‹ Magnétisme et hypnotisme; exposé des phénomènes observés pendant le sommeilChapitre 22 sur 46 · V. — Folie : cas de M. Auguste Voisin · texte numérisé non relu

V. — Folie : cas de M. Auguste Voisin

VI, — L'hypnotisme et l'éducation. — Thérapeutique suggestive à l'état de veille. — Effets puissants de l'imagination.

Le magnétisme animal n'avait pas seulement pour objet la production de phénomènes extraordinaires dans l'organisme, mais encore et surtout la guéri son des maladies. Mesmer, qui était médecin, n'avait emprunté sa doctrine aux médecins des siècles précédents que dans la seule pensée d'y trouver aux souffrances 'humaines une panacée non moins universelle que le fameux fluide qui en était l'agent supposé. La maladie étant, d'après lui, l'aberration de l'harmonie organique, le magné-

tistne rétablit l'harmonie, et la guérison est obtenue. A quoi reconnaît-on qu'un corps est en désharmonie? Précisément à ce qu'il est sensible au magnétisme, car un corps parfaitement en harmonie s'y montre absolument insensible.

De là, on comprend encore, ajoute-il, que la maladie étant guérie, on devient insensible au magnétisme, et c'est le critérium de la guérison (1).

Ailleurs, il s'écrie encore, avec un enthousiasme qui ne connaît plus de bornes :

11 n*y a qu'une maladie et qu'un remède!

Voilà bien de quoi séduire les esprits simplistes — et les esprits simples.

Mesmer, armé de cette doctrine, s'attaqua tout' naturellement d'abord aux maladies réputées incurables, et publia de toutes parts ses succès merveilleux. Une de ses cures les plus retentissantes fut celle d'une demoiselle Paradis, de Vienne, atteinte d'amaurose. Quelques années plus tard, cette personne donnait à Paris un concert où assistait précisément Mesmer,

Un léger mouvement d'incertitude dans ses gestes, et ses yeux constamment baissés, trahirent, dit un auteur du temps, une infirmité qui rendait encore son talent plus merveilleux. Elle était aveugle.

A Paris, il guérit le savant Court de Gébelin, atteint de goutte chronique et d'hydropisie. Quelques jours après le patient mourait, ce qui fit dire à un journal :

(1) Mesmer» Mémoires çt aphorisme^, ?m9t i843.

M. Court de Gébelin vient de mourir, guéri par le magnétisme animal.

Tels furent les plus grands succès de Mesmer. Nous renvoyons à ses Aphorismes les personnes curieuses de connaître ses idées scientifiques et ses prétentions thérapeutiques ; elles y trouveront un entassement d'extravagances comme on en rencontrerait difficilement ailleurs. Toutefois, il serait excessif de prétendre qu'il n'a jamais eu d'autres succès que ceux-là. Dans certains désordres fonctionnels où le système nerveux joue un rôle prépondérant, ses procédés ont certainement procuré du soulagement et même la guérison à certains malades. La foi au remède et l'imagination ont toujours produit de ces miracles.

Beaucoup de disciples, malgré des échecs nombreux et éclatants, ont conservé toutes les prétentions du maître. Quelques-uns cependant se sont montrés plus réservés, non sans gémir sur le sacrifice de leurs illusions. Le baron du Potet avoue que, dans beaucoup d'ouvrages sur le magnétisme, on lit que rien n'est comparable, en vertu, à l'action magnétique, que son influence est une véritable panacée et que les magnétiseurs habiles peuvent des miracles; mais qu'il faut en rabattre, et que son enthousiasme du début fut rapidement désabusé. En voulant magnétiser des phtisiques, il s'aperçut qu'il augmentait leurs souffrances et aggravait leur maladie. Il en fait l'aveu. Mais on ne saurait se vanter d'être un vrai croyant, et en même temps reconnaître purement et simplement qu'on s'est trompé. Il fait, dis-je, l'aveu que l'effet du magnétisme est nuisible aux phtisiques, mais il déclare qu' :

Un semblable effet serait capable, lorsque ces maladies sont moins avancées, de produire des crises favorables qui assureraient le retour de la santé, mais on attend jusqu'au dernier moment pour essayer l'emploi du magnétisme (1) !

Après avoir ainsi repris d'une main ce qu'il donnait de l'autre, du Potet fait connaître quelques guérisons obtenues par lui.

La première concerne une jeune fille atteinte de scrofule ulcéreuse ayant déjà nécessité l'amputation d'un bras, et qui, soumise au magnétisme, tomba dans le somnambulisme lucide, et annonça qu'à la suite d'une de ses crises, elle guérirait.

Elle déclara que, pendant cette crise de trente heures, elle ne prendrait absolument rien, qu'elle n'aurait aucune évacuation, et que toute l'humeur scrofuleuse se rendrait aux intestins pour être ensuite évacuée par un dévoiement qui durerait pendant douze heures (2).

Après avoir décrit avec détail l'attaqué de somnambulisme annoncée, l'auteur termine ainsi :

Tout se passa comme elle l'avait prédit, et je me félicitai de mon nouveau succès.

Des preuves de ce succès, pas un mot; il consista sans doute dans l'arrivée de la diarrhée annoncée, ce qui, comme nous le savons, n'a rien de bien extraordinaire. Mais la diathèse scrofuleuse ?

Un autre de ses succès concerne une femme de quarante ans, paraplégique depuis plusieurs années, et qui guérit après quelques pratiques magnétiques.

Enfin, un troisième — et dernier — a trait à une jeune fille paralysée d'une jambe, chez qui on avait

(i) Du Potet, Traité complet du magnétisme animaly Paris, 1883. (2) Loc. cit.

diagnostiqué une luxation et une tumeur blanche de la hanche, et qui, tombée en somnambulisme sous rinfluence du magnétisme, annonça qu*à quinze jours de là elle se lèverait et marcherait seule, ce qui arriva. La luxation et la tumeur blanche étaient sans doute de simples accidents hystériques, ce qui, si notre hypothèse est exacte, enlèverait encore tout caractère merveilleux à cette cure qui arrache pourtant à l'auteur des cris d'enthousiasme.

Si les hypnotistes se sont montrés moins confiants dans la puissance curative de leur méthode que les magnétiseurs, quelques-uns ne s'en sont pas moins fait encore de grandes illusions. Mais quel est le spécialiste en thérapeutique qui ne finit pas par tomber peu ou prou dans l'ornière que nous signalons ? Qu'on aille, pour n'en donner qu'un exemple, dire à certains hydropathes que leurs sources ou leurs robinets ne guérissent pas à peu près toutes les maladies.

Il n'est pas déraisonnable d*espérer, dit Durand, de Gros, que la découverte de Braid apporte à la médecine un secours non moins précieux qu'inattendu contre la formidable légion des maladies nerveuses dont les coups invisibles ont fait jusqu'à ce jour le désespoir de la pathologie et de la thérapeutique.

Si l'auteur s'en était tenu là, nous pourrions lui donner notre assentiment sans réserves formelles. Mais ce n'est qu'une entrée en matière comme on va le voir.

L'analogie, continu a-t-il, nous autorise en outre à penser

qu'il n'est aucune catégorie d'infirmités absolument exclue des bienfaits de ce nouvel agent curatif,et déjà, sur ce point, l'expérience est venue confirmer les brillantes promesses de la théorie.

Cette expérience, nous Tattendons encore.

Braid, lui aussi, crut avec trop d'enthousiasme en la puissance thérapeutique de Thypnotisme ; pour lui, beaucoup de maladies chroniques, principalement celles qui résistent à des traitements prolongés des mois et des années, sont justiciables du sommeil provoqué. Mais homme de science, et de son époque, il eut soin d'établir une distinction entre les désordres chroniques de nature purement fonctionnelle et les maladies dues à une cause organique. Contre ces dernières, les pratiques hypnotiques ne peuvent avoir d'autre effet que de modifier certains symptômes; contre les premiers, il agit en véritable agent curatif. Malgré ces sages restrictions, il n'est pas douteux que Braid ne se soit considérablement exagéré la valeur de ses succès. Son livre contient de nombreuses observations méthodiquement groupées.

Parmi ces observations nous voyons nombre d'affaiblissements de la vue améliorés et guéris par l'hypnotisme ; des sourds et des sourds-muets qui recouvrent l'ouïe ; des névralgies, des tics douloureux qui disparaissent, des paralysies fonctionnelles qui guérissent, des douleurs rhumatismales qui sont supprimées, des paralysies organiques un peu améliorées. Malheureusement les diagnostics manquent de précision et la manière vague dont sont décrits les accidents ne permet pas, la plupart du temps, au lecteur de se faire une idée exacte de la maladie.

Certains de ces cas, comme les surdi-mutités amendées, soulèvent dans Fesprit des doutes puissants; d'autres y suscitent de bien graves objections. Et même, en admettant la réalité des phénomènes observés, on ne peut s'empêcher de faire des restric tions au sujet de leur stabilité et de leur durée et., par conséquent, au sujet de la réalité de la guérison. Ces réserves faites, les phénomènes observés par Braid n'ont rien qui puisse nous surprendre; la théorie de Brown-Séquard sur l'inhibition et la dynamogénie, que nous avons exposée ailleurs, nous rend compte du mécanisme de leur production.

Ainsi s'explique l'acuité rendue à des sens paresseux, la guérison plus ou moins rapide des paralysies d'origine nerveuse, la disparition de douleurs rhumatismales ou névralgiques , l'amélioration môme de quelques paralysies d'origine organique. Les pratiques hypnotiques actuellement en usage produisent des effets semblables. Voici, par exemple, d'après Braid, le cas de M"»® Stowe, âgée de quarante-quatre ans, qui souffre de faiblesse de la vue depuis vingt-deux ans et qui ne peut lire ni coudre sans lunettes.

Examinée le 8 avril d842, elle ne pouvait distinguer les lettres capitales d'une annonce dans le journal, ni le grand titre de cette feuille. Après une hypnotisation de huit minutes, elle peut lire distinctement le grand et le petit entête, le jour, le mois et la date du journal.

Nous avons cité dans une autre partie de ce travail une observation de M. Bernheim concernant un jeune homme atteint d'amblyopie hystérique, dont la vue dépassa l'acuité normale à la suite de pratiques hypnotiques.

En somme, dans la plupart des cas oii il ne s'agit que de troubles purement dynamiques du système nerveux, on peut admettre que l'hypnotisme puisse jouer un rôle favorable. Mais il est certains troubles dynamiques du système nerveux, comme Tépilepsie, au sujet desquels nous croyons devoir faire de sérieuses restrictions.

J'ai trouvé, dit encore Braid, Thypnotisme utile dans plusieurs cas de chorée, ainsi que dans des cas de bégaiement nerveux. Il est aussi fréquemment très utile dans l'épilepsie ; mais il y a des variétés de cette affection sur lesquelles Û n'a aucune action. Ces dernières, je suppose, sont les cas qui dépendent de causes organiques et qui résistent à tous les remèdes connus.

Très correct quand il s'exprime ainsi, Braid ne Test plus quand il arrive aux preuves. Ainsi, voici Texposé d'une de ses observations :

Une jeune fille, qui avait six ou huit attaques dans les vingt-quatre heures, n'en eut plus qu'une le lendemain de la première opération ; elle n'en eut plus pendant les cinq jours suivants et se trouva guérie en peu de temps.

Et c'est tout. En vérité ce n'est pas assez.

D'autres, parmi ses guérisonsd'épilepsie, quoique un peu moins succinctes, sont absolument invraisemblables, si l'on accepte le diagnostic présenté d'ailleurs sous forme de simple affirmation.

Enfin, Braid signale une dernière propriété de l'hypnotisme, celle d'amortir ou de prévenir entièrement la douleur dans les opérations chirurgicales. L'hypnotisme peut plonger le malade dans un état qui le rend complètement inaccessible à la douleur d'une opération ou qui en modère beaucoup lïntensité, selon les circonstances. Il cite de nombreuses

extractions de dents pratiquées par lui ou un autre praticien de ses amis safls que les malades eussent accusé la moindre douleur pendant l'opération ; ils ignoraient même à leur réveil que leur dent avait disparu. Il fait observer que pour obtenir Tinsensibilité complète, il est nécessaire que le patient ignore le moment précis où l'opération aura lieu, l'appréhension qu'elle cause entravant les effets de l'hypnotisme; cependant, même dans le cas où il n'est que très peu endormi, le sujet accuse une diminution considérable de la douleur, sinon son absence complète.

Cette propriété de l'hypnotisme est une des mieux établies actuellement, grâce à la facilité qu'il y a à la constater. D'assez nombreuses opérations, et des plus graves, ont été faites à diverses époques pendant l'anesthésie du sommeil magnétique ou hypnotique.

Le 12 avril 1829, Cloquet fit une opération de cancer du sein sur une dame âgée de soixante-quatre ans, pendant qu'elle était plongée en somnambulisme. Elle ne ressentit aucune douleur et ne conserva aucun souvenir de l'opération.

En 1846, le D® Loysel (de Cherbourg) extirpait une tumeur de la région mastoïdienne chez une fille de trente ans endormie. A son réveil, elle déclara qu'elle ne souffrait pas, qu'elle n'avait éprouvé aucune doulexir et n'avait conservé aucun souvenir de ce qui venait de se passer.

Le même chirurgien, en quelques mois, en était

arrivé à sa douzième opération, pratiquée pendant le sommeil magnétique.

A la même époque, Fanton, Toswel et Joly (de Londres) firent l'amputation de deux cuisses et d'un bras (1).

En 1847, deux médecins de Poitiers, MM. Ribaud et Kiaro, opérant une jeune fille atteinte d'une tumeur du maxillaire, firent dans une première séance l'incision de la tumeur, et dans une seconde l'extraction d'une dent ; dans la troisième l'extirpation du néoplasme, le tout sans douleur.

r Ce long et cruel travail, lit-on dans un journal, avait plutôt ressemblé à une leçon de dissection faite à des élèves sur un cadavre qu'à une opération pratiquée sur un corps animé delà vie.

Le 4 décembre 1859, MM. Broca et FoUin ont pra« tiqué à Paris l'incision d'un abcès à l'anus sur une femme de quarante ans, hypnotisée. L'opération s'est accomplie sans douleur.

Quelques jours plus tard, le D' Guérineau (de Poitiers) amputa la cuisse d'un homme pendant l'anesthésie hypnotique. Le patient n'éprouva aucune douleur, mais eut pleine conscience de l'opération.

J'ai senti, dit-il, ce qu'on m'a fait, et la preuve, c'est que la cuisse a été coupée au moment où vous me demandiez si j'éprouvais quelque douleur (2).

Le D' Esdaile, chirurgien des hôpitaux de Calcutta, écrivait à Braid, vers la même époque, qu'il avait en six ans exécuté plus de six cents opérations

(1) Philips, Cours théor. etpraU du Braidisme, 1860.

(2) Gaz. des hôp, 29 cet. 1859.

capitales de toute espèce pendant le sommeil magnétique. Sur sa demande, le gouvernement nomma une Commission chargée de vérifier la réalité de ses allégations. Cette Commission, composée de médecins, de chirurgiens et de quelques personnes étrangères à la science, rédigea à la suite d'expériences un curieux rapport dont nous extrayons le passage suivant :

Dans le cas de Nilmoney, il n'y eut pas le plus léger indice de sensation. L'opéraliun, qui consistait dans Tablation d'un sarcocèle, dura quatre minutes. Ni ses bras, ni ses jambes n'étaient maintenus. II ne fit aucun mouvement, ne gémit, ni ne changea de contenance, et quand il fut réveillé, il déclara n'avoir nul souvenir de ce qui s'était passé.

Hyder-Khan, émacié, ayant la jambe gangrenée, fut amputé de la cuisse sans qu'aucun signe décelât la douleur.

Murali-Doss (l'opération était très grave) remua le corps et les bras, respira par saccades et changea d'aspect, sans pourtant que ses traits exprimassent la souffrance ; aussi éveillé, déclare-t-il ignorer ce qui était advenu durant son sommeil...

Dans les trois autres cas, la Commission observa, durant les opérations, divers phénomènes qui ont besoin d'être mentionnés spécialement. Bien que les patients n'ouvrissent point les yeux, n'articulassent aucun son et n'eussent besoin d'être tenus, il y avait des mouvements vagues et convulsifs des membres supérieurs, contorsions du corps, distorsion des traits, donnant à la face une hideuse expression do douleur comprimée; la respiration devint saccadée, longue • ment suspirieuse. Il y avait tous les signes d'une souffrance intense, et l'aspect que devrait présenter un muet soumis à une opération, excepté la résistance à l'opérateur.

Mais dans tous les cas, sans exception, les patients n'avaient ni connaissance, ni souvenir de l'opération, niant

avoir rêvé, et n'accusant aucune douleur, jusqu'à ce qu'on eût attiré leur attention sur l'endroit opéré (1).

Les succès du D' Esdaile étaient donc avérés. Il faut croire que les Indous sont extrêmement prédisposés au sommeil hypnotique, car nous doutons qu'en Europe il eût pu obtenir de pareils résultats.

Le seul avantage de Tanesthésie hypnotique sur Tanesthésie chloroformique c'est qu'elle est obtenue sans Tingestion d'une substance toxique, dont l'emploi n'est pas exempt de dangers. Mais aussi que de désavantages! Tout le monde ne peut être hypnotisé ; tous les hypnotiques ne sont pas insensibles ; la plupart de ces derniers, comme nous l'enseignent les citations précédentes, réagissent violemment comme s'ils éprouvaient une douleur réelle; enfin, l'émotion causée par la crainte de l'opération suffirait en certains cas, même chez les sujets les plus hynoptisables, à faire échouer toute tentative d'hypnotisation.

L'hypnotisme a été vanté dans le tétanos et la rage.

De son emploi dans la rage, nous ne connaissons aucune observation.

Braid cite l'observation d'un jeune homme de treize ans atteint de tétanos qu'il guérit par ce procédé. Ce jeune homme, après quelques prodromes incertains, fut pris d'opisthotonos. La lête et le bassin rigides étaient rétractés en arrière, tandis que

(1) M. DuPotet, Traité complet du magn. animal, Paris, 1883.

le corps était courbé en forme d'arc et immobilisé dans cette position. Le spasme était à peine rémittent et ne cessait jamais complètement ; il s'exagérait parfois au point de gêner la respiration. Il y avait aussi des contractures spasmodiques dans les membres inférieurs. En^ présence de la gravité du pronostic, Braid se décida à essayer l'hypnotisme ; ce qui fut difficile, non par manque de docilité du sujet, mais à cause de la fréquence de ses attaques spasmodiques.

En quelques minutes cependant j'avais, dit-il, réussi à réduire les spasmes, et sa tête pouvait se porter en avant, la respiration se calmait, le pouls avait beaucoup diminué, et je le quittai dans un état de bien-être relatif.

Les spasmes revinrent et furent combattus par le même moyen. Les jours suivants, à mesure que les séances se multiplièrent, les symptômes de la maladie s'amendèrent, et la guérison s'ensuivit. Notons qu'en même temps que le malade était soumis aux pratiques hypnotiques , il subissait un traitement antiphlogislique par le calomel à doses fractionnées et la saignée.

• Un autre cas de tétanos, traité par le magnétisme, a été publié (1) par le D'^ Ronzier-Joly. Le résultat, comme on va le voir, fut tout autre que dans le cas précédent. Il s'agit d'un nommé Cassât, traité à l'hôpital d'Alger en 1853 pour un tétanos a frigore : Rigidité générale, excepté aux membres supérieurs ; trismus; peau humide, un peu chaude, présentant une sensibilité exagérée en certains points. De temps en temps le malade a des secousses, des contrac-

(1) RomerT^oly, Bull, général de thérap., i860.

APPLICATIONS A LA THERAPEUTIQUE 311

tions subites générales et passagères. Le traitement par la belladone n'ayant donné aucun résultat, le D' Poley eut recours à son influence électro-biologique.

Il lui place clans le main un disque brunâtre et brillant qu'il lui prescrit de regarder fixement. Après vingt minutes, l'action magnétique fut complète ; létat tétanique sembla totalement effacé. Sur l'injonction du médecin en chef, Cassât ouvrit grandement la bouche, agita les bras, les jambes avec une extrême facilité (1).

L'opération terminée, les spasmes se reproduisirent. Le lendemain, nouvelle séance. Elle est à peine finie et le médecin n'est pas encore sorti de la salle, que le malade est frappé de mort subite.

L'hypnotisme fut-il pour quelque chose dans ce dénouement? Il est difficile de le dire. Notons cependant l'influence heureuse du sommeil nerveux sur les spasmes tétaniques que ces deux cas semblent mettre en évidence. A priori on aurait pu penser que l'hypnotisme, en raison de l'hyperexcitabilité neuromusculaire qui l'accompagne toujours, eût du produire des efTets tout opposés à la détente spasmodique observée. Quoi qu'il en soit, l'influence curative de l'agent hypnotique ne nous semble pas encore prouvée dans le tétanos, mais il sera légitime de l'essayer de nouveau, tant est impuissante la thérapeutique ordinaire dans cette redoutable maladie.

Dans l'hystérie, il semble que les pratiques hypnotiques aient d'heureux résultats. Bien qu'il soit très difficile d'arrêter les attaques d'hystéro-épilepsie

(1) Cité d'après Philips, Cours de Braidisme, Paris, 1860.

par ce moyen, on peut en modérer Tintensité et en raccourcir la durée. La période de délire peut être supprimée en provoquant le sommeil hypnotique. Quant aux délires qui surviennent dans l'intervalle

Fig. 27. — Contracture des extenseurs et des adducteurs.

des attaques, on est arrivé également à les arrêter par ce moyen. M. Dumontpallier a rapporté à la Société de Biologie (1) l'histoire d'une de ses ma-

(1) Dumontpallier, Soc. deBioL, Séance du 7 janv. 1882.

lades qui, à la suite d'une grande frayeur, eut une attaque d'hystéro-épilepsie suivie d'un accès de

Fig. 28. — Contracture des extrémités inférieures.

lypémanie. Ayant hypnotisé la malade par la fixation du regard, et Payant maintenue une heure dans cet état, il la réveilla ensuite et s'aperçut que toute

COLLBRRK, 18

trace de mélancolie avait disparu. Quelque temps après, la mélancolie s'étant manifestée de nouveau, rhypnose provoquée fit encore disparaître les troubles délirants, et depuis la guérison s'est maintenue.

Les contractures (fig. 27 et 28) et les paralysies qu'on rencontre si fréquemment dans cette névrose, sont aussi justiciables, semble-t-il, du sommeil hypnotique.

M. Bottey rapporte l'observation d'une jeune hystérique atteinte d'une paralysie complète des deux jambes qui l'obligeait à garder le lit. Lorsqu'on la mettait en somnambulisme, elle marchait avec la plus grande facilité; en catalepsie, elle marchait encore, bien que moins facilement. En l'hypnotisant fréquemment, on put combattre l'atrophie qui aurait forcément envahi les membres paralysés. Enfin, après une durée de cinq mois, cette paraplégie fut guérie

Par deux petites pilules de mica paniSy qui produisirent sur elle des symptômes violents (état syncopal, vomissements, coliques); puis survint un délire complet que nous fîmes cesser, au bout de douze heures, par l'hypnotisatioii. A son réveil, la malade était complètement guérie et avait recouvré les forces complètes de ses jambes (1).

Dans ce cas, la suggestion est venue au secours de l'hypnotisation ; dans le suivant, dû à Braid, le sommeil provoqué seul vint à bout des accidents paralytiques.

A la suite d'une grossesse très pénible, une dame de trente-trois ans vit ses jambes devenir de plus en

(1) Bottey, Magnétisme animal, Paris, 1884.

APPLICATIONS A LA THERAPEUTIQUE 315

plus faibles, et finalement être frappées de paraplégie avec anesthésie. Pendant quatre mois on tenta, sans résultat aucun, les médications les plus diverses. Lorsque Braid Texamina, non seulement la sensibilité et les mouvements volontaires des jambes et des pieds étaient abolis, mais encore les genoux étaient fléchis et rigides, les talons relevés, les pieds courbés et fixes dans la position d'un varus équin...

Je la mis, dit-il, en hypnotisme et j'essayai alors de régulariser raction morbide des muscles et la mauvaise position des pieds et des jambes. Cinq minutes après, je la réveillai ; elle se mit à remercier le Ciel de ce qu'elle sentait maintenant qu'elle avait des pieds, de ce qu'elle sentait le plancher sous elle et de ce qu'il lui était possible de remuer ses orteils. Je la fis lever, et, soutenue par son mari d'un côté, par moi de l'autre, elle put traverser la chambre (4).

Elle fut hypnotisée quotidiennement pendant un certain temps; Tamélioration fut constante. Au bout de quinze jours elle marchait seule ; peu de temps après elle était guérie.

Les contractures consécutives aux attaques d'hystéro-épilepsie cèdent fréquemment à Pemploi de l'hypnotisme. M. Magnin fait observer qu'on ne devrait jamais négliger d'essayer ce moyen aussitôt après l'attaque ; car plus la contracture est de date ancienne, et plus elle sera rebelle aux procédés employés pour la combattre. Dans les cas de contractures anciennes et permanentes, il conseille l'emploi combiné de l'hypnotisme et des agents aesthésiogènes.

({} Neurypnologie,

Sur la nommée E... entre autres, dit-il, nous avons, mon maître et moi, guéri définitivement et très rapidement, en quelques jours, un pied bot varus équin gauche datant depuis près d'un an et ayant résisté à tous les modes de traitement successivement employés. La méthode consistait tout simplement à placer la malade dans la période cataleptique de l'hypnotisme. Le pied bot réduit au moyen d'une excitation convenable pour la malade et pour la période (le soufûe dans le cas particulier), le réveil était provoqué. Le pied bot dans ces conditions avait tendance à se reproduire plus ou moins rapidement, mais le résultat était maintenu très facilement par application (sur la région du jambier antérieur) d'un métal auquel nous savions la malade sensible. Grâce à ce moyen il y avait fixation du résultat thérapeutique obtenu dans l'hypnotisme. Nous étions obligés également d'appliquer des plaques métalliques sur l'avant-bras droit, une contracture se produisant dans le membre supérieur droit au moment où l'on faisait disparaître le pied bot du membre inférieur gauche. Il y avait eu, en d'autres termes, transfert croisé du membre inférieur d'un côté au membre supérieur du côté opposé (1).

Ainsi dans Thystérie, on aura, suivant les sujets, avantage à seconder Faction de l'hypnotisme, soit par la suggestion, soit par la métallolhérapie. Et peut-être ne sera-ce pas trop des trois procédés réunis et combinés pour arriver à quelques résultats dans les cas les plus graves.

On pourra essayer avec avantage l'hypnotisme et la suggestion chez les personnes atteintes de troubles choréiques qui ne sont pas sous la dépendance d'une lésion organique des centres nerveux. Quelques exemples de ce genre sont dus à M. Bernheini. Le 8 septembre 1884, il faisait au Congrès de l'asso-

(1) Magnin, Étude clin, et expér. sur l'hypnotisme, Paris, 1884.

dation française pour ravancement des sciences, tenu à Blois, une communication « sur des troubles choréiques de l'écriture guéris par la suggestion hypnotique ». Pour lui, la suggestion qui peut déterminer des troubles fonctionnels chez un individu qui n'en présente pas, peut aussi les faire disparaître quand ils existent. La pratique de M. Liébault, qui professe les mêmes idées, consiste, pour obtenir ce résultat, à suggérer la guérison, à l'affirmer dans une suggestion, et par là même, à la réaliser. Cette méthode, comme on le voit, serait applicable à tous les troubles dynamiques. Voici, succinctement résumés, les trois cas de troubles choréiques de l'écriture que le professeur de Nancy a réussi à guérir par la suggestion hypnotique :

Le premier sujet est un jeune garçon qui a eu trois attaques de chorée ; à la suite de la seconde il a été atteint de rhumatisme articulaire. La troisième s'est produite tout récemment; elle s'est progressivement amendée, mais en laissant après elle des troubles de l'écriture très accentués. M. Bernheim plongea ce jeune garçon dans un profond sommeil hypnotique, après lequel il ne se souvenait de rien, et en profita pour lui suggérer l'idée qu'il était guéri. Dès les premières séances, l'écriture s'améliora, mais seulement d'une façon passagère. Enfin, au bout d'un mois, l'amélioration devint définitive et le malade put désormais écrire d'une façon correcte.

Dans le second fait, il s'agit d'une jeime fille atteinte d'hémichorée, dont la guérison fut obtenue par le même procédé.

Le troisième cas concerne une jeune fille qui, employée dans un atelier où avait régné une épidé-

mie de chorée, avait été elle-même atteinte dechorée généralisée. On l'hypnotise, sans obtenir le sommeil profond; elle n'arrive qu'à la seconde période et conserve le souvenir de tout ce qui s'est passé pendant son sommeil.

On lui suggère, on lui affirme que le tremblement rythmique dont elle est afQigée va disparaître; tout d'abord il s'exagère ; mais au bout de quelques minutes il disparaît, et la jeune fille, réveillée, écrit sans que son écriture révèle aucun trouble choréique. Au bout de cinq minutes, à la vérité, le tremblement recommence ; mais il suffit de quelques séance ultérieures d'hypnotisation pour que la guérison devînt définitive et ne se démentît plus. M. Bernheim possède bien d'autres faits de guéri son par cette méthode ; mais il se borne actuellement à , signaler ces trois cas intéressants (1).

Ces observations nous semblent de nature à encourager les tentatives d'hypnotisation dans les affections du genre de celles dont il vient d'être question.

On serait en droit d'attendre d'excellents résultats de l'hypnotisme et de la suggestion hypnotique dans diverses formes de folie, s'il n'était à peu près avéré que les tentatives d'hypnotisation échouent d'une façon persistante chez ce genre de malades. Chez les hypocondriaques, les lypémaniaques, les monomanes impulsifs, on pourrait combattre les idées fixes, soit en suggérant des idées opposées, soit en affirmant 1 inanité de celles qui existent;

(1) Prog. méd., 4 oct., 1884.

mais nous sommes encore à attendre une expérience de ce genre.

Cependant, M. Aug. Voisin, médecin de la Salpétrière, a rapporté une observation qui semble démontrer qu'il ne faut pas se décourager, et que rhypnotisation chez les aliénés n'est pas impossible (1).

Il s'agit d'une fille âgée de vingt-deux ans qui, séquestrée à Saint-Lazare à la suite de vols et d'abus de confiance, fut reconnue aliénée et envoyée à la Salpétrière. C'est une fille grande et forte, d'un intelligence peut-être au-dessus de la moyenne, pensive et sournoise. Le front est bas, mais on ne remarque chez elle aucune conformation défectueuse. Indocile, paresseuse, ordurière, elle manifeste toujours de la mauvaise humeur, et récrimine à propos de tout. Quand elle est inoccupée, elle prononce des paroles incohérentes qui annoncent l'existence d'un délire maniaque. Bientôt elle a des accès d'agitation, devient furieuse, et on ne peut la maintenir qu'avec la camisole de force. Elle a aussi, de temps en temps, des attaques sous forme de perte de connaissance, sans convulsions.

M. Aug. Voisin pensa à rhj^pnotisme pour calmer cette violente agitation. Etant un jour venu à rimproviste dans son service, il trouva la malade camisolée, assise dans la salle des douches, le bonnet d'irrigation d'eau froide sur la tête. Il essaya de l'hypnotiser en lui faisant fixer des yeux le doigt placé au-dessus de son nez ; mais, à cause de la difficulté de lui faire regarder fixement un objet,

(1) Communication à la Soo. médico-peychoIogiQue. In Annahi méd, '■psyeh., 1884, t. II, p. 289 et suiv.

320 ILLGNÉnSME ET HYPNOTISME

il n'obtint le sommeil qu'en la regardant de très près, à quelques centimètres de son visage et en suivant tous les mouvements de ses yeux. Au bout de dix minutes, survint un strabisme convergent auquel succéda bientôt im sonuneil stertoreux. Après cinq minutes de ronflement, elle se mit à bavarder d'une façon incohérente.

Les jours suivants, nouvelles tentatives d'hypnose, plus difficiles que la première, mais cependant suivies aussi de succès ; à la suite des séances, on constate im peu de calme. Voici un échantillon des difiBcultés que rencontra M. A. Voisin dans ses expériences :

Elle résiste, se débat, lui crache au yisage; la grande difficulté est de lui faire fixer un objet. M. A. Voisin est obligé de lui tenir les paupières entr'ouvertes et de suivre ses yeux ; après sept ou huit minutes, elle se débat, devient somnolente, prononce quelques mots puis s'endort.

Peu à peu le sommeil devient de plus en plus parfait :

Elle est assise sur une chaise, la tète renversée en arrière et appuyée sur un lit, les mains pendantes se cyanosent, les membres sont dans la résolution absolue, Tanesthésie est complète; une grosse épingle enfoncée dans la peau n*est nullement sentie. C'est à partir de cette séance que nous l'avons interrogée et qu'elle nous a donné, sur sa ?ie, des détails qu'elle nous avait cachés jusqu'alors.

M. A. Voisin essaie sur la malade des suggestions diverses qui réussissent très bien. Il lui ordonne de dormir pendant vingt-quatre heures et Tordre est exécuté. Il lui prescrit d'accomplir différents actes à des heures déterminées, elle les exécute. Il lui

enjoint de devenir calme et convenable. Elle le devient.

On chercha vainement à lui donner la catalepsie et à lui suggérer des hallucinations diverses. On ne put non plus lui faire commettre un vol pendant le sommeil hypnotique.

M. A. Voisin lui dit de se réveiller demain à neuf heures et quart du malin et de manger ce qu'elle trouvera à cette heure sur la table de nuit, de laver le petit parloir à une heure après midi, et de lui écrire à deux heures une lettre sur une feuille de papier qu'elle trouverait dans le tiroir de la table avec une enveloppe, et de laisser la lettre cachetée dans le tiroir. M. A. Voisin ajoute qu'il veut non seulement la guérir de sa maladie nerveuse, mais encore la rendre honnête comme ses sœurs, et que demain à deux heures elle lui écrira la promesse formelle de bien se conduire dorénavant, et qu'elle renfermera son engagement dans une enveloppe, la cachètera, écrira sou nom sur l'enveloppe, et la laissera dans le tiroir.

Le tout fut exécuté à la lettre. On ne tarda pas à • remarquer que sa tenue était notablement meilleure, ses propos plus honnêtes et son humeur plus obligeante.

Sa tenue actuelle dans le service s'est bien améliorée. On ne pouvait obtenir qu'elle s'occupât à coudre, comme les malades tranquilles. Je lui en suggère l'idée chaque jour pendant son sommeil, que je ne laisse pas durer plus d'une heure, et maintenant elle coud tous les jours pendant deux heures. Je lui suggère l'idée d'apprendre des chapitres d'un livre de morale et de me les réciter devant les élèves qui suivent mon cours. Elle le fait et en récite avec précision deux à trois pages...

J'avais pensé que ce sommeil, imposé fréquemment <à des aliénées, pourrait amener chez elles des habitudes de calme ; cette observation paraît confirmer cette supposition ;

en efTet, l'agitation de cette malade s'apaise prof?ressivement et son désordre d'actes et de paroles a diminué dans une notable proportion. N'y a-t-il pas matière à réflexions dans le fait qu'elle regrette, sans admonestation de ma part, sa vie passée, ses égarements et ses entraînements avec les hommes, lorsqu'elle est plongée dans le sommeil hypnotique?

Tel est le fait unique, croyons-nous, jusqu'à présent, d'hypnolisation appliquée au traitement des maladies mentales. Il mérite de ne point rester isolé, et, sans concevoir des espérances que la pratique démentirait brutalement sans doute, il est du devoir des médecins aliénistes de ne point repousser ce nouveau moyen qui leur est offert d'apporter, dans certains cas, fussent-ils très rares, quelque soulagement à leurs malades. L'existence de l'hystérie chez un aliéné nous semble une indication d'appliquer les procédés hypnotiques. Les attaques constatées chez la malade de M. A. Voisin relevaient vraisemblablement de cette affection.

En dehors des bons effets de Thypnotisation, l'observation précédente nous montre ceux de la suggestion pendant le sommeil provoqué. Est-il donc possible, par des suggestions méthodiquement pratiquées, de modifier d'une façon permanente le cours des idées, les penchants acquis ou instinctifs, la sensibilité, en un mot le caractère d'un individu hypnotisable? En d'autres termes, peut-on espérer appliquer efficacement l'hypnotisme à l'orthopédie morale ou à l'éducation ? De bons esprits l'ont pensé.

L'éducation et la médecine de l'àme trouvent dans le braidisnie, dit Durand, de Gros, des moyens d'action d'une puissance inouïe qui, à eux seuls, portent la découverte de Braid au rang des plus glorieuses conquêtes de l'esprit humain (1). •

Langage d'apôtre, prétentions téméraires! Nous ne les repoussons pas absolument, à la condi.ion toutefois qu'elles se fassent plus modestes. Nous ajoutons qu'il ne suffit pas de rcpéler des affirmations de ce genre pour persuader; quelques faits bien observés seraient autrement éloquents, on peut môme dire suggestifs.

Le degré de suggestibilité de chacun est très variable.

L'éducation de l'enfant, dit M. Bernheim, les notions et les principes inculqués à son cerveau par la parole et par l'exemple, les doctrines philosophiques et reli'^ieuses dans lesquelles il est bercé dès son plus Jeune âge, n'est-ce pas déjà une suggestion à l'état de veille?

Oui, sans doute. Mais ces suggestions, quoique égales pour toutes les jeunes intelligences, sont loin d'agir sur chacune d'elles avec la même intensité, et les intelligences qui s'y montrent les plus réfractaires sont précisément celles pour qui il serait le plus nécessaire d'y être très sensibles. Et là où l'éducation est impuissante, la suggestion hypnotique réussirait ? 11 est au moins permis d'en douter. L'aliénée de M. A. Voisin semble avoir été moralisée par l'hypnotisme; mais il faudrait pouvoir ia suivre après sa sortie de la Salpôtricre; carie succès ne sera complet qu'autant que cette amélioration des

(1) toc, cit., p. 111.

sentiments moraux persistera dans le miheu où elle sera appelée à vivre. M. Liébault aurait obtenu chez un jeune homme doué d'instincts pervers, une modification considérable de sa nature morale par la suggestion hypnotique systématiquement pratiquée. Mais l'amélioration ne s'est pas maintenue. Le même médecin serait parvenu à enrayer chez certaines personnes Tentrainement d'habitudes nuisibles à la santé comme celle du tabac et des liqueurs alcooliques en leur en inspirant le dégoût. En somme, nous ne connaissons jusqu'ici dans ce genre que quelques tentatives peu concluantes, et en présence desquelles il n'est pas défendu de conserver un certain scepticisme que, pour notre part, nous souhaitons vivement de voir un jour confondu. La suggestion à l'état de veille, surtout chez les sujets hypnotisables, mais aussi chez quelques-uns qui ne le sont pas, peut donner des résultats favorables. L'induction permettait de penser à piiori que la suggestion qui produit des modifications fonctionnelles dans un sens, peut aussi en produire dans un sens contraire ; que si, par exemple, la suggestion sufiit à amener des paralysies, elle doit aussi pouvoir les guérir. Russel Reynolds et Erb ont signalé, nous l'avons déjà dit, des paralysies produites par l'effet de l'imagination. On trouve, entre autres, citée dans différents ouvrages, l'observation de cette jeune fille qui, soignant son père paralysé, slmagina qu'elle allait elhi-même être atteinte d'une maladie semblable. Sous l'influence de cette crainte persistante et de l'émotion qu'elle éprouvait en pensant à la cruelle situation où les jetterait cette éventualité, elle sentit peu à peu ses

membres s'affaiblir et enfin se paralyser. Reynolds la guérit par un traitement purement moral en lui persuadant qu'elle pouvait guérir, c'est-à-dire en lui suggérant une idée contraire à celle qui avait causé sa m iladie passagère.

Nous avons cité une observation de M. Bottey qui nous montre une paraplégie hystérique guérie par des pilules de mie de pain. Nous lui en devons^ une autre, celle d'une jeune file de seize ans, non hypnotisable, atteinte d'une paralysie hystérique complète, avec anesthésie, qui la confinait au lit depuis quinze mois A l'aide d'une potion dite fulminante composée d'eau colorée et de granules de mie de pain, il détermina chez la malade des porturbations nerveuses extraordinaires qui lurent suivies de la guérison do la paralysie.

Le traitement moral des maladies, autrement dit la thérapeutique suggestive, en dehors même de rhypnot.sme, rend assurément déjà de grands services; mais, systématiquement pratiquée, il y a lieu de supposer qu'elle en rendrait de bien plus grands encore. Que de névropathiques et d'hypocondriaques dont les Irouliles morbides, qui guériraient par une thérapeutique morale bien dirigée, sont aggravés et rendus incurables par l'insouciance et parfois même le dédain moqueur avec lequel on les traite. Les malades imaginaires, en réalité, sont de vrais malades. Les soutfrances qu'ils accusent, ils les éprouvent réellement; elles naissent dans leurs divers organes sous l'influence de leur imagination surexcitée, par une véritable auto-suggestion; avec d'autant plus de facilité que ces individus appartiennent à la famille névropathique, et qu'il est

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rare qu'une intelligence robuste vienne compenser chez eux Tinstabilité perpétuelle de leur sensibilité physique et morale.

L'influence des agents moraux sur les troubles dynamiques du système nerveux est d'ailleurs bien démontrée. La foi, de nos jours, fait encore des miracles : et les nombreuses guérisons d'affections hystériques accomplies dans les sanctuaires en vogue sont un exemple éloquent de cette puissance suggestive de la confiance en l'intervention divine.. Nombre de cures obtenues par des gens étrangers à la médecine se prétendant possesseurs de remèdes secrets, ou doués d'un pouvoir surnaturel de guérir, n'ont pas d'autre origine. Chez les aliénés de la classe rurale, on calme bien des douleurs par l'emploi d'emplâtre de diachylon , on obtient couvent le sommeil avec du sirop simple ; on supprime ou prévient des crises avec des doses insignifiantes de médicaments.

J'ai en ce moment parmi mes malades une personne d'un certain âge atteinte de troubles nerveux hystériques survenant par crises, et suivis d'accès de délire, d'hallucinations, de loquacité, de pleurs, de rêvasseries. Dans les premiers temps de sa maladie, je lui avais administré une potion contenant quelques grammes de bromure de potassium. Un mieux sensible s'étant produit, je la supprimai. Tous les accidents reparurent aussitôt avec l'intensité du début ; il fallut la prescrire de nouveau. L'amélioration revint : nouvelle suppression du î'emède, nouvelle rechute. Habitué à prescrire le bromure de potassium et à en reconnaître les effets, je ne pouvais me persuader que ce médicament était

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pour une part importante dans les phénomènes que j'observais. Au lieu de le supprimer, je me contentai, à l'insu de la malade, d'en diminuer la dose au point de la rendre insignifiante et absolument privée de toute efficacité. Les bons effets furent les mêmes ; ils persistèrent longtemps. Un jour, je voulus enfin savoir si l'amélioration que je constatais chez ma malade était stable ; je la prévins que j'allais diminuer la dose de son remède pour arriver peu à peu à la suppression. Je ne diminuai rien, bien entendu, car il n'y avait rien à diminuer. Une . rechute ne s'en dessina pas moins immédiatement et éclata après la suppression définitive de l'inoffensive potion.

On doit avant tout s'efforcer non seulement de ne pas affaiblir, mais encore de cultiver la confiance du malade. C'est pourquoi la première mesure à prendre est de l'isoler du milieu dans lequel il a jusqu'alors vécu et où son mal a pris naissance et s'est d'autant plus enraciné qu'il a trouvé plus d'incrédulité et de contradiction. Au lieu de discuter la réalité de ses souffrances, de le chicaner sur leur nombre ou leur intensité, on devra les admettre sans réflexions oiseuses, affirmer qu'elles rentrent dans les cadres de la pathologie commune, qu'elles sont curables et qu'il n'y a aucun doute d'une guérison prochaine et radicale. La prescription qui viendra ensuite importe assurément beaucoup moins. Que de remèdes qui guérissent non pas tant par leurs propriétés physiologiques que par leurs vertus suggestives ! Il n'y a pas jusqu'aux effets les plus énergiques des poisons les plus violents que l'imagination ne puisse produire chez certaines orga-

nisations impressionnables. L'anecdote suivante m'en semble une preuve bien originale :

J'ai dans mon service une infirmière atteinte de tubercules pulmonaires. Pour calmer une toux nocturne opiniâtre, qui la fatiguait beaucoup, j'ordonnai, il y a quelques mois, de lui faire le soir une injection sous-cutanée d'eau pure dans la région sternale. Cette fille, habituée à me voir pratiquer chez les aliénés des injections de chlorhydrate de morphine fréquemment suivies de vomissements, s'effraya beaucoup en m'.entendant lui prescrire une injection sous-cutanée. En vain, lui affirmai-je qu'il ne s'agissait que d'eau claire; elle ne fut pas convaincue. Le soir l'injection d'eau fut faite; une demi-heure après un état nauséeux suivi bientôt de vomissements se produisit et dura jusqu'au lendemain. La malade resta persuadée q'ie je l'avais trompée et que je lui avais fait administrer une dose de morphine qu'elle n'avait pu supporter.

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