‹ Magasin universel (volume 3)Chapitre 109 sur 242 · HIC JACET SVGERIVS ABAS · texte numérisé non relu

HIC JACET SVGERIVS ABAS

Enfin, le dernier cercueil qui présenta quelque particularité curieuse, fut celui de Philippe le Long. Son squelette était dans son entier, et vêtu de ses habits royaux ; sa tête portait une couronne d'argent doré, enrichie de pierres. Son manteau était orné d'une agrafe d'or en forme de losange, et d'une autre plus petite en argent. Une partie de sa ceinture d'étoffe satinée, garnie d'une boucle d'argent doré, et un sceptre de cuivre doré, furent également retirés du sarcophage.

Tous ceux de ces monuments ou sarcophages qui avaient été conservés au Musée des monuments français ont été rapportés à Saint-Denis, lors de la suppression de ce Musée. Ils ont été déposés dans les cryptes ou chapelles souterraines où ils étaient pour la plupart uvant la violation des tombeaux. Quatre mausolées seulement ont été replacés â la place qu'ils occupaient dans l'église : ce sont ceux de Dagobert, François Ier, Louis XII et des Valois.

Le tombeau de Dagobert est placé à gauche en entrant dans l'église : il était autrefois dans le sanctuaire au côté droit du maître-autel. Les bas-reliefs qui le décorent sont curieux par l'extravagance du sujet et la forme bizarre, grotesque et même indécente des figures. Lesujetest tiré d'une vision qu'eut un nommé Jean, ermite qui habitait une petite île sur les côtes de la Sicile. Cet ermite en fit part à un certain Ansoald qui, par hasard, passait dans ce pays, et qui la publia à son retour en France. L'ermite Lan avaitvu sur la mer l'âme du roi Dagobert tourmentée et déchirée à coups de verges par des démons de figure affreuse qui l'entraînaient dans l'autre de Vulcain. Dagobert allait être dévoré par les flammes, lorsqu'il invoqua le secours de quelques saints, qui aussitôt descendirent du ciel et vinrent disputer son âme aux démons.

Le bas-relief est divisé en trois parties. Dans la première, on voit Dagobert tout nu, aux prises avec plusieurs diables d'une laideur effroyable. Au-dessus, il est représenté tiré à droite et à gauche par les saints et les démons. Enfin, dans le troisième compartiment, il est enlevé au ciel sur un drap que les saints tiennent aux quatre coins. Le fronton gothique qui surmonte le mausolée supporte une image du Sauveur, au pied dclaquelle sont prosternées les figures du roi et de la reine ]Nanthilde qui était ensevelie avec lui. Le tombeau de Dagobert était autrefois isolé, et la f,ce postérieure, ornée de la statue couchée de la reine Nanthilde, est appliquée contre le mur en face, mais il n'a pas de bas-relief.

A l'angle de la nef et de la croisée méridionale est placé le magnifique mausolée de François Ie'. Seize colonnes d'ordre composite et de marbre blanc soutiennent une voûte ornée de sculptures, sous laquelle sont couchées les figures nues de François Ier et de la reine Claude sa femme. Au sommet du mausolée, sont à genoux les statues du roi, de la reine et de leurs trois enfants. Ce tombeau est attribué au Primatice ou à Nicolo. Les bas-reliefs principaux représentent la bataille de Marignan et celle de Cerisolles.

A l'angle de la croisée septentrionale se trouvent le mausolée de Louis XII et celui de Henri II dit des Valois. Ces deux monuments sont conçus dans le même système que celui de François Ier.

Aux coins du tombeau de Louis XII sont quatre figures représentant la Prudence, la Piété, la Tempérance et la Foi ce. Le roi et la reine Anne de Bretagne sont couchés sur le sarcophage, nus et décharnés. Autour, sont les ligures des douze apôtres, et tout le monument est surmonté des statues agenouillées du roi et de la reine. Ce mausolée, ouvrage de Paul Ponce et de Justede Tours, fut un des premiers monuments qui signalèrent la renaissance.

Le tombeau des Valois, d'auteur inconnu, est soutenu par douze colonnes composites. Aux angles sont les quatre Vertus cardinales, figures de bronze, dont le style rappelle celui de Germain Pilon. Sous la voûte sont couchées les statues de marbre blanc de Henri II et de Catherine, dont les figures de bronze sont à genoux sur le mausolée.

En face de ces monuments, de l'autre côté de la croisée, sont deux grilles qui donnent accès aux chapelles souterraines.

D'abord s'offre encastrée dans le mur une mosaïque du style le plus barbare. Sur le mausolée de Clovis est couchée la figure du prince, les pieds posés sur un lion. C'est ainsi que sur les monuments des princes de la première race sont presque toujours couchées leurs figures, les pieds des hommes reposant sur un lion, symbole de la force, ceux des femmes sur un chien, symbole de la fidélité.

Aux angles du premier caveau sont les statues de Clovis et de Clotilde, morceaux très-curieux et contemporains des princes dont ils retracent l'image. Une mosaïque antique, représentant une vendange, est placée au-dessus du cercueil de Frédégonde. Sur des fûts de colonnes sont les bustes de Dagobert et de Nanthilde, et à côté est le mausolée de Charles-Martel. Plusieurs statues modernes ont été placées dans ce caveau : la meilleure est celle de Charlemagne,par M. Gois. Au-dessous sont les tombeaux de Pépin le Bref et de Berthe sa femme ; puis viennent ceux de Louis III et de Carloman. Le mausolée de Blanche de Castille, mère de saint Louis, est orné de losanges, avec des peintures sur verre représentant des tours, armes de Castille, des fleurs de lis et des colombes, symbole du Saint-Esprit. La statue couchée est de marbre noir. Dans une chapelle en face sont les bustes coloriés de saint Louis et de Marguerite de Provence, et les tombeaux avec les figures couchées et coloriées de son fils et de son frère.

Près de là sont les mausolées du comte Robert et du comte d'Alençon, autres fils de saint Louis, revêtus d'une cotte de mailles et portant des écus fleurdelisés. Viennent ensuite'les tombeaux de Philippe le

Bel et de sa femme, de Charles de Valois son fière, de Louis X et de sa femme ; puis la statue debout, jadis coloriée, de Béatrix de Bourbon.

Au-dessous de la chapelle de la Vierge est une chapelle expiatoire, dont les murs portent des tables de marbre noir où sont gravés les noms des princes dont les sépultures ont été violées.

En face de cette chapelle était l'entrée du caveau des Bourbons que Napoléon avait adopté pour les sépultures impériales. Le seul prince de sa famille qui y fut inhumé fut le grand-duc de Berg, fils de Louis Bonaparte. A la Restauration, ce corps a été déposé dans le cimetière de Saint-Denis. La porte a été murée, et on ne descend plus dans le caveau que par trois dalles placées dans l'église devant le maîtreautel, et qu'on ne lève que lorsqu'on a un prince à descendre. Ce caveau contient maintenant les corps du ducde Berry et de Louis XVIII, et ce qu'on a retrouvé des restes de Louis XVI et de Marie-Antoinette.

Continuant le tour des souterrains, on trouve les tombeaux de Philippe II et de sa femme; la statue debout, en marbre blanc et noir, de Marie de Bourbon, abbesse de Poissy au xive siècle le tombeau de Jean le Bon; un caveau où sont déposés sur des tréteaux les cercueils des deux princes de Bourbon et de Condé. Enfin s'offre aux regards une pierre creusée qui contint le corps de Pépin le Bref, et qui présente une particularité assez curieuse : lorsqu'on la frappe, elle rend un son métallique analogue à celui d'un vase de bronze.

Je ne terminerai pas cet article sans dire quelques motsdes restaurations delà basilique, auxquelles, depuis quelques années, on a consacré des sommes énormes. Elles sont confiées au talent de MM. Debret et Mesnager, habiles architectes, qui conduisent les travaux avec le plus grand goût. L'église entière est reprise en sous-œuvre, et chaque pierre endommagée par le temps est remplacée par une autre exactement semblable. A l'aide de ce mode de restauration, nous aurons une église dans le plus parfait état, tout en lui conservant son admirable caractère.

Ernest Breton.

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