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RELIGION DES HABITANS DU PÉROU

AVANT LA CONQUÊTE DE CE PAYS PAR LES ESPAGNOLS. — TEMPLE DU SOLEIL A CUSCO.

Il est peu de nos lecteurs qui n'aient lu l'histoire, si curieuse, si riche en grands enseignemens politiques et moraux, de la découverte et de l'invasion du Pérou et du Mexique par les Espagnols. Quelques détails sur les mœurs de ces peuples intéressans , si cruellement traités par leurs nouveaux maîtres, sur l'état de leur civilisation et leurs croyances religieuses, nous ont paru devoir offrir quelque intérêt à notre public. Nous commencerons par la description de leurs coutumes religieuses et du temple somptueux qu'ils avaient élevé au Soleil; description empruntée en grande partie à un auteur espagnol , né au Pérou même , Garcilasso de la Véga.

Comme les beautés de ce temple , dit cet historien , sont au-dessus de ia croyance humaine, je n'oserais presque pas les rapporter ici, si les écrivains espagnols qui ont écrit sur le Pérou n'en convenaient avec moi ; mais ni ce qu'ils en ont dit, ni ce que je pourrais y ajouter, n'est capable de donner une idée exacte de la richesse de ce monument religieux.

Les quatre murailles du temple, à les prendre du haut en bas , étaient toutes lambrissées de plaques d'or. Sur le grand autel , on voyait la figure du Soleil, faite de même sur une plaque d'or, deux fois plus épaisse que les autres. Cette figure, qui était d'une seule pièce , avait le visage rond , en- TOME II. —Février i835.

vironné de rayons et de flammes. On ne voyait que cette seule idole , parce que ces Indiens n'en avaient point d'autres, ni dans ce temple, ni ailleurs, et qu'ils n'adoraient point d'autres dieux que le Soleil , quoi qu'en disent quelques auteurs.

Lorsque les Espagnols entrèrent dans la ville de Cusco, cette figure du Soleil échut par le sort à Manceo Serra de Lequicano, gentilhomme castillan. Comme ce seigneur aimait fort le jeu , et que cette figure l'embarrassait, à cause de ses dimensions gigantesques, il la joua, et la perdit dans une nuit , ce qui donna lieu à ce proverbe : Il joue le soleil avant qu'il ne soit jour.

Aux deux côtés de l'image du Soleil, étaient les corps des rois du Pérou , rangés par ordre, selon leur ancienneté, et si bien embaumés, dit Garcilasso de la Véga, sans qu'on pût savoir comment, qu'ils paraissaient être en vie. Ils étaient assis sur des trônes d'or, élevés sur des plaques du même métal.

Toutes les portes du temple du Soleil étaient couvertes de lames d'or. De plus, autour des murailles de ce temple, il y avait une plaque d'or, en forme de couronne ou de guirlande , qui avait plus d'une aune de large.

A côté de ce temple , on voyait un cloître, dont les quatre murailles étaient ornées par le haut d'une guirlande d'or pur d'une aune de large, comme celle dont on vient de parler. Après s'en être emparé, les Espagnols lui en substituèrent une de fer-blanc, de même largeur que la précédente.

Tout autour de ce cloître, il y avait cinq grands pavillons carrés, couverts, et en forme de pyramides. Le premier était destiné à servir de logement à la Lune , sœur et femme du Soleil , et la mère de la famille des Inos. Ses uortes et ses murailles étaient couvertes de plaques d'argent, par analogie avec l'aspect de la Lune, dont la figure était représentée comme celle do Soleil, avec cette différence, qu'elle était sur une plaque d'argent, et qu'elle avait le visage d'une femme.

L'appartement le plus proche de celui de la Lune était celui de Vénus, des Pléiades, et de toutes les autres étoiles, en général, que les Péruviens disaient être les servantes de la Lune. Ils leur avaient donné, disaient-ils, un logement auprès de leur dame, afin qu'elles pussent la servir plus commodément. Le motif pour lequel ils pensaient que les étoiles étaient au ciel pour le service de la Lune et non du Soleil, c'est qu'ils les voyaient de nuit et non de jour.

Cet appartement et son grand portail étaient couverts de plaques d'argent, comme celui de la Lune. Son toit représentait un ciel semé d'étoiles de différentes grandeurs. Le troisième appartement, proche de ce dernier, était consacré à l'éclair, au tonnerre et à la foudre.

On ne regardait point ces trois choses comme des dieux, mais comme les valets du Soleil , et on en avait la même opinion que les païens de Rome et de la Grèce , qui regardaient la foudre comme un instrument de la justice de Jupiter. S'il arrivait qu'une maison ou un autre lieu fût frappé de la foudre, les Péruviens l'avaient en si grande abomination, qu'ils en muraient aussitôt la porte avec des pierres e de la boue, afin qu'il n'y entrât jamais personne; et si la foudre tombait à la campagne, ils en marquaient l'endroit avec des bornes, et personne n'osait y mettre le pied.

Les Péruviens avaient consacré le quatrième appartement à l'arc-en-ciel , parce qu'il procédait du Soleil. Cet appartement était tout enrichi d'or, et sur les plaques de ce métal on voyait représenté, avec toutes ses couleurs, un arc-enciel qui s'étendait d'une muraille à l'autre. Lorsqu'ils le voyaient paraître en l'air, les Péruviens fermaient aussitôt la bouche, qu'ils couvraient del?, main, parce qu'ils s'imaginaient que s'ils l'ouvraient tant soit peu , leurs dents en seraient pourries et gâtées.

Le cinquième et dernier appartement était celui du grand-sacrificateur et des autres prêtres qui assistaient au service du temple , et qui devaient être tous du sang royal des Incas. Cet appartement, enrichi d'or depuis le haut jusqu'au bas, servait de salle pour les audiences, et on y délibérait soit sur les sacrifices qu'il convenait de faire, soit sur les autres choses qui concernaient le service du temple. On ne pouvait ni manger ni dormir dans son enceinte.

Sur les murailles de cet appartement on voyait des niches dont les contours étaient ornés de pierres fines, et principalement d'émeraudes et de turquoises.

Outre les cinq grands pavillons dont nous venons de parler, il y avait aussi dans la maison du Soleil plusieurs 'autres appartemens pour les prêtres, et les domestiques . qui étaient delà classe des Incas qu'on appelait privilégiés; car aucun Indien , quelque grand seigneur qu'il fût , ne pouvait entrer dans celle enceinte sacrée s'il n'était Inca. Les femmes n'y pénétraient pas non plus , pas même les filles, ni les femmes du roi. Les prêtres servaient dans le temple par semaines , qu'ils comptaient par les quartiers de la lune ; durant ce temps là , ils ne voyaient jamais leurs femmes , et ne sortaient du temple ni jour ni nuit.

Les Indiens qui servaient dans le temple en qualité dfl valels, comme les portiers, les balayeurs, les cuisiniers, |£S sommeliers, les sens de garde-robe, et ceux qui avaient le soin des joyau* , etc., étaient de la même nation et des

iiiriiies villes que ceux qui servaient dans la maison du roi ; t r il y avail des villes obligées ù donner des officiers pour la maison de; l'Inca et pour celle du Soleil, iii'aui remarquer

Ici que dans ces deux maisons, à (\uise de la relation qui existait culte le père cl le lils , il n'y avait mienne différence

dans le service qu'on leur rendait , si ce n'est que les femmes ne pénétraient point dans la maison du Soleil , et que l'on ne faisait aucuns sacrifices dans le palais de l'Inca; mais du reste tout était égal dans les deux demeures et pour la grandeur et en majesté.

Nous terminerons cette description des merveilles du temple de Cusco par l'indication d'un genre particulier d'ornemens dont la richesse et la rareté devaient éclipser tous les autres , et à l'existence desquels on a peine à croire, bien qu'elle soit attestée par un grand nombre d'historiens espagnols , et par Garcilasso de la Véga entr'autres. Cet auteur raconte que le temple du Soleil était orné d'une grande quantité d'arbres à fruits et de fleurs en or, en argent et en diverses matières précieuses, fabriqués avec beaucoup d'art. Ce fait ferait supposer dans les ouvriers péruviens une grande adresse , surtout quand on compare la difiicullé de ces travaux à la simplicité , pour ne pas dire à la grossièreté des outils dont ils faisaient usage.

Entre les temples les plus fameux qui furent dédiés au Soleil dans le Pérou, et qui étaient à peu près comparables à celui de Cusco, il y en avait un dans l'île appelée Titicaca qui était fort célèbre. Ce lieu était un objet particulier de vénération pour les Péruviens, parce que leurs prêtres leur avaient dit que les premiers Incas , enfans du Soleil , s'y étaient arrêtés quand ce dieu les avait envoyés sur la terre pour apprendre aux peuples barbares leurs devoirs religieux et les secrets des ails.

On faisait dans ce temple le même service que clans celui de Cu>co , et l'on y recevait une très grande quantité d'offrandes d'or et d'argent, sous la forme d'ustensiles et de meubles précieux. Le révérend père Bias Valera dit, en parlant des prodigieuses richesses de ce temple. , qui s'y voyaient entassées par monceaux , que de l'or ei de l'argent qui était resté des offrandes faites en celle île, on en pouvait bâtir un autre temple, depuis les fondations jusqu'au toit, sans aucun mélange d'autre matière; à quoi il ajoute que les Indiens jetèrent tous CîS trésors dans les eaux qui entouraient celle île dès qu'ils apprirent que les Espagnols étaient abordés au Pérou et qu'ils enlevaient toutes les richesses qu'ils y trouvaient.

« Quand un Indien, dit Garcilasso de la Véga, pouvait avoir un seul grain de maïs, ou de telle autre semence qui fût venue de celte île, pour le mettre dans ses greniers, il croyait fermement que de sa vie il ne manquerait de pain ; tant la superstition de ces peuples était grande à l'égard des choses où leurs Incas étaient mêlés , quelque petites et peu importâmes qu'elles fussent. »

LINNE.

Ce grand homme auquel on a donné le nom de prince des botanistes, et qu'il eût été plus juste de qualifier de prince des naturalistes, naquit le 2-4 mai 1707 à Hoèsthult, ville de Suède, d'un ministre protestant, pauvre mais estimé. Sa jeunesse loute entière fut une longue lutte entre les contrariétés et la misère qui trop souvent éteignent le gaiie naissant.

Destiné de bonne heure à l'étal ecclésiastique, Linné quitta la maison paternelle pour entrer an collège où il montra peu d'ardeur pour l'étude des langues anciennes et chercha des distractions dans l'étude de la botanique. Tavcd'meapacilé par ses mailies, il se vil contraint à entrer en apprentissage chez un cordonnier. Le médecin de sa famille sut persuader à Linné père que son fils était doué de plus de capacité qu'on ne lui en supposait communément . et Linné, remis au collège, fut, quelques années plus tard, envoyé à l'université de l.unden, puis à celle d'ipsal.

Ce fut à celte époque de sa vie, (pie Linné qualifie pourtant d'heureuse, que < e grand homme se ■ il réduit à raccommoder les souliers desescamaïadespours procurai' un I peu de pain. Ce temps de détresse dm a peu. Oiaus Celsius, si connu par sa vaste érudition , lo lira de ecl étal déplora-

ble; il l'associa à ses travaux, lui donna un logement, lui offrit sa ialile , el le mit à même de jouir d'une riche bibliothèque. L'aca. émie des sciences d'Upsal, le fit envoyer en Laponie pour étudier cette contrée aux frais de l'état.

Linné n'avait alors que 24 ans, et cependant il déploya dans ce voyage une activité prodigieuse; il fit à pied en moins de six mois, deux cent cinquante lieues, sans compter les déviations inévitables , attachées aux courses qui ont pour but l'histoire naturelle. On peut facilement imaginer tout ce que dut souffrir l'intrépide voyageur dans cette contrée désolée, aussi redoutable par la chaleur dévorante d'un été de quelques mois que par la prodigieuse intensité d'un hiver qui lui succède brusquement pour durer les trois quarts de l'année. Le jeune naturaliste escalada les monts, passa les lorrens, les fleuves et les lacs, pénétra dans les cavernes et dans les cratères à demi éteints , et brava avec courage les plus cruelles comme les plus longues privations. Ce voyage valut à l'université d'Upsal , de belles collections de gantes , d'insectes et de minéraux, et un ouvrage reniarquable sur les richesses naturelles de la Laponie.

Après avoir goûté quelques inslans de repos, Linné alla visiter les mines de Suède, étudia la minéralogie avec tant d'ardeur qu'il put la professer à son retour à Upsal. Ses succès furent même si marqués qu'ils excitèrent la jalousie du professeur Rosen ; le cours fut suspendu par ordre de l'université à laquelle Linné n'appartenait pas encore. Irrité d'une pareille défense, celui-ci menaça Rosen et l'osa provoquer; mais Olaus Celsius interposa sa médiation, et Linné se réconcilia pour toujours avec Rosen.

Après cet événement, Linné crut devoir quitter Upsal, et alla exercer la médecine dans une autre ville de la Suède, à Falhun où il fut fiancé à la fille du docteur More : quelque temps après il passa en Danemarck , parcourut une partie de l'Allemagne et se rendit en Hollande, célèbre alors par la richesse de ses horticultures, avec l'intention d'y demeurer quelques années.

En passant à Hambourg, Linné dévoila une supercherie qui jusqu'alors n'avait trouvé que des admirateurs crédules. On faisait voir dans un cabinet une hydre à sept têtes : trop éclairé pour croire à de pareils écarts de la nature, Linné examina le monstre avec une attention scrupuleuse, et reconnut que les prétendues têtes étaient autant de museaux de belettes réunies avec beaucoup d'art, et revêtues d'une peau de serpent.

Le plus riche des jardins de la Hollande, en plantes étrangères au pays , était alors celui d'un amateur appelé Cliffort; Linné qui était dans un état fort précaire, malgré sa célébrité naissante, Linné résolut, pour échapper en même temps au besoin et à Pimportunité , d'entrer en qualité de jardinier chez l'horticulteur hollandais. Il se rendit donc chez lui, se présenta, fut admis el travailla quelque temps avant d'attirer l'attention du maître. Mais reconnu par un voyageur qui l'avait vu à Upsal , l'incognito cessa aussitôt, et peut-être Linné l'eût-il regretté, si Cliffort, un peu honteux d'avoir pu se méprendre, ne se fût empressé de le retenir, en lui offrant avec amitié la place de directeur de son magnifique jardin.

Ce fut aux frais de Cliffort que fut publié l'ouvrage dans lequel Linné exposait la nouvelle méthode d'après laquelle il classait les plantes, et à laquelle il a donné son nom. Cet homme généreux força Linné de recevoir les bénéfices de la vente de cet ouvrage et voulut, en outre, qu'il voyageât en Angleterre à ses frais.

Linné se fit de nombreux disciples dans ce pays, et telle fut l'enthousiasme qu'y produisit la découverte de son système qu'il balança un instant s'il ne s'y fixerait pas. Mais il revint en Hollande, visita la France, et enfin revit la Suède où l'appelaient les vœux de ses concitoyens.

Dès ce moment une existence heureuse et brillante fut le partage de Linné. Marié à la fille du docteur More qui, comme nous l'avons dit plus haut, lui était déjà fiancée, il devint, en peu de temps, botaniste du roi, président de

l'académie de Stockholm , professeur d'anatomie à l'université d'Upsal , puis professeur de botanique et directeur du Jardin des Plantes. Linné était parvenu dès lors au plus haut point qu'un savant pût atteindre en Suède , car, dans ce pays, le gouvernement interdit aux hommes qui cultivent les sciences avec succès les emplois qui peuvent les en détourner.

Linné se complut dans la retraite et refusa les offres de plusieurs souverains étrangers qui voulaient l'attirer dans leurs États. Ce fut en donnant une leçon sur les systèmes en botanique qu'il fut frappé d'apoplexie. Cet accident se renouvela deux ans après, le priva de ses facultés intellectuelles, et le conduisit au tombeau le 10 janvier 4778, à l'âge de soixante-dix ans et huit mois.

Upsal fut dans le deuil le jour des funérailles de Linné, Le roi de S .ède fit frapper une médaille en son honneur, fit élever un tombeau dans la cathédrale d'Upsal, et rendit un éclatant hommage à sa mémoire dans un discours qu'il prononça devant les États de la Suède.

Linné était d'une taille au-dessous de la moyenne , mince, mais bien fait. Sa lêle était large, sa physionomie franche et ouverte ; ses yeux vifs et perçans avaient une expression de finesse très remarquable; il avait une santé robuste, et quittait son travail dès que son esprit ne lui paraissait plus disposé à seconder ses intentions.

Esprit supérieur et profond , Linné sut allier, à d'immenses connaissances en histoire naturelle , le respect des dogmes religieux. On lisait écrit au-dessus de la porte de son cabinet : « Vivez clans l'innocence, Dieu est présent. » Les premières lignes, écrites par ce grand homme dans son ouvrage intitulé : Système de la nature, sont une admirable profession de foi : « Eternel, immense, sachant tout, pouvant tout, que Dieu se laisse entrevoir et je suis confondu. J'ai recueilli quelques-unes de ses traces dans les choses créées, et, dans toutes, dans les plus petites même, quelle force ! quelle sagesse! quelle inexprimable perfection! Les animaux, les végétaux et les minéraux, empriui tant et rendant à la terre les élémens qui ont servi à leui formation , la terre emportée dans son cours immuableautour du soleil dont elle reçoit la vie, le soleil lui-même tournant avec les autres astres , et le syslèmejentier des étoiles suspendu en mouvement clans l'abîme du vide par celui qu'on ne peut comprendre, le premier moteur, l'être de? êtres, la cause des causes, le conservateur, le protecteur universel et le souverain artisan du monde. — Qu'on l'appelle destin; on dira vrai : il est celui de qui tout dépend. — Qu'on l'appelle nature, on dira encore vrai : il est celui de qui tout est né. — Qu'on l'appelle providence , on dira encore vrai : car c'est sa seule volonté qui soutient le monde. »

Quel fut dans sa vie privée l'écrivain qui traça cet admirable tableau , un homme simple dans ses mœurs et dans ses habitudes, causant familièrement avec ses élèves, remarquable par une gaieté franche et naïve, une conversalion enjouée où la science n'apparaissait jamais hérissée de ces grands mots qui la font si redoutable dans la bouche des faux savans , un homme qui ne dédaignait pas , malgré ses cheveux blancs , de partager les plaisirs de la jeunesse. « Tous les dimanches, dit Fabricius, l'un de ses élèves, nous recevions la visite de Linné et de sa famille. Nous avions toujours alors un paysan qui jouait d'une espèce de violon , et nous dansions avec une joie et une satisfaction infinies. Le savant vieillard nous regardait avec intérêt , assis et. fumant sa pipe, et de temps en temps il se levait et se joignait à la danse polonaise dans laquelle il surpassait de beaucoup les plus jeunes de la compagnie.... Tous les samedis, Linné faisait une grande herborisation. La troupe joyeuse,, qui s'élevait souvent à cent cinquante élèves de toutes les nations , était partagée en petites bandes , qui , d'abord séparées , devaient se réunir à une heure convenue. Linné ne gardait près de lui que les jeunes gens les plus instruits de la troupe ; de temps en temps on désignait pour lieu ds

rendez-vons le vieux château de Safja , vers lequel on se dirigeait non sans pousser des cris de joie que jamais Fil-

( Linné, dans son costume de Lapon. )

lustre professeur ne songeait à réprimer. A peine était-on arrivé , Linné déterminait les plantes récoltées ; une table de vingt couverts, chargée de fruits et de laitage, était bientôt dressée; ceux d'entre les élèves qui avaient trouvé les plantes les plus rares , ou qui en avaient déterminé le plus grand nombre, s'asseyaient à la table du maître; le reste de la troupe mangeait debout , espérant mériter quelque jour un honneur que tous enviaient. »

L'influence que Linné a exercée sur son siècle est prodigieuse. Non-seulement il soumit à des règles invariables la marche des sciences naturelles, mais encore il imprima aux sciences physiques , en général , un caractère nouveau , et poussa les esprits vers l'ordre et la méthode : on peut remarquer aussi qu'en simplifiant l'étude des sciences naturelles, il a procuré à ses successeurs une grande économie de temps qui a tourné au profit de la société tout entière, en accélérant la marche de l'esprit humain.

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