Histoire de Rouen, par Facin, 3*^ partie, p
3. Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. YIII, p. 382, n" 209.
4. Cartulaire de l'abbaye de Foucarmont, M. 71.— Trésor généalogique, par D. Villevieille, t. XXI, fol. 115; Bibl. de Richelieu, Cabinet des litres.
Bully, seigneur dudit lieu. M. Fourcin eslime que ce Jean de Bully était un iMelleville. Or M. Fourcin affirme ailleurs que plusieurs membres de l'ancienne famille de Bully, notamment deux, du prénom de Thomas, cohabitaient avec les Melleville ou les Louvel, l'un en 123/i, l'autre en 1333, dans le clos féodal de Bully. 11 faut admettre, dès lors, que le premier de ces Thomas eut un fils et l'autre un père. Incorporer Jean de Bully d'emblée dans la race de Melleville me semble donc un peu hasardeux. Ceux qui s'appelaient Bully patronymiquement devaient surveiller avec jalousie ceux qui, après leur avoir pris leur patrimoine, auraient tenté de s'assimiler leur nom. Les de Melleville avaient assez d'illustration d'ailleurs pour n'avoir pas besoin de celle d'autrui et pour tenir à demeurer distincts. A cette époque, les coseigneurs étaient très-souvent qualifiés seigneurs. De plus, si Thomas de Bully était encore en possession partielle de Bully l'an 1333, il est possible que la portion de ses ancêtres eût été plus importante et qu'ils eussent mérité à ce litre la désignation de seigneurs ' . Ce n'est pas tout : ce Jean de Bully parait être identique au Jean de Bully ci-dessus, qui
4. En même temps que Jean de Bully, existait Richard-Vincent de Bully, qualifié seigneur de Bully et signalé ci-dessus page 28. Celui-ci, en 1239, reconnutque le moulin de ce lieu devait un muid d'orge aux dames Sainte- Marie de Villers-Canivet. Richard-Vincent, pas plus que Jean, ne peut être attribué au lignage de Melleville. Il reste par conséquent acquis à la descendance de la vieille maison de Bully.
se mon Ire avec son frère Pierre dans la donation faite en 12G3 à l'abbaye Saint-Pierre de Fontenay, membre de celle de Bayeux. La raison est facile i\ fournir : si l'on trouve un Jean et un Pierre de Melleville contemporains d'un Jean et d'un Pierre de Biilly, il est impossible de les confondre, puisque les premiers, d'après M. Fourcin, étaient fils de Guillaume de Melleville*, et que les autres, d'après le titre précité, l'étaient de Jean de Bully.
ENGUERRAND DE BULLY était seigneur du Hamel en 1296, comme il appert d'une pièce manuscrite conservée au Cabinet des titres, dossier de Bully ^
Sur le compte de ceux qui se tinrent aux champs en l'année 1301, SIMON DE BULLY est porté pour vingt-deux jours '.
JEAN DE BULLY* (DuUiœ, Biillie), archidiacre du
1. Je cite textuollemenl M. Fourcin : « Après Robert de Melleville, nous « trouvons Guillaume de Melleville, chevalier, auquel le Pouillé original « d'Odon Rigault donne le titre de seigneur do Bully. Il ne nous est connu « que comme père de Jean; sa femme se nommait Heluise. »
2. Titres originaux, dossier de Bully ; Bibl. de Richelieu, Cabinet des litres.
3. Recueil des historiens des Gaules el de la France, t. XXII, p. 507. (Voir aux Pièces justiftcatives, document XXIV.)
4. Si ce personnage n'avait pas appartenu au Grand-Caux, j'aurais hésité à traduire le nom de BaUiœ par Bully, car cette orthographe latine est exceptionnelle au moy^n âge. Celle des appellatifs particuliers est néanmoins si variable qu'on ne pourrait conclure, de cette furme anormale, que Jean n'est pas un de Bully. Or son identité me semble suflfisaiiment démontrée par le pays de sa résidence. Dans des lettres du roi d'Angleterre
Grand-Caux, diocèse de Rouen, concéda au mois de mai 1290, à titre perpétuel, pour le remède de son âme, celle de ses parents et bienfaiteurs, à Sainle- Marie-Madeleine des Deux-Amants, trois pièces de vignes, sises dans la paroisse de Triel. Il imposa en retour aux religieux de célébrer, pendant le reste de sa vie et après sa mort, une messe du Saint- Esprit ^
Jean Baratte, vicaire du chanoine de Feuguerolles, dans le but de dépouiller RICHARD DE BULLY du patronage de l'église Saint-Martin, mit ce bénéfice en 4339 sous la protection du prieuré du Plessis- Grimoult. Cette mutation est constatée dans une lettre de l'officialité de Bayeux, scellée du sceau de Jean Baratte et signalée dans les^ Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie ^ vol. VIII, deuxième partie, page 131, de la collection in-8°.
Dans un traité de paix entre le roi d'Angleterre et celui de France, ce dernier donna, en 1368, comme garant de sa parole et comme otage de la ville de Gompiègne, SIMON DE BULLY, en remplacement de Henri de Léglise. Nous relevons ce fait dans Rymer,
de 1201, recueillies par Bréquigny, vol. XLI de sa collection, on trouve Tillei, Tilleio et Tilliae, traduit tantôt par Tilly, tantôt par Tillis pour le même personnage.
1. Archives du département de la Seine-Inférieure,, série D, p. 22, 2' col. (Voir Appendice, document XXV.)
qui donne le texte des lettres royaux dépêchées à ce sujet et dont la teneur est celle-ci :
ANiNÉE 1368.
DE ADJIISSIONE OBSIDUM.
« Le roi a touz ceulx, qui cestes lettres verront ou « orront, salutz.
u Savoir vous faisons qui nous avons receu, pur « hostagede la ville deCompiengne, SYMON DE BULLYS (1 au lieu de Henry de Léglise, lioslage pur la dite « ville, à cause l'accomplissement de choses, promises « et accordeez à nous de la partie nostre très-cher « frère de France.
« Et, pur lant, nous promettons au dit Symon, qui « nous luy accomplirons toutes choses, qui promis et
1. Ce rameau picard des Bully existait encore le l»' juillet 1611 dans les environs de Compiègne. A cette époque, en effet, un contrat de vente nous révèle que Nicaise de Bully était conseiller du roi et garde des sceaux dans la prévôté de Pierrefonds :
« A tous ceulx qui ces présentes lettres verront : Nicaise de Buly, conte seiller du roy, nostre sire, et garde pour le dict seigneur et la royne Mar- « guérite, duchesse de Valois, des sceaux roiaulx aux contrats et obligations « de la chastellenie et prevosté de Pierrefonz, salut : sçavoir faisons que par « devant Anthoine Gosset, tabellion royal juré en ladicte chastellenie et prête vosté, fut présentée en sa personne Elisabeth Patyssier, vefve de Jean « Montron, laquelle recogneut avoir vendeu, ceddé, quiclé et transporté, et « proinect garantir de tous troubles comme empeschemens quelconques, etc. » [Titres originaux, dossier de Ballj, Cabinet des titres, Dibl. de Bichelieu, parchemin.)
« accordé avons à les autres hostages de sa condicion.
« Don, par tesmoignage de iioslre grant seal, a « nostre palais de Westm. le xxiii jour de fevérer ^ »
Nous venons de voir les de Bully tenir le premier rang historique entre les hauts barons d'Angleterre et seigneurs de France aux xi% xii% xiii^ et xiv* siècles. Ils seront encore fréquemment mêlés aux grands événements dont la Normandie fut le théâtre jusqu'à la Renaissance. Mais à partir de cette époque, leur situation, quoique infiniment honorable et honorée, n'est plus à la hauteur de leur passé illustre. Déjà amoindris considérablement par les confiscations de Philippe- Auguste, ils vont être entraînés, par les calamités de la guerre de Cent ans et de la Réforme, dans une condition inférieure à celle de leurs ancêtres pendant lé moyen âge.
Ces éclipses dans l'éclat des vieilles races se reproduisent souvent en nos annales. Les historiens qui ont suivi les phases diverses et changeantes des dynasties royales et féodales ont observé presque toujours dans leurs destinées des élévations alternant avec des chutes. On croirait que de Laigue avait prévu notre cas particulier lorsqu'il a fait ces réflexions générales :
« L'inconstance des choses humaines est telle, que, s'il étoit possible de connoître l'histoire de chaque
\. Rymeb, Fœdera, édition de 1725, t. VI, p. 588.
famille sans acception de personnes ni de classes, on y verroit, dans l'espace d'un siècle au plus, d'étonnanles variations et de nombreux faits dignes de mémoire.
« La plupart des familles réputées anciennes ont éprouvé à diverses époques des accidents plus ou moins graves. Indépendamment des chances ordinaires de la vie, les dissensions civiles ont aussi beaucoup contribué à cette décadence. Tantôt ce sont des familles entières qui se trouvent frappées comme en masse dans leurs honneurs et dans leurs biens; tantôt ce n'est qu'une famille, ou une branche seulement, ou même un puîné, qui, ne pouvant plus soutenir son rang, ne tarde pas à être mis en oubli. Cent ans bannière^ cent ans civière.
« Mais, comme les malheurs de la fortune se réparent avec le temps, soit par le métier des armes, soit par les emplois, soit enfin par le commerce ou toute autre branche d'industrie, les descendants de ceux qui sont ainsi tombés dans la foule et dans l'obscurité paroissent à leur tour sur le théâtre du monde. Les uns ne conservent qu'une connoissance souvent trèsimparfaite de leur ancien état dans lequel ils rentrent; les autres, sans aucun souvenir de la gloire passée de leurs ancêtres, deviennent en quelque sorte les premiers de leur race. Semblables aux vagues d'une mer agitée, les familles s'élèvent et se précipitent alternativement. »
Du langage de M. de Laigue, on peut conclure que
les familles ne sont pas plus stables que les sociétés; que leur illustration, comme la gloire nationale, est sujette aux vicissitudes du temps ou aux sévérités du sort. Aussi voit-on, dans l'étude rétrospective des grandes maisons, ces alternatives de grandeur et de décadence qui reproduisent en petit la destinée des peuples et des royaumes.
11 est très-essentiel de prévenir toute confusion entre les sires primitifs de Bully et les de Melleville, de Louvel, d'Estrimont, de l'Eslendart, qui s'approprièrent la terre de Bully, les uns en partie, les autres en totalité, au moyen d'alliances ou d'acquisitions. Les descendants des anciens feudataires, dont le nom patronymique et terrien était Bully, avaient perdu la majeure portion de ce grand fief au début du xni' siècle. Appauvris en outre par la guerre de Cent ans, ils ne purent recouvrer leur apanage originel, qui passa finalement aux mains étrangères des de l'Estendart. C'est pour bien faire comprendre la distinction existant entre les de Bully, les de JMelle ville, de Louvel, d'Estrimont et enfin les de l'Estendart, seigneurs et marquis de Bully, que nous allons faire connaître le passé des détenteurs de la cliàtellenie de Bully, dans l'intérieur et le voisinage de laquelle coexistaient les rejetons de la vieille souche normande.
En 1199, Robert de Melleville, châtelain de Monchaux, était bailli d'Eu. Il exerçait encore cette fonction
DE BULLV. 37
en 1222, lorsqu'il aumôna 20 sois de rente i\ i'abbaye de la viile d'Eu. La léproserie de Saint-Tliomas de Gantorbéry près Griel fut aussi comblée de ses largesses. Dans l'intervalle de 1199 à 1219, Robert de Melleville, qui, à la première date, n'était encore que sire de Monchaux, l'était devenu en grande partie de Bully, au détriment de la famille dans laquelle cet apanage se perpétuait dès le principe de la féodalité.
En 1219 en effet, Aëlis, comtesse d'Eu, constate que « monseigneur le roi conserve la suzeraineté de Bully, {( que Robert de Melleville tient de luy dans la baillie « de Neufcliâtel de Drincourt. »
Laissons à M. Fourcin le soin de déduire les causes qui, selon toute probabilité, amenèrent la spoliation des Bully véritables au profit des de Melleville, M. Fourcin exprime à ce sujet l'opinion que voici :
« Nous ne savons si Robert de Melleville possédait « la terre de Bully longtemps avant 1219 et s'il est le « premier de sa famille qui en devint propriétaire. « Toutefois nous le croyons, et, par cela même, nous « conjecturons qu'elle lui aura été donnée par Philippe- « Auguste en 1202, époque où ce monarque confisqua « à son profit tous les domaines que Jean sans Terre et « ceux qui lui étaient attachés possédaient en Nor- « mandie. »
L'opinion de M. Fourcin est aussi la nôtre. Il nous semble plausible, en effet, de penser que la perte de la
terre de Bully doit être attribuée à la fidélité des petitsneveux de Roger de Bully pour la couronne d'outremer. Dans la Normandie comme dans l'Aquitaine, l'esprit des populations et de leurs seigneurs était favorable à la domination anglaise. Les feudataires de Bully, avant l'occupation par les de Melleville, devaient préférer à la suzeraineté française celle qui avait fait la grandeur de l'une de leurs branches et la gloire du pays normand par la conquête de la Grande-Bretagne. Leur passé les désignait tout d'abord aux sévérités de Philippe-Auguste. Il n'est donc pas étonnant que ce monarque ait enlevé la puissance politique et militaire, qui résidait dans le sol, à ceux qui pouvaient la tourner contre lui ^
Après Robert vient Guillaume de Melleville, chevalier, auquel le Pouillé original d'Odon Rirjault donne le titre de seigneur de Bully. 11 ne nous est connu, dit M. Fourcin, que comme père de Jean. Sa femme se nommait Héluise^
Ces considérations expliquent pour quels motifs les de Bully ne sont guère plus, à partir de 1202,
-1. Philippe-Auguste, d'ailleurs, ne faisait qu'appliquer les procédés de Jean sans Terre, qui avait donné, en 1200, à Robert de Lisieux le fief saisi par Henri II sur Robert Tancin. [Coll. Bréquigny, vol. XU, Normandie, fol. 64, Bill, de Richelieit, Mss.)
2. Recueil hist. sur la commune de Bully, par M. Fourcin, p. 279. — Voir plus haut, page 31, nos réflexions au sujet de Guillaume de Melleville et de ses fils.
qualifiés seigneurs de Bully. Ils reparaissent néanmoins comme sires du Hamel, patrons de divers établissements religieux et possesseurs de fiefs et d'arrièrefiefs dans la Juridiction de Bully; d'où il suit que la privation des domaines féodaux et des prérogatives qui en découlaient n'avait pas été absolue.
Jean de Melleville ', persona de Bully, était, en 12^9, curé séculier de Bully, c'est-à-dire qu'il percevait les revenus sans exercer les fonctions spirituelles. En ce temps, en effet, les laïques ou les clercs tonsurés obtenaient non-seulement des commandes en grand ou des abbayes, mais encore en petit, c'est-à-dire des cures.
Des chartes diverses, conservées dans l'hospice de Neufchàtel et reproduites dans l'excellente Monographie de MM. Fourcin et IMillet sur Bully, relatent [)lusieurs actes de munificence accomplis par Pierre de Melleville sous les années 1275, 1286 \ 1287, 1291.
1. iM. Fourcin range un Guillaume de Bully (W. de Bulleyo), qui assista à l'échiquier de Normandie, assemblé à Rouen en 1243, parmi les membres présumés de la maison de Melleville. Ce Guillaume était chargé de subvenir aux frais d'un procès engagé par Jean Bailleul, chevalier, contre la comtesse d'Eu, qui revendiquait de ce dernier la mouvance contestée d'une terre. Or M. Fourcin a reconnu, on 1234 et en 1333, que des rejetons de la souciie des anciens Bully existaient à côté et en mônr.e temps que les do Melleville. Pourquoi Guillaume ne serait-il pas tout au?si bien de la première race que de la seconde? Puisque les de Bully primitifs avaient conservé des fiefs et arrière-fiefs dans la haute seigneurie de Bully, ils relevaient, tout aussi bien que les de Melleville, de la comtesse d'Eu, qui exerçait sa suprématie sur l'ensemble des terres composant la cliàtellenie de Bully.
2. Des grandes forêts qui boisaient la paroisse de Bully, la plus impor-
En 1297 , les dames Bernardines de Neufchâle furent gratifiées par Pierre de Melleville d'une partie des dîmes de Bully et du patronage de cette paroisse. Le revenu devait être affecté au soulagement et secours des passants et des pèlerins. (Recueil statistique et historique sur la commune de Bully, par M. Fourcin, exemplaire de l'auteur, p. 220.)
Nous détachons du fonds Gaignières une quittance délivrée en 1302 par Pierre de Melleville, écuyer. Celuici toucha sa solde de guerre en même temps que celle de ses compagnons d'armes, Jean Sauchoi et Jean Louvel.
(( Je Pieres de Bully, faict savoir à tous ceux que (( j'ai receu pour moi, pour Jean de Saucchoi, quones- « table de Eu, et pour Jehan Louviel, de la baillie de « Cax, xxn lib. et xi. s. de tor par la main de maistre « Guilliaume, cantre de Milli, et par la main de Jeffroi « Cocatris, pour le service que nous faisons à nostre (( seigneur le roi en l'ost de Flandres.
« Donné à Arras l'an de grâce MGGG et II, la nuit « de Sainte Croix en septembre ^ »
lante était celle du Quesnoy. Pierre de Melleville, dans une charte de 1286, permit aux moines de l'hôpital de Saint-Thomas le Martyr de Neufchàtel, de faire pacager trente vaches « en ses bos du Quesnoy de Bully. »