‹ Maison rustique des dames (volume 2)Chapitre 174 sur 304 · ORANGER · texte numérisé non relu

ORANGER

Cet arbre magnifique est devenu l’ornement de tous les jardins du monde, soit qu'on le cultive en pleine terre, soit qu’on le cultive en pot ou en caisse. La lenteur de sa croissance, lorsqu’il n’est pas en pleine terre, ne l’empêche pas de se parer de ses charmantes fleurs et de ses beaux fruits. Les uns et les autres exhalent les parfums les plus délicieux. Sa culture, bien qu’elle demande des soins assidus, peut cependant se pratiquer à très-peu de frais ; on peut l’élever soi-même en le semant, puis en le greffant, ce qui offre quelques difficultés. Les sujets d’oranger s’achètent en pot, en caisse ou en motte. Ils périssent très-difficilement et languissent longtemps avant de mourir. Le citronnier, qui a beaucoup de rapport avec l’oranger, se multiplie plus facilement et plus vite de graines; les dames peuvent se donner le plaisir de cette petite culture, qui offre beaucoup d’intérêt. Quant aux orangers, on peut en acheter quelques-uns de moyenne force, qui, bien soignés, prendront assez vite un certain accroissement. L’oranger réussit mieux en caisse qu’en pot, mais il faut toujours proportionner la grandeur de la caisse à celle de la tête; ce serait une erreur de croire qu’en donnant une très-grande caisse à un petit oranger il pousserait mieux; le vase, au contraire, doit être plutôt petit que grand.

On doit rencaisser l’oranger dans une caisse un peu plus grande

tous les deux ou trois ans lorsqu’il est jeune, et tous les cinq ou six ans lorsqu’il a passé sa dixième année. Cependant, si l’arbre paraissait souffrir, il faudrait le rencaisser plus tôt. La taille de l’oranger peut avoir un double but, soit de lui donner une belle forme bien arrondie, sans roideur, soit d’obtenir des fleurs abondantes; cependant la production exagérée des fleurs le déforme; il faut donc cherchera trouver un juste milieu.

On ne peut sortir les orangers que du 10 au 15 mai sous le climat de Paris. Au sortir de la serre, on raccourcit avec la serpette les branches qui se seraient trop élancées, en les rabattant sur une bifurcation; on retranche celles qui, ayant poussé dans l’intérieur, pourraient intercepter la circulation de l’air ; on pince ou l’on retranche celles qui paraîtraient souffrir ou seraient atteintes de maladies, toujours en maintenant la forme ; enfin les orangers languissants se rétablissent à l’aide d’une taille plus courte. La taille des orangers, une fois assise sur une belle forme, se borne à couper légèrement, sur une bifurcation bien placée, les branches qui se seraient trop allongées; on éclaircit par le retranchement les rameaux trop touffus. On arrose largement après la taille.

C’est une grande faute de laisser aux petits orangers une grande quantité d’oranges, comme on le fait trop souvent; cette production les fatigue beaucoup et nuit à la fleur de l’année suivante. Un ou deux fruits suffisent, et il ne faut jamais dépasser le nombre de quatre ; car si le fruit sert d’ornement, c’est surtout pour la fleur qu’on cultive l’oranger.

L’oranger doit être rentré avant les gelées, du 1er au 15 octobre; les nuits froides lui fond plus de mal encore que la gelée. Durant l’hiver, il faut lui donner de l’air chaque fois que le temps le permet, et à l’heure où le soleil est dans sa plus grande force. Cet arbre se conserve assez bien dans une chambre où l’on ne couche pas et que l’on n’habite pas continuellement ; il suffit d’y faire du feu si le thermomètre descend à 2 degrés au-dessous de zéro ; mais dans une chambre constamment habitée l’oranger souffre beaucoup. On ne doit l’arroser que fort rarement en hiver. Dans son pays natal, l’oranger est toujours en végétation; sous notre climat, sa végétation s’arrête à l’entrée de l’hiver ; si on l’arrosait dans celte saison, il se mettrait à pousser; mais, n’ayant alors ni air ni soleil, il no donnerait qu’une végétation misérable, et souffrirait ensuite peu-

dant plusieurs années. Pendant l’été, et surtout au moment de la floraison, il faut l’arroser tous les trois ou quatre jours, et une fois sur deux il faut que l’arrosement traverse la terre de la caisse.

Si l’arbre se trouvait envahi par les fourmis, il faudrait rechercher les pucerons qui les attirent et en délivrer l’arbre d abord ; enfin, si on ne découvrait rien, il faudrait entourer le tronc de l’arbuste d’un petit cercle de coton cardé, qui s’oppose au passage des fourmis, ou enduire une portion du tronc avec de l’huile de noix : les fourmis ne la franchissent jamais.

Lorsqu’on change un oranger de caisse, on l’enlève en le prenant par la tige avec précaution; il vient avec sa motte ; puis on retranche, avec une serpette ou un couteau, si l’arbre n’est, pas de grande dimension, ou avec une serpe, s’il est grand, 3 à 5 centimètres de terre sur les côtés de la motte ; les racines se trouvent ainsi coupées nettement; si on en aperçoit qui soient malades, on les retranche. Ensuite on gratte doucement la terre entre les racines, afin de les mettre à nu sur une profondeur de quelques centimètres. Si la motte était très-sèche, on la laisserait tremper pendant quelques minutes dans de l’eau. On met au fond de la caisse un lit d’écailles d’huîtres ou de plairas d’une épaisseur proportionnée à sa profondeur; on recouvre ce lit de terre, préparée comme je vais l’indiquer, jusqu’à la hauteur convenable pour que l’oranger ne soit pas plus enfoncé en terre qu’il ne l’était précédemment ; on foule la terre ; onpose la motte de façon à ce que la tige soit bien verticale ; puis on remplit la caisse de terre qu’on introduit autour des racines avec des bâtons aplatis, jusqu’à ce qu’elle dépasse les bords. On forme autour du pied de l’arbre un petit bassin, puis on donne une bonne mouillure. Cette opération se fait au sortir de l’hiver. Si l’on avait un oranger très-souffrant et dépouillé d'une partie de ses feuilles, il faudrait le tirer de sa caisse et le mettre en pleine terre, dans une couche qui aurait perdu sa chaleur, après l’avoir débarrassé de la plus grande partie de l’ancienne terre; il se remettrait infailliblement. Au commencement d’octobre, on le dégarnirait tout autour de manière à lui laisser une motte, et on le remettrait dans une caisse préparée comme je l’ai dit précédemment.

Outre les orangers qu’on achète en caisse, les Génois et les Pro- .ençaux en expédient de tout greffés, dont la racine est entourée de petites mottes contenues dans do la mousse; ils arrivent , souvent

on mauvais état. Quelques heures d’immersion dans l’eau, suivie du nettoyage des racines et d’un rempotage fait comme je l’ai indiqué, puis de la privation d’air et de lumière pendant une quinzaine de jours, dans un local chaud, constituent le seul traitement qui puisse les sauver lorsqu’ils ont beaucoup souffert.

On employait autrefois comme terre à oranger un compost trèscompliqué ; aujourd’hui on se borno à prendre une terre franche de potager, à laquelle on mêle un tiers de bon terreau. On peut aussi y ajouter quelques portions de vieille terre de bruyère. Cette terre, beaucoup plus légère que celle qu’on employait précédemment, donne de meilleurs résultats.

En sortant les orangers de la serre, on bine la surface de la caisse, on forme le petit bassin dont j’ai parlé, et on couvre le tout de crottin de cheval ou de fumier bien consommé. On ne doit jamais souffrir une herbe ni une plante étrangère dans la caisse d'un oranger.

Les semis de pépins de citron se font en mars ou avril, isolément, dans de petits pots de 8 à 9 centimètres de diamètre, remplis de bon terreau légèrement foulé. On les place sous cloche ou sous châssis, abonne exposition; quinze jours après, au plus tard, la graine est levée. On maintient la cloche, et on donne un peu d’air par derrière, en ayant soin de la couvrir si le soleil est très-chaud. Lorsque le plant a atteint 4 0 ou 12 centimètres de hauteur, on peut le découvrir et le mettre à l’air libre, pourvu que ce soit à bonne exposition. Si l’on voulait obtenir de très-beaux sujets, ils ne devraient quitter le châssis qu’à l’âge de deux ans; mais ces précautions sont exclusivement à l’usage des horticulteurs de profession. On rentre ces jeunes sujets de bonne heure en automne, et on les dispose de façon à ce qu’ils reçoivent la lumière du jour ; on les arrose plus souvent que les grands orangers, parce que le pot est petit et la terre très-légère; il serait préférable, s'il était possible, de les conserver dans une bâche. Au printemps suivant, quand la sève est bien en activité, si la tige du sujet a atteint un diamètre de 3 à 6 millimètres, on peut le greffer à la pontoise ou en écusson à œil dormant.

Les citronniers qu’on élève sans les greffer ne sont pas moins agréables que les orangers et demandent moins de soins de culture. A mesure qu’ils grandissent, on les assujettit à la taille et on les dé-

JARDINAGE ET FERME, pote pour leur donner des pots ou des caisses proportionnés à leur

dimension. .

L’oranger venu de graines est épineux et a besoin d etre greffé.

Quand on a des orangers ou des citronniers assez grands pour qu’on puisse en récolter la fleur et l’employer, soit à la distillation, soit a faire des bonbons ou de la liqueur, on doit cueillir les fleurs tous les deux jours, puis les déposer sur un linge blanc, à 1 ombre, dans une chambre dont on n’ouvre pas les fenêtres. On peut réunir deux cueillettes pour opérer sur une plus grande quantité à la fois.

Les espèces d’orangers les plus cultivées sont l’oranger proprement dit, le bigaradier, le limonier ou citronnier, et le cédratier, les fleurs de ces différentes variétés peuvent être employées aux mêmes usages. Les oranges venues en serre ne sont jamais bonnes à manger; leur fruit est aigre et amer. On peut cependant obtenir d’excellentes oranges sous le climat de Paris, lorsque les orangers sont conduits en espalier sur le mur du fond d’une serre bien exposée.

Page 1