! c'est en ce nom que je vous parle.. . Honte et malheur à vous!... honte au père qui a acheté l'adultère par le sang, et qui n'a pas même tenu son infâme marché! Honte au fils qui a accepté le fatal héritage du père, en déshonorant la fille de la victime... exécration et malheur sur eux!... mort et honte à tous deux!

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