‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 35 sur 325 · DE LA. CHICORÉE · texte numérisé non relu

DE LA. CHICORÉE

deviennent aussi tendres et aussi succulentes (|u'elles élaieni auparavant.

Les racines de la chicorée à café ne craignent pas plus la gelée de nos hivers que celles de l'espèce. On peut les laisser en terre lorsqu'elles sont mûres, et ne les an-acher qu'au fur et à mesure qu'on doit les envoyer à la manufacture. Si on craignait qu'une forte gelée prolongée ne permit pas d'ouvrir la terre pendant lliiver, alors on devrait arracher les racines à la fin de l'automne, les mettre en jauge dans du sable en lieu oii on puisse les aller prendre en tout temps, les laver proprement, leur couper la tète, les faire ressuyer, et les livrer au manufacturier qui doit les torréfier et les Hiettre en poudre, comme il est expliqué dans le Livre qui Uddie Ae?> Arts agricoles.

POITEAU.

Section m. — Du Tabac .

Le Tabac \Nicotiana tabaccum, L. herbe à la

reine; en angl., Tobacco; en allemand, Biîuer

tabac ; en WaWen et en espagnol, Tabacco

ou Tnbasco.on Petun){Jig.Z\) est une plante

Fig. 31.

pois-chiclie , de l'iris des marais et de plusieursautres. — Cotte variété est moins amère que la chicorée sauvage ordinaire; sa racine est plus grosse, ses tiges sont sensiblement velues dans la partie inférieure; ses feuilles, également velues particulièrement sur la nervure médiane en dessous, sont beaucoup plus grandes, plus épaisses et n'offrent pas vers la base les érosions ou les découpures que l'on remarque sur celles de la chicorée sauvage ordinaire; les feuilles caulinaires surtout, au lieu d'être rétrécies à la base, sont beaucoup plus larges dans cette partie, et embrassent la tige de leurs grandes oreillettes. Des individus ont les fleurs pres(|ue blanches, tandis que d'autres les ont d'un bleu d'azur vif. C'est de Lille principalement que les épiciers de Paris tirent la poudre ou le café-chicorée qu'ils débitent clans leur commerce.

La culture de la chicorée à café n'est pas plus difficile que celle de l'espèce; comme ici on doit tendre à obtenir des racines les î)lus grosses possible, il faut choisir une bonneterre,quiaitdeIa profondeur, et semer la graine assez clair dès le mois de mars, sarcler et biner le plant quand il en a besoin, afin que les racines prennent un grand développement dans la même année; car elles devront être arrachées et livrées à la manipulation à la fin de l'automne et pendant l'hiver suivant tandis qu'elles sont pleines de suc. Cependant nous observerons qu'elles ne seraient pas perdues si on ne les arrachait pas à la fin de leur première année; en poussant des tiges au printemps suivant, elles perdraient en erfet de leur fécule, deviendraient coriaces, mais, si après la fructification qui arrive dans le mois d'août, on coupe toutes les tiges près du collet, et que l'on donne un binage, les racines poussent de nouvelles feuilles dans l'automne, et re-

de la famille des Solanées: elle porte .e nom de Tabac ou Tabacco. parce que les Espagnols la virent employer à Tabasco en 1518 pour la première fois, comme un objet de luxe, par un cacique. Acette époque, Cortez en envoya des graines à Charles-Quint, qui les fit semer et cultiver avec empressement ; mais ce nouveau produit n'obtint pas dans ce temps un succès tel qu'on s'y attendait. Ce n'est qu'en 1560 que Nicot, ambassadeur français en Portugal, en envoya des graines en France, et l'année suivante cet ambassadeur ayant fait un voyage à Paris, il présenta lui-même la plante deTabac àCatherine de Médicis , qui en devint par la suite tellement enthousiaste, qu'elle le proposait comme un remède pour tous les maux. C'est à cette époque que le tabac piit le nom (YHerbe à la reine. Plus tard Linné lui donna à juste titre le nom générique de Nicotiana

eu mémoire de Nicot qui rintroduisit le premier dans sou pays uatal. Au Brésil el dans les Florides, le labac esl connu sous le nom de Peliou

§ l". — Espèces et variétés de tabac et leur descn'i)tiou-

11 y a plusieurs espèces et variétés de tabac. cultivées; toutes sont originaires de l'Amérique méridionale. Notre but étant de faire connaître celles qui concourent à former le labac dont on se sert pour priser ou fumer, nous ne parlerons pas des autres.

Les principales espèces, et les plus employées dans les manufactures des tabacs, sont les suivantes :

1* Tabac à larges feuilles {Nicotiana latifolia). Sa racine est blanche, fibreuse, rameuse, très- désagréable au goût. Sa tige, grosse d'environ ua pouce, s'élève de 4 à 5 pieds. Elle est cylindrique, moelleuse, velue, divisée en rameaux garnis de- feuilles alternes, grandes, ovales, lancéolées. L'extrémité de ces rameaux porte des bouquets de fleurs purpurines. Le fruit est une capsule contenant une multitude prodigieuse de semences très-fines. Cette espèce, qu'on peut dire naturalisée en Europe, est la plus avantageuse à cultiver à cause de la grande dimension de ses feuilles, et de la finesse de sou goût. Elle fleurit en juillet el août. Elle craint les grands froids, les brouillards et les ouragans. Quelquefois elle supporte les hivers modérés, mais en général elle n'est considérée dans nos climats que comme plante annuelle.

2* Tabac ii feuilles étroites {N. angustijolia). C'est le tabac de Virginie, qui esl une variété du [)récédent. Ses feuilles sont étroites, lancéolées, pointues, le tube des fleurs très-long. Cette variété est plus généralement cultivée en Virginie: c'est celle qui produit le tabac de première qualité, et le plus recherché dans tous les pays, mais elle rapporte moins en quantité, que la première espèce.

3° Tabac en arbre ( N.Jruticosa). Plusieurs botanistes souliennent que cette espèce ne diffère nullement de la première. Abritée en orangerie ou laissée en plein air dans les pays où les hivers sont doux, elle devient ligneuse, forme un joli arbrisseau d'environ 5 pieds, qui dure trois ans, et qui produit du tabac aussi bon que celui de la première espèce.

4* Tabac rustique {N. ruslica). C'est une espèce moins précieuse et moins cultivée que les précédentes. Sa tige n'a que 2 ou 3 pieds de hauteur, se divise en beaucoup de rameaux garnis de feuilles petites, ovales, obtuses, très-entières, velues; ses fleurs d'un jaune pâle, en bouquets terminaux. Cette es-, pèce vient de l'Amérique méridionale, réussit bien dans les pays chauds, est moins délicate qu'aucune des autres, mais son produit n'est pas Irès-estimé. C'est pour cette raison qu'elle porte le nom de petite Nicotiune, tabac du Mexique ou Jaux tabac.

5* Tabac crépu {N. crispa). C'est une petite

DES PLANTES ECONOIVIIQUES. liv. n.

espèce provenant du Pérou ou du Brésil. Sa tige est très-branchue, garnie de poils blancs, feuilles étroites , ridées, ondulées, sessiles, amplexicaules. C'est cette espèt-e qu'on cultive" de préférence en Syrie, en Calabre, dans tout l'archipel el l'Asie-Mineure. Le tabac crépu est très-doux t c'est de celle feuille que l'on fait les cigares du Levant.

§ II. — Culture du tabac.

Le tabac ayant une racine très-chevelue, pivotante, fort longue, avec des fibrilles trèsfines, une tige moelleuse, très-branchue, et des feuilles grandes et nombreuses, pour donner en peu de mois un rapport abondant, demande une terre très-substantielle, pro fonde, ni trop légère, ni trop forte, fraîche sans humidité. Les terrains limoneux d'alluvion, ceux à lin, à chanvre, à colon, ceux de première qualité, les terrains neufs sur^ tout, sont ceux qui conviennent le mieux au tabac. De plus , comme il est sensible à la gel^îe, et qu'il lui faut un certain degré de chaleur, tant pour son accroissement et l'élaboration de ses sucs, que pour sa dessiccation, les terres chaudes, bien exposées au soleil, nourries d'un fumier Irès-actif, consommé, fort substantiel, à surface plane et abritée contre les vents violens du nord et du nord-ouest, sont des conditions très-essentielles pour sa bonne réussite.

Le cnamp destiné à porter cette plante doit recevoir au commencement de l'hiver, un premier labour à la charrue., et un second labour au printemps , immédiatement avant la plantation. Ce second labour exige beaucoup de soin, d'exactitude et d'intelligence; c'est-à-dire qu'on doit détruire les molles, enlever les pierres, incorporer les fumiers a\ec le sol, extirper les mauvaises herbes; en un mot, il est essentiel de bien disposer la terre, comme si l'on voulait cultiver du lia ou du chanvre, ou même des légumes.

Lorsque le terrain est ainsi préparé, on le divise en lignes parallèles distantes de 3 pieds les unes des autres, sur lesquelles on met en quinconce les plants du tabac, au moyen d'un cordeau garni de nœuds. Les plantes placées avec cet ordre et à cette distance, sont plus faciles à soigner, et peuvent recevoir toute la nourriture qui leur est- nécessaire pour bien végéter. En Virginie, dans le Maryland, et dans les pays méridionaux, on n'a pas besoin de cette régularité, ni de toutes ces précautions ; on sème la graine à la volée, on éclaircil plus tard, on fait des labours a la main, et la bonté du climat fait le reste.

Mais dans nos climats, on sème la graine en février, dans un endroit exposé au midi ou au levant, sur une couche froide composée de terre fine, meuble, mêlée de terreau, préparée à ce seul effet (I) : on sème la graine a la volée, on la couvre tout de suite d'un châssis vitré, et pour empêcher l'effet des gelées tardives pendant la nuit, et pour maîtriser les rayons du soleil pendant le jour, on recouvre le châssis d'un paillasson. On donne de l'air

(I) UnecoucluMie 6 pied- de long sur 4 de large fournit 6;00û pieds de Icrie , ciuanlité suffisante pour un ar|>ent de terre

cnAP. 3«. DU TABAC,

à la couche toutes les lois que la température extérieure le permet.

Quand le jeune plant est garni de 3 ou 4 feuilles, et qu'il a atteint à peu près un pouce et demi d'élévation, vers la (in d'avril, on en fait la transplantation. On choisit pour cette opération un temps couvert, immédiatement après uue pluie, afin que la reprise soit plus assurée. On enlève le plant de la couche avec précaution, en conservant autour des racines une petite motte, et pour faciliter ce travail on arrose d'avance la terre de la couche si elle est trop sèche. On doit toujours y laisser du plant en dépôt pour regarnir plus tard les places où le plant aurait manqué à la reprise. Aiissitôl que le plant est arraché, on le transplante comme nous l'avons indiqué, en laissant entre chaque plante une distance relative à la qualité du sol et au degré de l'orcf que la plante doit y acquérir; car les feuilles ne doivent pas se toucher lorsqu'elles sont parvenues à leur grandeur naturelle. La transplantation a lieu à l'aide d'un plantoir. Le trou fait, on enfonce les racines des plantules jusqu'à la naissance des premières leuilles, et on affermit doucement la terre autour avec le plantoir. Quelques jours après la plantation, on a soin de regarnir les places où le plant a manqué.

Les tabacs ainsi disposés exigent d'abord ù^êlre tenus propres de toute herbe étrangère. Quand la transplantation a été faite bien régulièrement, ce ti'avail peut s'exécuter avec la houe à cheval; sinon, on le fera avec des petits sarcloirs à main. On renouvellera Topération du binage toutes les fois que les mauvaises herbes reparaîtront. On enlèvera de même tous les tabacs vicieux, rabougris, malades ou piqués des insectes.

Plus lard, il est essentiel de butter les tabacs avec la houe à cheval pour fournir un nouvel aliment aux racines, et pour leur procurer une douce fraîcheur si nécessaire à la végétation de cette plante.

Lorsque les tabacs ont aiteint environ 2 pieds d'élévation, ce qui arrive un mois ou six semaines après la plantation, on coupe avant l'apparition des fleurs le sommet de chaque tige, ce qu'on ^v>\>ç.\\q l'opération du pincement; on ôte les feuilles inférieures gâtées qui sont près de terre, et on diminue ainsi leur nombre eu le réduisant à 10 ou VI sur chaque plante. Cette diminution des feuilles, en faisant refluer la sève sur celles qui restent, contribue à augmenter le rapjjort et à améliorer la qualité de ces dernières. Mais, comme la suppressioa du sommet d'une plante quelconque la détermine en général à pousser des bourgeons latéraux, et que le tabac, plus que toute autre plante, suit cette marche ordinaire de la nature, il faut de nouveau enlever ces feuilles et ces bourgeons axillaires toutes les fois qu'ils paraissent,parce que, en se nourrissant au détriment des feuilles principales, ils en détériorent la qualité.Toutes ces opérations doivent être faites avec intelligence: souvent le succès du produit des tabacs dépend de l'expérience et des soins de l'ouvrier qui les dirige.

Les plantes destinées à porter graine sont cultivées dans un endroit particulier bien abrité; on leur donne l'exposition la plus

AGRlCDLTUnE.

chaude possible, afin qu'elles puissent fleunr de bonne heure. Elles reçoivent à peu près la même culture et les mêmes soins que cellescullivéesen plein champ; seulement on ne touche pas à utie seule de leurs feuilles. Comme ce sont les premières capsules qui donnent la meilleure graine, il est essentiel de cultiver assez de pieds pour avoir suffisamment de leur semence. La meilleure semence est celle de la dernière récolte.

§ III. — Maladies, récolte du tabac.

Les feuilles du tabac étant d'une dimension assez considérable, les fortes pluies, la grêle, les nuits froides, les forts orages les frappent et les déchirent. Il est à peu près impossible d'empêcher ces désastres. Pour tirer un parti quelconque des tabacs battus par la grêle., on coupe tout de suite après l'accident les feuilles frappées; celles qui repoussent, donnent un petit produit qui dédommage en partie les cultivateurs de leurs peines.

Parmi les ennemis des tabacs on rencontre une chenille qui en dévore les feuilles : il faut la chercher 'e matin avant le lever du soleil, et la détruire à la main. Quelques cultivateurs ont prétendu que les plantes de tabac étaient \\\\ préservatif contre les versblancs; je puis certifier que ces animaux sont au contraire très-voraces des racines, et qu'il n'y a pas moyen de conserver une plante de tabac attaquée par ces larves.

U Orobanchc rameuse est aussi un redoutable ennemi pour les tabacs : cette plante parasite s'attache aux pieds, et les étouffe. Le seul moyen d'empêcher sa reproduction, est de l'arracher aussitôt qu'elle apparaît; quelquefois même on est obligé de sacrifier le pied sur lequel il s'en trouve.

Si les tabacs ont été bien soignés, et si la saison les a favorisés , six semaines après le pincement, les feuilles doivent se trouver en état de maturité parfaite. On connaît ce moment lorsque les feuilles commencent à changer de couleur, ou que leur couleur assez vive devient un peu obscure , jaunâtre ; qu'elles penchent vers la terre, qu'elles se rident, qu'elles deviennent rudes au toucher.

Si l'on aplanie les tabacs vers les premiers jours de juin, le commencement de la récolte pourra avoir lieu vers la moitié de septembre. Cette récolte se fait le malin lorsque les feuilles des tabacs ne sont plus mouillées par la rosée, en coupant la tige à 2 pouces audessus du sol ; on les laisse sur les lieux, on les retourne deux ou trois fois dans la journée, afin que i'air et le soleil les frappent partout et qu'elles fanent également. Le soir même on les transporte sous un haugar un peu éloigné de l'habifaLion principale, parce que les feuilles de tabac encore fraîches exhalent une odeur irritante et un gaz délétère qui, respiré daus un lieu fermé, pourrait même asphyxier.

C'est sur le sol de ce hangar qu'on étend les Jeuilles les unes sur les autres : on les couvre de toiles ou de nattes, puis de planches; on les charge de grosses pierres, et on les laisse dans cette position trois ou quatre jours, afin qu'elles puissent ressuyer et fer» monter également.

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