‹ Main gauche; comédie en trois actesChapitre 70 sur 73 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

SIMON

Je vous en supplie... Laissez-le moil Je ne vous demande rien d'aulre. Quand je serai séparé de vous tout à fait, que je puisse retrouver un peu de ce passé. (Lisaut.) « 12 janvier, visité la sainte chapelle. » Vous aviez votre chapeau avec des violettes de Parme. « 20 janvier, Colette va pour la première fois au Palais-Royal. — 22 Vu passer le Président!... »

COLETTE

Gardez ce carnet... ou brûlez-le! Cette fois, vous avez terminé, je me retire.

Kilo remonte, SIMON, cmu, lisant.

17 mars... m;i petite Colette a été très malade ; toute la nuit d'hier, elle a eu la fièvre, avec le délire; j'ai veillé près de son lit et j'ai soufïert de son mal ; j'ai bien senti qu'elle était désormais tout pour moi et qu'il ne pouvait m'advenir de joie ou de peine, sinon par elle... Aujourd'hui, elle est sauvée, il mo semble que c'est moi qui suis guéri. Que je ne sois jamais séparé d'elle et que je meure le premier. » Et tu as ajouté au crayon : « Non, moi la première. »

COLETTE, fondant en larmes.

Oh! Simon! Pourquoi m'as-tu trahie!

Elle s'assied à gauche.

SIMON

Colette! ma petite Colette! Je ne t'ai pas trahie!...

(Colette la tête enfoncée dans son mouchoir fait signe que

si.) Mais non! je ne suis pas si coupable que tu le suppo.ses : voilà, je n'ai \k\s of^é te dire que j'avais connu cette personne avant notrii mariage... J'avais peur que tu ne veuilles plus de moi, c'a été ma seule

faute, (signa de don.'jation do Cololte.) Ma seulo faute!

no MAIN GAUCHE

Elle avait des lettres de moi, des lettres qu'elle menaçait de t'envoyer si je n'allais pas la revoir. J'ai eu la faiblesse d'y aller. Mais il n'y a rien de plusl Jeté le jurel (a. lui-même.) Encore un serment! (a Colette.) Je la déteste ! Je l'ai en horreur! Si tu savais ce que j'ai sonfifert pendant ces deux mois! Le supplice que j'ai enduré, les transes, les inquiétudes par lesquelles j'ai passé! Vingt fois j'ai été prés de tout avouer, (un temps.) C'est ce que j'aurais dû faire?...

(signes d'assentiment do Colette.) Avant d'aller là-bas,

j'avais essayé... rappelle-toi... lorsque Garrigue est venu et qu'il t'a parlé de Bridier; dès les premiers mots, tu m'as condamné, tu n'avais pas assez de dégoût pour la conduite de Bridier. (signe d'assentiment de Colette.) C'est ce qui m'a empêché d'aller plus loin ; tu me croyais meilleur que je n'étais. (Même jeu.) Je n'ai pas voulu te désabuser ! Au fond, ce n'était pas moi que tu avais épousé, c'était un autre Simon, un Simon parfait, sans défaut. Tu ne m'as pas aimé tel que j'étais, mais tel que j'aurais dû être. Tu me croyais un héros ; je ne suis qu'un pauvre homme, mais qui t'adore et ne peut se passer de toi. (signe de dénégation de Colette.) Tu ne me crois pas? Impose-moi une épreuve ; ordonne-moi ce que tu voudras. Je te jure... je te promets que je le ferai, (silence. Colette ne bouge pas.) Tu ne veux pas? Réponds-moi? (Même jeu.) Je comprends... après ce que nous avons été l'un pour l'autre, la vie commune serait impossible. Tu ne peux pas oublier? (Môme jeu.) Tu ne m'aimes plus. Il te faut ta liberté. C'est bien. Tu l'auras. Et tu chercheras un autre mari qui te fera oublier, lui I Et ça ne sera pas difficile I Nos fiançailles, nos six mois de bonheur, ça disparaîtra vite pour toi. Tu ne tenais guère à moi, sinon, tu aurais eu plus d'indulgence. Non... tu m'abandonnes sans regret... Tu ne m'as

Page 1