‹ Maine de BiranChapitre 71 sur 140 · Œuvres inédites..., t. 111, p · texte numérisé non relu

Œuvres inédites..., t. 111, p

de sa lumière : il est en deçà du seuil de la pensée; il ne saurait le franchir.

La sensation inconsciente n'est pas contradictoire. Mais existe-t-elleen nous, ou hors de nous? Par définition, elle est inaccessible : ni les sens, ni la conscience ne peuvent nous conduire vers elle. Pouvons-nous même l'imaginer? Et, quand nous en parlons, y a-t-il dans notre esprit autre chose qu'un concept mort et sans intuition? Pour nous la représenter, nous nous transportons vers elle ; mais pouvons-nous y pénétrer sans y entraîner le sujet que nous sommes, et sans la transformer? Les formes mêmes du langage, images de la vie intellectuelle d'où elles émanent, témoignent de cette difficulté : « portant toutes l'empreinte du 7noi et de la personne humaine )), elles « ne trouvent pas d'application là où le moi n'est pas ^ ».

La difficulté est réelle; elle n'est pas invincible. Cette sensation, nous pouvons l'imaginer; bien mieux, quoique cela puisse paraître contradictoire, nous pouvons la surprendre comme en fuite, au moment précis où elle se dérobe pour faire place à la pensée ou s'absorber en elle.

Quand nous sommes brusquement tirés du sommeil, notre réveil n'est pas complet dès le premier instant : nous trouvons en nous, comme flottantes, les images qui ont occupé le champ de la connaissance ; et, avant que notre volonté ait repris l'empire pour rompre leur suite

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