‹ Magnétiseurs et médecinsChapitre 9 sur 20 · PT EE · texte numérisé non relu

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eux, et que j'en ai démontré l’exagération et souvent la fausseté (je donnerai plus bas quelques spécimens de cette enquête); que j'ai réfuté avec observations et expériences à l'appui — expériences originales et pour la plupart inédites — les légendes touchant l'oubli incoërcible des somnambules, leur asservissement absolu à l’hypnotiseur, leur passivité à l'égard des suggestions criminelles qui les rendrait de commodes instruments de crimes, leur assimilation à des hystériques ou à des névropathes ? Qui se douterait que c’est à la suite d’une discussion aussi complète et aussi serrée que possible, que j'affirme que l'interdiction des séances publiques porte atteinte à la liberté, à la justice, à la morale, à l'humanité, à la science? Personne. Et M. le Rapporteur joue à cette assemblée, devant laquelle il a l'honneur de parler, le tour de lui arracher des applaudissements en gonflant sa voix et en enfilant des périodes contre un adversaire à qui il a pris soin d'enlever ses armes.

Tel a été le prologue. Voici l’épilogue.

Ce rapport, dont tous les paragraphes furent accueillis par des bravos frénétiques, ne souleva qu’un semblant de discussion. M. Bourdon raconta l'histoire de jeunes gens qui, après une représentation publique, s’amusèrent à s'hypnotiser. L'un d'eux s'endormit et les autres ne parvinrent pas à le. réveiller. Grand embarras. On dut aller chercher M. Bourdon, qui toutefois ne nous apprend pas s'il y a réussi ni au bout de combien de temps. Est-ce assez effroyable ? et pourtant — à quoi servirait de le nier ? — cet accident n'est pas unique. Il en est même arrivé un à Liège dans la très haute société, d'autant plus curieux qu'il s'agissait d'une farce. C'était après le passage de Hansen. Une dame, par plaisanterie, dit à un monsieur — un grand personnage — : « Voyons, Monsieur, essayez de m'endormir.» L'autre, de même, par plaisanterie, la regarda un instant dans les yeux, et la dame tomba hypnotisée. On crut d'abord qu'elle continuait le jeu, et l'on riait de plus belle. Mais pas du itout. On travailla près d’une heure pour la réveiller. Il y avait

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des médecins dans la compagnie. Or — comme M. Bernheim l'a si bien dit dans une séance ultérieure — si on l'avait laissée tranquille, elle se serait réveillée probablement au bout de quelques minutes. C'est l'inquiétude même des assistants qui la maintenait dans son sommeil.

L'histoire racontée ensuite par M. Guermonprez — et qui a fait dans son temps le tour des journaux — de ces trois médecins s'escrimant pendant trois jours autour d’une malheureuse femme tombée dans le sommeil hypnotique, appuie ce que je viens de dire (1). Mais sont-ce là des accidents? est-ce pour cela qu'il faut légiferer ?

M. BALLET, ainsi que les autres orateurs, sont restés dans l'ordre d'idées du rapport.

M. DECROIX aurait voulu ne pas voir l'interdiction étendue aux instituteurs « qui pourraient obtenir de bons résultats par la pratique de la suggestion, en particulier chez les enfants paresseux, menteurs, vicieux ».

Pour ma part, je crois que c'est une illusion de voir dans l'hypnotisme « un moyen de moralisation et d'éducation ». Certes, il peut corriger de mauvaises habitudes, mais je doute fort qu'il modifie jamais profondément le caractère ; les

(1) Il s’agit de Madame Delannoy, rue de Solférino, 126, Lille. Son mari avait le pouvoir de la magnétiser. Un jour il oublia, ‘paraît-il, avant de l'endormir, de lui suggérer l'ordre de se réveiller à son commandement. Il travailla sept heures inutilement pour la tirer de sommeil. Alarmé, il appela successivement trois docteurs, MM. Jousset, Delassus et Druon (voir le Libéral du Nord du7 janvier 1887) qui, pendant trois jours, s’escrimèrent vainement à la réveiller. On eut recours alors aux magnétiseurs Albertini et Cazeneuve. Ce fut celui-ci qui y réussit enfin le cinquième jour. (Voir le Journal de Liége du 6 janvier 1887.) Le lecteur pourra remarquer que l’onctueux M. Guermonprez laisse prudemment dans l'ombre le succès de cet obscur magnétiseur de profession. Ce succès est cependant assez significatif après l'insuccès de MM. Jousset et Cie, et prouve bien que, même pour démagnétiser, rien ne vaut un magnétiseur avec ou sans diplôme,

natures perverses y résisteront, comme aux Corrections. Mais à cet égard laissons parler l'avenir. Je m'étonne toutefois qu'on n'ait pas encore fait l'expérience de l'hypnotisme sur les jeunes délinquants. Je l'ai proposé dans un article inséré dans la Revue philosophique (de l'Influence de l'imilation et de l'éducation dans le somnambulisme provoqué, août 1886, p.. 170), article où je montre, sous forme dubitative, une confiance, aujourd'hui bien amoindrie. Dans tous les cas, il est clair que l'instituteur — mais j'ajoute: encore moins le médecin — n'a pas, de par son dipiôme, ce qu'il faut pour manier l’hypnotisme comme instrument de pédagogie. C'est l'affaire des pédagogues. A chacun son métier. Tant mieux si le pédagogue est médecin.

La motion de M. Decroix fut combattue avec raison par M. Dekhhereff (de St-Pétersbourg) et M. Forel (de Zurich).

Et ce fut tout. Pas une voix ne s’éleva en faveur de la liberté. Ce n'est pas que quelques orateurs n’en eussent l'envie, mais le diapason de l'assemblée la leur ôta. Ajoutons que le rapport est insaisissable et qu'on croyait que j'étais la.

Le volume ne rapporte pas exactement la vérité, quand il dit que les conclusions du rapport furent adoptées à l'unanimité moins una voix. Il y eut des abstentions, entre autres, celle de M. Bernheim. Mais cette voix, qui était celle de M. Liégeois, et cette abstention, dût-eile être la seule, pèsent autant, sinon plus, dans la balance, que beaucoup d'adhésions.

La quatrième séance, le Lundi 12 août, sous la présidence de M. DUMONTPA LLIER.

Nous voici à la dernière séance du Congrès. Ici je me contente de copier le volume (p. 241):

« Après la lecture du procès-verbal, M, Delbœuf demande la parole pour un fait personnel. Elle lui est accordée.

w M. DELBOEUF J'ai demandé la parole pour un fait personnel. Dans le courant du mois de juin, M. Bérillon me fit l'honneur de m'iuviter au Congrès de l'hypnotisme. Je lui répondis immédiatement que, prenant part au Congrès de

psychologie, je profiterais peut-être de mon séjour à Paris. pour assister à l'autre, mais que toutefois la question de la liberté des représentations publiques ne m'y attirerait pas, « parce qu'elle était non scientifique , mais professionnelle +. Voilà pourquoi, en outre d'autres raisons, je ne fis pas acte de présence à la séance d'ouverture du 8 août.

« À ma grande stupéfaction, j'appris le soir même que le rapport de M. Ladame ne mettait constamment sur la sellette, qu'il n'y était pour ainsi dire question que de moi et de Donato, et cela dans des termes d'une violence calculée. Les personnes qui medonnèrent ces inforinations, ne me cachèrent pas leur indignation et me firent un devoir de répondre (1). J'écrivis immédiatement à M. le président Dumontpallier, pour qu'il voulüt bien me communiquer le rapport, mon dessein étant de prendre la parole à une séance ultérieure, pour un fait personnel. M. le Président me répondit que Île document était à l'impression et qu'il me l’adresserait le plus tôt possible. Quand je suis entré dans cette salle, je ne l'avais pas encore reçu. On vient seulement de me le remettre. Je n'ai encore pu en lire que quelques lignes.

« Je parle ici sous le coup d’une profonde émotion. Je ne pouvais m’attendre à ce que, dans une assemblée savante, on se livrât contre un de ses membres à un tel débordement d'outrages. Mes opinions sont connues. Je suis et ai toujours été le défenseur ardent de la liberté et spécialement de la liberté des professions. Contre les abus, la loi répressive suffit ; inutile de recourir à la loi préventive. Dès qu'on veut mettre la société ou les individus en tutelle, il est difficile de dire vù la tutelle doit s'arrêter. Interdirons-nous les débits de liqueurs fortes et les lieux de prostitution, les théâtres et les cafés-concerts, les journaux et les romans ? Et pourtant que de maux n'ont-ils pas causés ! Telle œuvre littéraire a fait à elle seule un nombre de névropathes bien plus considérable

(1) Cette dernière phrase, qui doit se trouver sur le bon à tirer, a disparu, je ne sais comment. |

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