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ANGLETERRE

Les comtés du Cumberland, du Westmoreland et du

Lancashire.

Le voyageur qui a parcouru l'Angleterre garde longtemps le souvenir des beaux paysages des trois comtés du Cumberland , du Westmoreland et du Lancashire. C'est quelque chose de moins sauvage que l'Ecosse, de moins âpre que les Alpes. De la grandeur dans l'élégance; de la grâce dans la mélancolie ; je ne sais quoi de simple et de varié, de sombre, de brillant, de rustique et de pittoresque. On s'imaginerait difficilement un petit monde plus bizarre que celui de ces trois comtés. Non-seulement la nature y est sauvage , mais les hommes , les habitations , les mœurs , portent un caractère spécial. C'est une variété infinie dans un espace très étroit : les dentelures des bords des lacs , les mille découpures des îles , les baies sans nombre que forment leurs rives , les golfes verdoyans qui s'offrent à vous , les crêtes des montagnes qui s'élèvent à pic et ombra-

gent de petits vallons délicieux , les miniatures de cataractes qui tombent de toutes parts avec un grand bruit et beaucoup d'écume , quoique la masse des eaux soit peu considérable ; les attitudes grotesques des collines , la vieillesse grise et chenue des chênes et des bouleaux , la verdure veloutée et semi-violette des gazons, multiplient les accidens du paysage avec une diversité coquette qui ne se retrouve pas même en Suisse.

Nulle part vous ne rencontrez cette nullité plate des longues plaines qui font acheter leur fécondité par leur ennui; partout, au contraire, le paysage vous est fermé par une digue inattendue , un ruisseau plus bruyant que dangereux, une barrière rocheuse qui s'élève à l'improviste. Il y a des sentiers où un mulet ne poserait pas le pied ; des lacs qui serpentant avec une singularité qui ressemble à de la folie , ne suffiraient pas à remplir un des bassins de Versailles. Il y a des montagnes naines , les unes boisées , les autres aussi nues et aussi fières de leur nudité granitique que le mont Blanc ou les Apalanches. Ce grandiose au petit pied, cette diversité sans fin , le silence des lieux , la douceur des habitans, le mélange des mœurs champêtres , des habitudes à demi sauvages de la chasse ou de la pêche, prêtent un charme profond à cette partie de l'Angleterre.

Les comtés ont leur époque de récolte et de morte saison. Lorsque vient le beau temps , lorsque la race des dandies anglais s'extravase sur le sol de la Grande-Bretagne et sur le continent envahi , lorsqu'il est de bon goût d'aller voir les lacs, alors un grand mouvement s'opère dans les trois comtés. On achète des filets , on répare les barques , les auberges se garnissent; les beautés du Lancashire renouvellent leurs atours , et se rappellent que plus d'un voyageur en quête du pittoresque a ramené à Londres ou à Bristol quelque jeune fille de fermier, devenue femme d'un riche marchand ou d'un lord. Les jeunes filles du Lancashire, si remarquables par la blancheur de leur peau , la délicatesse de leur teint, la profusion de leurs cheveux cendrés , la finesse de leurs extrémités, ont prouvé par plus d'un exemple romanesque la réalité de ce pouvoir surnaturel dont les doue le bruit populaire qui les appelle du nom de fées. {Lancashire Witches.)

(Une vue du Cumberland.)

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