‹ Maine de BiranChapitre 135 sur 140 · Ibid., XXV leçon · texte numérisé non relu

Ibid., XXV leçon

puis, je donne un nom à cette chose qui m'échappe, voilà tout ». Mais quand je remue le bras, il se passe autre chose assurément. J'ai conscience à la fois de l'action qui se produit et de l'énergie qui la produit; je saisis dans une seule et même intuition un effet donné, sa cause et la génération de l'un par l'autre : je m'appréhende moimême en tant que pouvoir actif. De plus, ce pouvoir actif m'est révélé comme identique à mon être personnel : c'est moi tout entier.

On s'arrête même trop tôt, d'après Jouffroy, lorsqu'on limite à l'effort le domaine de l'activité; il a une extension beaucoup plus grande. On s'est accoutumé depuis longtemps à diviser les phénomènes psychologiques en deux classes : il est convenu qu'il y a des faits actifs et d'autres qui sont passifs. Cette distinction n'est qu'apparente; on trouve de l'activité dans tous les modes de l'àme. « L'âme n'éprouve des sensations, cest-à-dire n'est modifiée, que parce qu'elle est une cause et une cause en action. Un être inerte ne saurait sentir, une cause seule le peut, car sentir est le fait d'une force contrariée ou secondée dans son développement, et qui en a conscience; en sorte que, si l'âme cessait d'agir, elle deviendrait incapable de toute action^. » En d'autres termes, l'activité ne se manifeste pas seulement dans l'effort voulu; elle est le fond de la sensation la plus passive en apparence : il n'est pas d'état qui n'enveloppe un sentiment d'énergie causale; il n'est pas d'état qui ne contienne le moi tout entier.

1. Distinction de la psychologie et de la physiologie. — V. aussi, sur l'influence de Maine de Blran à l'égard de Cousin et de Jouffroy, C. Put, Jm liberté, t. I, p. 43-47, p. 51-54, Paris, Lethielleux, 1894.

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A partir de 1840, l'idée de Maine de Riran devint le fond de toute la philosophie universitaire.

Félix Ravaisson s'y rangeait, à cette date, au cours d'un travail sur Hamilton', « que 31, Vacherot développait dans un mémorable article du Dictionnaire des sciences philosophiques ». L'enseignement d'Emile Saisset, tout en s'iuspirant de Leibniz, était principalement biranien. Jules Simon professait les mêmes doctrines auxquelles il mêlait d'ailleurs certaines teintes d'alexandrinisme.

Un moment arrêtées par les événements politiques de 1852, époque à laquelle l'agrégation de philosophie fut supprimée, les doctrines universitaires ne tardèrent pas à prendre un élan nouveau qui leur vint principalement de Garo, de Paul Janet et d'Albert Le Moine. Or, dans cette seconde période, le spiritualisme de Maine de Riran s'ajoute encore do tous côtés à celui de Jouffroy : il le pénètre, le fonde et le complète ~. L'analyse de « l'effort voulu » est demeurée ; et Ton s'en sert contre l'empirisme pour montrer que la conscience atteint quelque chose au delà des phénomènes, contre le panthéisme pour défendre l'individualité àwmoi, contre le déterminisme de plus en plus puissant pour établir l'existence du libre arbitre •'.

A partir de 1863 se produit un mouvement d'origine et d'aspect tout à fait nouveaux, qu'on a essayé d'arrêter par

1. V. Revue des Deux-Mondes, 1" novembre 1840; V. aussi La philosophie en France au AY.V siècle, p. 311-315, Paris, 1885.

2. Pail Janet, La philosophie française conleinporaine, j». 'i5-5i. Paris,

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