Pensées, p
reflète et se redouble. Elle ne peut servir de but à la volonté dont elle est l'image. Reste donc que ce premier acte de la volonté qui nous soustrait au fatalisme des passions inférieures, se dirige vers le bien, vers Dieu. Et, comme pour se tourner vers lui, il faut l'aimer, comme d'ailleurs le premier acte de la vie consciente ne peut avoir été précédé d'une délibération, il faut qu'il y ait, inhérent à la liberté, pour l'orienter dès ses premiers pas, un amour inné du bien et de Dieu. L'acte constitutif du moi est donc tout à la fois une activité libre, une pensée consciente, une tendance vers le bien, force, lumière et amour.
De ces trois éléments, quel est l'élément essentiel? Maine de Biran avait dit d'abord avec Condiliac : c'est la pensée, et la pensée se ramène à la sensation. Il a dit ensuite : c'est l'activité qui se cache sous la pensée et la produit, l'effort libre. Il déclare enfin : c'est l'amour.
L'amour est à la racine de la liberté. Il est plus invariable qu'elle; il lui sert d'appui; et, comme il est naturellement orienté vers Dieu, il lui est encore un guide '. Son
1. M. Baggescn ' s'enlretenant avec moi, disait très bien qu'au-dessus de la volonté ou du moi, qui lutte sans cesse contre les affections passives de la sensibilité, est une force supérieure au moi humain, ou un autre moi plus élevé, centre d'une troisième vie qui ne rcroit point ses lois ni sa direction de la sensibilité ni de la volonté. Le sentiment religieux seul élève l'iiomme ;\ cette troisième vie où l'àme ne fait que sentir d'une manière ineffable, et où elle est sans effort, dans l'état le plus parfait que comporte sa nature [Pensées, p. 362).
1. Baggesen (Emmanuel), poète danois, né en 1704, mort en 1826.
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activité est incessante : on peut le contrarier et même le dévier momentanément; mais qu'on écarte les obstacles qui Fentravent, il se redresse spontanément et se dirige vers son centre. C'est un moi plus profond, un moi supérieur auquel l'autre doit se soumettre : il est notre vouloir essentiel et fondamental; les volontés particulières qui s'éloignent de lui en le contredisant, sont des égarements et des défaillances.
La liberté n'est pas supprimée par là, elle se réduit à son vrai rôle. L'amour du bien se trouve au fond de nous-mème ^. Il faut le débarrasser des erreurs qui le dévient, des obstacles qui l'arrêtent : c'est l'œuvre de la liberté. Quand cette œuvre est achevée, l'amour se meut 4ans la lumière et se dirige d'un élan infaillible vers le bien : il devient la vraie liberté, une liberté supérieure à l'autre qui n'est qu'un instrument : celle-ci n'a de valeur que pour atteindre celle-là.
1. C'est par l'amour moral que l'âme tendant, comme par un instinct de l'ordre le plus élevé, vers le beau, le bien, le parfait, qui ne se trouvent dans aucun des objets que les sens ou limagination peuvent atteindre, prend son vol plus haut que toute cette nature sensible, et, avec les ailes de la colombe, va chercher dans une région plus épurée, le bonheur, le repos qui conviennent à sa nature [Pensées, p. 399-400). — Cf. Ibid., p. 411-417.