‹ Magasin universel (volume 4)Chapitre 166 sur 268 · LA PORTE-ROUGE DE NOTRE-DAME DE PARIS · texte numérisé non relu

LA PORTE-ROUGE DE NOTRE-DAME DE PARIS

En offrant à nos lecteurs une vue de la Porte-Rouge de Notre-Dame de Paris, nous nous proposions d'ajouter de nouveaux détails à ceux que nous avons donnés dans notre premier volume {voy. page 2o3, vol. I) sur celte noble et vénérable basilique. Nous avions à dire les projets de décoration que l'on attribue au prélat qui

gouverne le diocèse, et en même temps nous aurions I de religion, qui se rattachent aujourd'hui àla cathédrale jeté un coup d'œil sur les questions d'art, de politique et I de Paris.

( Vue de la Porte-Rouge de Notre-Dame de Paris). En contemplant avec nous cette solitude que la fu- I un instant peuplée par la plus sale partie de la gent reur populaire a faite autour de Notre-Dame, solitude, I marchande de la grande cité, quel lecteur n'aurait fait

avec nous des vœux ardents pour qu'à ces tristes ruines de la demeure des évoques, soit substitué bientôt un entourage plus digne de la majestueuse cathédrale !

Mais ces projets de décoration extérieureet intérieure ne sont pas définitivement arrêtés, et peut-être les gouvernants sous les yeux desquels se sont accomplies les scènes de vandalisme révolutionnaire, ne seront-ils plus au pouvoir, quand celte restauration religieuse et artistique s'accomplira.

Sachons donc attendre; oublions les injures qu'a reçues la maison de Dieu; oublions ces sales haillons, ces guenilles infectes des revendeurs qu'une inqualifiable ordonnance a permis un instant d'étaler tout autour de la sainte basilique, sur les ruines mêmes de l'évèché, et ne voyons que l'avenir.

S'il fallait en croire cet immense concours d'auditeurs de toutes classes, même des plus lettrés, qu'un jeune orateur chrétien, M. Lacordaire, attirait dernièrement encore dans l'enceinte trop étroite de Notre- Dame, cet avenir serait et brillant et prochain. Riche des dons de la foi catholique, Notre-Dame pourrait retrouver avec ses riches vitraux les ornements que ses murs ont perdus, et elle n'aurait rien à envier pour la décoration intérieure aux cathédrales les plus riches et les plus complètes.

ÉPHÉMÉRIDES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

ANNÉE 178g. ASSEMBLÉE CONSTITUANTE.

5 mai. — Ouverture des états- généraux. Le roi prononce un discours dans lequel on remarque les passages suivants : « Un long intervalle s'était e'coulé » depuis les dernières tenues des états-généraux, et » quoique la convocation de ces asssemblées parût être » tombée en désuétude, je n'ai pas balancé à rétablir un » usage dont le royaume peut tirer une nouvelle force, » et qui peut ouvrir à la nation une nouvelle source » de bonheur. » — « Une inquiétude générale, un désir » exagéré d'innovations, se sont emparés des esprits et » finiraient par égarer totalement les opinions, si l'on ne » se hâtait de les fixer par une réunion d'avis sages et » modérés. » — « Tout ce qu'on peut attendre du plus » tendre intérêt au bonheur public, tout ce qu'on peut » demanderàun souverain le premier ami desespeuples, » vous pouvez, vous devez l'espérer de mes sentiments.»

11 mai. — Ordonnance du roi qui défend les attroupements dans le royaume. — Les réunions électorales pour la nomination des députés aux états-généraux avaient mis en mouvement six millions d'hommes sur la surface de la France. Les maximes de souveraineté populaire, de liberté et d'égalité, sortirent à cette occasion de toutes les loges de francs-maçons et de tous les clubs philosophiques, pour se répandre sur toute cette multitude en effervescence; on sema sous ses pas des écrits incendiaires, où les mots sacrés d'humanité, de fraternité, de bonheur national, se trouvaient étrangement alliés à ceux d'insurrection, de guerre aux nobles, de spoliation des titres et des propriétés. La populace s'attroupa de toutes parts, et commença l'exercice de sa souveraineté par brûler les châteaux et profaner les temples.

19 mai. — Ordonnance du roi qui autorise les feuil-

les publiques à rendre compte des séances des étatsgénéraux.

20 mai. — Renonciation du clergé à ses privilèges pécuniaires.

a3 mai. — Renonciation de la noblesse à ses privilèges pécuniaires. La noblesse et le clergé n'attendirent pas, pour se dépouiller d'une possession légitime qui remontait aux temps les plus reculés de la monarchie, qu'une délibération en commun leur ôtât le mérite d'un sacrifice volontaire. Chacun de ces ordres, dans sa chambre séparée, consentit spontanément à supporter tout le fardeau des charges de l'Etat. C'était là tout ce que la patrie exigeait d'eux.

5 mai. — Décret portant que les juges seront élus par le peuple.

22 mai. — Décret portant que le droit de guerre et de paix appartient à la nation: la guerre ne pourra être décidée que par un décret de l'Assemblée nationale, qui sera rendu sur la proposition formelle et nécessaire du roi.

Voici une des applications les plus importantes du dogme de la souveraineté du peuple. La résolution de l'Assemblée ne pouvait être douteuse; elle étonna néanmoins quelques membres qui persistaient à méconnaître l'irrésistible puissance des principes adoptés. Voici comment eut lieu la discussion :

M. de Montmorin, ministre de la guerre, écrivit à l'Assemblée pour lui faire part de l'ordre donné par le roi d'armer quatorze vaisseaux de ligne dans les ports de l'Océan et de la Méditerranée ; cet armement devenait indispensable à cause des préparatifs de guerre qu'on faisait alors en Angleterre et en Espagne. Le roi, disait le ministre, ne doute point que l'Assemblée ne décrète les dépenses que cet armement va occasionner.

M. de Lameth prétendit qu'il fallait, avant de songer aux dépenses, examiner le fond de la question. « Il faut savoir, dit-il, si l'Assemblée est compétente, et si la nation, souveraine, doit déléguer au roi l'exercice du droit de la paix et de la guerre. » A ces mots, un grand mouvement se manifesta dans l'Assemblée. La discussion dura six jours: elle ne devait pas durer six heures. La question était résolue par ce simple raisonnement : La guerre est le droit le plus élevé de la puissance humaine ; l'exercice de ce droit met en question l'existence même du souverain. Donc ce droit ne peut être délégué. Si un sénat a le pouvoir de décider la guerre ou la paix, un roi n'est plus qu'un général d'armée, et la prérogative du pouvoir exécutif est anéantie.

Mirabeau lui même, le fougueux Mirabeau, fut épouvanté de l'extension qu'on allait donner à la déclaration des droits de l'homme; il voulait bien renverser la monarchie existante, mais non pas anéantir le principe fondamental de toute monarchie. Il discuta le projet de décret, article par ai ticle; il voulut qu'à la place de ces mots, « le pouvoir de veiller à la sûreté extérieure de l'Etat est délégué au roi,» on substituât ceux-ci: appartient au roi.... Mirabeau commença dès lors à se séparer de quelques-uns de ses collègues. Les pamphlets le poursuivirent; on fit crier dans les rues par des colporteurs, la grande trahison du comte

de Mirabeau. Il ne perdit pourtant point alors sa grande popularité; il dit à la tribune: « Je sais que la roche Tarpéienne est près du Capitole; » on applaudit, et on oublia, comme c'est l'usage en France, les opinions du député en faveur du bon mot de l'orateur.

C'est ainsi que, sur la motion de M. Alexandre de Lameth, appuyée par Charles de Lameth, Pétion, Bar nave, Lafayette, etc., l'héritier des sceptres de Charlemagne et de Louis XIV fut réduit à la condition d'un commissaire ordonnateur en chef de terre et de mer.

ier mai. Les barrières s'ouvrent; on ne paie plus de droits d'entrée dans tout l'intérieur du royaume.

10 mai. — Décret qui supprime les expéditions en cour de Rome. — Décret sur le droit de pétition. — Ce droit appartient à tout individu, et ne peut être exercé en nom collectif. Tout pétitionnaire doit signer sa pétition.

16 mai. — Décret portant que les membres de l'Assemblée nationale ne pourront être réélus à la prochaine législation.

infflfli. — Décret portant que les membres du corps législatif pourront être réélus à la législature suivante, et ne pourront l'être de nouveau qu'après l'intervalle de deux ans.

3o mai. — Décret sur les honneurs à rendre à Voltaire; ses cendres seront transportées à l'église Sainte- Geneviève. — Robespierre se prononce fortement contre la peine de mort, et vote pour son abrogation dans tous les cas.

Cette opinion de Robespierre paraîtra sans doute étrange à ceux qui songent au terrible usage que ce tigre fit dans la suite de la peine de mort. Mais alors l'abolition de cette peine était combattue par le côté droit et par le centre, et Robespierre ne pouvait partager leur avis dans aucune occasion; il faut aussi compter pour quelque chose cet instinct de lâcheté qui s'allie toujours avec la férocité dans une âme commune. Robespierre n'avait point encore versé de sang, mais on sait que son cœur regorgeait de fiel : ce n'étaient donc ni l'humanité, ni une fausse théorie philosophique qui l'inspiraient ici, c'était plutôt un sentiment de crainte anticipée et indéfinissable qui l'avertissait confusément que, né pour le crime, il importait à sa propre sûreté que le criminel eût la vie sauve dans tous les cas.

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