‹ Magnétisme et hypnotisme; exposé des phénomènes observés pendant le sommeilChapitre 9 sur 46 · V. — Autohypnotisation involontaire · texte numérisé non relu

V. — Autohypnotisation involontaire

VI. — Classification des agents hypnogéniques. — Leur emploi doit être varié

suivant les sujets et la phase du sommeil qu'on veut obtenir. — Éducation des sujets par la répétition des expériences. Vn. -~ L'hypnotisme chez les animaux.

Braid définissait l'hypnotisme « un état particulier du système nerveux déterminé par des manœuvres artificielles. »

Mais Thypnotisme ne se compose pas d'un seul état ; il en comprend, comme nous le verrons plus loin, plusieurs très tranchés, surtout chez les hystériques ; aussi est-il préférable, comme le fait M. P*

Richer, d'élargir la définition de Braid, et de définir l'hypnotisme « l'ensemble des états particuliers du système nerveux déterminés par des manœuvres artificielles (1). »

Il y a, en effet, hypnotisme et hypnotisme. Depuis le plus léger degré de pesanteur et de somnolence jusqu'à la léthargie la plus profonde, il se présente une suite d'états tellement nombreux qu'il semblerait, d'après certains auteurs, qu'il y ait dans la série place pour tout le monde, et que les individus réfraclaires à l'hypnotisation soient l'infime exception. Le professeur Bernheim, après avoir cité une statistique du D' Liébault, qui, sur 1011 personnes n'en aurait trouvé que 27 absolument insensibles aux pratiques hypnotiques (2), est d'avis, tout en énumérant quelques causes susceptibles d'expliquer les raisons d'une statistique aussi extraordinairement favorable, que ses propres recherches l'autorisent à admettre que les sujets réfractaires constituent la grande minorité. Il arrive très souvent qu'un individu non influencé aux deux ou trois premières tentatives, succombe à un essai ultérieur, et à force de persévérance, on arriverait, parait-il, à vaincre certaines résistances individuelles.

Durand, de Gros, n'obtenait que la proportion de un quinzième de sujets sensibles.

M. le D' Bottey (3), chez des femmes de dix-sept à quarante-deux ans, a pu produire l'hypnotisation dans trente pour cent des cas. Mais il fait observer

(i) p. Richer, Études cliniqites sur la grande hystérie, Paris, 1885, 2e édition.

(2) Bernheim, loc. cit., p. 7.

(3) Bottey, Magnétisme animal, Paris, 188 i, 1 vol. in-i8.

que, en dehors du milieu extrêmement favorable où il a opéré, cette statistique serait très probablement exagérée.

Braid, sans fournir de statistique, fait observer qu'il existe chez les divers individus une grande différence dans le degré de susceptibilité à Tinfluence hypnotique; les uns étant affectés rapidement et avec intensité, les autres lentement et faiblement.

Cette différence tient à des causes extrêmement nombreuses. A prendre les individus en bloc, les gens du peuple, les illettrés, les cerveaux dociles, ceux qui sont convaincus de la puissance magnétique de Topérateur, les personnes habituées à l'obéissance passive, les anciens militaires, les ouvriers, les domestiques, sont, suivant MM. Liébault et Bernheim, beaucoup plus sensibles aux procédés hypnotiques que les personnes dont l'intelligence est cultivée, et que celles qui font profession d'un certain scepticisme.

Le consentement du sujet, son attention, sa bonne volonté ou tout au moins sa neutralité sont absolument nécessaires (1). Celui qui résistera ou qui, l'esprit ailleurs, ne fera qu'assister en étranger à l'expérience, sera presque toujours réfractaire, aussi les aliénés des diverses catégories, les imbéciles, les idiots, ne peuvent-ils presque jamais être endormis, parce qu'il est presque impossible de fixer leur attention pendant un espace de temps suffisant à l'action des procédés hypnogéniques.

Cependant, j'ai endormi quelques épileptiques aliénés sans difficulté. Mais, sauf chez une malade

(i) Excepté, comme nous le verrons, chez les grandes hystériques et dans le grand hypnotisme.

qui fut mise une fois en somnambulisme, et qui par la suite refusa obstinément de se soumettre à de nouvelles expériences, je n'ai obtenu que des phénomènes peu intéressants chez mes sujets, probablement à cause de leur affaiblissement intellectuel. Un matin, à ma visite, j'ai pu par surprise, en le fixant de très près dans les yeux, suivant le procédé du D' Brémaud, mettre un maniaque chronique en catalepsie, au grand étonnement des personnes présentes. Comme chez Fépileptique précédente, je n'ai pu renouveler l'expérience, le malade s'y étant toujours depuis violemment opposé.

Le sexe joue indubitablement un rôle prédisposant. Les femmes sont hypnotisables en beaucoup plus grand nombre que les hommes, ce qui doit être attribué à lïmpressionnabilité plus grande de leur système nerveux.

En général, dit M. Richet, les femmes petites, brunes, aux yeux noirs, aux cheveux noirs abondants, aux sourcils épais, sont des sujets très favorables. Cependant on réussit très bien avec des femmes pâles et lymphatiques, et on échoue avec des personnes très nerveuses. En somme, les femmes délicates, nerveuses, languissantes, atteintes d'une maladie chronique, sont certainement plus que toutes les autres aptes à subir Tinfluence du magnétisme (1).

. h^âge n'est pas moins important à considérer. Les jeunes gens de l'un et de l'autre sexe sont les sujets les plus favorables aux expériences hypnotiques. Les magnétiseiurs ne l'ignorent pas : constanunent ils recherchent les sujets jeunes ; et parmi ces derniers, l'expérience leur a appris à opérer rapidement

(i) Ch. Richet, L'homme et l'intelligence, Paris, 1884.

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une nouvelle sélection. A Foscillation des pupilles, ils reconnaissent au bout d'un instant ceux qui sont le plus susceptibles d'être influencés. Une expérience curieuse faite dans un lycée par MM. Porfer et Vaisson, semble indiquer que chez les jeunes gens de quinze à vingt et un ans l'anesthésie cutanée serait des plus fréquentes. Peut-être devrait-on en conclure que les individus de cet âge n'ont pas encore un système nerveux parfaitement équilibré, ce qui expliquerait leur grande aptitude à toiîibe r dans le sommeil hypnotique (1).

Certains états physiologiques et pathologiques ont une très grande influence. D'après le D"" Brémaud, les abus alcooliques et l'énervement consécutif aux excès vénériens créent temporairement une prédisposition favorable au développement des phénomènes hypnotiques. L'état anémique, qu'elle qu'en soit la cause, la chlorose, les affections névropathiques, excepté la folie, sont dans le même cas. A ce propos, il n'est pas inutile de faire remarquer, avec MM. Demarquay et Giraud-Teulon, les nombreux points de contact qui existent entre les désordres hystériformes et certains phénomènes hypnotiques.

Mais, de toutes les causes prédisposantes, la plus importante est, à coup sûr, kt diathèse hystérique . Chez presque toutes les hystériques, l'hypnose artificielle peut être provoquée. C'est chez elles le plus souvent qu'on rencontre la léthargie, la catalepsie et le somnambulisme naturels ; c'est chez elles également que ces états seront le plus facilement provo-

(]) R. Boussi, thèse de Paris, 1880, et P. Magnin, Étude clinique et expérimentale sur l'hypnotisme, Paris, 1884.

gués artificiellement, avec leurs caractères les plus tranchés et les plus typiques, à ce point que pour les auteurs qui ont étudié plus particulièrement le sommeil nerveux chez les hystériques, ces trois états sont pour ainsi dire toutThypnotisme, et qu'ils laissent volontairement de côté les innombrables états mixtes et intermédiaires, comme un obstacle à l'étude et une cause d'obscurité et de confusion.

Avant d'exposer les procédés à l'aide desquels on détermine l'hypnotisme, rappelons, ne serait-ce qu'à titre de comparaison, les pratiques des magnétiseurs.

Ainsi que nous l'avons déjà fait observer, leur manuel opératoire s'est singulièrement simplifié depuis Mesmer; le baquet, les baguettes, les chaînes, les boites magnétiques ont été mis de côté. Les mains seules et le regard sont désormais utilisés.

Le calme sera fait autour du patient, les témoins importuns seront soigneusement écartés ; ceux qui resteront devront s'abstenir de toute manifestation et s'unir d'intention avec l'opérateur. Ce dernier se place vis-à-vis du malade commodément assis, prend ses genoux entre les siens, et après l'avoir exhorté à bannir toute crainte et à s'abandonner aux effets du magnétisme, en s'eflForçant de ne penser à rien, il commence l'opération.

Il se recueille quelques instants, puis il prend entre ses deux doigts les pouces du sujet, de manière que leur intérieur touche l'intérieur des

siens, et il fixe ses yeux sur lui. Il restera de deux à cinq minutes dans cette situation jusqu'à ce que se soit établie une chaleur égale entre les pouces en contact. Ensuite il retirera les mains à droite et à gauche, la face palmaire en dehors; il les élèvera à la hauteur de la tête, les posera un instant sur les deux épaules du malade, puis pratiquera cinq ou six passes le long des bras en touchant légèrement. Des passes seront ensuite pratiquées depuis la tête jusqu'à l'épigastre.

En ce point on s'arrête quelques minutes en posant les pouces au creux de l'estomac et les doigts audessous des côtes; puis on reprend les passes en opérant le long des cuisses et des jambes.

Cette manière de procéder doit être continuée tout le temps nécessaire; on y ajoute si l'on veut, mais ce n'est pas d'obligation, des passes le long de l'épine dorsale, du bassin et des hanches.

Telle était la méthode de Deleuze.

M. Teste (1) l'a encore simplifiée. Il se place debout devant le malade et se contente de faire devant lui des passes dirigées de haut en bas, en ayant soin de lui présenter toujours, en descendant, la face palmaire de la main, et en remontant, la face dorsale. Ce procédé si simple réussirait surtout chez les personnes qui ont déjà été magnétisées.

Les magnétiseurs indous, dont se servait le D^ Esdaile, vers 1846, dans son hôpital mesmérique de Calcutta, employaient le procédé que voici : L'individu à endormir, en partie dépouillé de ses vêtements, était étendu sur le dos dans une salle obs-

(1) Teste, Manuel pratique du magnétisme animal, Paris, 1853, 1 vol. in-18.

cure. Le magnétiseur se plaçait à la tête du lit, et se penchait sur le malade, les yeux fixés sur ses yeux, de manière à ce que son visage touchât presque le sien. Une de ses mains était appliquée sur le creux épigastrique du patient, tandis que Tautre faisait des passes devant sa figure et principalement sur les yeux. En outre, il lui soufflait doucement et fréquemment dans le nez, entre les lèvres et sur les globes oculaires. Le silence le plus complet était observé pendant toute la durée de Topération.

Ce procédé combine divers moyens, entre autres les passes et la fixation du regard. Mais on peut employer la magnétisation au moyen du regard seul.

Ce procédé, dit M. Teste, ne peut pas être employé par tout le monde. Il exige dans celui qui s'en sert un regard vif, pénétrant et susceptible d'une longue fixité ; encore ne réussit-il que fort rarement sur des sujets qu'on magnétiserait pour la première fois ; quoiqu'il me soit arrivé dernièrement d'endormir par la seule puissance du regard, et dès la première séance, un homme de trente ans sans contredit plus robuste que moi. Au surplus, je ne magnétise presque jamais autrement mes somnambules habitués , lorsqu'il s'agit de quelque expérience de vision, car j'ai cru remarquer que ce genre de magnétisation augmente la clairvoyance. Voici la manière de procéder : Vous vous asseyez vis-à-vis de votre sujet. Vous l'engagez à vous regarder le plus fixement qu'il pourra, tandis que, de votre côté, vous fixez sans interruption vos yeux sur les siens. Quelques profonds soupirs soulèveront d'abord sa poitrine; puis ses paupières clignoteront, s'humecteront de larmes, se contracteront fortement à plusieurs reprises ; puis, enfin, se fermeront.

ni

Ce procédé est encore un de ceux qui sont le plus efficacement employés pour produire Thypnotisme. Il n'est pas nécessaire, bien entendu, comme le supposent les magnétiseurs, d'avoir un regard doué d'une puissance spéciale ; ni pendant l'opération, de tendre toute sa volonté vers le but à atteindre. A la condition de tenir son œil fixe, on peut laisser sa pensée suivre le fil qu'il lui plaira et le premier venu réussira aussi bien que le magnétiseur le plus fluidifère.

Si au bout de quelques minutes les yeux du sujet ne se ferment pas spontanément, on applique les pouces sur ses paupières supérieures qu'on maintient abaissées. Chez les hystériques , disent MM. Bourneville et Regnard (1), le sommeil est alors immédiat; la malade tombe en arrière en poussant quelques soupirs, tandis qu'un peu d'écume monte à ses lèvres.

Employée seule, sans fixation préalable du regard, l'occlusion des paupières jointe à la pression des globes oculaires par les doigts de l'opérateur réussit quelquefois chez les sujets dont la turbulence s'oppose à l'usage d'un autre procédé. C'était le procédé qu'employait Lasègue pour produire la léthargie chez les hystériques, comme nous l'avons dit dans le chapitre précédent.

Braid employait la méthode suivante :

(1) Boume ville et Regnard, Iconographie photographiqwî de la Salpétrière, et Progrès médical, 1881, p. 258.

Prenez un objet brillant quelconque (j'emploie habituellement mon porte-lancette) entre le pouce, Tindex et le médius de la main gauche ; tenez-le à la distance de vingtcinq à quarante-cinq centimètres des yeux, dans une position telle au-dessus du front que le plus grand effort soit nécessaire du côté des yeux et des paupières pour que le sujet regarde fixement l'objet.

Il ajoute qu'il faut faire entendre au patient qu'il doit tenir ses yeux constamment attachés à cet objet, et ne se laisser distraire par aucune pensée étrangère. Par suite de la convergence forcée des globes oculaires, il se produira d'abord une contraction des pupilles, puis une dilatation considérable précédée de quelques oscillations. A ce moment, si Ton dirige les doigts un peu écartés de l'objet vers les yeux, les paupières se fermeront d'elles-mêmes avec un mouvement vibratoire.

A la Salpêtrière, ce procédé a été un peu modifié. Au lieu de tenir l'objet brillant à une distance plus ou moins grande des yeux, on le place entre les yeux mêmes, à la racine du nez. La convergence forcée est augmentée, la fatigue est plus prompte, et le sommeil plus rapide.

Certains modes d'excitation sensorielle, pourvu qu'ils soient faibles, monotones et suffisamment répétés, ont aussi une influence très active dans la production de l'hypnose. C'est à Heidenhain surtout que l'on doit l'étude de ces divers moyens. La répétition des passes magnétiques devant les yeux a pour effet de déterminer une excitation de la rétine de la nature de celle dont nous parlons, et c'est ainsi que se produit le sommeil dans les expériences des magnétiseurs.

M. Ch. Richet se sert précisément, dans ses expériences, du procédé des passes. Il fait asseoir le sujet, prend ses pouces dans chacune de ses mains, et les lui serre assez fortement pendant quelques minutes. Cette manœuvre produit déjà, en général, un certain engourdissement de membres supérieurs. Puis il fait des passes, ou mouvements uniformes exécutés avec les mains étendues, sur la tête, le front, les épaules et surtout les paupières.

Une impression auditive faible et monotone, laissant Tesprit du sujet indifférent, et suffisamment prolongée, détermine facilement l'hypnose. Trois étudiants, placés par Heidenhain au bord d'une table où se trouvait une montre dont ils devaient écouter le tic-tac les yeux fermés, s'endormirent au bout de deux minutes.

Les impressions tactiles faibles, un grattement de certaines régions du corps, de légères percussions sur d'autres, sont également somnifères, mais il s'agit de trouver la zone hypnogène qui peut varier selon les individus. Chez les hystériques, Texcitation des zones hystérogènes et érogènes détermine parfois des accès de somnambulisme. C'est ce qui arriva chez une malade du D' Taguet (de Bordeaux) dont nous parlerons plus en détail dans une autre partie de ce travail : la compression de l'ovaire déterminait un état léthargique d'où on la faisait passer en somnambulisme par l'excitation des tégimients de l'oreille.

Un des moyens les plus communément employés actuellement pour provoquer le somnambulisme chez les hystériques consiste dans une légère pression ou friction du vertex. Ce procédé a été trouvé

en 1878 par P. Richer (1). La malade doit être préalablement plongée en léthargie par un procédé quelconque, la fixation du regard par exemple, si on exerce alors une pression sur le sommet de la tête, il se produit quelques mouvements convulsifs, un peu d'écume aux lèvres et un état de rigidité générale; la malade est alors en somnambulisme et peut se montrer sensible aux suggestions.

Un aimant plus ou moins puissant, approché, même à leur insu, de certaines hystériques, détermine le sommeil léthargique. On doit un cas de ce genre à M. Landouzy. M. Chambard en cite plusieurs autres (2).

M. Ochorowicz a même prétendu faire de cet agent un critérium de la sensibilité à l'hypnotisme. En plaçant le doigt indicateur du sujet entre les deux pôles de l'aimant, on constate au bout de quelques minutes si quelque action s'est produite.

Fig. 7 et 8. — Hypnoscope de M. Ochorowicz.

L'instrument à l'aide duquel M. Ochorowicz fait ses expériences est un aimant ayant la forme d'un cylindre fendu longitudinalement d'un côté; les

(1) Richer, Études cliniques sur la grande hystérie, 2e édition Paris, 1883.

(2) Dict, encyclop, des se, méd,, 3« série, t. X, p. 367.

bords de la fente forment les deux pôles de l'aimant et sont recouverts par Tarmure. Ce cylindre a 5 ou 6 centimètres de long sur 3 ou 4 centimètres de diamètre et pèse de 150 à 200 grammes ; c'est un aimant très puissant, car il peut soutenir des objets ayant vingt-cinq fois son poids. La figure 7 représente Taimant avec (B) et sans son armature (A) et la figure 8 donne une idée de la façon dont on l'applique sur le doigt du sujet en expérimentation. Les deux bords de la fente, après Téloignement de Farmure, appuient sur la face palmaire.

Sur cent personnes soumises à l'expérience de M. Ochorowicz, soixante-dix ne ressentirent rien de particulier en mettant le cylindre magnétique sur leur doigt; mais, par contre, les trente autres présentèrent des phénomènes d'ordre subjectif ou objectif (1). Tout sujet qui se montre sensible à ce moyen serait hypnotisable ; tous les autres ne le seraient pas.

Ce mode d'essai, qui serait des plus commodes, demande encore confirmation (2).

Des excitations sensorielles intenses et subites produisent également le sommeil nerveux mais plus particulièrement certaine phase de ce sommeil, la phase cataleptique. Le bruit soudain d'un gong, le son d'un grand diapason fait tomber instantanément en catalepsie une malade assise sur la caisse de l'instrument. L'arrêt subit des vibrations fait passer le sujet de la phase cataleptique à la phase léthargique. Des effets identiques sont produits paj l'éclat soudain d'une lumière oxhydrique ou élec-

(i) Science et nature, 22 août 1885 (no 91).

(2) Société de Biologie, 17 mai 1884.

trique, par Texplosion d'un paquet de fulmi-coton enflammé, par l'étincelle électrique.

Un jour, racontent MM. Boumeville et Regnard, une de nos malades, jouant avec un tam-tam qui se trouvait au laboratoire, le laissa tomber et demeura en catalepsie; c'est en ne Tentendant plus remuer qu'un des assistants alla la chercher et la trouva immobile, fixe et dormant.

M. Richer (1) rapporte une scène amusante dont il fut témoin pendant ses recherches sur l'hypnotisme faites à la Salpê trière.

Une hystérique était soupçonnée de voler les photographies du laboratoire, mais elle s'en défendait avec indignation. Un matin, M. Richer, qui venait de faire des expériences sur d'autres malades, aperçoit la voleuse la main dans le tiroir aux photographies. Il s'approche, elle ne bouge pas. Le bruit du gong percuté dans la salle voisine VaVait frappée de catalepsie, au moment même où elle commettait son larcin.

Il existe tout un ordre d'agents hypnogéniques que Ton peut appeler psyc/iiques.

On sait que certaines émotions violentes comme la frayeur, par exemple, amènent parfois, en dehors de toute expérimentation hypnotique, la catalepsie ou la léthargie. Les auteurs rapportent de nombreux exemples de ces accidents produits par la foudre (2). M. Dumontpallier a communiqué à la Société de

(1) P. Richer, loc. cit, p. 778.

(2) Voyez Sestier, De la foudre, Paris, 1866.

Biologie le cas d'une malade de son service que la frayeur avait plongée en léthargie.

Elle était dans un état nerveux très analogue à la phase léthargique de Thypnotisme expérimental. On constatait chez elle le phénomène de Thyperexcitabilité musculaire, mais l'activité du sens de Touïe était conservée, ainsi que la mémoire. Réveillée par la seule action du regard sur ses paupières abaissées, elle put rendre compte de ses impressions, de son complet anéantissement et de son impuissance à entrer en communication avec le monde extérieur pendant sa période de mort apparente (1).

Mais Faction hypnogénique d'une impression morale vive et inattendue ne peut guère, on le comprend, être utilisée à titre de procédé expérimental.

Nous avons déjà à plusieurs reprises signalé l'insistance qu'apportent les expérimentateurs à réclamer de leurs sujets une concentration obstinée de leur attention sur l'idée du sommeil. Ce n'est pas sans un puissant motif qu'ils insistent sur ce point; c'est qu'à elle seule, cette concentration de la pensée suffit pour isoler le sujet du monde extérieur et placer le cerveau dans un état tel qu'il reste fermé aux excitations sensorielles et par conséquent dans les conditions les plus favorables à la production du sommeil. L'état psychique de l'homme plongé dans une méditation profonde n'est pas sans analogie avec le début du sommeil hypnotique ; on en peut aussi rapprocher l'extase que déterminait chez nombre de religieux et religieuses des époques ferventes, la contemplation intérieure.

L'attention expectante, c'est-à-dire l'attente d'un

(1) Comptes rendus de la Société de Biologie, 3 juin 1882.

phénomène,- la croyance en sa production prochaine — dans 1^ cas actuel Tattente du sommeil hypnotique — suffit pour le provoquer chez certains sujets . L'idée seule qu'ils seront hypnotisés amène le sommeil chez ceux qui sont entraînés par la répétition des expériences, ceux surtout qui ont foi en la puissance de l'opérateur et se sentent incapables de se soustraire à son influence. Voici quelques exemples empruntés à MM. Bourneville et Regnard.

Une malade de la Saîpêtrière, persuadée que Tun de nous avait sur elle un pouvoir particulier, tombait hypnotisée,^ quel que fût l'endroit où elle le rencontrait. Un jour qu'en plaisantant on lui avait fait croire qu'elle serait subitement endormie, par la volonté, au milieu d'une cérémonie publique, elle préféra ne pas se rendre à cette cérémonie, tant elle était persuadée que la chose était immanquable.

Une autre fois, nous disions à une malade que, de chez nous, nous rendormirions à trois heures du soir. Dix minutes après, nous avions oublié cette plaisanterie. Le lendemain, nous apprenions qu'à trois heures la malade s'était endormie.

Heidenhain annonce à un étudiant que le soir du même jour, à quatre heures, il serait magnétisé à distance; à l'heure dite, il s'endormit.

Ce sont des exemples de ce genre qui ont tant excité l'enthousiasme des magnétiseurs et leur ont fait croire qu'ils étaient doués d'un pouvoir mystérieux irrésistible. Les auteurs que nous venons de citer ont répété tous leurs prodiges en affirmant simplement leur puissance magnétique. A un sujet, ils offraient une tasse d'eau prétendue magnétisée, et il s'endormait aussitôt après l'avoir bue. A d'autres, ils faisaient croire que tous les boutons de

CULLERRE. 7

portes étaient magnétisés et qu'ils ne pourraient y toucher sans tomber dans le sommeil hypijLOtique, et tout se passait suivant le programme annoncé (1). Il y a enfin toute une catégorie de sujets qui se rapprochent de ceux dont nous venons de parler et que Ton pourrait désigner sous le nom d^ hypnotisés par persuasion. Ce sont ceux, et ils seraient nombreux, d'après le professeur Bernheim, chez qui, par simple suggestion, on peut produire le sommeil. Dans les premières épreuves, l'opérateur leur fait fixer un objet, ses doigts ou ses yeux, pendant qu'il leur insinue, par des paroles convenables, l'idée du sommeil : « Vous allez sentir une lourdeur dans les paupières, une fatigue dans vos yeux; vos yeux clignotent ; ils vont se mouiller, la vue devient confuse; les yeux se ferment. » Quelques sujets fer-

(1) Un ancien président de la Société du mesmérisme, M. Morin, a du reste reconnu l'inanité des prétentions de ses collègues à ce point de Tue. H a maintes fois constaté qu'il suffisait de faire croire à une somnambule que son endormeur l'actionnait à distance pour qu'elle tombât aussitôt en somnambulisme. Par contre, si, le sujet ne s'y attendant pas, le magnétiseur dans une pièce voisine se livrait à ses gesticulations habituelles et s'efforçait de lancer des torrents de fluide dans sa direction, aucun effet n'était produit. « On voit donc, dit l'auteur, que quand l'imagination fait défaut, l'action magnétique est nulle; cette action est donc imaginaire. « H raconte en outre les expériences que fit la Société en question pour vérifier l'action magnétique à distance, et qui échouèrent complètement. Il déclare avoir eu connaissance de nombreux autres essais du même genre, qui tous donnèrent également des résultats négatifs. Les magnétiseurs promettent toujours des expériences probantes, mais ces faits, qui triompheraient sans doute d'une incrédulité opiniâtre, n'arrivent jamais. « Ils se contentent d'attaquer les savants, de tonner contre l'incrédulité, à l'exemple des prédicateurs, et ils ne sont pas plus empressés que ces derniers de satisfaire les légitimes exigences de la raison. » (Â.-S. Morin^ Du magnétisme et des sciences occultes, Paris, 1860.)

ment les yeux et dorment immédiatement. Chez d'autres, il faut insister davantage, multiplier les suggestions : « Vos paupières sont collées, vous ne pouvez plus les ouvrir; le besoin de dormir devient de plus en plus profond; vous ne pouvez plus résister. » L'expérimentateur ajoute, sur un ton tantôt impérieux, tantôt doux, suivant les sujets : « dormez ! » et le patient se met à dormir. Beaucoup de sujets se trouvent influencés dès la première séance, d'autres au bout de quelques séances seulement. Puis l'entraînement marche rapidement, et bientôt il suJBfit en les regardant d'étendre les doigts devant leurs yeux et de prononcer l'injonction : « dormez ! » pour que le sommeil se produise instantanément, au bout de quelques secondes (1).

Ce procédé diffère peu de celui qu'employait l'abbé Faria, qui se contentait de donner impérativement l'ordre de dormir aux sujets qui se soumettaient à ses expériences.

Notons cependant que l'intervention de l'imagination n'est pas nécessaire pour amener le somnambulisme, puisqu'on peut le produire pendant le sommeil ordinaire. Berger, que nous citons d'après M. P. Richer (2), employait, pour déterminer ce résultat, l'imposition des mains : il approchait ses mains chaudes de la tête du sujet endormi : au bout de quelques minutes, le sommeil naturel était changé en sommeil somnambulique. Cependant, il n'y avait là aucun agent particulier autre que la cha-

(1) Bemheim, loc, cit,; voyez aussi Beaunis, Le somnambulisme provoqué, Paris, 1886.

(2) P. Richer, loc, cit

leur, puisque, à l'aide de plaques convenablement - chauffées, Berger obtenait le même résultat."

Après les hypnotisés par persuasion, nous pourrions ranger, pour clore la série, "les hypnotisés par erreur ou par surprise. Nous faisons allusion à certains faits d'autohypnotisation dans lesquels le sommeil nerveux n'est pas recherché et provoqué par le sujet lui-même, comme chez les fakirs de l'Inde ou les moines omphalopsychiens du mont Athos, mais est produit à son insu et contre sa volonté. Braid raconte à ce sujet une anecdote amusante.

Un jour se présente chez lui une personne qui désirait être endormie. Étant occupé en ce moment, il la confia à M. Walker, son ami, qui était présent et qui se chargea de l'hypnotiser. Peu de temps après, Braid, qui était entré dans la chambre, vit le gentleman assis, fixant les yeux sur le doigt de M. Walker qui, lui, se tenait debout et ne quittait pas du regard les yeux de son sujet. Quel fut son étonnement quand, s'étant approché, il constata que M. Walker était profondément endormi, son bras et son doigt dans un état de rigidité cataleptiforme, tandis que le gentleman qu'il avait voulu endormir était complètement éveillé.

Voici un autre fait curieux emprunté à M. Dumontpalier :

Une hystérique de son service, en se coiffant devant un niiroir, tomba subitement en catalepsie. Elle était restée immobile, les yeux à demi-ouverts fixés sur le miroir, tandis que ses bras, conservant l'attitude qu'ils avaient au moment de l'invasion du sommeil cataleptique, étaient élevés au-dessus de la tète, dans l'attitude d'une femme qui ac-

SUJETS ET PROCJÉDJÉS 113

commode sa chevelure. L'observateur ajoute que, pour la réveiller, il lui suffît de fixer pendant quelques instants son regard sur le miroir dans l'image des yeux de la malade (i).

Nous devons à M. Azam (2) des exemples analogues :

M. Baillarger a cité devant moi, à la Société médicopsychologique, une jeune fille qui tombait en catalepsie en se regardant à la glace.

Je pourrais nommer un pasteur éminent de l'Eglise réformée qui s'endort à volonté pendant une demi-heure en fermant les yeux et en convulsant les globes oculaires en haut et en dedant.

De même, M. Bouchut (3) a observé dans son service, une petite fille de divans qui tombait en somnambulisme av^c des symptômes cataleptiques chaque fois qu'elle travaillait à des boutonnières, ouvrage difficile qui exige une certaine attention et une grande fixité du regard.

En résumé, nous voyons qu'il existe des procédés presque indéfiniment variés de produire le sommeil hypnotique, soit qu'on puise dans le domaine des agents psychiques, soit dans celui des agents sensoriels ou physiques ou même mécaniques.

Parmi ces derniers nous devons citer outre la

(1) Dumontpallier, Comptes rendics de la Société de Biologie, 18 mars 1882.

(2) Azam, Annales médico-psychologiques, 1876, t. II, p. 14.

(3) Bouchut, Traité pratique des maladies des nouveau-nés et de la seconde enfance, 8« édition, Paris, 1885, p. 273.

convergence forcée du regard et la compression légère des globes oculaires, dont nous avons parlé, rabaissement progressif des paupières sur les yeux suivant la pratique du professeur Bernheim ; enfin Tébranlement de la masse encéphalique par une secousse brusque imprimée à la tête, procédé employé par le magnétiseur danois Hansen, et qui ne semble pas avoir été toujours du goût de ses sujets d'expériences.

Chaque opérateur choisira dans cet arsenal les procédés qui lui sembleront les plus efficaces; il les associera, les variera, suivant les sujets; un peu aussi suivant la couleur de son esprit, et ne tardera pas à se rendre maître de quelques-uns.

Tous les hypnotisés eont loin de se ressembler ; il existe parmi eux de nombreuses catégories : le procédé qui endormira une hystérique échouera complètement sur un individu bien portant. Celui qui amènera rapidement le sommeil chez un sujet entraîné par des expériences précédentes, sera absolument sans eff'et sur la personne qui se soumettra pour la première fois à Tépreuve magnétique.

La méthode que Ton recommande d'employer au début, celle qui occasionne le moins de déception est encore la méthode de Braid. Malheureusement elle n'est pas toujours applicable. Chez les aliénés, par exemple, où il y aurait un intérêt si puissant à produire le sommeil hypnotique, il est presque impossible d'obtenir la fixité du regard. Il est bien plus impossible encore de fixer l'attention.

L'action exercée sur le système nerveux par le différentes manœuvres hypnotiques étant selon toute

probabilité une action inhibitoire ou d'arrêt (1), on s'explique facilement et l'action diverse des agents employés, et Timpressionnabilité variable des personnes qui y sont soumises. Chez les uns, rien ne peut mettre en jeu cette action d'arrêt; chez la plupart, elle ne peut être excitée qu'à un degré très léger. Chez quelques-uns plus particulièrement prédisposés, elle est relativement facile à provoquer. Ces derniers, d'habitude, montrent une tendance de •plus en plus grande à tomber dans le sommeil hypnotique à mesure que les expériences sont plus répétées. En dernier lieu, l'influence la plus insignifiante suffit pour amener le sommeil. Si, fait observer M. Ch. Richet (2), on endort plusieurs fois dans une même séance la même personne, en la réveillant successivement, on verra le sommeil survenir de plus en plus vite.

Un de ses sujets, magnétisé une première fois pendant vingt minutes, résiste à Thypnose. Dans une séance suivante, il s'endort au bout de quinze minutes. Réveillé", il est endormi de nouveau au bout de deux minutes, puis instantanément.

Une femme qu'il hypnotisait à l'hôpital Beaujon était devenue tellement sensible qu'elle s'endormait aussitôt qu'il entrait dans la salle; au début, cependant, le sommeil n'était provoqué que difficilement et la première tentative avait échoué complètement.

Nous avons vu précédemment avec quelle facilité s'endorment les sujets observés à la Salpêtrière et à la Pitié, évidemment en raison de l'entraînement qu'a subi leur système nerveux par suite de la ré-

(1) Voyez plus loin, chapitre ix.

(2) Ch. Richet, loc. cit.

pétition 5es expériences. L'éducation au somnambulisme est donc un lait acquis : nous en verrons des preuves de plus en plus convaincantes au fur et -à mesure que nous avancerons dans cette étude.

Un fait assez remarquable, c'est que les symptômes précurseurs du sommeil hypnotique semblent varier non seulement selon les sujets, mais aussi suivant le procédé hypnogénique employé.

Le procédé des passes détermine une sorte de torpeur, de fatigue générale et d'impuissance ; la phy- ' sionomie devient inerte ; bien qu'il n'y ait pas de modification marquée dans le rythme de la respiration, le patient éprouve un sentiment d'oppression. La fixation du regard sur un objet brillant produit la congestion des yeux, le larmoiement, des éblouissements et un trouble de plus en plus grand de la vision (1).

Les impressions monotones répétées 'amènent un engourdissement très semblable à celui qui précède le sommeil naturel.

Les impressions violentes et subites déterminent l'état cataleptique de préférence à toute autre phase du sommeil hypnotique.

D'une façon générale, les moyens doux produisent le somnambulisme ; les violents la catalepsie. Mais nous ne voulons pas insister actuellement sur ce sujet, sur lequel nous serons obligé de reveiiir au fur et à mesure que nous aurons à relater les expériences des divers observateurs qui ont étudié l'hypnotisme dans ces dernières années.

(1) Richer, loc, cit.

Un mot pour terminer sur les procédés par lesquels on peut provoquer, chez les animaux, certaiiles manifestations de nature hypnotique. Quelques animaux sont bien manifestement susceptibles d'être influencés de diverses manières.

Tout le monde connaît la fascination qu'exercent les reptiles sur les crapauds, les grenouilles et quelques oiseaux; celle des grands oiseaux sur leur proie ; celle du chien de chasse sur le gibier qu'il tient eu arrêt. On raconte des charmeurs de serpents d'Orient, des choses étonnantes (1).

M. Azam a vu, dans les foires du midi, des bateleurs charmer des coqs en leur plaçant le bec sur une planche, et en traçant une ligne noire sur le prolongement de la crête. Au bout de quelques ins- -tants, le coq tombe en catalepsie et reste dans l'attitude où on l'a mis (2).

En 1646, le Père Kircher faisait connaître un moyen analogue de rendi-e les poules cataleptiques. On leur lie les pattes, on les pose sur le sol, et quand après s'être débattues en vain, elles entrent de guerre lasse dans une immobilité complète, il sufiGlt de tirer sur le sol avec de la craie une ligne droite qui parte de l'œil de l'oiseau. On peut ensuite le délier, il sera incapable de sortir de son immobilité.

Czermak a obtenu les mêmes résultats sur d'autres petits animaux, notamment sxir des écre visses..

(1) Voyez Science et nature, 1884, tome I, p. 166, et Brehm, Merveilles de la nature, les Reptiles^ édition Sauvage. Paris, 1886. (2> L. Figuier, loc. cit., p. 396

D'après Preyer (l)des écrevisses, des grenouilles, des cochons d'Inde, peuvent être hypnotisés de différentes façons. Diaprés de nombreusess hypnotisations d'animaux, il est arrivé à cette conclusion que, par des excitations périphériques, on peut mettre en action le pouvoir d'inhibition des centres nerveux Supérieurs; l'état produit est tantôt une sorte de paralysie due à la frayeur, à l'épouvante ; tantôt une sorte de stupeur. Le premier état succède à l'emploi de moyens brusques et violents, le second à des excitations périphériques, faibles mais prolongées et imiformes.

Si l'on saisit un cochon d'Inde en le maintenant de force immobile, le ventre en l'air, au bout d'une ou de deux minutes, il restera inerte et stupide; on peut faire la même expérience avec un coq ou un lapin. Les excitations sensorielles restent sans effet pour tirer l'animal de son engourdissement. Les très jeunes sujets et les vieux sont complètement réfractaires à l'hypnotisme.

On peut hypnotiser des grenouilles de la manière suivante, d'après M. Oh. Richet et M. Heubel.

On prend une grenouille vigoureuse et agile, on la tient pendant deux minutes entre le pouce placé sur le ventre et les quatre autres doigts appliqués sur le dos. La grenouille s'agite, puis finit par rester immobile : si alors on la place sur une table le ventre en l'air, elle reste un quart d'heure,, une heure et plus dans cette position inusitée.

Il est probable, dit M. Charles Richer, que, sous l'influence des excitations périphériques, les parties du cerveau qui président à Tarrêt des actions réflexes et Yolontaires en- Ci) Preyer, La cataplexie et l'hypnotisme des animaux (en aile* mand), léna, 1878.

> trent en jeu et paralysent les parties sous-jacentes do la moelle épinière (1).

On attribue à des effets hypnotiques la facilité ^ qu'ont certains dompteurs à dresser les chevaux. M. Netter (2) explique en quoi consiste la méthode du célèbre Rarey, qui après être resté quelques temps en tête à tête avec le cheval le plus rétif, reparaissait monté sur son dos , et exécutait des tours de manège qu'on ne peut obtenir ordinairement que de chevaux parfaitement dressés. Après être resté onfermé trois heures avec TétalonC^'uiser, l'un des animaux les plus vicieux qui aient jamais

> existé, il le rendit tellement souple qu'on pût le monter immédiatement; alors que depuis trois ans

. aucun palefrenier n'avait osé s'en approcher, même pour le pansage. Rarey procédait en concentrant le ! regard d^i cheval sur sa personae en produisant, par la répétition incessante des mômes paroles avec la même intonation flatteuse, une action monotone sur l'ouïe de l'animal, et en exerçant de douces frictions, sortes de passes magnétiques, sur son cou ou sur son nez. Cependant une objection se présente : comment des pratiques hypnotiques auraient-elles en une seule séance, le pouvoir de modifier radicalement les dispositions vicieuses d'un animal? M. Netter invoque l'opinion qui a cours en hippologie, d'après laquelle les chevaux n'auraient pas de moi.

Les animaux que Rarey a traités par des procédés rappelant Thypnotisation, dit-il, ne sont pas revenus à un état

(1) C. Richet, VHomme et Vintelligence, Paris, 1884, p. 210. t (2) Progrès médical, 1881, p. 329 et 427.

de conscience et n*ont pas opposé de nouveau leur volonté contre les mouvements qu'on leur faisait exécuter, pafce que ces bêtes n'ont jamais été des êtres conscients, et leurs précédentes violences n'ont été que des mouvements involontaires, eflets de fâcheuses dispositions natives.

Tous ces faits, comme on peut le voir, rentrent surtout dans la fascination et la catalepsie 'ï)rovoquée. L'état somnambulique consistant surtout dans des modifications psychiques annihilant la spontanéité, la volonté et la conscience, il n'est pas étonnant qu'on ne puisse pas le provoquer chez les animaux, chez qui ces diverses facultés sont ou rudimentaires, ou complètement absentes, le fond des facultés mentales de l'animal consistant alprs en un automatisme instinctif plus ou moins parfait.

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