‹ Magasin universel (volume 2)Chapitre 7 sur 187 · LE MONT-VALERIEN · texte numérisé non relu

LE MONT-VALERIEN

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Le Mont-Valérien, situe à deux lieues de Paris, s'élève majestueux et noble du sein d'une campagne tapissée de roses et de vignes. Plusieurs chemins, venant aboutir à la petite place de Suresnes, donnent accès sur son faîte. Sa hauteur géométrique n'est guère que de 450 pieds au-dessus du niveau de la Seine. Il est vraisemblable que cette montagne doit son nom à quelque Romain fixé dans les Gaules, du nom de Valcrius ou Vateriaiws, qui s'y fit une villa. L'histoire des premiers âges de la monarchie franque se tait absolument sur ce lieu, et il n'est cité d'une manière authentique que dans le cartulaire du chapitre de Saint -Cloud, de l'année 1209, et dans les lettres d'Odon de Sully, évêque de Paris, de 1204. Sans doute, dès les premiers siècles de l'Église, de pieux solitaires vinrent chercher une retraite au sommet du Mont-Valérien ; mais la tradition, toujours confuse , n'est précise sur la question des ermitages que pour l'année 1056.

Sous le règne de Charles VI, vers l'an 1400, le Mont-Valérien servait de retraite à un solitaire qui succédait à une longue suite d'ermites dont la légende ne nous a pas transmis les noms. Il avait posé sa tente sur le revers oriental de la montagne, du côté de Suresnes. A cette époque, la contrée s'appelait déjà le canton de la Croix, car, depuis plus de trois-cents ans, un petit calvaire s'était élevé en ce lieu, et c'est bien certainement à celte pieuse fondation que la contrée devait sa désignation de champ de la Croix. Ce premier et humble calvaire est donc le berceau du grand calvaire dont nous allons brièvement rappeler l'origine. Ainsi des croix, des cénobites recueillis dans la prière et la méditation, devinrent le germe de la solennelle institution chrétienne qui ne tarda pas à se développer sur le Mont-Valérien , et à faire aflluer les fidèles à son sommet. Hubert Charpentier, né à Coulommiers, en 1563, eut la gloire de la créer, cette belle et touchante institution. Malgré l'appui qu'il trouva à la cour et dans l'homme le plus puissant du temps, le cardinal de Richelieu, ce ne fut qu'au milieu d'inouis obstacles que Charpentier parvint à transporter sur la montagne sainte tous les mystères sensibles de la passion de Notre-Seigneur. Sa foi profonde, ses énergiques résolutions, sa courageuse fermeté, triomphèrent des difficultés qui entravaient l'exécution de son projet, et bientôt, au cœur de la France, à la porte de sa capitale, sur la terre la plus historique de notre patrie, on vit surgir la croix du fils de l'homme, dominant de toute son humilité la splendeur du séjour des rois. L'antique calvaire placé sur le rocher de Rétharam, dans les gorges des Pyrénées, vint revivre plus majestueux, plus sublime, au centre de la civilisation et des passions sociales, comme pour jeter sur Paris ces grandes idées de catholicisme et d'infini qui sont la sauvegarde des populations. Rapprocher ainsi les terribles, mais consolateurs enseignements de la croix, des foyers de perversité est l'œuvre la plus large que l'on puisse concevoir. Sans doute, de pieux pèlerins de la Navarre , de la Biscaye et du Béarn , allaient

visiter Rétharam; mais l'influence de ce calvaire pouvait - elle se comparer à celle de la nouvelle croix, brillant , comme le soleil de midi, au milieu de l'horizon ? — D'ailleurs, les guerres de religion avaient ruiné le culte de la croix à Rétharam, dont le calvaire servit de modèle et de père à celui du Mont-Valérien ; et si ce culte y refleurit, ce fut encore aux soins de Charpentier que la religion dut cet hommage.— Et tout cela, qui le fit? — Un pauvre prêtre, sans fortune, sans crédit, sans appui du côté du monde, n'ayant d'autre soutien que sa confiance en Dieu et son zèle ardent pour son service.

Je ne puis point suivre ici pas à pas les destinées du Mont-Valérien : il me suffira de dire qu'une demeure spacieuse, une église, et enfin la congrégation des prêtres du Calvaire, furent l'œuvre de Charpentier. Cette congrégation se composait & incorporés ou permanents , qui habitaient dans la maison et parmi lesquels était choisi le supérieur, et d'agrégés, qui n'avaient que voix consultative dans les élections. La chapelle de la congrégation du Mont-Valérien, qui compta une foule de prélats illustres dans son sein, ne fut consacrée que cinquante ans après la mort du pieux fondateur (1), c'est-à-dire en 1700, par Hervé Rasan de Flaminville, évêque d'Elne. Trois autels y furent élevés, l'un sous le titre de la Croix, l'autre sous celui de la Sainte- Vierge, et le troisième, enfin, sous celui de Saint-Joseph. Indépendamment de ce grand établissement qui, occupant le plateau de la montagne, dépendit de la paroisse de Nanterre, il y avait toujours, sur le revers oriental, un ermitage célèbre par ses anachorètes, placé dans la circonscription paroissiale de Suresnes.

Tel était l'état du Calvaire au moment de la révolution de 1789. Il ne put échapper au sort qui dévasta tous les monuments nationaux du culte et tous les établissements religieux. M. Merlin de Thionville, qui en devint propriétaire, conçut, par une amère et déplorable ironie, le dessein d'élever à la place des croix un temple à Vénus. Cependant, dès que des jours plus sereins eurent relui pour la religion, le clergé (le Paris s'honora par ses constants efforts pour rendre la sainte montagne à sa primitive destination. En 1807, M. Faucachon, nouvel acquéreur, livra la colline sacrée à des trappistes ; et ils s'y dévouaient aux austérités de la vie ascétique, lorsque Napoléon, imaginant qu'il se tramait quelque complot dans cet asile de prières, chassa brusquement les religieux de leur maison, fit détruire les ouvrages pieux, à l'exception de deux chapelles construites par M. Faucachon, et fit commencer le vaste bâtiment que nous voyons aujourd'hui, destiné aux orphelins de la Légion-d'Honneur.

Dès les premiers temps de la restauration , un nouveau Charpentier, M. l'abbé de Forbin-Janson, depuis évêque de Nancy, voulut fermer les plaies du Mont- Valérien, et releva le calvaire. Le roi Louis XVIII ayant, par une ordonnance du 13 septembre 1822, concédé le Calvaire aux missionnaires de France, à la charge par eux d'y achever les constructions entreprises, d'y recevoir les pèlerinages et d'y continuer le culte de la croix, M. de Forbin, qui, avec M. l'abbé

(1) Mort à Paris, le 16 décemLre 1(550, âgé de quatre-vingtneuf ans, dans la maison curiale de Sainl-Jcan-en-Grève.

de Rauzan, venait de fonder celle congrégation, redonna à la sainte montagne une illustration égale, sinon supérieure, à celle qu'elle avait obtenue avant 1791. Les trois croix reparurent, les chapelles de station s'élevèrent, le grand corps de logis se; termina, une vaste église se commença, et la splendeur du DOUVël établissement semblait assurée, lorsqu'une nouvelle révolution, celle de 1830, vint encore jeter au vent les symboles sacrés et miner l'œuvre de la

religion.

Les événements de juillet 1830 trouvèrent le monument inachevé; la grande chapelle, malgré le zèle de l'ôvêquc de Nancy, qui, en l'espace de douze ans, lit tant de merveilles sur le Mont-Valérien, et changea presqu'en un lieu fertile une croupe sèche et aride ; la grande chapelle n'avait que son péristyle placé au centre du bâtiment, sa crypte et son chevet qui présentassent des lignes arrêtées. Il serait difficile de se former une idée des dévastations impics et des ravages dont le Calvaire fut encore une fois l'objet, si l'on n'allait pas, comme je l'ai fait moi-même, gémir, prier et rêver, au point culminant de la colline sacrée. — Nous tous, catholiques, humilionsnous et résignons -nous; car notre foi nous apprend l'humilité et la résignation. La réhabilitation des lieux saints, aussi bien que leur pillage, sont la volonté de Dieu qui se manifeste. Disons comme monseigneur l'archevêque de Paris, à propos de sa bibliothèque détruite de l'archevêché : « Dieu me l'avait donnée, Dieu me l'a ôtée ; il a été fait comme il a youIu ; que son saint nom soit béni (1) ! »

Il y a là, sur le Mont-Valérien, un spectacle bien triste : c'est une église béante, c'est cette architecture ruinée avant que d'avoir formulé sa pensée. Les chants sacrés ne retentissent plus parmi ces murailles déchiquetées, quoique neuves, et moribondes, quoique [ileines de force. Tout est muet, tout est désert; on croirait que les Huns ou les Vandales viennent de passer par là. — Oh ! que d'enseignements , que de poésie dramatique et forte dans ce silence, dans ce désert et dans ces ruines !.... Les trois croix du Calvaire ont été brisées, les chapelles des stations dévastées ou détruites; les grilles, les symboles pieux, tout » été violé , disséminé , et mis en pièces. Aujourd'hui le Mont-Valérien, redevenu propriété nationale, est loué par le gouvernement , qui ne sait encore ce qu'il en fera. Est-il écrit dans le grand livre de Dieu que celte montagne sera pour toujours veuve de ses splendeurs chrétiennes?....

En 1830 , on ne se borna pas à joncher de débris le sol du Mont-Valèrien, on voulut encore outrager ce qui reste des murs sacrés. — Heureusement qu'après ces saturnales , des âmes catholiques sont venues pleurer sur ces hauteurs, et y ont laissé de touchantes inscriptions. A côté de lignes infernales, on lit dans une petite chapelle de la Sainte-Vierge , située au milieu du bois, en face de Nanlerre, ce passage du psaume :

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