‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 119 sur 325 · V. Du poitrail · texte numérisé non relu

V. Du poitrail

he poitrail, situé en dessous de l'encolure, entre les deux épaules, présente toujours un développement en rapport avec celui des cavités nasales. Dans les chevaux à tête carrée ou camuse, dont les cavités nasales sont larges et spacieuses, le poitrail est toujours largement développé; au contraire, lorsque les cavités nasales sont étroites, comme dans les chevaux à tète busquée ou moutonnée, le poitrail, par une conséquence nécessaire, est étroit aussi. Quelle que soit la race des chevaux que vous examinerez, quelles que soient leur forme et leur taille, toujours vous observerez cette remarquable coïncidence entre le développement des premières voies aériennes, et celui de la cavité thoracique, dont la largeur ou l'exiguité du poitrail n'est que l'expression. Et en outre, chose bien remarquable encore, et qui prouve l'espèce de solidarité qui existe entre toutes les parties de la machine destinée à concourir a une même fin, vous verrez toujours les membres répondre par leur développement à celui des voies aériennes. Ainsi, clans les chevaux bien constitués, à large poitrine, les extrémités sont fortes et bien fournies ; dans les animaux, au contraire, à poitrine exiguë, qui sont, comme on le dit, sénés du devant, les membres sont grêles et faibles. Les chevaux anglais de course semblent, au prem.ier abord, faire exception par leur conformation à cette loi générale; leur poitrine est étroite en effet, et cependant les muscles de leurs membres sont énergiquement prononcés. IMais remarquez bien que, dans ces animaux, les dimensions en hauteur du thorax compensent, et bien au-delà, ce qu'il perd en largeur, et qu'alors son étroitesse n'est qu'une condition de plus qui favorise la rapidité des allures.

Observez maintenant que ce grand développement du poitrail, que nous considérons comme beau, devient défectueux par son excès dans les animaux destinés aux progressions rapides. Ainsi, par exemple, un cheval de selle trop large du devant serait pesant et lent dans ses allures. Il n'y a que dans les chevaux de trait, destinés à vaincre les résistances par leurs poids et l'énergie de leurs muscles, qu'on doit considérer comme une beauté l'excès même de volume et de largeur de cette région.

Uars est le pli de la peau entre le thorax et la face interne de l'épaule. Les frottemens réitérés de la marche peuvent déterminer dans cette région une irritation assez douloureuse pour gêner les mouvemens de l'animal. C'est ce que l'on exprime en disant qu'il se fraie aux ars.

ïJinter-ars est situé sous le poitrail entre les deux ars.

Le passage des sangles est la région située en arrière du coude et en avant du ventre, sur laquelle, comme son nom l'indique, passe la sangle de la selle. Elle peut être blessée par le frottement dont elle est le siège. Cet inconvénient peut rendre momentanément le cheval impropre h son service.

AMMAUX DOMKSTIQUES : COJNFORMATlOiN EXTERIELUE. mv. m.

M. Des côtes.

Les lôies, situées en arrière de l'épaule, ont ponr base en extérieur les os de ce nom que celle région ne recouvre pas.

Les considérations que nous venons d'énieltre à l'article du poitrail trouvent ici leur ap|ilication; car la saillie des côtes peut être aussi considérée comme l'expression du développement de la cavité Ihoracique. Il nous suffira donc d'ajouter que la disposition la plus favorable de celte région, dans un cheval de selle, est une légère rondeur. Lorsque la côte est plate, comme dans le cheval anglais, la selle y doit être moins facilement adaptable.

Vn. Des flancs.

Les flancs, situés entre les côtes et les hanches et au-dessous des reins, qui donnent la mesure de leur longueur, ont été considérés avec raison comme le miroir de la poitrine. Ils sont, en effet, continuellement agités de niouvemens qui correspondent à l'inspiration el à l'expiration : lorsque la poitrine est dilaïée par l'entrée de l'air, le flanc éprouve un tnouvement d'élévation plus ou moins apparent, suivant que l'inspiration a été douce, ou grande, ou forcée; lorsque l'air est expiré, le flanc élevé s'abaisse et s'affaisse.

C'est dans la régularité de ces mouvemens que consiste la principale beauté des flancs. Dans l'état parfait de santé, après cinq ou six respirations douces et à peu près égales, l'animal fait une inspiration plus forte, plus élevée, el surtout plus prolongée, qui se marque aux flancs par une élévation plus grande. C'est celte succession de mouvemens égaux des flancs, interrompus de temps à autre par un mouvement plus prononcé, qui constitue leur régularité.

Mais ces mouvemens peuvent subir, sous l'influence des affections variées de la poitrine, différentes modifications qu'il est important de connaître. Ainsi, dans certaines maladies, les mouvemens d'inspiration sont plus profonds et plus prolongés que dans l'étal de santé; puis, au moment de l'expiration, le flanc ne s'abaisse pas d'une seule fois : son affaissement s'exécute en deux temps, entre lesquels il y a un moment d'arrêt. C'est ce moment d'arrêt que l'on appelle soubresaut, coup defouet.^ contre-temps de la pousse, nom général sops lequel sont désignées plusieurs maladies de poitrine,

Quant à la configuration extérieure de cette région, si nous en cherchons le modèle dans les animaux bien conformés, nous voyons qu'elle est ordinairement assez pleine, que la corde en est peu prononcée, qu'elle est courte comme les reins. Dans les animaux qu'ont épuisés de longues maladies, l'âge ou les fatigues excessives, le flanc est cordé, comme on a coutume de l'exprimer; c'est-à-dire qu'il présente une cavité profonde en avant de l'angle de la hanche, et que sa corde, ou cette saillie longitudinale qui s'étend depuis cet angle jusqu'à la dernière côte, est Ires-prononcée. Lorsqu'un cheval vient de suffire à de longues et pénibles courses, on dit qu'il est ej-

/7flrt<7Wf'', qu'il a le flanc retrousse, |X)ur exprimer celte espèce de rétraction que les flancs ont éprouvée vers les parois supérieures de l'abdomen. La première de ces aéfecluosité» est excessivement grave, parce qu'elle est ordinairement le symptôme de maladies redoutables dont ranimai est ou a été affecté; la seconde disparaît ordinairement avec l'épuisement qui l'a produite, lorsque le cheval n'«st pas à jamais ruiné.

Vin. Du ventre.

Le ventre, situé à la partie inférieure du corps, a pour base les muscles qui forment les parois inférieures de l'abdomen. Dans les chevaux bien conformés, il n'en dépasse pas le cercle cartilagineux. Lorsqu'il est trop volumineux, on a coutume de dire qu'il est avalé, ou qu'il est semblable à un ventre de vache. Cette conformation est évidemment défectueuse dans les chevaux destinés aux allures rapides, car le poids des viscères abdominaux, dont le volume du ventre est l'expression, doit mettre obstacle à la célérité de la progression. Certains chevaux rapides à la course, tels que les chevaux anglais, semblables en cela aux animaux que la nature a doués d'une très grande vitesse, ont quelquefois le ventre rétracté vers les parois supérieures de l'abdomen ; ce que l'on exprime en disant qu'ils ont le ventre retroussé, ou encore levrette, c'est-à-dire analogue à celui du chien lévrier. Lorsque les fonctions nutritives s'exécutent avec régularité, celte conformation, toute disgracieuse qu'elle paraisse, doit cependant être considérée comme une condition de plus favorable à la rapidité de la course. Elle peut devenir cependant une défectuosité réelle lorsqu'elle est poussée à l'excès, el que les chevaux soûl, comme on le dit vulgairement, étroits de boyaux. Dans ce cas, en effet, les fonctions digestives s'exécutent mal; les alimens ne font pas un assez long séjour dans le canal alimentaire pour y subir l'élaboration qui doit les transformer en sucs nutritifs, et il en résulte bientôt un état de faiblesse qui rend la ruine des chevaux d'autant plus inévitable, qu'en général ceux qui sont ainsi conformés ont beaucoup dardeurel d'énergie,et font conséquemment des pertes qu'une mauvaise nutrition ne répare qu'incomplètement.

§ IV. —De l'extrémité postérieure du corps. I. De la croupe.

La croupe, située entre les reins el la queue, au-dessus des hanches et des fesses, a }K)ur base l'épine sus-sacrée, les angles internes de l'ilium et les muscles qui se groupent autour de ces os.

Les premières et les plus importantes conditions de la beauté de cette région sont ha longueur et sa parfaite horizontalité. Observez, en effet, tous les chevaux de race distinguée, et vous remarquerez en eux celte belle conformation, dont on peut indiquer la raison, d'après M.Rigot, par une démonstration tonle géométrique. Soit, en effet, le coxal A {fl},'- 89,, dans une croupe longue et horizoïdale, el le

DIVISION DU CHEVAL

Fk. so.

même os C dans une cronpe courte et oblique: n'est-il pas évident que les muscles qui s'étendent de l'angle isclual jusqu'au tibia, et que je représente ici par la ligne AB et CB, auront, dans le premier cas, et plus de longueur et une disjwsition plus favorable, eu égard au bras de levier que le tibia représente; double condition doù dépendent, et la grande étendue desmouveniens de ces muscles, agens principaux des membres postérieurs, et leur grand- intensité d'action.

Ajoutons à cela que lorsque le point fixe de ces puissances musculaires se trouve au libia, comme dans l'action de se cabrer, la longueur de la croupe augmente le bras de levier sur lequel elles agissent. Tous ces avantages d'une croupe longue et droite démontrent les défectuosités d'une croupe courte et oblique, encore appelée avalée.

Considérée maintenant sous le rapport de sa forme et de sa largeur, la croupe peut être double^ tranchante, en ml de pniile, pointue, et enfin trop large ou ti'op étroite.

Le grand développement des muscles de cette l'égion, qui les fait paraître en saillie de chaque coté de l'épine sus- sacrée, dont la place n'est plus marquée que par un sillon plus ou moins profond, constitue ce que l'on appelle la croupe e/ouhle. Celle conformation est à rechercher dans un cheval aux lentes allures, comme le cheva! de trait.destiné à vaincre par sa force et son poids les résistances qu'on lui oppose; mais dans un cheval de selle, elle présente le double inconvénient de mettre obstacle à sa célérité, et de donner lieu, dans les progressions rapides, à un bercement particulier du train postérieur, qui fait éprouver au cavalier de continuelles saccades.

Lorsque les muscles, au lieu de faire saillie au-dessus de l'épine, sont, au contraire. <U'.primés de chaque côté, et la laissent paraître en relief, on dit que la croupe est trancJiante ou de mulet. Dans les chevaux de race dégénérée, cette conformation de la croupe coïncide assez souveni avec Tel roi -

lesse du Iruiu postérieur : les mcudMes en sont trop rappiochés, les cuisses et les jambes ont peu de développement, le cheval est, comme on le dit vulgairement, serré dans sun train de derrière ; ses mouvemens sont gênés ; il se coupe, s'entrctaille, se fatigue facilement. Dans les chevaux de races distinguées, comme les chevaux navarrains, espagnols, napolitains, toscans, et même les chevaux anglais, cette croupe tranchante se fait assez souvent remarquer; mais, chez eux, l'énergie musculaire compense ce défaut de structure.

La conlormalion particulière de la croujje que l'on désigne sous le nom trivial de cjoupe en cul de j>ou(e. est caractérisée par une dépression transversale plus ou moins profonde, en avant de la naissance de la queue. Cette particularité de structure n'a aucune consé- ({Uence.

Que si nous envisagions maintenant cette région sous le rapport de sa largeur, nous n'aiiriims à indiquer, pour le cheval de trait et le cheval de selle, que les mêmes avantages et les mêmes inconvéniens que nous avons signalés en parlant de la croupe double. Il nous faudrait seulement ajouter que les grandes dimensions en largeur de la croupe sont toujours à rechercher dans la jument poulinière, chez laquelle elles sont un indice d'un grand développement de, la cavité du bassin.

Enfin, au sujet de l'étroilesse de celte région, nous n'aurions qu'à répéter ce que nous avons déjà dit en parlant de la croupe tranchante.

IL De la queue.

Située à l'extrémité postérieure du corps qu'elle termine avanlageusement, la queue est par sa forme un des plus beaux ornemens du cheval, et par la position qu'elle occupe un des indices les plus certains de son énergie et de la pureté de sa race.

Vovez en effet comme dans les animaux de pur sang la queue, détachée de la crois pe dont elle suit d'abord la direction horizon laie, s'incurve plus tard en laissant échapper de sou tronçon la touffe ondoyante de ses crins. Cette position hardie n'est considérée en elle comme une beauté, que parce qu'elle est l'effet de la contraction des muscles qui se groupent autour de sa tige vertébrale, et qu'il est rationnel de conclure de l'énergie de ces organes à celle de tous les autres agens moteurs.

C'est donc une pratique bien fondée de juger de la vigueur d'un cheval, comme le font habituellement les marchands , par le degré derésistance qu'il oppose quand on lui soulève la queue. Les renseignemens fournis par celte espèce de dynamomètre conduisent rarement à l'erreur.

Ils avaient bien compris l'expression que la position de la queue donne à l'habitude extérieure du corps, ceux qui, pour imprimer aux chevaux communs un cachet de distinction, ont inventé l'opération iS anglaiser, qui consiste à couper en travers et dans toute leiiiépaisseur les muscles abaisseurs de la queue. La résistance qu'ils opposaient à leurs antagonistes s(; trouve ainsi anéantie, et toute la force de ces derniers n'est plus alors contrebalancée que par le poids de la quriic. (Uuit <>n

ÎOJ AM.MAUX DOMESTIQUKS

diminue encore l'effet en retrauchanl une partie du tronçon et des crins.

Le cheval qui n'a subi que la première partie de cette opération est appelé niquetr, et Ion dit qu'il est ecoM'-ft-, courteaudé on courtetfiieiie quand on lui a fait l'amputation de la queue sans le niquetage.

Considérée sous le rapport de sa forme, la queue peut être en balai, en é^'enlail, en catogan et en queue de rat.

CO.'^FOlUIATIOxN EXTÉRIEURE.

les deux cuisses, sont enveloppés par une peau fine, qui porte le nom de scrotum.

Quand on explore avec la main ces organes dans un animal bien conformé et en parfait état de santé, on les sent rouler dans leurs enveloppes, et fuir, en quelque sorte, sous les doigts qui les pressent.

Tout engorgement des gaines des testicules, foule adhérence contre nature de ces organes avec les parties qui les envu'onnent, doivent être

Sous la première de ces formes la queue a | considères le plus souvent comme dun mauquelque analogie avec un balai de bouleaux; j vais présage st's crins, assez courts et de longueur inégale, forment une touffe effilée comme celle des brins du balai. .

Dans la queue en éventail, la touffe épaisse et longue des crins s'épanouit à son extrémité inférieure. La queue est dite en catogan., lorsque sou tronçon est coupé très-court, ainsi que les crins qui émanent de son milieu, tandis que ceux de chaque côté, conservés dans leur longueur, forment seulement deux petits faisceaux. C'est sur les bidets ambleursque l on observe habituellement cette forme bizarre de la queue.

Enfin, si la queue n'est couverte que de quelques crins clair-semés, au travers des- (|uels on aperçoit la peau, on dit que le cheval a la queue de rat. Cette manière d'être, défectueuse en apparence dans tous les chevaux, l'est réellement dans les jumens poulinières chez lesquelles la queue est un instrument si utile pour chasser les insectes dont elles sont toujours tourmentées à l'époque de la partiirition.

Les tares de cette région sont la gale et les plaies causées par la croupière ou par la longe tpie les marchands ont coutume d'y attacher lorsqu'ils veulent conduire ensemble un grand nombre de chevaux.

L'««MJ, orifice postérieur du canal intestinal, constitue dans les beaux chevaux un bourrflel circulaire, saillant, très-dilatable,hernîéliquement clos, hors le temps de l'excrétion des matières fécales. On a coutume de dire vulgairement que les chevaux sont h'mnmarrones, lorsque l'anus est ainsi conformé.

Dans les vieux chevaux, dans ceux qu'ont épuisés les maladies ou les travaux excessifs, dans les chevaux étroits de boyaux, l'anus est ordinairement réti-acté et situé dans un enfoncement; quelquefois même il reste béant et présente une ouverture assez spacieuse pour (ju'ou puisse y introduire le poing. Cette défectuosité très-grave se fait souvent remarquer dans les chevaux appelés vidarts, c'est-à-dire qui se vident facilement et qui ont des diarrhées fréquentes. Autrefois les maréchaux et les maquignons, dans le but de guérir les chevaux poussifs, avaient l'habitude de pratiquer au-dessous de l'anus une incision profonde dans laquelle ils introduisaient un anneau de plomb. Ils appelaient cette ouverture sifflet en rossignol. Aujourd'hui cette absurde opération n'est que bien rarement mise en usage. On doit se rappeler cependant que dans les chevaux qui en portent les traces, la pousse n'e-st plus une maladie redhibiloirc.

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