‹ Maison rustique des dames (volume 2)Chapitre 222 sur 304 · D. POUX · texte numérisé non relu

D. POUX

Les porcs sont souvent atteints de poux. Lorsque ces insectes se développent en grande quantité et qu’ils se fraient des passages sous la peau, il est rare qu’on ne soit pas obligé d’abattre l’animal. Cependant un vétérinaire peut tenter un traitement. Lorsque les poux ne font pas d’aussi grands ravages, de la propreté dans l’habitation, des bains, et enfin la recherche des insectes à l’aide d’un peigne, suffisent pour en débarrasser l’animal, qui souffre beaucoup de la présence de ces parasites; il maigrit et ne profite nullement de la nourriture qu’il reçoit. On fait aujourd’hui dos peignes de cuivre qui sont très-convenables pour enlever les poux des porcs. On peut aussi frotter les parties atteintes avec une huile quelconque; les poux qui en sont couverts meurent à l’instant; en re-

nouvelantla friction lorsque les lentes éclosent, on détruit le mal ; mais il ne faut pas attendre que la vermine ait pullulé de manière à s’introduire sous la peau, car l’huile n’aurait plus d’action.

E. Renversement de la matrice.

II arrive assez fréquemment qu’une mise bas laborieuse a pour conséquence chez les truies un renversement delà matrice. Si l’on ne peut avoir facilement recours aux soins d’un vétérinaire, il faut chercher à réparer le mal. On commence par lier le groin de la truie, afin qu’elle ne puisse crier ; puis on fait une décoction de graine de lin ou de racine de guimauve avec laquelle on lave la partie malade, ou même, si elle parait enflammée, on la fait tremper, en tenant l’animal couché et en posant la matrice dans le vase qui contient l’eau émolliente. Si, au contraire, elle est blafarde et tachetée de blanc, on la lave avec du cidre, du vin ou de ia bière qu'on fait tiédir, ou enfin avec de l’eau, si elle est à l’état normal, et on enlève les portions du placenta, ou délivre, qui pourraient encore y être restées attachées. Ensuite on place la truie debout, les jambes de devant beaucoup plus basses que celles de derrière, et on la soutient de chaque côté. La personne qui doit opérer doit préalablement s’être coupé les ongles avec soin, de manière qu’ils n’accrochent pas, et s’être graissé les mains d’une huile douce quelconque; elle soutient la matrice des deux mains, et, profitant des moments où la truie ne fait pas d’efforts répulsifs, elle l’enfonce avec précaution dans la vulve, en y plongeant les doigts, afin de la conduire jusqu’à sa place. Si l’animal fait des efforts répulsifs pendant l’opération, on s’arrête, en se contentantde maintenir la matrice, afin d’éviter un nouveau renversement. Lorsque la réduction est complète, on tient la main à l’ouverture jusqu’à ce que l’animal cesse tout mouvement répulsif. Quelquefois la pauvre bête repousse de nouveau la matrice au dehors ; il faut alors recommencer l’opération ; mais il est à craindre qu’elle soit inutile si la chute se renouvelle ; il ne reste, dans ce cas, d’autre parti à prendre que de faire abattre la truie.

F. Part laborieux.

Après une mise bas laborieuse, la truie tombe quelquefois dans un abattement, dans une faiblesse extrême; il faut avoir recours au

plus tôt à quelques stimulants, sans quoi elle pourrait périr. Une demi-bouteille de vin chaud, même sucré, du cidre, ou de la bière à son défaut, ou même une petite quantité d’eau-de-vie allongée d’eau, lui rendent la vie. Si le remède ne produit pas d’effet au bout d’une ou deux heures, il faut y revenir et le renouveler de cinq en cinq heures, jusqu’à ce que la bête ait retrouvé sa vigueur. Ce mal s’appelle la fièvre d’accouchement; il ne faut pas le confondre avec un peu d’abattement qui suit toujours la délivrance, mais qui se dissipe bientôt. Des stimulants dans ce cas seraient dangereux.

Outre ces maladies particulières, les porcs sont sujets aux autres maladies qui atteignent tous les animaux. Le plus sage est d’appeler le vétérinaire; souvent, pour épargner une visite, on perd un animal. D’ailleurs les porcs sont des animaux très-difficiles à soigner, et dont la mort résulte souvent de ce qu’on n’a pas pu leur administrer en temps utile un remède efficace.

J’ai parlé à l’article Provisions de ménage (t. I, ire partie) de la préparation et de la salaison du porc.

SECTION IX. — De la chèvre.

La chèvre est un animal proscrit par tous les agriculteurs à cause des dégâts qu’elle fait. Cependant, peu coûteuse à nourrir, elle est d’un bon produit, tant par l’abondance de son lait, avec lequel on fait d’excellents fromages, que par la valeur vénale de ses petits, eu égard à celle de la mère. C’est la vache du pauvre. Elle porte cinq mois. Quoique la chèvre soit naturellement vagabonde, elle s’accommode du séjour de l’étable, pourvu que son habitation soit propre et qu’elle y soit bien nourrie. Pendant l’été, elle mange à peu près tous les fourrages ; on peut y joindre des feuilles de presque tous les arbres, surtout celles des ormeaux. Des feuilles de légumes, cuites avec un peu de son, lui conviennent également.

Durant l’hiver on peut la nourrir avec les feuilles sèches d'un grand nombre d’arbres, avec des fourrages et des racines ordinaires; on peut aussi lui préparer une nourriture particulière avec la feuille de vigne, comme on le fait au Monl-d’Or, ou ces animaux sont une des richesses du pays, et où ils no sortent presque jamais des éla-

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blés. Après la vendange on effeuille la vigne; quelquefois même on le fait en partie auparavant, afin de faciliter la maturation du raisin. Ces feuilles sont déposées soit dans des tonneaux défoncés, si l’on n’en conserve qu’une petite quantité, soit dans de grandes fosses bétonnées, disposées dans des celliers ou- des hangars, et dans lesquelles on empile les feuilles en les foulant fortement avec les pieds ; on les arrose ; puis on les couvre de planches chargées de pierres pesantes. Il s’établit une fermentation qui rend cette préparation très-acide. Au bout de deux mois la fermentation est terminée ; on donne alors cette nourriture aux chèvres, qui en sont trèsavides, ainsi que de l’eau qui surnage. Les feuilles ont conservé leur couleur verte et sont entières. On peut nourrir les chèvres avec cette préparation jusqu’au retour de la végétation.

La chèvre est un animal fort attaché à son maître, mais très-indocile, ce qui rend sa garde difficile; elle se défend du chien et ne cède à ses attaques, dont elle comprend très-bien l’objet, que si cela lui convient; aussi est-elle un ennemi redoutable pour l’agriculteur, parce qu’elle dévore les bourgeons de tous les arbres et la tète de toutes les plantes. 11 ne faut donc jamais avoir qu’un très-petit nombre de chèvres. Cet animal est doué d’une santé robuste et entre en rut aussitôt qu’on l’envoie au bouc, ce qui permet de l’y conduire dans toutes les saisons. On ne conserve jamais les mâles, car un seul bouc peut suffire à 400 femelles. La chèvre porte depuis deux jusqu’à quatre petits ; elle est susceptible d’une grande tendresse maternelle. On peut manger le biquet dès l’âge de huit à dix jours; il est meilleur à trois semaines ou un mois; sa peau se vend fort cher aux tanneurs. Lorsqu’on veut élever une jeune chèvre, il faut la laisser teter environ deux mois et la sevrer graduellement. On peut faire couvrir les chèvres à un an.

Les chèvres qu’on élève en France ont généralement des cornes; il y a une race blanche qui en est dépourvue et qui est préférable, parce qu’étant plus douce elle donne tout autant de lait. La chèvre d’ Angora et celle de Cachemire sont encore plus précieuses, puisque, outre leur lait, elles donnent tous les ans une abondante toison dont on fait les plus beaux tissus connus ; la chèvre d’ Angora, peu répandue, procurerait cependant des avantages réels à son propriétaire. Chaque année sa toison pourrait donner 1 kil. 1/2 à 2 kilogr. de duvet, qui, fdé comme la laine, offrirait à une bonne ménagère

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d’excellent fil pour faire des bas, des gilets, des jupons d’une douceur et d’une finesse admirables. La chèvre de Cachemire produit un duvet encore plus beau, maisbien moins abondant; d’ailleurs, comme cette production ne nuit nullement à celle du lait, ces deux races offrent un double bénéfice. On tond la chèvre d’Angora au moment où l’on s’aperçoit que sa toison va tomber. Il faut enlever avec soin le poil dur qui recouvre le duvet. Quant à celle de Cachemire ou du Thibet, on doit la peigner pour retirer le duvet; cette opération se fait vers le mois de juin.

Outre le lait qu’on obtient des chèvres, on peut en manger la chair, qui, dans le Midi, constitue même une partie de la nourriture des' hommes. Les fourrages étant fort rares dans ces contrées, on ne peut s’adonner que partiellement à l’éducation du gros bétail ; les chèvres le remplacent en partie. Leur peau est aussi très-estimée ; c’est avec elle qu’on fait le maroquin.

On trait les chèvres trois fois par jour dans le commencement de leur allaitement, deux fois ensuite. J’ai donné à l’article Fromage (page 357) la manière de tirer parti de leur lait en le convertissant en fromage; il est également fort bon à employer dans la cuisine; il convient parfaitement aux enfants et soulage la mère dans l’allaitement.

Les chèvres sont moins délicates que les moutons; cependant elles sont sujettes aux mêmes maladies. La météorisation est ici beaucoup moins à craindre. Elles demandent un logement très-sain et très-aéré. Comme leur fumier est excellent, il y a avantage à leur donner une abondante litière, bien qu’elles puissent facilement s’en passer. Les chèvres vivent assez longtemps, environ 4 5 à 18 ans; mais elles perdent une partie de leur lait en vieillissant; il vaut donc mieux les renouveler tous les cinq ou six ans. Avant de livrer la chèvre à la boucherie, on cesse de la traire et on l’engraisse à peu près comme le mouton. Elle ne parait pas grasse à cause de la forme saillante de ses os, mais elle l’est souvent beaucoup.

SECTION X. — Du lapin.

Le lapin est un petit animal domestique [fi g. 448) très-précieux

à la campagne; il donne d’abondants produits pour peu de dépenses, et a l’avantage d’offrir en toute saison, à la maîtresse de

sains; aussi leur fécondité est-elle souvent inutile , et leurs petits périssent en grande partie avant d’être bons à manger. Cependant une ménagère attentive doit s’occuper de la conservation et de la multiplication de ce paisible et inoffensif animal, qui lui offrira de grandes ressources. Je ne parlerai que sommairement ici des lapins ; j’ai traité ce sujet avec plus de développement dans un petit ouvrage intitulé des Animaux de basse-cour et des Lapins; notre ménagère y trouvera tous les détails nécessaires.

Une des principales causes qui s’opposent à ce qu’un plus grand nombre de personnes se livrent à l’élève des lapins est la mortalité fréquente qui frappe quelquefois des portées entières, ce qui décourage les propriétaires ; mais cette mortalité est presque toujours due au défaut de soins, à des habitations malsaines et malpropres, à une mauvaise nourriture. Ces mêmes causes nuisent trop généralement à tout le bétail en France. On se plaint des vices des races, de leur pauvreté, sans se donner la peine de remonter à l’origine du mal : elle est là.

Lorsqu’on veut voir prospérer les lapins, il faut lour donner une habitation convenable ; ils ont aussi besoin d’une petite cour bien pavée, entourée de murs qui les mettent à l’abri des attaques des renards, des fouines et des chats, et dont les fondations, de \ mètre 50 centimètres de profondeur, s’opposent à ce qu’eux-mêmes, en fouillant, puissent s’échapper au dehors. D’un côté du mur, à l’exposition du levant ou du midi, on construit un appentis sous lequel on

maison , un mets agréable et sain qui se prête à différentes préparations. Généralement, on n’apporte pas à leur éducation les soins que ces utiles et féconds animaux mériteraient; ils végètent malheureux, enfermés dans des lieux humides, obscurs et mal-

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