‹ Magasin universel (volume 3)Chapitre 26 sur 242 · LE CALAO · texte numérisé non relu

LE CALAO

Celle figure est celle d'un Calao que Levaillant a nommé Calao à casque concave. Les Calaos , si remarquables par les formes extraordinaires du bec de quelques uns d'entr'eux, paraissent appartenir exclusivement aux Indes et à l'Afrique. L'excroissance de leur bec les a fait appeler oiseaux rhinocéros. Leur port et leurs habitudes les rapprochent des corbeaux; leurs pieds sont semblables à ceux des marlinspêcheurs , et ils avoisinent les Toucans par leur énorme bec dentelé , surmonté de proéminences quelquefois aussi grandes que lui. La forme de ces excroissances varie beaucoup avec l'âge; elles ne paraissent même pas encore dans les très-jeunes oiseaux, et elles n'acquièrent que graduellement les dimensions et les formes particulières qui ont servi à établir des variétés d'espèces dans le sous-genre des Calaos à casque. L'on s'exposerait à commettre de grandes erreurs, si de trop bonne heure l'on s'en rapportait à la conformation du bec pour la distinction des espèces. Dans le Calao de l'Inde, le casque, en se recourbant vers le haut , ressemble à la corne du rhinocéros. Le Calao-bicorne de la Chine, dont on possède un individu au cabinet d'anatomie comparée du Muséum d'histoire naturelle, a le casque divisé en deux parties. La substance du bec qui, dans le premier âge est trèsconsistante, devient plus légère à mesure qu'il s'opère dans ces cellules , l'espèce de ventilation qui les dilate et donne tant de volume au casque. Nitzrch a Tome iv. — Novembre 1836.

constaté que les cavités du bec et du casque étaient ouvertes à la respiration pulmonaire, ce qui dessèche en quelque sorte la substance de ces parties, et la rend plus cassante. Le même physiologiste a trouvé que les os des membres des Calaos sont creux, même jusque dans les phalanges onguéales des orteils. On sait que cette pénétration de tout le corps de l'oiseau par l'air qu'il respire, a pour effet l'oxigénation du sang sur une plus grande surface; car ce fluide se trouve en contact avec l'oxigène , lors de son passage à travers les vaisseaux capillaires de tous les organes, aussi bien que lorsqu'il traverse les capillaires du poumon. On a dit que l'air, qui remplissait la cavité des os des oiseaux , diminuait d'autant leur pesanteur. Il a été prouvé que l'air qui séjourne dans ces cavités est déjà respiré , et que , sans avoir été complètement dépouillé de son oxigène, il en a cependant perdu beaucoup. Or, l'air atmosphérique étant d'autant plus léger qu'il a moins d'oxigène et qu'il contient plus d'azote, on conçoit l'avantage que l'oiseau retire, pour l'acte du vol, de cette légèreté spécifique qui s'augmente encore de la dilatation que l'air reçoit de la chaleur du corps qu'il parcourt, et pénètre ainsi dans tous les replis.

Les Calaos sont tristes et taciturnes ; leur vol est lourd, le battement de leurs ailes et le claquement de leurs mandibules les fait reconnaître de loin.

Dans leur voyage aux îles Timor, Rawak, Boni, Vaigiou , etc., MM. Quoy et Gaimard trouvèrent des Calaos perchés sur la cime des arbres élevés, des muscadiers surtout, dont ils recherchent les fruits qu'il

avalent tout entiers : nature d'aliment qui donne à leur chair un excellent goût. Quoique leurs ailes soient peu développées, on les entend voler de loin; ce qui tient à ce que leurs longues pennes , écartées à l'extrémité, fouettent l'air et le font vibrer avec force. Cet oiseau est un exemple de ce que peuvent les localités sur les mœurs des animaux. En Asie, environné de fruits , il se borne à cette nourriture, et, dans les déserts de l'Afrique, il se repaît de la chair des cadavres; il suit les chasseurs pour manger les entrailles du gros gibier que ceux-ci dépècent sur place, et il fait lui-même la chasse aux rats et aux souris. Cette habitude l'a fait adopter par les Indiens, comme un animal domestique; on l'élève et on le garde dans les maisons, pour y servir, comme le chat, à la destruction des parasites.

On trouve des calaos en Afrique, dans les Indes et à la Nouvelle-Hollande. Quoique Bontius eût déjà annoncé que l'espèce nommée rhinocéros mangeait delà chair et de la charogne, et qu'elle prenait aussi les rats et les souris, on était assez généralement dans l'opinion que les fruits étaient la principale nourriture de ces oiseaux, et qu'ils les saisissaient et les avalaient à la manière de toucans, sans avoir besoin de les écraser. Mais Levaillant étend à tout le genre l'assertion de Bontius, et il dit positivement, dans son Histoire naturelle des oiseaux de l'Amérique et des Indes, que , malgré la facilité avec laquelle, dans l'état domestique , on habitue ces oiseaux à manger des fruits , des légumes, du pain, ils ne sont pas naturellement frugivores ; qu'ils se nourrissent d'insectes , de grenouilles, de lézards j et prennent ainsi de petits mammifères qu'ils froissent entre leurs mandibules après les avoir tués, et qu'ils avalent entiers ; au défaut desquels alimens , ils arrachent des lambeaux de cadavres, ce qui est également attesté par d'autres auteurs. Et un fait que la seule construction de leur bec rend certain, c'est qu'ils ne pourraient briser des substances dures avec cet instrument qui n'a point de prise par la trop grande distance des mandibules au point d'appui.

On a divisé le genre calao en deux sous-gcnres : le premier comprend les calaos à casque ; le second , les calaos sans casque , dont la mandibule supérieure est lisse. Quant aux variétés d'espèces, elles reposent sur la forme particulière de la proéminence qui reçoit des changemens successifs, et de l'âge et du sexe de l'individu.

Ach. Comte.

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