‹ Maine de BiranChapitre 12 sur 140 · Ibid., p. 141 ; cf · texte numérisé non relu

Ibid., p. 141 ; cf

les livres à sa portée. S'il écrit, sa plume s'arrête, hésitante comme sa parole devant un public : l'irrévocable lui fait peur. Toute idée qu'il exprime, à peine émise, saisi d'inquiétude il voudrait la rappeler K De là sa manière de composer. Il va sans dessein précis, comme à l'aventure; c'est par lambeaux qu'il lui faut arracher de son esprit les éléments de sa pensée avant d'arriver au plan de son œuvre. Est-il besoin de dire qu'elle garde la trace de ce travail, qu'elle en porte la douloureuse empreinte. Toute activité régulière est au-dessus de ses forces, un fardeau sous lequel il plie ; il y trouve à peine une diversion à son inquiétude. C'est alors que, dans la solitude qu'il a tant désirée, le souvenir du monde où il pouvait au moins se fuir lui-même, lui revient obsédant et aggrave d'un regard son agitation fébrile.

Nature malheureuse, dira-t-on, inactive et impuissante. Oui, mais àme d'élite et volonté admirable. Tout n'est pas impuissance dans ces hésitations perpétuelles. S'il déserte la tribune, si, dans le monde de la politique et des affaires, il erre « comme un somnambule », inattentif et distrait, c'est qu'il lui est impossible de prendre intérêt aux questions qui s'y agitent et d'en partager les passions ^.

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