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AVANT LE CONGRÈS

Comment il se fait que j'ai pris parti dans la question de la liberté des représentations publiques d'hypnotisme.

Le 4 juin 1887, je fis à la Classe des Sciences de l'Acadéinie royale de Belgique une lecture sur l'Origine des effets cur'a- . difs de l'hypnotisme (1).

C'est dans cet opuscule que je rapporte, entre autres, une des expériences les plus importantes que l’on ait faites dans cet ordre d'idées. Un de mes sujets avait consenti à se laisser faire aux deux bras deux brûlures égales et symétriques. L'une fut abandonnée à elle-même; l'autre, si je puis ainsi parier, fut suggestionnée. Celle-ci ne présenta aucun phénomène inflammatoire et sécha presque dès sa formation; celle-là suivit le cours ordinaire. L'expérience avait été ensuite répétée dans des conditions absolument scientifiques, par mon collèwue, M. von Winiwarter, le savant chirurgien si connu du monde médical.

(1) La brochure, tirée malheureusement à un petit nombre d'exemplaires, et publiée chez F. Alcan , fut promptement épuisée.

pue

Ma lecture souleva dans la Classe un certain émoi, suivi d'un débat. Des confrères craignirent de déshonorer les Bulletins en y insérant ma communication. L'Zndépen‘iance du 21 juin hésitait à reproduire le résumé qui en avait paru au Moniteur. «Il ne faut pas moins, écrit-elle, que ces deux cautions (l'Académie et le Moniteur) pour nous déterminer à reproduire ce résumé extraordinaire; on croit rêver!»

La Revue Médicale Belge — c'est le titre d'un journal, mais on peut l'entendre comme nom commun — consacra à mon travail un long article (10 août 1887), qui fit le tour des journaux <péciaux de la Belgique, et où M. Delbœuf — qui n'est pas médecin ! — est joliment arrangé. Il observe mal, il raisonne mal, il expérimente mal, et ses explications sont « nalheureuses ». Pour le rédacteur, il est clair que « l'hypnotisme parait plutôt intervenir en suspendant le travail des couches corticales du cerveau soit par fatigue, soit par anémie, et en transformant l'individu en une espèce de machine automatique , en un être essentiellement réflexe ». Cette explication a le mérite de pouvoir servir aussi à montrer pourquoi la fille de Géronte était muette : « C'est que le travail des couches corticales étant suspendu, Lucinde était transformée en un être essentiellement privé de la parole. » .

L'auteur concluait en ces termes : « De tout cela, il résulte que le domaine de l'hypnotisme est encore bien mal délimité et des plus obscurs. L'avenir... nous réserve, peulétre, en lui un moyen thérapeutique digne d'être employé; mais, avant de se prononcer en toute lumière (?), il conviendra de refaire les expériences, de les étudier avec le plus grand soin et de les soumettre à une critique sévère et scientifique. Ce sera surtout aux neuro-pathologistes et aux physiologistes qu'incombera (le lecteur voudra bien remarquer ces futurs) cette tâche. » Quant aux fiers Sicambres (c'était ainsi que j'avais appelé les médecins), «le temps n'était guère proche où ils adoreraient ce que jusque-là ils avaient brûlé ».

Prophétie téméraire! Trois mois après, M. le Dr Thiriar, agrégé à l'Université de Bruxelles et représentant, réclamait

pour lui et ses confrères le monopole de l'hypnotisme. Lui non plus ne croyait pas d'abord au magnétisme et à ses effets : mais il revenait de Nancy et de Paris, et, ma foi, il avait vu là des choses qui avaient vaincu son scepticisme.

Le Ministre de la justice, M. Lejeune, répondant à M. Thiriar, se retrancha dans son incompétence et, par un lapsus linguæ très excusable dans la circonstance, confondant l’Académie des Sciences où j'avais soulevé la question de l’hypnotisme, avec l'Académie de Médecine qui en ignorait l'existence, dit que celle-ci s'en était occupée. Il n’en fallut pas davantage pour que ce corps se considérâät comme saisi de l'affaire. Il nomma une Commission chargée de lui présenter un rapport sur le danger des représentations publiques d'hypnotisme. |

Pendant que la Commission travaillait à ce rapport, je publiai dans le Journal de Liège, des Lettres (1) où je réfutai point par point le discours de M. Thiriar , montrant le peu de fondement des faits allégués, et l'inanité des craintes formulées. Le rapport de M. Masoin, professeur à l'Université de Louvain, parut sur ces entrefaites, et je le soumis à la même critique minutieuse.

Les savants de Nancy, MM. Liébeault, Bernheim et Liégeois, prirent intérêt au débat, et m'écrivirent des lettres — que je publiai — où ils soutenaient ma thèse. Cette thèse est bien simple : il ne faut pas, sans motif grave, mettre l'individu ni la société en tutelle; rien de dangereux comme de porter atteinte à la liberté; contre les abus il faut recourir, autant que possible, à la loi répressive plutôt qu’à la loi préventive. |

Mais cette thèse est surtout en harmonie avec le caractère de l’enseignement en Belgique.

On ne se doute guère, en France, que, dans le fait, la loi

(1) Depuis publiées à part sous le titre de l’Hypnotisme et la liberté des représentations publiques ; lettres à M. le professeur Thiriar, représentant (in-8, 111 pages). Liège, Desoer, 1888,

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de 1876 sur l’euseignement a proclamé la liberté des professions. Pour être médecin, il suffit d'obtenir son diplôme d'une université de l’Etat ou d'une université libre. Fonde upe université libre qui veut — y donne l’enseignement qui on veut et comme on le veut —les examens s'y passent comme on veut; et pourvu que les diplômes mentionnent que le docteur a été interrogé sur les matières déterminées par la loi, l'Etat les entérine, sans qu'il ait le droit de s'assurer que l'interrogatoire a été sérieux, ni même que ces matières ont été enseignées. |

Aussi, depuis cette loi, la prospérité des universités libres ne connaît plus de limite ; et l’université libre catholique de Louvain crée à elle seule plus de médecins que les trois autres ensemble, à savoir, l’université libre de Bruxelles et les universités gouvernementales de Liège et de Gand. Presque tous les médecins de l'armée et ceux des pays flamands viennent de Louvain — et dans un village, le médecin est une puissance politique. Et pourtant comment la médecine peut-elle être enseignée dans une petite ville où il est déjà arrivé que, pendant toute une semaine, on manquât de cadavres, où les laboratoires font défaut, où les hôpitaux sont insuffisants ? C'est pourquoi le gouvernement catholique actuel cherche encore à réduire les semblants de garantie qu'exigeait la loi de 1876, et propose de supprimer, en fait, l'obligation, pour le futur docteur, de suivre une clinique.

Si, dans mes Lethres sur l'hypnotisme, je demande pour chacun la faculté de pratiquer l’hypnotisme sous sa responsabilité, c'est, entre autres raisons, parce que le diplôme médical, dans les conditions où on peut chez nous l'obtenir, est illusoire, et que les menaces de la loi répressive fournissent au public plus de garanties. Aussi j'avais édité ces Lettres à Liège, et n'avais nullement songé à les répandre en France. Elles n'ont été mises en dépôt chez aucun libraire de Paris.

La Revue de l'hypnotisme intervient dans le débat qui se poursuit en Belgique.

J'en avais toutefois envoyé des exemplaires à mes correspondants et, naturellement, à M. Bérillon , directeur de la Revue de l'hypnolisme. :

C'est en janvier que l'Académie de Médecine de Belgique avait été saisie de la question de la règlementation de l'hypnotisme, et c’est en mai seulement que la Rerue de l'hypnolisme se mit à pousser vigoureusement sa campagne contre les magnétiseurs publics. Elle débuta par la reproduction de Ja fin du rapport de M. Masoin, et elle continua en reproduisant in extenso ou avec de longs développements tous les discours favorables à sa thèse, entre autres, celui d'un M. Guermonprez de Lille, aussi vide de faits que d'idées, et en réduisant à quelques lignes tous les autres. Ainsi l'exige l'impartialité de la science. Mais de plus, dans le n° de juin, M. le directeur lui-même, à ma grande stupéfaction, publia contre moi un article de fond à la première page. Voici cet article :

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