ANIMAUX DOMESTIQUES : ÉCONOMIE DU BKTAIL
on 40 pour 0/0 de celle de la matière eni
p lovée,
I. Les résidus de Jccnlerie. Us conviennent assez aux vaches ou porcs et même aux moulons à l'engrais; leur faculté nutritive n'est pas délerminée. Quant aux résidus d'umidonniers, la grande quantité de gluten qu'ils contiennent el leur état de fermentation ne les rendent propres qu'aux bêtes à l'engrais, surtout aux porcs.
J. Grains. Ils ne forment jamais qu'une portion minime de la nourriture, excepté chez les chevaux. Ces derniers, ainsi que les moutons, peuvent seuls les recevoir sans aucune préparation ou mélange; pour les autres animaux ou les concasse ou on les fait tremper ou cuire. La première opération peut aussi avoir lieu pour les grains destinés aux chevaux et aux moutons; elle ue les rend que plus digestibles; toutefois, plusieurs éleveurs ont repoussé cette préparation, notamment pour les chevaux, prétendant qu'elle détruisait ou diminuait la faculté siimulanle des grains, et les rendait propres uniquement à favoriser l'embonpoint et la graisse. Nous manquons cncored'expériences comparatives bien concluantes à ce sujet; mais ce qui paraît certain, c'est qu'il ne faut pas que les grainssoient complètement rédiîitsen fjrine, et qu'il est préférable par celle raison de se servir, dans ce but, d'un moulin à cylindres c;inuelés, que d'un moulin à meules.
K.l,'a\'Otne. C'est le grain le plus convenable pour les bêtes de travail, les jeunes sujets et pour les animaux destinés à la monte, parcequ'elle doane le plus d'énergie. L'avoine paraît convenir mieux que toutes les autres espèces de grains aux animaux qu'on veut nourrir abondamment et agrandir tout en leur conservant des formes sèches. Il est probable que la composition chimique de la farine d'avoine et un principe résineux qui réside dans la balle sont les causes de cette particularité. Cuite, l'avoine semble perdre sa propriété stimulante et convient beaucoup aux vaches et brebis laitières.
L. L'or^'e. Dans le midi de l'Europe, en Afrique et en Asie c'est le seul grain donné aux chevaux, mais il semble leur convenir moins que lavoine dans le nord. En revanche, il est plus propre que cette dernière à l'engraissement, mais parait ne pas convenir pour les vaches laitières, au lait desquelles il communique, dit-on, un goût amer.
M. Les pois et les vesces sont dans le même cas.
N. Les féicroJes sont souvent données aux chevaux ainsi qu'à l'autre bétail. On les donne trempées ou cuites aux vaches, aux brebis et aux porcs. Elles rendent le lait plus gras, sans toutefois en augmenter sensiblement la quantité.
Lorsque les grains sont donnés en juste proportion avec les autres fourrages et qu'on leur a fait subir une préparation convenable, on peut considérer 1 1/5 de livre d'avoine, 1 livre d'orge, un peu moins de 1 livre de seigle, 4/5 livre de blé, et 3/4 livre de pois, vesces et féveroles, comme égales à 2 liv. de bon foin.
C'est à chacun à voir quels sont, eu égard à ces proportions, les grains les moins chers de sa localité. Il faut en général se régler
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SOUS ce rapport, non pas sur le volume, mai» sur le poids.
Du reste, on trouve de l'avantage à mélanger de la liarcel ou paille hachée avec toute autre espèce de grain que l'avoine. On en met d'autant j>lus que le grain est plus nutritif. Celte [)récaulion est particulièrement nécessaire chez les chevaux, auxquels, en Allemagne, on ne donne même jamais d'avoine sans harcel.
O. Les tourteaux d'huile se rapprochent beaucoup du grain quant à leur valeur nutritive et leur emploi. On les donne à tout bétail, excepté aux chevaux. Ceux de colza ont à peu prés la même valeur nutritive que l'avoine. Ceux de lin sont meilleurs, l^eur nature mucilagineuse les rend surtout propres aux bêtes malades ou qui allaitent, ainsi qu'aux bêtes portières prêtes à mettre bas et chez lesquelles ils favorisent le part. Les tourteaux de cliènevis et de faînes sont les moins bons; ils ont même souvent des qualités nuisibles. La meilleure manière de donner les tourteaux, c'est délayés dans de l'eau tièfl<;. 0.1 met moins de celte dernière pour les animaux à l'engrais; plus pour les bêtes laitières ou malades.
P. Les soupes. Ce sont des f urrages quelconques , coupés ou hachés, que l'on fait tremper dans de l'eau bouillante ou cuire : on emploie le plus souvent dans ce but des balles de grains, des siliques de colza, de la paille et du foin hachés; on y joint des tourteaux d 'huile, du grain concassé, du son, etc.
Cette préparation rend les alimens secs plus digestibles el par conséquent plus nutritifs. Mais si l'on ne veut affaiblir les organes digestifs des animaux, on ne doit leur donner les soupes qu'après qu'elles sont refroidies. On met tremper le soir pour le malin, et le matin pour le soir.
Du reste, cette nourriture ne convient qu'aux bêles laitières et à l'engrais, et elle n'est avantageuse que là où le combustible est bon marché. On peut mettre plus ou moins, d'eau. Un des grands avantages des résidus de dist llerie, c'est de servir à détremper les fourrages secs et à faire des soupes sans frais spéciaux de chauffage. Du reste, il faut toujours que la moitié environ de la nourriture consiste en foiu ou paille entiers et non trempés. Pabst., dans son excellent ouvrage sur les bêtes à cornes, dit qu'à Hohenheim on épargnait journellement 2 quintaux de foin sur 60 vaches, en donnant des soupes : elles se composaient pour 1 vache de : 1 livre d'épeautre concassée, 1/4 délivre de tourteau de coiza, 5 livres de balles de grain el3 livres de siliques de colza ; le tout trempé avec t/2 livie de sel; on donnait en outre 8 livres de foin de trèfle. Celle nourriture dont les divers alimens ensemble avaient la valeur nutritive de 17 livres de foin, nourrissait autant que 20.
Q. Nourriture fermentée. L'expérience a prouvé que la fermentation poussée jusqu'à un certain degré, c'est-à-dire jusqu'au commencement de l'acidité, augmentait la valeur nutritive de plusieurssubstancesalimentaires, notamment des grains réduits en farine, du son et des racines cuites ou même crues, coupées par tranches et entassées dans une cuve-
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avec du sou ou de la harcel mouillée. Cette nourriture ne convient cpi'aux bêtes laitières et à l'engrais. On a remarqué (\ue les pommes de terre crues, traitées ainsi, perdent leurs qualités nuisibles et peuvent être données en grande quantité sans inconvénient. Ou a essayé de faire également ferujenter les foins naturels et artificiels en les entassant avant qu'ils soient complètement secs. Cette opération, connue sous le nom de méthode Ktappmayer, et qui produit du foin brun fort bon pour les bêles à l'engrais, est néanmoins d'une exécution tellement difficile, qu'elle a été presque généralement abandonnée, excepte pour les fourrages grossiers dont elle augmente notablement la qualité. On a soin toutefois, dans ce cas, de ne pas laisser les tas séchaulTer par trop.
R. Sel. Tous leï animaux domestiques, mais surtout les ruminans, le recherchent avec avidité. Cette circonstance seule doit déjà prouver qu'il leur est bon. Il favorise la digostifjn et provoque l'appétit; il est surtout utile lorsqu'on donne des alimens louidsou malsains, lorsque l'atmosphère est très-humide, et pour les bêtes à l'engrais. Du reste on ne doit le donner qu'en petite quantité à la fois , surtout aux aniuiaux qui n'y sont pas habitués, et chez lesquels il a, par cette raison, peu d'effets dans les commencemens. Celte dernière circonstance, jointe à la proportion peut-être trop forte de sel employée, expliquerait au besoin le peu de résultats qu'a eu cette substance sur les progrès de lengraissement, dans une expérience faite à Roville. Quelles qu'en aient été du reste les causes, cet essai isolé, quoique fait avec soin et impartialité, ne f)eut détruire un principe constaté par l'expérience des siècles chez les nations les plus avancées en agriculture. Le sel est partout considéré comme le préservatif le plus efficace contre la pourriture des moutons et en général contre les maladies provenant de l'atonie des voies digestives.
§ V.— Propreté, température, mouvement.
Les autres conditions essentielles pour la bonne tenue des animaux domestiques sont : \di propielc, une température com<tnable elle nioiwement.
Dans l'étal de nature, les bêles prennent soin de s'approprier ; comme elles ne le peuvent d;ins l'état de domesticité, nous devons y suppléer, si nous voulons les avoir en bonne santé. Nous devons leur procurer chaque jour une couche fraîche et propre, un au' pur, et, p^uf certaines espèces, autant que possible, un pansement journalier de la main, ou des bains de rivière ; pour les bêtes de travail, tous deux à la fois. Le pansement et surtout de fortes frictions, sont particulièrement utiles aux bêtes à l'engrais, en favorisant la formation du tissu graisseux.
La température est aussi Irès-imporlanle pour la santé des animaux; en général, une température moyenne est celle qui convient le mieux à toutes nos espèces de bestiaux. Les froids de l'hiver, pourvu que les iogemens soient bien garantis, ne leur sont pas nuisibles, mais ce qui leur fait du tort, surtout aux jeunes bêles, ce sont les automnes cl les prin-
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temps froids et pluvieux , notamment les I transitions brusques de température et les I répercussions de transpiration, lorsqu'après une course ou un travail forcé qui les ont mis en nage on les laisse exposés sans les couvrir, au froul,ou à la pluie, ou à des courans d'air. C'est là une des causes les plus fréquentes des maladies parmi les bêtes de travail.
Les jeunes animaux, pour réussir, demandent à être bien garantis du froid. Les Iogemens où on les lient doivent, par cette raison, être parfaitement clos. La plupart des bêtes adultes, tout en suppoi-tant de grands froids dehors, veulent néanmoins aussi des habitations chaudes en hiver. La trop grande chaleur, soit dans les Iogemens, soit dehors, est du reste nuisible à toutes les bêtes. Pendant les jours chauds, on fait pâturer et on fait travailler avant et après la grande chaleur. Afin que les bêtes ne souffrent pas dans les étables, écuries, bergeries, ces lieux doivent être espacés, suffisamment élevés et munis de fenêtres où puissent pénétrer l'air et la lumière. Les bêles doivent pouvoir s'y coucher la nuit sans être trop serrées, et l'on doit pouvoir aérer sans produire un courant d'air qui peut souvent être nuisible lorsque les bêtes sont en sueur.
1^' exercice est indispensable à la santé des bêtes, surtout chez les jeunes animaux. Autrefois, lorsque tout le bétail était nourri au pâturage, il y prenait déjà l'exercice nécessaire. Aujourd'hui qu'une grande partie est nourrie à retable, nous devons lui procurer de l'exercice d'une autre manière, soit en le conduisant tous les jours boire à une certaine distance, soit en le tenant pendant une partie de la journée dans une cour, ou mieux encore, comme cela a lieu en Saxe, sur un vaste fumier peu élevé et entouré d'une clôture. Le mouvement est surtout indispensable aux jeunes bêtes cpie l'on destine au tra\aiî, car seul il peut développer la force musculaire et l'énergie.
StCTiON II. — De la multiplication des animaux domestiques.
Chez les animaux domestiques, l'accouplement est à la disposition de l'éleveur. Par ce moyen il peut non-seulement les multiplier, mais encore conserver, ou changer et améliorer les races ou même en créer de nouvelles par des croisemens ou par d'autres moyens. Dans les notions générales sur la reproduction des animaux domestiques, nous considérerons :
1° La race ;
2° L'âge des individus destinés à la propagation ;
3° Les règles à observer pour l'accouplement.
§ l""". — de la race.
Les animaux de la même espèce peuvent différer entreeux d'une manière très-sensible quant à la taille, aux formes, aux qualités, aux dispositions, à l'aptitude à certains genres de service, etc.
Lorsque ces différences sont hérédilairos
sous rinfliTcnce des causes qui les ont pro- •duites, elles constituent ce qu'on appelle une race. Ces dilTérences mêmes se nomment les caractères de lu race. Si au contraire elles ne sont que fortuites et non héréditaires, elles constituent seulement des variations, des anomalies.
Les naturalistes admettent généralement pour toutes les espèces d'animaux un type primitiC, une race première possédant au plus haut degré les caractères particuliers et les qualités originelles de l'espèce. Ils supposent cette race primitive vivant sous l'influence des circonstances les plus favorables à sa nature. Les modifications qu'elle a subies à la longue et qui ont créé les diverses races sont dues à deux genres de causes ditïérens, les unes naturelles, les autres artificielles.
Les premières sont : le climat, le sol et la nature des pays où des individus de la souche primitive se sont trouvés transportés, de même que la qualité et la quantité de la nourriture. Les secondes sont : le genre spécial de services auquel les animaux ont été assujettis pendant toute une série de générations, ainsi que le choix des individus reproducteurs, l'éducation et le régime, tous trois dirigés dans la vue de rendre la race plus apte à certain usage.
L'influence des causes naturelles, quelque réelle qu'elle soit, n'a dû agir qjie fort lentement et n'a pu, dans la plupart des cas, se faire sentir qu'après un grand nombre de générations.
L'action des causes artificielles a été beaucoup plus puissante. C'est uniquement à ces causes que nous devons les races si nombreuses et si tranchées de chiens, et parmi les autres animaux domestiques, la plupart des races spécialement appropriées à certains emplois.
Envisagées sous le point de vue de la nature, les races primitives sont les plus parfaites. Mais, considérées sous le point de vue de notre utilité, elles sont, au contraire, fort éloignées de la perfection. L'emploi varié que nous faisons des diverses espèces d'animaux domestiques n'a pu avoir lieu qu'eu exagérant certaines dispositions naturelles, ou euen faisant naître de nouvelles, par conséquent en nous éloignant de la nature. Aussi est-ce une erreur de croire que le perfectionnement des animaux domestiques consiste à les l'approcher de leurs types primitifs.
La perfection d'une race pour nous, c'est sa plus grande aptitude à remplir nos vues, à nous être utile. L'animal le plus parfait serait donc celui qui réunirait au plus haut de^ré toutes les qualités qui rendent propres aux divers genres de services auxquels nous employons l'espèce. Malheureusement, il a été jusqu'à présent, et il sera probablement toujours impossible de réunir dans une seule race les qualités souvent exclusives et opposées qui sont disséminées dans toutes les autres. L'éleveur ne doit pas se faire illusion à cet égard. Si l'on a pu croire parfois qu'une race, parce qu'elle présentait de belles formes et qu'elle excellait dans un genre spécial de service, pouvait être employée avec avantage comme type régénérateur de toutes les autres races cl les rendre plus propres
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aux différens usages auxquels nous les faisons servir, l'expérience est bientôt venue détruire celte opinion.
Nous devons donc nous borner à créer pour chaque genre de service une race type possédant au plus haut degré l'aptitude à cet emploi spécial, ainsi que l'a fait BachwcLl pour les bêtes d'engrais, les éleveurs de chevaux en Angleterre pour les chevaux de courses, les propriétaires de Naz pour les moutons lins. Toutefois, lorsqu'on peut rendre une même race parfaitement propre à deux genres d'emploi, elle acquiert un double degré d'utilité. A la vérité, on a constamment remarqué que chez ces races à deux fins, le double but était atteint moins complètement que chez les races spéciales. Ainsi les races de bêtes à cornes, en même temps propres à l'engraissement et à la laiterie, sont moins aptes à l'un et à l'autre de ces emplois que les races uniquement laitières ou d'engraissement. Il y a cependant avantage dans beaucoup de cas à sacrifier un peu de la perfection sous l'un et l'autre rapport, afin de tirer parti de deux qualités importantes et qui s'avantagent mutuellement.
Plus une race est ancienne et pure de tout mélange avec d'autres races, plus l'action des circonstances qui lui ont donné ses caractères particuliers était énergique et prolongée, et plus les caractères qui la distinguent sont tranchés, durables et susceptibles de se transmettre aux descendans. C'est ce que les Allemands appelent la constance d'une race, qualité précieuse,d"une haute importance dans les croisemens, et à laquelle on ne parait pas avoir donné, jusqu'ici, assez d'attention en France.
§ II. — Âniélioration des races.
Il y a trois manières de se procurer une race plus parfaite et plus avantageuse que celle que 1 on possède déjà : 1° en important chez soi des individus mâles et femelles d'une race étrangère possédant spécialement les qualités que l'on recherche et en la conservant dans sa pureté ;
2" En croisant la race indigène avec la race étrangère, ou deux races étrangères ensemble;
3° En améliorant la race du pays par ellemême.
§ m. — Introduction d'une race étrangère.
Lorsque la race indigène ne nous convient pas, cette méthode est la plus prompte et la plus efficace pour arriver à la possession d'une race qui remplisse parfaitement notre but. Toutefois elle est ordinairement coûteuse, et dans certains cas impuissante à la longue.
Lorsqu'on met des individus d'une race sous l'influence de circonstances différentes de celles où celte race s'est développée, on voit ordinairement de génération en généralion certains caractères de la race s'affaiblir, disparaître même, et la race étrangère finir par s'assimiler plus ou moins à la race indigène. C'est ainsi que même plusieurs caractères fort constans chez nous, comme, pur exemple, la laine de nos moutons et notamment des mérinos, la voix des chiens, etc., se
IMULTlPLICATîON DES ANIMAUX DOMESTIQUES.
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perdent sous les tropif^ues. Plus est grande la différence entre les circonstances naturelles des deux pays, plus est prompt et complet le changement qu'éprouve la race. De là cette règle, de tirer autant que possible la race étrangère (F un pays analogue à celui dans lequel on veut l'importer. Du reste, plusieurs causes viennent relarder les modifications que subit une race dans un pays étranger.
Plus une race a de constance , plus est lente la dégénération. Les chevaux de la Camargue, quoique vivant depuis des siècles sous rinfluence de circonstances bien différentes de celles où se sont développées les races de l'Orient, ont néanmoins conservé beaucoup de traces de celles-ci.
L'art, oui, dans tant de circonstances, lutte avec bonheur contre la nature, est plus efficace encori; que la constance, et peut empêcher, sinon tout changement, du moins la dégénération d'une race étrangère en atténuant l'influence des circonstances naturelles défavorables, ou en la contrebalançant par celle de moyens artificiels dont on règle Ténergie. Il arrive alors souvent que sous l'action de ces diverses circonstances réunies, il se forme ime race nouvelle ayant ses caractères particuliers, conservant cependant plus ou moins des qualités de la race primitive, et qui finira par devenir constante si on la conserve dans sa pureté. C'est ainsi que se sont créées en Europe plusieurs races de chevaux qui proviennent des races orit^ntales : le cheval de pur sang anglais, le genêt andalous, le cheval limousin, et, parmi les autres animaux, le mérinos électoral, celui de Rambouillet, de INaz et du Roussillon, les porcs chinois el tonquins, etc. Plusieurs de ces races importées ont même dépassé sous certains rapports leurs types primitifs. Ainsi, les électoraux et les moutons de Naz sont plus fins que les mérinos d'Espagne; les chevaux de pur sang anglais sont supérieurs aux chevaux arabes pour les courses de peu de durée. Si les électoraux n'ont pas la taille, la vigueur, l'abondance de laine des moutons espagnols; si les chevaux anglais sont bien inférieurs aux chevaux arabes sous le rapport du fond, de la durée, de l'aptitude à supporter la fatigue et les privalions de tout genre, si même ils sont inférieurs sous ce rapport à beaucoup de nos races communes, ainsi que l'a prouvé une multitude de faits, ce n'est point au climat et aux circonstances locales qu'il faut l'attribuer, mais uniquement à la différence des vues qui ont dirigé les éleveurs dans le traitement des animaux en général, et surtout dans le choix des types reproducteurs Tandis que la vie nomade des mérinos d'Espagne forçait les éleveurs dans ce pays à rechercher pour la monte les mâles les plus robustes et les plus vigoureux, les éleveurs saxons, qui n'avaient pas les mêmes motifs, et qui étaient poussés par les circonstances commerciales à tout sacrifier à la finesse de la laine, préféraient nn bélier petit, chétif, mal conformé, mais d'une haute finesse, à l'animal le plus beau, le plus fort, îe plus chargé en toison, lorsque, comme cela se voit ordinairement, sa laine n'était pas aussi belle Tandis que l'Arabe, toujours en guerre, toujours en course à travers des pays arides el déserts, devait recher-
cher dans son cheval, outre la vitesse absolue, la faculté de pouvoir supporter facilement des marches rapides et forcées et de dures privations, qualités essentielles pour lui, puisque sa vie en dépend souvent, l'éleveur anglais, se conformant au goût de sa nation pour les courses de chevaux, ne voyait et n'appréciait dans les chevaux arabes importés en Angleterre qu'une seule qualité, la rapidité dans les allures. ]Vegligeant toutes les autres, et ne s'attachant qu'à perfectionner celle-ci et encore seulement pour les courses de peu de durée, il dirigea le régime, le traitement et l'accouplement des animaux de façon à créer des coureurs qui pussent parcourir deux ou trois kilomètres dans le plus court espace de temps possible, sans qu'il s'inquiétât du reste si ces chevaux ne devaient pas précisément leurs succès sous ce rapport, à l'exagération vicieuse de certaines formes, et s'ils eussent pu fournir à une course quelque peu prolongée. Aussi l'Arabe a-t-il créé le meilleur cheval de guerre, de route et en généial de selle qui existe; l'Anglais n'a créé que le meilleur cheval de course.
Ou obvie encore efficacement à toute dégénération et même à toute modification d'une race étrangère introduite dans un pays, en rafraîchissant le sang, c'est-à-dire en important de temps à autre des individus mâles et femelles de la race pure élevés dans leur patrie. Ce moyen n'est, du reste, nécessaire que lorsqu'on a croisé la race étrangère avec celle du pays, ou lorsque les circonstances locales sont de nature a favoriser certains défauts que l'on veut éviter. Sans ces motifs, il est souvent mauvais de rafraîchir le sang, surtout lorsque par des soins ou est parvenu à développer dans la race importée certaines qualités essentielles, plus qu'elles ne le sont dans la race primitive. On nuirait, sans contredit, à la finesse de la race électorale en y introduisant de nouveau du sang de mérinos espagnols. Il en serait probablement de même pour les chevaux de pur sang anglais à l'égard des courses, si on voulait les croiser de nouveau avec des chevaux arabes.
L'introduction d'une race étrangère est avantageuse toutes les fois que la race indigène est trop abâtardie, ou du moins montre trop peu d'aptitude au genre de service que nous avons en vue pour que nous puissions espérer obtenir des résultats prompts et sensibles, soit en l'améliorant par elle-même, soit en la croisant. Ainsi dans le Limousin, lorsqu'on veut se procurer de Donnes vaches laitières, on préfère, avec raison, faire venir des bêtes bretonnes que d'améliorer sous ce rapport, la race du pays qui nest bonne que pour le travail et l'engraissement. On conçoit, du reste, que la préférence qu'on doit accorder à cette méthode sur les autres, dépendra beaucoup de la facilité qu'on aura de se procurer du dehors une race telle qu'on la désire.
§ IV. — Croisemens des races.
En accouplant des individus du même genre, mais d'espèces ou de races différentes, c'est-à-dire en croisant^ on obtient un produi qui tient en même temps du père et de
mère. Si ces tlerniers sont d'espèces diifcrcntes, le |)ro(luit se nomme bâtard ou mulet, el presque toujours il est inapte à la reprodiieliou. S ils sont seulement de races did'élentes, le produit se nomme rnéns, croise, iler/n-sang.
Le premier mode de croisement ne s'applique qu'à la prodiidion des mulets et des bardeaux. I.est-cond s'emploie : 1" pour Iranstormer el fondre une race comnuine dans une race meilleure-, 2'' pour créer une nouvelle race parliuipant des qualités des deux races croisées.
Biiffon, et après lui d'autres naturalistes, se foiulaut sur (|uelques faits isoles, prelcn- .daient que toute race multipliée par ellemême et conservée pure de croisemens, de même que toute semence cultivée constamment dans le même pays, devaient nécessairement dt'générer. Cette tliéorie, dont la conséquence naturelle serait la dégenération complète de tous les animaux sauvages et de toutes les plantes spontanées, et qui du reste est eu désaccord évident avec l'existence des i'ac»s les plus jjarfaites danimaux domesti(|ues et des meilleures variétés de |)lantes cultivées, cette tliéorie a malUeureusement été partagée par beaucoup de nos éleveurs, et a eu fréquemment de tristes résultats. Le croisement est un de ces moyens dont on n'abuse jamais impimément. Si, bien a|)pliqué, il pioduit d'excellciis résultats, pratiqué sans connaissance de cause, sans principes rationnels, sans but déterminé, il [leut souvent détruire les bonnes qualités de la race qu'on voulait améliorer, et remplacer ses défauts par d'autres plus graves encore. Il est donc de la plus grande importance de connaître les effets du croisement, les cas où il est utile et la manière de l'efrectuer.
A. Influence du [ère et de la mère sur le pioduit. — L'expérience a démontré que le produit tenait ordinairement du père pour toute la partie antérieure du corps, pour les cornes, le poil, la laine, la voie, pour la durée, la sobriété, la solidité de jambes et de corps, Taptitude à supporter des travaux longs et pénibles; et de la mère pour la partie postérieure du corps, pour les jambes de derrière, pour la force, l'énergie, la vivacité, le caractère et surtout pour la taille. Les deux parens influent également sur la robe. On sait, en oulre,que les feuielles tiennent en généi-al plus du père; les mâles davantage de la mère. Du reste, on a remarqué que celui des parens qui appartient à la race la plus constante., prédomine ordinairement le plus dans le croisement.
Ces règles, quoique susceptibles de fréquentes exceptions, n'en doivent pas moins être prises en considération par l'éleveur qui veut croiser, et diriger son choix, tant que l'expérience ne sera pas venue lui prouver le contraire. Ainsi, dans le choix d'un mâle, il tiendra à ce que la conformation des parties du corps et les dispositions physiques ou morales que le produit hérite [)lus particulièrement du père, soient exemptes de tout défaut. Il pourra juger également si la race indigène est susceptible d'être améliorée et rendue plus piopre à ses vues par le croisement avec des mâles d'une race étrangère qu'il est à
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même de se procurer, et qui possède spécialement les qualités qu'il recherche.
B. Croisement de deux races très-différentes. L'expérience a prouvé qu'il y avait inconvénient à ac'.'onpier ensemble deux laces par trop différentes sous le raport de la taille, des formes ou des caractères particuliers. Cette marche, que l'on a tentée (pielquefois, espérant obtenir des produits dans lesquels les défauts contraires des deux races seraient neutralisés, n'a eu pour résultats que des animaux plus ou moins défectueux. Ce qui précède sur les formes et les qualités que le père et la mère transmettent respectivement à leurs desceiidans, ex|)li(]ue suffisamment ce fait. De bons éleveurs ont conseillé i)ar cette raison de prendre d'abortl ])our type améliorateur une race mi\te, lorscpi'on veut donner à la race indigène les qualités d'une autre qui en diffère essentiellement. Toutefois ce mode de procéder est fort long. La première méthode serait préférable, si on ne voulait utiliser les premiers produitsqiie princi|)alement pour la propagation. Lorscjue, par exemple, on croise des brebis à laine de peigne fort grossière, avec des béliers électoraux ou de Kaz, la plupart des métis qui en résultent ont une laine qui n'est ni de peigne ni de carde, mais mélangée des deux et qui. est ordinairement rejetée par les fabricans. Mais que l'on accouple les métis lemelles, de nouveau avec des béliers électoraux, et la deuxième génération se sera beaucoup rapprochée des pères, et donnera déjà une laine de (pielque valeur. A la quatrième ou cinquième génération, on sera plus avancé en procédant ainsi, qu'on ne l'eût été à la dixième en em- [)loyant d'abord des béliers mérinos communs. >iéan!noins dans des cas pareils, il y a pres- (pie toujours avantage à introduire et à conserver pure la race (pie l'on veut posséder, à moinsqu'il n'yait Iropde difficultés à s'en procurer un assez grand nombre d'individus. C'est ce qui arriva dans les commencemens de ri ntroductiondes mérinos en France et en Allemagne. Aujourd'huion ne voit plus que quelques cultivateurs employer le croisement pour ce genre de bétail. Mais c'est encore, pour toutes les espèces et les- races chères et provenant de contrées éloignées, la seule méthode qui soit à la portée de la plupart des éleveurs.
Si néanmoins, en pareil cas, la race du pays était tropdiiférente de celle avec laquelle on veut la croiser, on pourrait se procurer des individus d'une race voisine moins éloignée de la race étrangère, pour croiser avec cettederniere. Si par exemple, on voulait créer par croisement un troupeau de Dishiey dans les Ardennes ou dans ta Sologne, il ne faudrait pas songer à employer la race du pays, mais faire venir, dans les Ardennes des bêtes allemandes , en Sologne des bêles du Poitou, qui les unes et les autres se rapprochent des Dishiey.
C. Méthode d'effectuer lescroisemens.Daiis les croisemens opérés entre une race commune et une race perfectionnée, on n'emploie jamais que des mâles de cette dernière. On pourrait également employer des femelles que l'on accouplerait avec des mâles de la race indigène, mais cela serait infiniment plus coûteux et plus long, un mâle suffisant pour un
ciiAi.. 7. îlULTIPLIC\TION DES A
grand nombre de fcniflleset pouvant donner chaque ;\niiée-10 à 50 produits.
Poiu- fondre nue race dans une autre, on accouple de nouveau les métis femelles produits par le premier croisement, avec un niàle de la même j-ace que le père, et on continue ainsi jusqu'à ce qu'après une série de générations, i\ n'existe plus aucune différence entre la race améliorée et son type amélioraleur. C'est alors seulement et Iwsque la nouvelle race est devenue constante, c'est-à-dire après la dixième et douzième génération, qu'on peut la multiplier par elle-même.
Un grand nombre des plus beaux troupeaux mérinos de l'Allemagne ont été créés de celle manière.
§ V. — Création d'une nouvelle race par croisciacut.
Au moyen des croisemens on peut non-seulement fondre une race dans ime autre, mais encore en créer une nouvelle qui participe «n même temps des deux races dont elle provient. Il suffit pour cela d'arrêter le croisement lorsque les produits ont pris de la race étrangère et conservé de la race indigène, autant qu'il convient à nos vues.
Cette méthode, qui a été suivie et conseillée assez généralement pour les chevaux, et qui parc.it au premier abord simple et facile, offre cependant de grandes difficultés et exige ime connaissance approfondie de la matière, des soins et des précautions sans lescpielles elle n'a ordinairement que de mauvais résultais.
Il est d'abord impossible de délcrmicer d'avance avec certitude quels seront les caractères, les formes, les qualités et les défauts que le produit héritera du père et ceux qu'il héi'itera de la mère. Les notions qui précèdent sur ce sujet ne sont «|u'approximalives, et les principes qui en découlent subissent des exceptions fréquentes. D'ailleurs, cela ne serait-il pas, qu'il y aurait toujours impossibilité de préciser dans quelle proportion le père et la mère transmettront respectivement leurs caractères spéciaux, et jusqu'à quel point l'influence de l'un sera neutralisée par celle de l'autre. Un seul fait rapporté par Pabst prouvera combien les circonstances peuvent modifier les prévisions sous ce rapport. Un bélier électoral, d'une haute finesse, accouplé avec des brebis métis, avait donné ime première année de fort beaux produits; l'année suivante, accouplé de nouveau avec les mêmes bêtes, il ne produisit que des agueaJix médiocres et à peine diflerens des mères. En recherchant les causes de cette anomalie, on s'aperçut qu'en dernier lieu, le bélier, confié aux soins d'un berger peu intelligent, avait reçu une nourriture si abondante qu'il en était devenu fort gras, et par suite lourd et paresseux, tandis que la première auuéeil avait été entretenu dans l'état de vigueur le plus approprié à la monte, par un régime convenable.
Il se présente de plus une autre difficulté, c'est le peu d'aptitude qu'ont en général les métis à transmettre leurs caractères à leurs descendaus. J'ai déjà dit qu'une race possédait d'autant plus cette faculté qu'elle avait plus de constance. Or. le croisement détruit
ACaiLiuLxunE.
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toute constance, il la détruit d'aurant plus (•(empiétement, et augmenle d'autant plus 1« temps et le nombre degénéi-ations nécessaires pour la créer de nouveau, que les C^nvvx races croisées étaient |)lus dissend)lables.
Une longue expérience a appris aux éleveurs de moulons fins en Allemagne que des métis, même de 8" gén(*ration, en tout semblables aux bêtes de race pure, multiplies entre eux, ne donnaient cependant la plupart que des produits médiocres et dont plusieurs se rapprochaient de leurs ascendans maternels. Dans les croisemens avec des bêles de race commune on a pu remarquer également chez les métis celle absence de la laculté de transmission à leurs descendans; aussi n'est-ce en général qu'au bout de la 10" et 12" génération que l'on croit pouvoir se passer de béliers mâles de race pure, et au bout delà 14« ou 15" que l'on se hasarde à employer les béliers métis à l'amélioration d'une race commune. Il est probable que ces faits, qui se sont presque constamment repi'ésentés chez les métis d'une race aussi ancienne, aussi constante que la race des moutons mérinos, doivent avoir lieu pareillement chez les produits croisés dans les autres genres de bestiaux.
On a observé que les produits des métis tendaient en général à se rapprocher de celle des deux races composantes qui avait le plus de constance et qui était le plus en harmonie avec |(\s circonstances nature Iles et artificielles de la localité. Or, les premières, et presque toujours aussi les circonstances artificielles, lavorisant nécessairement la race indigène, |)lus que la l'ace étrangère importée, on ne poiu'ra éviter le retour vers la j>remière qu'en changeant le régime, le traitement, peut-être même l'emploi, en plaçant en un mot la nouvelle race que l'on veut créer, dans une position exceptionnel le.
Il n'en est pas tout à fait de même lorsqu'on croise deux races également étrangères à la localité; il est plus facile alors de créer, avec les métis qui eu résultent, une race nouvelle qui, après un certain nombre de générations, pourra posséder des caractères à part et constans.
Plusieurs races de bêtes à cornes fort estimées, de l'Allemagne, ont été créées de celle manière, et ou s'occupe aujourd'hui dans le même pays à former de nouvelles l'aces de chevaux par x\\\ moyen semblable.
De ce qui précède, il résulte que, s'il peut être avantageux dans certains cas d'introduire plus ou moins de sang étranger dans nos races de chevaux et d'autres bestiaux, il y aurait danger à appliquer cette méthode généralement. Le succès en sera parliculièrement douteux toutes les fois que le type améliorateur aura peu CW.constamx., lorsqu'il différera considérablement de la race indigène, et qu'enfin, par sa nature, ses dispositions, ses vices, ses qualités, il s'éloignera du but que nous voulons atteindre et pour lequel nous n'avons besoin que d'une faible partie de ses caractères; c'est ce qui a lieu, par exemple, pour la race de chevaux de pur sang anglais, race artificielle, née d'hier, créée pour un usage unique et spécial, par des soins et des moyens compliqués et dispeiidieux, et