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L'ALIIAMBRA. - GP.ENADE. - LES MAURES EN ESPAGNE

( L'Alhambra.

11 brilla peu de temps sur la scène du monde, ce. peuple guerrier el industrieux, fanatique et tolérant, qui civilisa l'Europe, en sortant lui-même delà barbarie, et qui se replongea dans les ténèbres, sitôt qu'il eut répandu la lumière. Le désert de l'Afrique, sa première patrie, devint son dernier asile: les fils de lioabdil allèrent rejoindre les descendans d'Ismaèl; mais dans ce passage rapide, ils laissèrent au monde des souvenirs et des monumens , qui captivent encore notre admiration.

L'Albambra est une des plus brillantes traces du séjour des Maures en Espagne. Ce somptueux édifice, qui remplissait la double destination de palais et de forteresse , est situé sur le sommet du coteau escarpé qui domine la ville de Grenade, semblable à l'Acropolis d'Athènes et au château de Sagonte. Les murs suivent exactement le contour du plateau , et leur épaisseur comme leur situation devait faire de ce lieu un asile inaccessible. Mais si l'aspect extérieur de ces tours présente l'image de la guerre, l'intérieur offre tout ce que le plaisir, l'art, la grâce et l'industrie peuvent réunir de plus agréable et de plus parfait. On se croit transporté au pays des Fées , ou clans ces belles retraites décrites p:ir les poètes orientaux. Que de richesses et en même temps que d'élégance dans cette architecture fantastique! Quelle profusion d'ornemens, quelle finesse de dessins , quelle légèreté, quelle souplesse jusques dans les moindres détails !

Ce qui ajoute encore à l'effet magique de cet admirable monument, c'est la solitude qui règne sous ses voûtes, c'est le silence poétique qui a succédé aux fêtes brillantes, c'est la mélancolie rêveuse qu'inspirent ces ruines, en un mot c'est le contraste de tant de gloire et de tant d'abjection. Et puis, comment ne pas être ému, quand, à chaque pas, on voit les ravages du temps et des hommes? Ici c'est une muraille qui s'écroule, là un portique qui s'affaisse, plus loin une colonne, qui ne peut plus soutenir une arcade chancelante. L'herbe croît au milieu de ces galeries magnifiques : elle ronge ces pavés de marbre, ces murailles si délicatement sculptées. Et l'Espagne contemple froidement le spectacle de ces dévastions , et elle ne songe pas à Tome I.

défendre l'Alhambra contre toutes ces attaques ! Espérons pourtant que le jour viendra bientôt, où soi tant de son apathie , elle apprendra enfin à connaître les trésors qu'elle possède, et saura trouver les moyens de les conserver aux arts et aux sciences.

On monte par une pente irrégulière jusqu'à la porte de l'Alhambra, construite en fer-à-cheval ou plein-cintre outrepassé, comme tous les arceaux moresques. Après avoir passé cette porte , on arrive à deux coins oblongues, la cour des Bains et la cour des Lions ( Quarto de los Leones). Cette dernière surtout est remarquable par sa magnificence. Elle est entourée d'un péristyle de colonnes légères, el ornée, sur deux faces, d'un avant-corps, ou sorte de portique, semblable au portail saillant de quelques églises gothiques, et enrichi de superbes sculptures. Au milieu de la cour, est la fontaine des Lions, en marbre noir, d'où coulait autrefois une eau limpide et abondante, qui, reçue dans des canaux, portait la fraîcheur dans plusieurs appartemens. Cette fontaine a été évidemment construite à l'imitation de la piscine de Salomon; ce qui aura sans doute autorisé l'architecte arabe à s'écarter de la loi de Mahomet, qui défend de représenter des êtres vivans.

C'est près de la cour des Lions, que sont distribués au rez de chaussée , tous les appartemens du palais , les uns , destinés à la représentation et ayant vue sur la campagne, les autres plus frais, plus retirés, n'ayant que de faibles ouvertures sur les portiques intérieurs.

Parmi ces appartemens, qui tous sont célèbres dans l'histoire des Arabes, il en est un surtout où l'on ne peut s'arrêter, sans être vivement ému au souvenir de l'événement terrible , dont il fut le théâtre : c'est la salle où le féroce Boabdil fit massacrer les Abencerrages. Elle a conservé le nom de cette tribu vaillante, et est contignë à la cour des Lions.

L'Alhambra fut bâti par Abu-Abdalla-Ben-Nasser, plus connu sous le nom d'Elgaleb-Billah (ou vainqueur par la faveur de Dieu ) , prince renommé par sa valeur, sa droiture et sa bonté. Il régna à Grenade , depuis l'an 42SI jus-

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qu'en 1373, el cjnsacra à cet ouvrage une partie de ses trésors. Ses successeurs embellirent successivement ce superbe édifice, qui leur servit de résidence jusqu'à la chute de leur empire. Depuis la conquête de Grenade par ies Espagnols, l'Alhanib: a subit plusieurs changemens notables. Séduit par la beauté de la situation, et peut-être encore plus par l'idée de surpasser la magnificence des souverains arabes, Charles- Quint fit élever un palais sur les ruines de quelques parties de cette ferteresse. Mais un édifice moderne figure mal au milieu de ces débris séculaires, qui intéressent bien plus que tous ces monumens élevés par l'orgueil des eonquérans heureux.

On ne saurait parler de l'Alhainbra sans dire quelques mots de Grenade et du séjour qu'y firent les A rabes. ( Dans un autre numéro nous reviendrons sur l'histoire des Maures d'Espagne, et nous examinerons, sous un point de vue plus général, l'influence qu'ils ont exercée sur ce pays.) L'origine de Grenade est environnée d'une obscurité difficile à éclaircir. Tout ce qu'on a dit pour prouver que sa fondation était l'œuvre des Phéniciens ou des Hébreux est dénué de fondement comme de vraisemblance. Les seuls documens authentiques qui restent aujourd'hui ne permettent pas de faire remonter son origine au-delà de la domination des Maures. Les nombreux et magnifiques monumens qu'ils y ont laissés, et qui en font encore de nos jours le plus bel ornement, le caractère essentiellement arabe des plus anciennes constructions de la ville , donnent à cette opinion le poids de la vérité, et les conjectures les plus probables s'accordent à fixer l'établissement de Grenade au Xe siècle, où elle fit partie des états des rois de Gordoue.

Trois siècles après, elle devint la capitale de toute la partie de l'Andalousie qui resta aux Maures, après la prise de Cordoue par Ferdinand II, roi de Casliile et de Léon, et la mort d'Aben-Hut. Ce fut un homme tiré de la charrue, Mahomet-Aben-Alhamar, qui éleva celle nouvelle capitale à l'état de force et de prospérité qui en firent d'abord le centre des grandeurs et des plaisirs, puis le refuge et le dernier boulevard de la puissance moresque.

pendant une période de deux cent cinquante-six ans, non moins glorieuse qu'honorable pour ies possesseurs de cet empire, les arts, les sciences et la civilisation fleurirent parmi eux. La férocité des fils d'Omar avait fait place à la courtoisie, à la générosité, à tous les sentimens chevaleresques des guerriers de l'Occident , et Grenade devint un séjour non moins renommé par la galanterie de ses souverains que délicieux par toutes les recherches du luxe le plus raffiné. Une multitude de pièces authentiques, de cluoniques, de cartels, de romances , attestent cette teinte générale de l'esprit et des mœurs du temps.

Celte noble conduite des rois maures , ce système glorieux d'administration , qui les avaient rendus dignes de leurs succès et de l'amour des peuples, dura jusqu'à la fin du xve siècle. Ce fut alors que la dynastie régnante à Grenade , ayant donné des signes de celte faiblesse , qui précède la chute des souverains, toutes les forces de l'Espagne, concentrées par l'union de Ferdinand et d'Isabelle, poursuivirent jusque dans celle capitale toule la population arabe, chassée successivement des autres places qu'elle occupait en Andalousie. Le moment était d'autant plus favorable pour frapper le coup décisif, (pie des dissenlions intestines divisaient ceux qui auraient dû réunir toutes leurs forces pour soutenir la cause commune. Sans ces divisions déplorables, nul doute que les Maures n'eussent réussi à repousser l'agression , puisque , malgré cet état de choses si désa- TantageuX, ils surent défendre, pendant un siège de plus d'un an , le dernit r rempart de leur puissance. Ils déployèrent, en cette circonstance, le courage le plus héroïque, < t toutes les ressources de l'art militaire, de l'enthousiasme national, cl même du fanatisme religieux. Enfin, il fallut céder Grenade aux armes victorieuses des E pagnols. Ban* nis ou dispersé», ceux qui échappèrent à la mort, remportèrent dans les montagnes des Alpuxarraa el dans les sables

brûlans de l'Afrique, les regrets d'une patrie adoplive, embellie et fertilisée par leurs mains. Ces regrets furent si vifs qu'ils se sont transmis jusqu'à ce jour de génération en génération , et que les Maures n'oublient pas Grenade, les vendredis, dans leurs prières du soir, demandant au ciel de s'y voir rétablis.

Il ne faut, en effet, qu'avoir parcouru cette grande ville, pour comprendre les regrets de ceux qui l'occupaient aux beaux jours de sa prospérité. Air pur, sites enchanteurs , climat délicieux, tout ce qui séduit les sens ou l'imagination, se réunit pour en rendre le séjour aussi agréable que salutaire. Bâtie sur deux collines, et dans le vallon qui les sépare, arrosée par deux rivières, le Darro et le Genil , voisine de la Sierra Nevada , qui l'abrite au nord et à l'est . dominant une plaine riante et fertile , si célèbre sous le nom de Vêga de Grenade, on chercherait en vain une position plus belle et plus avantageuse sous tous les rapports. La proximité des campagnes et l'abondance des eaux y tempèrent l'ardeur du ciel, et entretiennent sur le sol une verdure éternelle.

Malgré tant d'avantages, on ne peut se dissimuler la décadence de cette belle cité. L'Alhambra n'est pas le seul monument que la négligence des Espagnols laisse dépérir : de tous côtés on voit tomber quelques somptueux édifices, nobles reliques des temps passés. Quelques constructions modernes, assez remarquables, se mêlent, il est vrai , sans trop de désavantage, à celles que le temps a dégradées; mais elles ne peuvent dédommager Grenade des perles énormes qu'elle a faites.

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