‹ Magnétisme: encyclopédie magnétique spiritualiste (volume 5)Chapitre 3 sur 47 · APPARITION · texte numérisé non relu

APPARITION

PAR H. LE COMTE AGENOR DE GASPÀRIN.

Le 29 septembre 4855, nous eûmes une deuxième visite de M. le comte Agénor de Gasparin, qui nous était adressé par notre bon ami M, l'abbé Almîgnana ; n'étant point à notre domicile à la première visite de' M. Gasparin, nous ne pûmes satisfaire qu'à sa deuxième demande. Il s'agissait d'une apparition ou d'un fait de lucidité quelconque, que ce monsieur désirait obtenir.

M. Gasparin était accompagné d'une dame, qui nous parut être fort religieuse et fort instruite. Un autre monsieur était aussi avec M. le comte. Nous eûmes une courte conversation avant d'entrer en séance, elle roula sur la question que noua allions traiter. Je fis à ce monsieur un court historique de mes études passées et présentes, ainsi que des convictions qui en découlaient. Lorsque

je touchai à la partie religieuse, M. Gasparin me dit qu'il n'avait lu, jusqu'à ce jour, aucune de mes publications; mais que plusieurs comptes rendus d'elles lui avaient passé sous les yeux. Coniptes-rendus par lesquels il avait vu que mes opinions religieuses n'étaient pas d'accord avec la chrétienté, qu'il respectait chez autrui ; ce qu'il désirait voir respecter chez lui. Par conséquent, quoique dévoué au christianisme, basé sur les Evangiles, je n'avais pas devant moi un antagoniste malveillant, mais un homme qui voulait voir des faits et les apprécier. Je contai à ce monsieur combien les questions que j'avais abordées sur l'immortalité de l'âme humaine, avaient soulevé d'arguments contre, de la part d'hommes instruits, qui ne devaient voir en elles que des moyens de consolation pour la masse des hommes, par conséquent plus dignes de leur silence que de leurs déclamations passionnées. La dame qui accompagnait M. le comte, dit que l'homme véritablement instruit et dévoué à l'espèce humaine, ne devait point admettre de demi-vérité, vu que toute erreur portait en elle des conséquences très-fâcheuses, qui retombaient sur la conscience de celui qui la propageait. La vérité, au contraire, ajouta cette dame, ne fait peser ses conséquences que sur la conscience de Dieu.

J'admets votre opinion, dis-je à cette dame.

mais j'admets également qu'il eiîste dés erreurs bien pins préjudiciables au bonheur des hommes les unes que les autres. Celle que j'enseigne, si c'en est une, ne porte en elle aucune de ces conséquences fâcheuses, vu que ceui qui l'auront admise ne m'accuseront jamais pour avoir séché leurs larmes, et Tait rentrer l'espoir en leur cœur. Si l'Ame humaine n'est pas immortelle, elle n'élèvera pas la voix contre moi d'outre-tombe, pour m'accuser de lui avoir aidé à supporter les angoisses de l'état terrestre avec plus de force. Si, au contraire, elle est immortelle comme cela m'a été prouvé, comme je le crois et comme je l'enseigne de bonne Toi, j'aurai bien mérité de mes frères.

Que, d'ailleurs, cet enseignement de ma part reposait sur des faits précis et non sur des propositions mystérieuses à l'exemple du catholicisme, qui ne peut prouver aucun des siens par le secours de l'étude. Cette dame se joignit à M. Gasparin, pour regarder les Évangiles comme un livre digne de leur foi. Je n'insistai pas, pour n'être pas en retour du respect que M. le comte m'avait montré, en commençant ce petit entretien, envers les opinions religieuses de chacun. Mais je changeai de thèse, en disant à M. Gasparin que' j'attachais peu de prix aux diatribles qui avaient été publiées contre mes études, vu qu'il ne s'était pas encore présenté depuis 10 années, un écrivain, élevé et

consciencieux, qui eût touché à uo seul des arguments physico -métaphysiques, dont je me serrais en faveur de mes propositions* Que je proposais à ee même écrivain élevé ( la France n'en manque pas) d'ouvrir une discussion sérieuse sur ces propositions, discussion que nous publierions à frais communs ou à mes seuls frais, afin d'éclairer la conscience publique sur la véracité ou l'erreur qu'elles contiennent* Que nous prierions le lecteur d'envoyer son adhésion pour ou contre, entre les mains du libraire chargé de la vente, adhésions qui seraient sans réplique ma condamnation ou celle de mon antagoniste. La plus grande puMtetté serait donnée à ces adhésions par la voie des journaux. Que je m'engageais pour ma part à remercier l'opinion publique qui m'aurait rappelé à de meilleures études, ou m'aurait engagé à poursuivre les miennes. Qu'enfin, si je trouvais cet homme, homme d'aiitoriié littéraire, je me trouverais le plus heureux des hommes, dr*je, avec intention, à M. Gasparin, en ce qu'étudiant de bonne foi avec une grande pureté de conscience, je ne voudrais pas, pour tout au monde, semer l'erreur dans le cœur de mes frères.

M. le comte ne répondit rien à cette proposition. Noos entrâmes en séance. Adèle étant endormie, on loi proposa d'appeler une personne Recédée. Une personne se présenta, mais ce n*é~

tait pas celle demandée. Un deuxième appel fat fait. Le signalement de celte qui vint présenta d'exact l'Age, les cheveux, sourcils, yeux, mais le reste ne fut qu'erreur. M. Gasparin parut y mettre de la complaisance, en ce qu'il engagea Adèle à tendre mieux sa lucidité; mais cette dernière ne voulut rien rabattre du signalement, ainsi que des particularités qu'elle venait de citer, ce qui prouva à M • le comte qu'il n'était pas devant une lucide, lisant dans la pensée, ou assea rusée pour : 1* puiser dans lui ce qu'elle ne voyait pas ailleurs ; 9» pouvoir profiter de quelques renseignements qu'on lui donnait pour corriger avec un peu d'adresse les erreurs de sa vue; 8° ou combattre les fausses créations qui se présentaient à elle. M. le comte voulait recommencer une troisième apparition, mais Adèle ne lé voulut pas, en disant que si elle ne voyait pas juste en ce moment cest qu'elle ne devait pas voir. M. Gasparin soumit à la lucide plusieurs propositions de vues, afin d'avoir un fait, disait-il, & enregistrer; mais Adèle n'ayant que la spécialité presque assurée des apparitions et de traiter des causes des maladies ne pouvait user que de ses facultés ; on la pria de visiter la dame qui était présente, ce qu'elle fit avec les mêmes erreurs que dans les apparition* précédentes. Par conséquent, nous dûmes ne pas continuer , d'ailleurs Adèle était con-

trariée et n'y mit pas M complaisance ordinaire, je ne savais pourquoi.

Je dis à M. Gasparin : Hélas! monsieur, vous cherchez après un fait somnambulique. Il n'est au pouvoir d'aucun magnétisle de le produire à volonté, dans les conditions qui lui sont pos ées ; mais il est possible à tout magnétiste de produire accidentellement des faits qu'il voudrait pour beaucoup voir connus d'un plus grand cercle que celui qui l'entoure fort souvent présentement. C'est pourquoi je vous conseille de vous faire magnétisle, de commencer cette étude, comme vous avez commencé toutes celles que vous avez pu faire jusqu'à ce jour.

Vous savez mieux que moi qu'eu chimie, il n'y a pas de distillation possible aux fourneaux sans feu, cornues, matras, etc. Une opération faite en chimie n'est pas toutes celles qui se font en cette science, mais elle est le commencement de la manipulation et conduit à une appréciation des travaux, beaucoup plus détaillée et démonstrative que tout ce qui est écrit sur cette question. Mettez donc en magnétisme la même somme de persévérance que l'on met en toute étude. Magnétisez toute personne de conBance et vous ne tarderez pas à produire beaucoup plus de faits, que vous ne sauriez en obtenir par toutes voies étrangères.

Si vous avez besoin de ma faible assistance en

ce genre, je me propose de ne pu vous quitter que vous n'ayez produit vous-même tout ce que les magnétistes produisent ; j'en prends rengagement formel. Si, en plus, vous daignez traiter delà question de l'immortalité individualisée de l'âme humaine avec moi, je me fais fort de vous prouver cette immortalité, sans le secours de notre atelier psycologico-nécromantique, mais d'après les loi* physiques, officiellement reconnues. Je ne vous proposerai aucune question d'étude , mais j accepterai toutes celles que vous me présenterez. Je quitte Paris aujourd'hui, me répondit M. le comte. Nous correspondrons ensemble si vous le désirez, répliquai-je. Je ne reçus pas de réponse. Ha demande était indiscrète, je l'ai senti ; mais je pense que M. Gasparin m'excusera en faveur de mou grand amour de la vérité ; et ( il ne m'est pas coûteux de l'avouer) de mon peu de savoir-vivre.

M. Gasparin voulut récompenser Adèle du dérangement qu'il nous avait causé, malgré mon opposition obstinée, vu que nous n'eussions mérité cette marque de bienveillance, qu'ayant réussi dans l'étude que nous tentions de faire. Ce monsieur nous quitta avec la même amabilité qu'il nous avait abordé.

J'avais oublié de réveiller Adèle, au moment de le faire je lui demandai quelle pouvait être la cause de ce non succès et surtout de son peu do corn*

plaisance dans cette étude. Elle me dit que l'étude aurait été meilleure, s'il y avait eu des dispositions meilleures ; que pour elle la deuxième personne apparue était bien celle demandée ; et qu'elle avait refusé d'en vouloir demander une troisième, parce que celle présente lui avait fait signe d'en rester là. S'il n'y avait eu que M. Gasparin, ajouta-telle, j'aurais rencontré moins de résistance ; mais il y avait là des influences qui m'auraient rendue folle, si je n'avais pas cessé. Pourquoi n'as-tu pas vu mieux la position de santé de cette dame?... Ce que j'ai vu est exact, et je n'ai pas voulu dire tout par un sentiment de bienveillance, pour ne pas blesser, ou faire de la peine à cette dame. Tu sais que je fais rarement des erreurs en ce genre, et sois assuré que ma lumière était aussi bonne que d'habitude. Je réveillai Adèle plus fatiguée après quinze minutes de sommeil, qu'après certaines Séances qui durent deux heures. Ayant l'habitude de publier nos succès, je ne dois point dédaigner celle de publier également nos revers.

ALP. CAHAGN3T,

CORRESPONDANCE

Nous extrayons de notre correspondance, sans observer l'ordre des dates, les faits suivants, que l'exiffuité de la partie que nous avions consacrée précédemment à ce genre de publication nous avait forcé de garder en portefeuille»

^ 15 — SPIRITUALtSATION DK MONSÏËtJR ft,.., fiamboalllet, le 6 ftovemirtf 1&4.

Monsieur Cafiagnet,

Je vous transmets le fait suivant afin que voue en fassiez l'usage que vous voudrez,.*».

La maladie de M* D... commença dix jour* ayant son décès ; le dimanche, 26 octobre dernier, il demanda l'heure vers six heures du matin et dît qu'à cette heure il devait mourir* Effectivement, à six heures, il lui prit une crise qui it croire qu'il était expiré; le lendemain lundi on lut donna lai derniers sacrements un peu avant six heures du mat»; à peine l'heure avait sonné qu'il épreuve une même crise que la veille; enfin, le mardi, M annonça que ta crise qui aurait lieu à six heures du matin serait la dernière ; ri fit ses adieux 4 ta famille, et à six heures juste il se spiritualisait. Pendant les trois jours précédents, quoique assoupi, il marmottait et parlait comme à des êtres pré* sents. Cet état est l'extase qui précède souvent la spiritualisation des hommes terrestres, état que l'o» nomme agonie*

Le lendemain o4 l'on mit le corps matériel de M. D... en terre, le soir vers dix heures, je fit l'évocation de son esprits» moyen de mon dfoque.

Il frappa. Je lai demandai s'il voulait connaître et parler au bon Swedenborg, dont je l'avais souvent entretenu pendant sa vie matérielle. II frappa, preuve de son assentiment. Je me recueillis un moment, puis j'évoquai le bon esprit Swedenborg. Il frappa de suite ; je lui demandai (notez que toujours mes demandes sont faites mentalement ; il serait trop long ici de placer le pourquoi) s'il voulait avoir la bonté de parler et de donner des avis utiles à l'esprit D... nouvellement arrivé au monde des Esprits. Il frappa. Je me tins tranquille un quart d'heure, puis je priai les deux esprits de frapper s'ils parlaient ensemble; ma pensée était à peine émise que deux coups retentirent ensemble. Je posai mon disque à côté de moi et m'endormis. Le lendemain soir, j'évoquai l'esprit D... ; il frappa. Je lui demandai s'il avait trouvé les raisons du bon Swedenborg de son goût et s'il les avait suivies. Mon disque ne frappa aucun coup. J'évoquai Swedenborg lui-même, et je lui demandai si l'esprit D... avait accédé à ses conseils. Je n'entendis aucun coup ; mais cet esprit, par une communication de pensée qui m'est. particulière, me révéla que l'esprit D... était allé se réunir librement avec des parents et des amis décédés avant lui, ainsi qu'à une Société catholique qui se trouve entre l'ouest et le sud de la terre des Esprits, société vers laquelle je fas conduit une

fois, et où j'assistai à une partie de même célébrée par on des oncles de Pespri t D. . •

Voilà, mon bon frère et ami, le récit par et pimple que je vous avais promis.

Je tous serre cordialement la main, etc.

Page 1