DES PRINCIPALES RACES DE CHEVAUX
celte province ; car dans les localités encore un peu sauvages qui n'y sont que trop communes , il ne faut pas s'allendre à la production de chevaux d'autant de valeur.
Les chevaux percherons ont la plupart une robe grise. Les meilleurs se vendent à l'âge de quatre ou cinq ans, aux foires de Charti-es. Les plus purs percherons naissent et s'élèvent dans le département d'Eure-et- Loir. Les environs de Châteaudun et de Mondoubleau produisent des poulains recherchés. D'is cultivateurs de plusieurs autres arroudissemens entretiennent des jumens poulinières, et beaucoup achètent des poulains pour en continuer l'élève.
Le cheval de trait breton se trouve dans les cantons peu éloignés des bords de la mer des départemens d"Ille-et-Tilaine, des Côtesdu-Kord et du Finistère. M. de la Roche-Aymon (Traité de la Cavalerie) en a vu partager l'élève entre les cultivateurs de Dol, Dinan, Lamballe, Paimpol, Saint-Brieuc, Poutrieux, Tréguier, Lannion, Morlaix, Lanmeur, Saint- Pol ; et dans le Finistère , ceux de Pontl'Abbé, Plourez, etc., les uns se livrant encore dans la Bretagne, comme dans beaucoup d'autres endroits, à la production des poulains, et les autres achetant ces poulains pour les élever.
Le prix des poulains, à l'âge d'un an, est déjà l'ort élevé. Ils sont bien nourris sans être excédés de travail, et ils reparaissent, à l'âge de quatre ans, aux foires de Dinan, de Tréguier, de Paimpol, de Lannion, de Lamballe et de Quimper, où ils sont vendus pour toutes sortes de services, depuis GOO jusqu'à 800 francs, et même au-delà.
Différant entre eux par la taille, ils n'eu conservent paj; moins beaucoup de caractères communs qu'ils doivent à l'ancienneté de leur race ; ce sont toujours des têtes courtes, carrées , à chanfrein large , droit ou camus'; des ganaches très fortes ; des yeux vifs, qui paraissent petits à cause de la grosseur des arcades orbitaires ; des encolures droites, des reins larges, des membres musculeux , des paturons courts, et, au total, des Ibrmes ramassées que présentent ces animaux.
La possibilité de les employer dès leur jeunesse aux travaux aratoires, le haut prix qu'ils atteignent, la certitude qu'ont les cultivateurs de les vendre facilement , parce que la consommation s'en augmente tous les jours pour le service des voitures publiques et du roulage ; toutes ces causes réunies rendent l'élève de ces chevaux si profitable qu'elle est loin de rester le partage des cultivateurs delà Bretagne: elle se répand au contraire dans beaucoup d'exploitations , notamment entre la Seine et la Loire.
Si l'on se rappelle ce qui a été dit de la race boulonnaise ou cauchoise, qui, née pour ainsi dire sur les bords delà mer, s'est répanduedanslenordde laFrance,on trouvera une notable analogie entre ce qui se fait remarquer dans la Picardie et la Haute-Normandie, d'une part, et ce qui se voit d'une autre part quand on est passé sur la rive gauche de la Seine. Là, comme de l'autre côté du fleuve, se retrouve en effet une race prédominante, la bretonne; et, comme de l'autre côté, elle tire son nom du pays qui borde la mer. La grande différence vient de ce que les chevaiix bretons
ne sont pas seuls , même dans les départemens cl les cantons les plus fertiles , mais qu'ils se trouvent occuper le pays avec la race normande propre au carrosse, qui doit être classée dans une autre catégorie. Une considération est encore à placer ici; c'est que tandis qu'à partir de la rive droite de la Seine les travaux aratoires se font au moyen de chevaux, le bœuf devient le compagnon du laboureur dans plusieurs parties d'entre la Seine et la Loire.
§ V. CLevaux poitevins <le diligrnte, d'arlillerle et de cavalerie.
Au-delà de la Loire il devient rare de voir l'élève du cheval de trait et du cheval de diligence conserver autant de développement qu'entre la Seine et la Loire. Une exception existe cependant bien frappante, et elle a déjà été signalée; elle consiste dans la production de laracemulassièredu Poitou Mais on aurailune bien fausseidée de l'élève du chevaldans ce pays, si l'on supposait quelePoitou, etméme seulement le Bas-Poitou, ne se livre qu'à la production de la race mulassière. Des habitants qui peuvent faire autorité, enlreautres M. Bujault, cultivateur près de]\Ie]le, déplorent sa rareté etson insuffisance pour la propagationdu mulet , et son rem|)lacenienl par une race plus légère, pliis élégante, obtenue en grande jiartie par l'emploi d'étalons normands de la plaine de Caen, donnés par l'administration des haras.
La race mulassière est, selon toute probabilité, celle qui est naturelle à la plupart des marais qui se trouvent près des bords de la mer, depuis Paimbœuf jusqu'à Blaye, c'est-àdire depuis l'embouchui-e de la Loire jusqu'à celle de la Gironde, Une première cause, le dessèchement plus ou moins complet de ces marais, a dû hifluer sur fia race qui s'élève à l'état de liberté. D'autres moyens ont eu aussi leur part d'influence. L'établissement des prairies ax'tificielles a permis à des cultivateurs soit du Poitou, soit d'autres provinces, de retirer des marais un plus grand nombre de poulains, et de corriger, par l'emploi d'alimens plus nourrissans, l'influence de la nourriture aqueuse qui a contribué à la formation de la race poitevine. Les croisemens Font modifiée. Les dépôts d'étalons de Saint-Maixent, (Deux - Sèvres) , et de Saint - Jean - d'Angély (Charente -Inférieure), placés à la proximité de cantons abondans en jumens poulinières, ont agi sur la race d'une manière d'autant plus sensible que des remontes de cavalerie ont été faites en grand nombre dans le Poitou, et que l'élève du mulet a dû être gênée à plusieurs reprises par la perte de Saint-Domingue et d'autres circonstances politiques.
Les cultivateurs poitevins, sollicités de différentes manières, out créé des chevaux pour beaucoup de services , sans établir de races bien distinctes. Des cultivateurs des parties centrales de la France et des nourrisseurs normands achètent les produits qui promettent de devenir propres au service des dilii gences, ou bien à celui du carrosse et de la grosse cavalerie, selon leur développement. C'est dans le département de la Charente, en gagnant le Limousin, qu'émigrent les poulains les plus légers, dont on fait des die\aux de
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cavalerie légère et de dragons. Les foires les
f)!us renommées pour la recherche de ees pouains légers sont celles de Sainl-Jean-d'Angély, deMalha,deNeuvicq.deBaIlans,dePons(Charcnle-lnférieure), et celles de Roiiillac,de Jarnac, de Ruffec (Charente): tandis que plus au nord, à Saint-Maixent (Deux-Sèvres) etàSaint- Gervais(Vendée), l'on trouve en bien plus grand nombre les carrossiers et les chevaux de diligence. On reproche à ces chevaux de diligence d'être trop élevés sur jambes, de ne 1)as présenter la solidité et la résistance des )retons et des percherons, et d'avoir des pieds plats et faibles. On reproche aussi aux chevaux plus légers d'avoir une charpente osseuse trop développée et surtout une tête trop grosse et pesante; on leur reconnaît aussi des pieds plats. Et en général, cette largeur des pieds est le caractère le plus constant de tous les chevaux élevés dans les marais du Poitou. Sous beaucoup d'autres rapports, ils diffèrent considérablement entre eux, et ne peuvent constituer de races distinctes; nous n'en avons parlé que parce qu'ils se trouvent dans le Poitou en grande quantité.
§ VI. Race uavarrine.
II est bon de rappeler, avant de parler de la race navarrine, une réflexion qui s'applique à cette race et à toutes celles qui lui sont analogues par leur énergie, jointe à leur peude dé- Aeloppement, et qui sont naturelles au midi de la France, à l'Auvergne et au Limousin ; toutes ces races sont loin d'avoir autant de valeur, eu égard à l'étal de notre civilisation, que celles qui sont bien plus communes et moins agréables.
Nous l'appelonsaussi que les chevaux nobles et légers paraissent ne pouvoir être tous confondus ensemble, mais qu'ils se rapprochent au contraire, soit du type andalous, soit du type anglais ; et nous ajoutons que les navarrins semblent devoir être classés plutôt dans la première catégorie que dans la seconde.
Sous la dénomination de navarrins,ron peut comprendre les petits chevaux qui se rencontrent dans les Hautes et Basses -Pyrénées , l'Ariège , la Haute-Garonne d'abord , et dont on retrouve des traces dans la plupart des produits d'entre les Pyrénées et la Dordogne , et un peu au-delà de cette rivière. L'ancienne race , que les croisemens tentés par l'administration des haras n'ont pu faire disparaître, possède encore les qualités et les défauts des chevaux espagnols , et nommément des andalous; elle a, quand elle est pure, leur tête un peu longue et busquée, leur étoffe, leurs allures un peu raccourcies à la vérité , mais solides , pleines de grâce et de souplesse.
Il est intéressant de voir comment , par un système qui a réussi à l'étranger, on a fait plus de mal que de bien à cette ancienne race. Nous laissons à un officier des haras,M. le comte de Lastic Saint- Jal, le soin de prouver quelles conséquences a présentées la pratique des courses publiques pour la race navarrine.
Après nous avoir dit que la race navarrine est moins dégénérée qu'on ne le suppose , qu'autrefois on recherchait pour l'entretenir des étalons andalous, à cause de la liberté de
leurs mouvemens et de la force de leurs membres , qui corrigeait la trop grande finesse des jumens navarrines; que plus tard, en 1779, on se servit avec avantage de plusieurs étalons arabes , en même temps que les hussards de Belzunce , de Chamboran et de Berchiny avaient, à poste fixe , dans le Bigorre , le Béarn et la Navarre, des officiers de remonte , M. le comte de Lastic passe à l'examen de ce qui s'est fait bien postérieurement , quand d'abord les remontes cessèrent de se faire avec autant de suite , et qu'en même temps les courses prirent faveur dans l'arrondissement de Tarbes. Les courses de Tarbes furent instituées ea 1807; on n'y vit paraître d'abord , dit M. le comte de Lastic, que des productions d'étalons du pays; celles des andalous arrivèrent ensuite ; mais lorsque les produits des arabes parurent, tout fut éclipsé. Malheureusement, ajoute-t-il , ceux de ces coureurs qui montrèrent le plus de vitesse provenaient des étalons les moins pourvus de corps et de membres , de ceux qui avaient précisément les défauts du pays, et il en résulta que les propriétaires , excités par l'appât du gain dans les environs de Tarbes, ne s'attachèrent plus qu'à ces productions inutiles pour les services auxquels nous consacrons les chevaux.
M. de Lastic ajoute qu'il faut s'éloigner de Tarbes , assister aux distributions de primes de Bagnères, de Vie et de Lourdes , pour trouver des chevaux plus près de terre , ayant plus d'étoffe et de membres , et conservant encore tout autant de distinction que cela est nécessaire ; et il en conclut que, pour l'administration des haras, le seul moyen de combattre les fâcheux changemens qui se développent dans la race navarrine serait de ne plus cédera l'ignorance des propriétaires dans le choix des étalons.
Quant à nous, et sans nous arrêter à discuter si celte conclusion est bien celle qui devrait être déduite des faits exposés, tout ce c(ue nous avons voulu prouver c'est que, sous l'influence de pareilles causes , savoir le peu de suite donné aux remontes de cavalerie, et la tendance qu'ont les propriétaires à rendre plus légère et plus nerveuse une l'ace à laquelle on doit reprocher en première ligne son extrême finesse, il est impossible d'admettre que les méthodes soient bonnes , et dans le cas de donner les plus grands bénéfices. Aussi, depuis 1807 , a-t-on vu beaucoup de cultivateurs du midi s'adonner, avec raison , à l'élève du mulet , malgré la taille peu élevée des produits en ce genre que donnent leurs petites jumens.
§ VII. Race limousine et auvergnate.
D* même que la race navarrine , les races du Limousin et de l'Auvergne s'éloignent beaucoup du type anglais. Sous le rapport des formes , les fesses sont un peu maigres , les jarrets coudés et clos, le paturon est un peu long, le pied naturellement un peuencastelle, les reins sont plus longs, et le corps est plus cylindrique que dans la race anglaise.
Sous le rapport des allures la réputation de ces chevaux est établie depuislong-temps;on les
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a toujours cilés , parliculièrement ccu\ du Limousin, qui sont les plus connus, comme très agréables et très sûrs à monter, et réunissant toutes les qualités du cheval de manège et de guerre. On leur a toujours reconnu également de l'ardeur et de la résistance, quoiqu'ils soient un peu hauts sur jambes, et que l'on puisse leur reprocher trop de finesse dans les membres.
Elevées pendant une grande partie de l'année à l'état de liberté et sans qu'on pressât leur accroissement par une nourriture abondante , les races dont nous parlons étaient longues à se former, n'acquéraient que fort tard tout leur développement et toute leur force , et ne pouvaient guère être utilisées avant six ans. Quoique plusieurs propriétaires aient changé le régime que tous les éleveurs faisaient autrefois suivre à leurs poulains, le fait est qu'en général les chevaux du Limousin et de l'Auvergne se forment encore lentement. M. Rodet , autrefois vétérinaire dans les, hussards de la garde royale, nous en a fourni la preuve positive par ses observations faites sur les remontes de ces chevaux ; il établit par des chiffres que , mis au service à cinq ans , d'après les réglemens militaires , ils éprouvent beaucoup de maladies , dues à ce qu'à l'âge de cinq ans les chevaux limousins ne sont pas encore formés.
Si l'on ajoute à ce défaut , qui est gi'ave ,
3ue les chevaux auvergnats n'ont guère plus e taille que les navarrins, que dans le Limousin la taille ne s'élève qu'exceptionnellement chez quelques propriétaires en petit nombre ; si l'on réfléchit , en outre , que la fluxion périodique est loin d'être une maladie inconnue , on aura la contre-partie des éloges que méritent ces chevaux ; et si l'on ajoute ensuite que le goût de l'équitation a beaucoup diminué en France , que les personnes qui se servent de chevaux de selle, et qui les paient le mieux, ont pris l'habitude de monter à Fanglaise, que la taille et la force des chevaux sont maintenant plus estimées encore qu'autrefois , et que les remontes de cavalerie ne se sont pas toujours faites avec suite ni avec esprit de prévision , il sera facile de concevoir que l'élève du cheval doit rapporter peu de bénéfice dans le Limousin , l'Auvergne et les départemcns voisins de ces deux pi'ovinces, et qu'elle éprouvera bien des modifications à mesui'e des pi'ogrès que doit faire l'économie rurale. En attendant , le malaise se démontre par les difficultés qu'éprouve le commerce des poulains mâles , les demandes faites à l'administration pour l'acquisition de ces poulains , et la création des dépôts de poulains , par la détermination qu'ont adoptée des éleveurs de se livrer à la propagation du mulet, et enfin par les modifications qu'on cherche à introduire par les croisemens. Sous l'ancienne administration des haras , de 1761 à 1791 , les étalons barbes qui furent placés à Pompadour obtenaient en général la préférence ; à une époque plus rapprochée , dès 1806 et un peu auparavant, des étalons arabes passèrent pour faire quelque bien à la race limousine ; et depuis fort peu de temps on essaie de la modifier par des étalons anglais du haras de Pompadour et du dépôt
d'Aurillac. Nous verrons |)ltis lard ce qu'il est permis d'espérer de ces divers croisemens.
§ VIII. Races normandes Je lilljnry, de carrosse et de grosse cavaleriL'.
La Normandie, ou mieux la partie de la Normandie située sur la rive gauche de la Seine, ne comprend pas seulement beaucoup de pays d'élève, elle est aussi la contrée sur laquelle sont dirigées beaucoup de productions chevalines d'autres provinces; elle commerce beaucoup en chevaux et on rencontre dans les foires des animaux de toutes figures. Déjà cependant se reconnaissent dans les marchés des productions toul-à-fait normandes ; mais les meilleures ayant le plus de valeur, étant plus recherchées, y paraissent assez rarement, en sorte que c'est dans les écut'ies des marchands , et encore mieux chez les éleveurs, que la race peut être étudiée.
On distingue, dans les races normandes de luxe, les chevaux qui sont élevés dans la partie du département de l'Orne connue sous le nom de Meiierault, de ceux qui appartiennent aux départemens de l'Eure, du Calvados et de la Manche. De tous temps la taille des premiers a été moins haute en raison de la nature des pâturages qui sont substantiels, sans être très abondants ; de tout temps aussi ils ont été nourris à l'état de liberté, si ce ii'est pendant les temps les plus rigoureux de I l'hiver, et sans travail jusqu'à l'âge adulte. Sous l'influence de ce régime, l'ancienne race donnait de bons chevaux de selle, assez corsés, fort estimés, dont un grand nombre étaient achetés pour les écuries du roi et des princes. Cet état de prospérité, qui diminuait déjà à la fin du dernier siècle par suite de la mode qui faisait rechercher les chevaux anglais , reçut un rude échec en 1789 et dans les années suivantes. Il reprit un peu , il est vrai, dans les belles années de l'empire, mais jamais il ne s'est rept^oduit tout-à-fait ; et maintenant, quoique les cultivateurs aient employé les étalons anglais du haras du Pin et que les chevaux de Merleraultaienttous les caractères des chevaux anglais et soient souvent vendus comme tels, ils ne sont pas en grand nombre. Les acheteurs leur reprochent un caractère sauvage et difficile qu'ilsattribuentàleur genre d'éducation et qui n'est pas corrigé par l'habitude qui existe de châtrer les poulains dans un âge peu avancé. De leur côté, les nourrisseurs prétendentquedeschevauxqu'ilsgardentcinqans sansentireraucuneespècedeprofit,et qui tous ne réussissent pas, leur donnent rareiTient un bénéfice suffisant. Dansdepareilles conditions, les herbagers du Merlerault entretiennent peu de jumeus, et quelques-uns d'entre eux vendent les poulains qu'ils font naître à des pi-opriétaires de l'Eure et du Calvados, où ils acquièrent plus de développement. C'est un malheur que cette race ne prospère pas davantage. Dans le Merlerault, la flitxion périodique est une maladie inconnue , au contraire de ce qui se remarque dans le Liimousin et l'Auvergne; la pousse, le cornage ne régnent pas davantage. Ce sont autant de conditions favorables. Le caractère de rusticité reste comme obstacle : il a déterminé la formation d'une association à la tèle de laquelle
400 ANIMAUX DOMESTIQUES s'est placé M. le vicomte d'Aure, qui s'occupe d'acheter et de dresser ces chevaux un peu sauvages avant de les livrer aux amateurs. Si de leur côté lesnourrisseurs emploient une méthode un peu moins dispendieuse, il est possible que cette race obtienne plus de faveur et prenne plus d'extension.
L'élève des chevaux de luxe se fait sur une plus grande échelle dans le Calvados et la Manche que dans l'Orne. Le seul avantage qu'ils présentent consiste dans leur taille plus élevée et leur développement rapide ; mais la première de ces qualités constitue un avantage très grand pour la vente , et la seconde un point essentiel à calculer pour l'économie de l'élève; car en raison de la disposition qu'ont ces animaux à se développer en peu de temps, ils peuvent travailler bien plus tôt, et coûtent beacoup moins à élever. Les Normands n'ont pas manqué d'user de ces dispositions. Le commerce des poulains s'est établi dans leur pays comme dans le nord de la France, la Bretagne, le Perche, le Poitou; certains cantons se sont trouvés placés pour s'adonner surtout à faire naître des poulains, d'autres à les utiliser dans les travaux aratoires jusqu'à leur complet accroissement. Beaucoup de parties de la vallée d'Auge, du Cotentinetdu Bessin offrent des poulinières consacrées à la reproduction, et qu'on laisse dans les pâturages pendant la plus grande partie de l'année, et quelquefois pendant toute l'année. Les cultivateurs de la plaine de Caen, qui possèdent des jumens en plus petite proportion, s'adonnent principalement à continuer l'éiève. Il est fâcheux qu'on soit en droit de reprocher à beaucoup d'éleveurs d'abuser des qualités de la race normande. Les pouliches sont couvertes dès l'âge de deux ans, et quand elles sont vendues dans leur cinquième année, elles ont déjà mis bas deux fois. Les poulains ne sont pas non plus attendus davantage , on ne les ménage pas toujours assez dans le travail qu'on exige d'eux et surtout on ne les nourrit pas assez bien. La coutume es t de les engraisser, peu de temps avant l'époque des foires, dans des écuries chaudes, sombres et humides, avec les alimens les plus subtantiels, le sainfoin, l'avoine, les farineux, et quelquefois le blé bouilli. Sous l'influence d'un pareil ï'égime, les chevaux normands peuvent bien acquérir de l'ampleur dans les formes à cause des excellens pâturages dans lesquels on les élève ; ils peuvent bien avoir des formes agréables, parce que les appareillemens pour la génération sont bien dirigés; ils peuvent bien avoir au moment de la vente une apparence de vigueur et de force; mais il est fort rare que, mis au service, ils ne présentent pas beaucoup de mollesse, jusqu'à ce que par l'emploi de l'avoine on parvienne à modifier leur tempérament.
Aux causes qui leur donnent une mauvaise constitution il faut ajouter l'usage d'employer à la monte des poulains beaucoup trop jeunes. Nous reconnaissons à la vérité que l'introduction de quelques étalons anglais, qui commencent à acquérir de la réputation , contribue à faire abandonner les poulains étalons; nous applaudissons à la tendance manifestée par l'administration des haras de placer en Normandie ses meilleurs chevpux anj^lais.
DES CHEVAUX ET DE LEUR ÉLÈVE, uv. m.
Nous publions avec plaisir que déjà la race anglaise a changé d'une manière avantageuse des productions de la Normandie , et nous sommes persuadés qu'il ne s'agit que de continuer avec sagesse et persévérance dans cette direction pour obtenir la majeure partie des chevaux à la fois grands et légers, qui sont demandés pour le luxe : mais ces améliorations récentes et encore incomplètes ne devaient pas empêcher que l'emploi des étalons trop Jeunes ne fût signalé comme une cause d'avilissement.
Sans anticiper sur des considérations qui seront mieux placées à l'article croisement , l'indication des formes de la race normande fera déjà pressentir comment elle peut être améliorée. La race normande propre aux attelages a de la hauteur et de l'ampleur; elle a le système osseux assez développé ; la tète, qui était busquée et que l'on tend à rendre cari'ée, est un peu trop grosse; l'encolure, qui a une longueur suffisante pour des allures rapides, conserve assez de force pour dissimuler vui peu le volume de la tète; le garrot n'a pas toute la hauteur désirable, la poitrine n'a pas assez d'étendue depuis le dos jusqu'au sternum, la dernière côte ne se prolonge pas assez en arrière , et les flancs sont trop longs ; la croupe horizontale est assez bien garnie de muscles, l'avant-bras et la jambe sont longs et larges, le jarret est fort, un peu coudé, les canons sont courts, la région digitée estcourte et le sabot rond et bien proportionné. Avec ces qualités et ces défauts , avec une robe bai estimée dans le commerce, les chevaux normands se sont vendus pendant longtemps à des prix assez élevés, et ils ont fourni les attelages de luxe de la capitale; ils se vendraient encore fort bien et s'écouleraient plus facilement s'ils pouvaient être employés avec sécurité immédiatement après leur acquisition.
§ IX. Vices de l'éducation des chevaux normands.
Quelque nombreux que soient les vices qui existent dans l'élève de beaucoup de chevaux normands, leur énumération serait incomplète si les inconvéniens du retard apporté dans la pratique de la castration et si la fréquence du carnage n'étaient pas signalés.
La castration se pratique sur les chevaux de la plaine de Caen, non pas avant la vente, mais immédiatement après, sur le champ de foire. Le vendeur présente un cheval entier, inquiet, en apparence vigoureux, pléthorique, disposé à beaucoup de maladies inflammatoires, et notamment, à cause de son âge, à la gourme et aux inflammations des conduits respiratoires. L'acheteur qui doit le vendre châtré est dans l'obligation de faire pratiquer l'opération ; mais alors tout change. Le malade est nourri médiocrement avec des alimens peu échauffans et notamment du son. autant par économie que par nécessité pour la santé de l'animal. Il est très rare qu'on ne soit pas obligé de le saigner; il faut (jue, penda^it sa convalescence , pendant la révolution que détermine dans son économie l'ablation aes organes de la génération, il soit dressé tant bien que mal, en peu de temps, pour pouvoir être revendu. Il serait bien étonnant que de nombreux niccomples ne se fissent {.'as