TOME 111. — Septembre
A cette observation vraie, bien des auteurs en ont ajouté une autre dont nous devons relever l'inexactitude. Ils ont dit que les perroquets se classent nonseulement par mondes ancien ou nouveau, mais par petites localités. Ainsi, vous verrez dans bien des ouvrages, et des plus marquants, que chaque île ne nourrit que certaines espèces de perroquets à elle propres, et qu'on ne retrouve pas celles-ci dans les îles voisines, quelque faible que soit la distance qui les sépare. Et cependant, pour ne citer qu'un exemple, Xamazone à pied blanc se retrouve à la fois à Saint- Domingue, à la Jamaïque et à Cuba.
Bien d'autres rapprochements pourraient être faits entre les perroquets et les singes, et il en est que tout le monde connaît si bien , que nous n'avons pas besoin de nous y arrêter. Les facultés imitatives sont, chacun le sait, communes à ces deux espèces d'animaux; et,commel'homme, elles vivent plus longtemps, à proportion, que les autres espèces voisines.
La durée de la vie des perroquets est de beaucoup
supérieure à celle qu'on leur assigne communément. On a vu des perroquets âgés de quatre-vingts et même de cent dix. ans; témoin celui dont il est parlé dans les Mémoires de notre Académie des sciences; ce perroquet avait été apporté d'Italie en l'année i633 ; il fut transmis comme héritage dans la même famille pendant plusieurs générations, et ne mourut qu'en 1 74^-
La chaleur des régions chaudes qu'habitent les perroquets est, sans contredit, plus en rapport avec leur organisation que la température si variable et quelquefois si basse de notre pays; mais les faits de longévité q'ue nous venons de citer prouvent que cette haute température ne leur est pas absolument nécessaire. Même observation à faire pour le développement des petits dans les œufs. Ainsi, il ne faut pas répéter avec le vulgaire que les œufs de perroquet ne peuvent éclore à l'air libre dans notre climat; la ponte de ces œufs s'est vue plus d'une fois en Europe, et leur transformation s'est opérée jusqu'au bout.
Les perroquets font, on le sait, un grand ravage dans les forêts. Ils dévorent les fruits et jusqu'aux bourgeons et aux graines. Les Indiens savent les frapper avec des flèches garnies à la pointe d'un bourrelet de coton qui amortit le coup et ne les fait tomber à terre qu'étourdis par le choc. On prend aussi les perroquets en brûlant, au pied des arbres, des plantes dont la fumée les enivre; dès que l'un d'eux tombe, vous entendez partir de tous les arbres des cris de douleur. Ce sont les camarades du prisonnier qui pleurent sa mort ou du moins sa captivité.
Un perroquet récemment pris est souvent intraitable et dangereux à approcher. Pour les corriger de cette propension à mordre et à égratigner, il faut leur lancer des bouffées de tabac qui les hébètent et les rendent bientôt on ne peut plus dociles.
Parmi les perroquets, nous avons choisi, pour sujet de l'une de nos vignettes, le kakatoès, cet oiseau si curieux par son intelligence et sa beauté. On sait que les kakatoès doivent à leur cri le nom qu'ils ont reçu. Leur voix, moins criarde que celle des Aras, ne manque pas d'expression, mais ils apprennent très-difficilement à parler.
Les kakatoès se distinguent des véritables perroquets, dont ils portent ia queue carrée, par une huppe placée au sommet de la tète. Cette huppe mobile se redresse dans les moments de colère ou de joie vive et ajoute à la beauté de l'aspect de ces oiseaux. Les mouvements des kakatoès, les ondulations de leur corps ont quelque chose de très-gracieux. Très-caressants et d'un carac tère fort doux, ils sont très-faciles à apprivoiser, et obéissent avec docilité non-seulement à ceux qui les ont élevés et les nourrissent, mais encore aux étrangers qui les choient un peu.
Buffon parle de deux kakatoès remarquables qu'on vit eu 1775 à la foire de Saint- Germain, à Pans. A certaines questions, ils répondaient par signes; ils indiquaient le nombre des assistants, la couleur de leurs habits et jusqu'à l'heure.
Il faut avoir grand soin de ne pas laisser libres les kakatoès dans les appartements. Leur bec extrême- 1 lent fort a bientôt attaqué les tapisseries, les tentures et les bois des meubles. Pour satisfaire à ce besoin de destruction, il suffit d'abandonner aux kakatoès quelque méchant morceau de bois, sur lequel ils essaient la force de leur bec. Buausaw.