ARCHÉOLOGIE
D'après une feuille allemande, le Kunstblatt, on continue avec activité les fouilles et les déblaiements dans la capitale actuelle de la Grèce. Une des découvertes les plus importantes qu'on ait faites est une très-longue inscription, dont on a retrouvé d'abord le morceau principal, et ensuite plusieurs fragments. Cette inscription contient une espèce de mémoire ou de facture des frais qu'ont occasionnés les ornements en sculpture d'un temple qui paraît être l'Erectéion. L'architecte y est désigné sous le nom d'Archilochus d'Agryle, nom restitué ainsi à l'histoire des arts où il était inconnu.
On cite ensuite un grand nombre de sculpteurs qui ont exécuté des figures, avec l'indication des prix de leurs travaux. Deux céroplastes ou modeleurs en cire ont fait les modèles des rosettes et achanthes en bronze. Un contrat a été fait avec un nommé Dionysodori pour peindre à l'encaustique 113 pieds de cannelures de l'architrave, à raison d'un pantobolon le pied; 166 feuilles d'or pour la dorure des ornements en bronze ont coûté autant de drachmes ; le fournisseur de cet or était un bourgeois de M élite, appelé Donis; le plomb pour sceller les figures a coûté 10 drachmes, etc. Cette inscription est un document précieux pour servir à l'histoire des arts dans les beaux temps de la Grèce.
En démolissant une batterie qui masquait l'entrée des Propylées, on a mis à découvert l'ancienne route ou montée qui y conduisait; elle est couverte de grandes dalles en marbre pentélique; ce pavé est sillonné dans sa largeur, pour que les chevaux puissent monter et descendre sans glisser. Les marches pour les piétons avaient été démolies en partie lorsqu'on avait construit la batterie; on pourra maintenant les remettre en place.
En travaillant au rétablissement des colonnes du Parthénon, on a retrouvé dans les ruines un fragment bien conservé de la frise, qui a échappé à l'avidité de lord Elgin. Il représente trois des douze divinités assises qui ornaient le milieu de la frise au-dessous de l'entrée orientale. Tout près de ce bas-relief, on a trouvé un superbe siège ou trône en marbre blanc, dont le dos est orné d'une figure drapée et ailée ; p'est peut-être un des sièges sur lesquels, selon Hérodote, la prêtresse de Minerve avait coutume de s'asseoir.
Ces deux beaux fragments antiques étaient enfouis entre les colonnes du péristyle et celles du pronaos.
Dans d'autres endroits de l'ancienne ville, on a trouvé des fragments de statues et des tombeaux de divers temps. C'est ainsi qu'on a déterré des sarcophages en marbre, sur lesquels sont sculptés des génies bachiques et d'autres figures, mais qui, dans des temps barbares, paraissent avoir été ouverts par effraction, et destinés ensuite à servir à de nouvelles sépultures. Dans un de ces sarcophages on avait entassé jusqu'à douze corps ou squelettes.
En un mot, Athènes pourra espérer de former un très-beau musée d'antiquités, si les objets qu'on trouve ne sont pas obligés d'aller orner le musée de Munich pour faire plaisir à l'auguste père du roi Pthon.