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LE VÉSUVE

Une foule de curieux, accourus de tous les points du globe, s'étaient donné rendez-vous à Naples, pour assister au magnifique spectacle d'une éruption du Vésuve, que des signes certains avaient annoncée. Ce phénomène a eu lieu à deux reprises différentes ; .d'abord dans le mois de juillet , et enfin dans les derniers jours d'août. La première éruption a été peu remarquable, mais la seconde est une des plus violentes et des plus belles qu'on ait jamais vues,

D'abord le nouveau cône disparut derrière un nuage épais de fumée noire; puis, trois heures après, une secousse eut lieu , et pendant la nuit se succédèrent des éjections de sables enflammés, de pierres et de scories. Alors la lave s'écoula par deux ouvertures, mais elle ne parcournt que six à sept pieds par minute.

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Peu après, deux nouvelles bouches s'ouvrirent, annoncées par de violentes détonations; une immense colonne de fumée noire et épaisse s'élança dans les airs, un effroyable torrent délave, divisé en plusieurs courans, envahit un espace immense de terrain , engloutit plusieurs villages, et couvrit de cendres tout le pays environnant. Le courant principal avait un tiers de lieue de largeur et une profondeur de quinze pieds ; il parcourut plus d'une Jieue en longueur.

Même avant d'être attaqués par la lave, les arbres se desséchaient, les feuilles se raccornissaienl avec un frémissement sonore , les branches s'incendiaient avec une blanche et vive lumière , tandis que les troncs étaient à peine réduits en cendres vers le milieu.

La mer était dans une épouvantable agitation , et cependant la sécurité de l'air n'était pas troublée. Pendant plusieurs nuits on voyait s'élever du mont Vésuve comme un pin gigantesque, dont les racines ressemblaient à du corail et dont le tronc était couleur de bronze; le reste de l'arbre, éclairé par la lune qui se trouvait au-dessus, avait tout l'éclat de l'argent. Des ruisseaux de feu serpentaient au pied de cet arbre colossal et augmentaient l'effet pittoresque de celle scène vraiment admirable.

Après les détails que nous venons de donner sur la dernière éruption, on ne lira pas sans intérêt une description succincte du mont Vésuve.

On monte au cratère par une pente assez douce, au milieu de champs cultivés et de beaux vignobles traversés, de loin en loin, par des courans de laves plus ou moins anciens, noirs , raboteux et stériles. A une certaine hauteur, on trouve une maison habitée par trois ermites qui fournissent aux voyageurs un frugal repas. Trois ormeaux à i'épais feuillage se trouvent dans ce lieu ; ce sont les derniers arbres que l'on rencontre sur le mont. Plus haut, la pente devient très-rapide , et des courans de lave refroidie la sillonnent en tous sens. Les ânes qui servent de montures mettent beaucoup d'adresse pour éviter les mauvais pas; dans les endroits les plus rapides, il leur faut tout à la fois porter les voyageurs et traîner les conducteurs qui s'attachent à leur queue.

Le cône , dont le pied est composé de cendres ou plutôt d'une sorte de sable volcanique, forme un angle tellement prononcé, qu'on ne peut guère y grimper qu'en ss servant de ses pieds et de ses mains. Après une heure de marche, on arrive à un endroit où la chaleur du sol se fait sentir; des vapeurs brûlantes sortent d'un grand nombre de petites crevasses, dont les paroisgsont couvertes d'efflorescences de soufre. En approchant Pb-reille , on entend un brait semblable à celui d'un liquide en ébullition, et si on y plonge du bois ou'tlii papier, ils s'enflamment promptement: quelques pas plus haut, on trouve le bord du cratère même.

Ce cratère est un vaste entonnoir de quatre ou cinq cents pieds de profondeur, dont la pente est couverte de cendres graveleuses , et dont le fond présente tantôt une surface solide, semblable ù celle du res:e du Cône, tantôt une fournaise'd'où s'échappent de temps à autre des flammes et des éclairs à travers des nuages, alors même (pie le vole m n'est pas en éruption.

Le tour du cratère a une demi-lieue de circonférence el son bord a peu de largeur. De là, l'œil domine la mer cl une grande partie du royaume de Naples. Le voyageur aperçoit sous ses pieds les villes et le* villages bâtis sur les ruines des cites antiques que le volcan a ensevelies, et il ne peut se défendre d'un sentiment de frayeur en songeant au sort qui menace (Xi modernes demeures. Des signes précurseurs annoncent, il est vrai, aux hahilans les éruptions du Vésuve; des commotions intérieures Ibnl trembler la terre et sont accompagnées de bruits sourds; les puits tarissent et les

animaux sont. Frappés d'épouvante. Aussi le Napolitain se

eonlentc-l-ll de placer des sentinelles pendant la nuit, et dort-il, sans crainte d'être surpris par l'éruption. Les mai-

sons les plus exposées sont estimées au même prix, à peu près, que toutes les autres.

Ce qui attire les Napolitains dans ces lieux, tant de fois désolés, c'est l'extrême fertilité du sol qui donne trois recolles dans une seule année. Les fruits y sont délicieux. La vigne y produit ce vin célèbre connu sous le nom de Lacrijmà-Chrisii. Une population nombreuse se presse sur la base du Vésuve. Partagée en petites propriétés de trois à quatre arpens, cette terre pourrait nourrir trois fois autant d'habitans. Les produits de la culture ne sont pas au reste les seules richesses que procure le Vésuve. La lave de ce volcan se transforme en pavés, en murailles, et même en élégans joyaux que le commerce transporte au loin.

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