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Rapports du physique et du moral, p

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Il y a là une lacune. Il faudrait la constater et voir s'il nous est impossible de la combler, si nous n'avons pas un instrument d'investigation et de découverte qui nous permette de franchir la limite où se heurtent les sens et d'aller, au delà du phénomène, saisir la cause. Mais les philosophes sensualistes ne l'entendent pas ainsi. Ils se refusent à constater l'infirmité des sens et n'admettent pas qu'ils puissent avoir des auxiliaires plus puissants : tout ce qui se trouve hors de leur portée, ils le rejettent hors du réel. Eux, qui prétendent n'avoir d'autre maître que l'expérience, c'est à priori qu'ils récusent le témoignage de la conscience ^. La cause est désormais inaccessible. Ils la nient. On voit les suites de ce parti pris.

Ce qui n'était qu'une lacune dans les sciences de la nature, devient une erreur fondamentale dans la science de l'àme, science dès lors non seulement incomplète, mais entièrement faussée. Détachés de la cause et du moi qui lui est identique, les phénomènes intérieurs ne sont plus que des abstractions, des entités logiques -.

Bacon a mis la philosophie dans cette voie ; Locke, mal-

1. Œuvres inédites de Maine de Biraa, publiées par Ernest Naville, 1. 1, p. 173, 174, 175, E. Magdeleine et C'% Paris, 1859.

2. Rapports du physique et du moral, p. 30. — Les physiciens peuvent se borner à observer les faits extérieurs, les phénomènes de leur ressort et à saisir leur liaison ou ordre de succession d'après l'expérience... Mais dans la psychologie, même la plus expérimentale, il est si peu possible de faire abstraction de la cause efUciente de certains phénomènes, que cette cause en tant qu'elle s'identifie originairement avec le moi, devient le sujet même de la science, que ses actes et leurs produits immédiats font partie essentielle des phénomènes intérieurs... d'où il suit qu'on ne peut en faire abstraction sans dénaturer entièrement le sujet de l'étude même qu'on se proposait... (.Science et psychologie, p. 151 ; Ibid., p. 287; cf. passim).

gré les apparences, Fy a maintenue ; Condillac s'y est engagé résolument; et, pour Fy pousser, Finfluence de Descartes s'est unie à celle de Locke et de Bacon. Descartes, en effet, a retiré du monde toute activité. Les mouvements du corps et les pensées de l'âme se correspondent, sans qu'il y ait de communication entre ces deux substances. L'étendue qui est l'essence des corps, est inerte; c'est hors d'elle que le mouvement dont elle est animée prend sa source. L'âme, « quant au fond de son être et quant aux notions ou idées innées », qu'elle reçoit de Dieu, est passive. Les autres idées, elle les reçoit du dehors ; elle ne les fait pas. Il ne reste donc d'un côté que des successions de mouvements, de l'autre que des successions d'idées; et le moi lui-même, puisqu'il est une cause, doit disparaître. Il est vrai que Descaries admet une distinction essentielle entre ces deux séries de phénomènes et déclare que des uns aux autres il n'y a pas de passage naturel : fragile barrière. Si la cause est abolie, s'il n'y a que des successions de phénomènes, quelle raison valable a-t-on de séparer le mouvement et la pensée? Ils se correspondent, ils se succèdent suivant une loi fixe ; il y a donc entre eux la même liaison qu'entre tous les phénomènes de la nature. Toute l'évolution mentale peut alors avoir son point de départ dans un phénomène organique. C'est là qu'est le point de soudure entre deux sciences qu'on a eu le tort d'opposer l'une à l'autre : la psychologie n'est qu'un chapitre de la physiologie '.

Descartes a ainsi, sans le vouloir sans doute, préparé la

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