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INSTRUMENTS TRANCHANTS DES ANCIENS

(Deuxième article. Voy. page 223.)

Ce que rapporte Washington Irving (d'après le témoignage du chroniqueur Éntrando) dans son nouvel ouvrage sur la conquête de l'Espagne confirme notre assertion sur le bas prix de l'or et de l'argent. «Le roi don Rodriek, dit le célèbre auteur américain, se prépara

à livrer aux Arabes la terrible bataille où il devait perdre et le trône et la vie, en se revêtant d'une longue robe de brocart d'or. Ses sandales étaient brodées d'or, de perles et de diamans. Il monta ensuite dans un char d'ivoire très-élevé, dont les essieux étaient en argent, et dont les roues et le timon étaient couverts de plaques d'or resplendissant. Au-dessus de la tète du dernier monarque des Goths, un dais en drap d'or, avec les armes des rois Scandinaves, relevées en bosse, formait une voûte dont le seul coup d'œil éblouissait les yeux. »

Un des faits historiques les plus anciens que nous ayons, c'est que Siméon et Lévi, deux des fils de Jacob, après être entrés dans Sichem, le sabre à la main, firent un terrible massacre des habitants de cette ville ; mais le président Goguet a démontré que ces sabres étaient en cuivre, semblables à ceux des Péruviens et des Japonais, qui se servaient, même jusqu'au siècle dernier, d'instruments tranchants en cuivre. Bien que l'on puisse prononcer hardiment que les armes ordinaires de presque tous les anciens peuples étaient faites de ce dernier métal, il existe pourtant des preuves convaincantes que l'acier était connu des Egyptiens, et après eux des Grecs et des Romains. Ces preuves, ce sont des obélisques, desstatues et des urnes de porphyre, qui sont sculptées et taillées si déiicatement, que l'acier bien trempé a pu seul le faire. Comme nous n'avons pas aujourd'hui d'autres moyens de graver sur le porphyre qu'avec l'a poudre del'émeri ou du diamant, il faut conclure que les outils des anciens jouissaient d'une dureté extrême, à en juger par la beauté des hiéroglyphes que nous remarquons sur ces obélisques. Macrobe, qui vivait dans le ive siècle, dit, en parlant des Etrusques, que, lorsqu'ils voulaient bâtir une ville, ils dessinaient d'avance ses limites avec des contres de cuivre, et que les prêtres des Sabins se coupaient les cheveux avec un couteau du même métal. Nos ancêtres étaient plus habiles dans l'art de tremper le cuivre que leurs descendants, nonobstant les progrès immenses qu'a faits la science de la chimie depuis lors. Selon Goguet, nul artiste n'est parvenu à fabriquer de bons instruments en cuivre depuis le comte de Caylus, qui mourut avec son secret, vers l'an 1770.

Il n'est pas douteux que les premiers habitants de la Grande-Bretagne ne connussent la manière de faire des instruments en cuivre, puisque l'on découvrit près de la ville d'York, en 1735, un grand nombre de haches, de sabres, de pointes de lances et de flèches, etc., etc , tous en cuivre, d'après le témoignage de Léland. D'ailleurs, les chariots de guerre sont une autre preuve de la manière dont les anciens Bretons excellaient dans cet art : ici, nous devons signaler principalement l'espèce appelée coviniiu, instrument terrible de destruction, dont toute la surface extérieure était hérissée de longues pointes en cuivre, qui déchiraient affreusement tous ceux qu'elles atteignaient. L'on peut voir d'autres détails curieux sur ces chariots dansPowponius Mcla (liv. m), et dans la V ita Âgricolœ de Tacite. L'anecdote suivante, rapportée par Guillaume de Ma'mesbury, dans sa Vie du roi Edgar, prouve que l'art de travailler le cuivre était en vogue chez les Anglo Saxons. «Afin, dit l'historien, d'empêcher les querelles qui naissaient sans cesse de la coutume qui prévalait pour tout le monde de boire dans la même coupe, le roi ordonna que les vases à boire fussent

munis à l'avenir, dans l'intérieur, de petites boules de cuivre (1) placées à des dislances réglées les unes des autres, et il déclara qu'il ne serait permis à qui que ce fût déboire plus que d'une de ces marques à une autre.

Quant au fer métallique, il n'entrait presque jamais dans la composition des armes de ces insulaires, bien que son minerai se trouvât en grande abondance dans plusieurs parties de leur île. A l'époque de l'invasion de Jules César, cette matière était si rare que les Bretons en fabriquaient leurs monnaies, et même des bijoux de plusieurs espèces. L'illustre auteur des Commentaires nous apprend lui-même que les Romains, devenus maîtres du pavs, y établirent des fonderies impériales pour l'extraction du fer, et bâtirent des forges en quantité pour le confectionnement de haches d'armes, de massues, de lances et d'autres semblables instruments. En conséquence, nous voyons qu'au temps de Guillaume le Conquérant, l'armure offensive de la cavalerie consistait en un long javelot pointu d'acier parfaitement trempé, un sabre à deux tranchants et un court poignard, ou plutôt une dague. Ce peuple ne perdit jamais l'habileté qu'il devait à ses communications avec les Romains, car, à la bataille de Hamilton, en i/,o2, la déroute des Ecossais fut occasionnée par les flèches bien trempées de leurs adversaires : et en effet, leurs pointes étaient tellement dures qu'elles percèrent l'armure du comte de Douglas, qu'il avait fallu trois années entières pour faire. En ce temps-là on ne se servait guère de sabres ; pourtant il en existait bien avant la bataille que nous venons de mentionner ; et Chaucer, qui mourut en i4>o, dit, dans ses Contesde Cantorbëry, que la ville de Sheffield était déjà célèbre par sa coutellerie.

Rien n'atteste mieux les grands progrès qu'avaient déjà faits les Français, il y a bien des siècles, dans le travail du fer et de l'acier, que certaines armures du Musée d'artillerie de Paris : plusieurs de ces belles pièces, qui datent d'une haute antiquité, sont d'une délicatesse si exquise, qu'il n'est pas douteux que la France n'eût atteint jadis dans cette branche des arts une perfection plus brillante qu'aucune autre nation. Cependant elle n'a songé qu'assez tard à l'invention de quelques objets domestiques, tels que les couteaux de table, les aiguilles, etc. Celui à qui nous sommes redevables de ces petits instruments utiles, les aiguilles, par exemple, est un nègre espagnol, qui s'établit à Londres, sous la reine Marie, fille de Henri VIII. Le retard qu'ont éprouvé les arts sous ces derniers rapports n'étonnera pas ceux qui se rappelleront des objets infiniment plus importants dont on avait besoin pendant les siècles de la chevalerie: et certes, la lance, le casque et le bouclierélaient mille fois plus indispensables dans les temps de guerre continuelle, que les autres petits accessoires de la vie purement domestique. Il est à remarquer que, dès le milieu du xe siècle, chaque chevalier de haute naissance avait son forgeron, à lui, qui l'accompagnait toujours pour entretenir la propreté et le bon ordre de son armure; et, à la cour du pays de Galles, le premier forgeron prenait sa place immédiatement après le chapelain, et avait droit à goûter à tous les vins que l'on servait à table.

Aujourd'hui, la France peut se vanter de posséder

(1) L'on doit entendre par le mot cuivre, presque toutes les fois qu'il se présente dans cette esquisse, le cuivre jaune, qui est un alliage, comme on le sait, d'environ trente parties de cuivre rouge et du èoiaantc-dif parties de sine,

plusieurs fonderies, où il se fait d'aussi bon acier que partout ailleurs. Antérieurement à l'année 1799, les fabricants français n'avaient aucune id( e du procédé par lequel les Anglais trempaient leur acier; et, avant que le Comité de salut public eût autorisé, au commencement de ce siècle, les célèbres savants Vandermonde, Monge et Berlhollet à examiner cette importante matière, nos fabriques ne savaient préparer qu'un acier bien inférieur à celui de nos voisins. Les recherches de ces trois savants furent couronnées de succès, et elles ont été suivies par celles du baron ïhénard, dont le zèle infatigable a contribué à mettre notre coutellerie au niveau de celle de Birmingham et de Sheffield.

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