‹ Maison rustique des dames (volume 2)Chapitre 293 sur 304 · Asphyxie par submersion · texte numérisé non relu

Asphyxie par submersion

Une boîte de secours est un meuble précieux dans une maison de campagne, car les instruments et les médicaments qu’ello renferme sont propres à rappeler à la vie tous les genres d’asphyxiés ; mais comme cette boite est d’un prix assez élevé, il n’est pas permis à toutes les fortunes d’en faire l’achat.

Dès que le noyé est retiré de l’eau, et il n’est pas besoin , pour l’en retirer , d’attendre V arrivée des agents de l’autorité , on écarte la foule inutile qui souvent se presse autour de lui ; six personnes au plus sont suffisantes pour lui donner les soins nécessaires.

S’il est privé de mouvement et de sentiment, on le tourne du côté droit et on lui fait pencher légèrement la tète, en le soutenant par le front; on entr’ouvre les lèvres et on écarte doucement les mâchoires pour faciliter la sortie de l’eau et des mucosités qui peuvent se trouver dans la bouche et dans le nez.

Il faut surtout s’opposer énergiquement à ce qu’on place le noyé la tête en bas et les pieds en l’air ; on aggrave considérablement son état par ce procédé barbare, capable à lui seul do lui donner la mort. Un noyé n’avale point d’eau ; il est asphyxié, c’est-à-dire privé d’air ; d’ailleurs la suspension de la tête en bas ne serait en aucune façon propre à lui faire rejeter l’eau, s’il en avait avalé.

L’inclinaison du corps doit durer une minute. On le relève, et on le place dans un lieu en pente, soit sur le rivage, soit dans le bateau, en le tournant sur le côté, la tète en haut et les pieds en bas. S’il est nu, on l’enveloppe dans une couverture de laine ou dans les vêtements les plus chauds qu’on puisse se procurer. Si l’on est près d’un hôpital, il faut l’y porter, et, si cela est possible, appeler à l’instant un médecin; mais, en attendant son arrivée, ou si l’on ne pouvait avoir ses secours, voici comment on devrait procéder :

Si le noyé est habillé, on coupe tous ses vêtements pour les lui ôter, afin d’éviter les secousses et les mouvements brusques, et on l’enveloppe comme je viens de le dire. Si l’on est en été, on l’expose aux rayons du soleil, en ayant soin do lui couvrir la tôle. Si le temps est froid, on le transporte dans une maison, et on le place devant un feu clair, qu’on entretient pendant tout le traitement. On fait ensuite des frictions sur le corps avec un morceau de laine ou une brosse douce, mais spécialement sur le creux de l’estomac, sur les flancs, lo ventre et les reins. Pendant ce temps, on cherche à rétablir la respiration en introduisant de l’air dans les poumons. A cet effet on s’efforce d’imiter les mouvements quo font la poitrine et le ventre lorsqu’on respire, en exerçant avec les mains, sur ces parties, des compressions douces et lentes, de bas en haut, et alternatives. On laisse, entre ces pressions, un intervalle d'environ

un quart de minute ; on lès réitère quinze ou vingt fois de suite, et on les suspend pendant environ dix minutes. Il convient d’v revenir à plusieurs reprises.

On place sous le nez du noyé un flacon de vinaigre des quatre voleurs, ou môme du vinaigre ordinaire, et on lui frotte les tempes et les poignets avec de l’eau do Cologne ou du vinaigre.

Si les mâchoires sont serrées, on cherche à les ouvrir en faisant pénétrer entre les dents un morceau de bois coupé en biseau ; ensuite on place un bouchon entre les dents; puis, avec le doigt, on détache la langue du palais.

Pendant qu’on donne d’un côté les soins dont il vient d’être fait mention, on s’occupe de l’autre de préparer tout ce qui est nécessaire pour réchauffer le corps, soit à l’aide d’üne bassinoire à eau bouillante, soit à l’aide de fers chauds à repasser, que l’on promène, par-dessus la couverture de laine, sur la poitrine, le long de l’épine du dos et sur le bas-vent,rë, en s’arrêtant plus longtemps aux plis des aisselles et au creux de l’estomaè, mais en ménageant la pression.

Le degré de chaleur à obtenir varie suivant la saison et la température extérieure ; mais dans aucun cas il ne faut exposer le corps du noyé à une température supérieure à 35 degrés.

* Tout en employant les moyens propres à rétablir la respiration et à réchauffer le noyé, on continue sur tout le corps et sur les membres les frictions avec les frottoirs de laine, plus particulièrement le long de l’épine du dos et sur la région du cœur. On brosse doucement, mais longtemps, la plante des pieds, ainsi que la paume des mains.

Si le noyé donne quelques signes de vie, il faut continuer les frictions et l’emploi de la chaleur. S’il fait des efforts pour respirer, il faut cesser pendant quelque temps toute manœuvre qui pourrait comprimer la poitrine ou le bas-ventre et contrarier leurs mouvements naturels.

Si, pendant les efforts plus ou moins pénibles que fait le noyé pour respirer, on s aperçoit qu il a des envies de vomir, il faut provoquer le vomissement en chatouillant le fond do la bouche avec les barbes d’une plume.

Il ne faut pas administrer de boissoh à un noyé qu’il n’ait repris ses sens. Cependant on peut, en vue de le ranimer, lui introduire

dans la bouche quelques gouttes d’eau-de-vie ordinaire ou camphrée, d’eau de mélisse ou de Cologne.

Si le ventre est tendu, on donne un demi-lavement d’eau de savon, ou d’eau tiède dans laquelle on a fait fondre une forte cuillerée à bouche de sel.

On peut faire saigner les sujets dont le visage est rouge, violet ou noir, et dont les membres conservent de la chaleur et de l’élasticité ; la saignée dans ce cas se pratique à la jugulaire ; mais il faut éviter toute saignée sur les corps froids ou dont les membres commencent à se roidir. On doit, au contraire, s’occuper par tous les moyens de les réchauffer.

Si on parvient à ranimer les facultés vitales, il faut placer le noyé dans un lit chaud, entretenir la chaleur des pieds au moyen de fers chauds ou d’eau chaude dans une bouteille, et lui donner peu à peu quelques cuillerées de bouillon et un peu de vin. On prend enfin les précautions qui doivent acompagner toutes les convalescences.

Il faut tout attendre de la persévérance : on a vu des noyés ne revenir à la vie qu’après sept ou huit heures d’efforts considérés longtemps comme inutiles.

C’est une barbarie que de fendre la plante des pieds d’un noyé, comme on le fait quelquefois, pour s’assurer s’il existe encore. 11 pourrait n’ètre pas mort et supporter cette douloureuse opération sans donner signe de vie.

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