‹ Mahomet; drame en cinq actes, en versChapitre 33 sur 83 · ACTE DEUXIKME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIKME

Comme toujours! Allons, pourquoi cette faiblesse?

— 0 fils de Myriam, martyr mystérieux, Pourquoi donc devant toi baisserais-je les yeux? Pourquoi ? mon édifice immense toucbe au faîte ; Jésus de Nazareth était aussi prophète ;

Mais le ciel me fit naître après Moïse et lui

Pour achever leur œuvre et pour Tagrandir, oui !

Je suis cela ! ce peuple, incliné sous mes règles,

A pour seul horizon Pombre que font mes aigles !

Je marche de splendeur et d'effroi revêtu ;

Je suis donc ton égal ! — Mahomet, qu'en sais-tu ?

— Je le sais ! Entre tous les êtres, dans les âges, Qu'ils aient été cléments, forts, terribles ou sages. Qu'ils se nomment César, Zoroastre, Attila,

Aucun ne fut plus grand que moi ! — Mais celui-là ?

— Comme lui, cependant, j'ai refait ma patrie, J'en ai chassé ce monstre impur, l'idolâtrie ; Chamelier, comme lui le fils du charpentier, J'ai suivi le céleste et lumineux sentier;

Je n'ai jamais été de clartés économe ;

Mon refiet restera sur la face de Phumme,

Je suis grand, je serai plus grand ! Oui, je crois ;

Yoilà mon sceptre à moi, le sabre ! — Mais la croix ?

(il détache son sabre nvpc une sorte Je cé,jit et le pose sur un roclier Puis, avec un geste de Jéfi, il regarde de nouveau le Christ du couieiU.)

Je mourrai mieux que toi ! Ta mort fut trop sublime, 0 Jésus : tu permis le triomphe du crime; Tu pouvais disperser les soldats d'un regard, Formidable, apparaître à ce peuple hagard ; Tu pouvais écraser le Prince et le Pontife, Ponce-Pilate comme llérode avec Caïphe;

Sur la ville qui fit le crime ou l'accepta,

Pour lui faire un tombeau, lancer le Golgotlia ;

Tu pouvais, d'un seul geste abaissant ses collines.

Enfouir sous la mer jusques à ses ruines I

Tu ne Tas pas voulu; tu laissas l'homme en paix

Tuer lelils de Dieu... Jésus, tu te trompais I

— Moi, je prendrai, pour fuir nos douleurs et nos fanges. Un essor inconnu même aux ailes des anges;

Je ne jetterai pas, au seuil de 1 inllni.

Ton cri désespéré : Larama Sabachtani!

i\onI quand j'aurai marqué, car j'en ai la puissance.

L'heure qui doit me rendre à la divine essence,

Je veux voir, m'élevant dans la nue aux lianes d'or.

Mes ennemis brovés... s'il m'en restait encor!

(Fixant ses yeux sur le (Jlirist avec une rêverie jalouse.;

— Oui, ce fut plus qu'un homme! un Dieul... Dieu! mais

[moi-même Quel œil a lu le mot dont je suis le problème ? Homme, apôtre, prophète, ou plus eucor? Pourquoi, Pourquoi, Nazaréen, serais-je moins que toi? Que me manque-t-il donc? Le moine grec, mon maître, Disait : la vertu ! — Mot de clirétien et de prêtre ; Il avait tort, ce moinel II n'avait })as compris Que l'homme n'est point né comme les (lurs esprits, Et, malgré nos efforts, malgré n'os craintes vaines. Que c'est un sang de feu qui brûle dans nos veines! G pouvoir qui mêlas au plaisir le remord, Les sources de la vie aux sources de la mort. Jamais rien de ta dure et douce tyrannie, Rien ne nous défendra, non, rien, ni le génie. Ni l'orgueil, ni la peur du regard effrayant

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