‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 154 sur 304 · FRANCE · texte numérisé non relu

FRANCE

1° En terres plus légères que jortes.

V année : Pommes-de-terres fumées et binées. — 1" année : Seigle.

f" année : Froment d'automne ou de printemps fumé. — 2"" année : Lin sans engrais (1).

1" année : Froment, comme dans l'exemple précédent. — 2' année : Chanvre sans engrais.

2° £n terres plus Jortes que légères,

V* année : Fèves fumées et binées. — 2' année : Froment non fumé.

1'* année : Choux-cavaliers fumés et binés.— 2' année : Froment sans engrais.

Vannée: Rutabagas fumés et biués. — 2' année : Froment sans engrais.

£. Dans le midi de la France.

1° En terres de diverses natures.

1" année : Jachère complète avec fumure.

— 2"* année : Froment ou seigle.

2° En terres légères et de consistance moyenne.

1" année : Maïs quarantin fumé et biné. — 2* année : Seigle ou froment d'automne.

3° En terres plus Jortes que légères.

1 "" année : Fèves funiées et binées. — 2' annér : Maïs ou froment.

1" année : Froment, puis lupins enfouis.

— 2" année : Maïs et haricots légèrement fumés.

V année : Betteraves fumées et binées. — 2* année : Froment.

§ II. — Des assolemens de trois ans.

Les assolemens triennaux participent en grande partie aux inconvenieiis des précédens. Cependant on en trouve divers exemples, notamment en Angleterre. Je citerai les suivans :

A. Pour les régions du nord et du centre. 1* En terres plus légères que Jortes.

1" a//rt('tf : Turneps fumes et pftlurés sur

(1) Voyez rarticle Lin, dans le 11' livre di- cet ouvrajje.

274 AGRICULTURE : DES ASSOLEMENS

place par les troupeaux. — 2' année : Orge sans engiiiiis. — 3^ année : Blé.

Vannée : Turneps, comme clans l'exemple précédent. — 2* année : Orge. — 3' année : Trèfle.

1" année : Pommes-de-terre fumées. — y année : Orge. — 3* année : Trèfle.

V^ année : Pomnies-de-terre fumées. — y année : Seigle. — S*" année : lAij)iiline.

Danx presque toute V Angleterre les turneps ou navets forment une base essentielle des rotations sans jachère. Ils ont aussi une grande importance dans plusieurs de nos départemeus occidentaux. Cependant, en général, leur emploi est moins fréquent chez nous, et, en effet, les résultats sont fort différens dans les deux pays. — Dans le premier, l'humidité plus constante du printemps et de Tété, les froids moins brusques et moins forts de l'hiver, font que les turneps réussissent généralement mieux et plus sûrement que dans le second. — Une autre considération d'une haute importance, c'est que le parcage, à en juger par les résultats comparatifs, entraîne plus d'inconvéniens en France que dans les îles Britanniques. Là, an lieu d'arracher, de transporter, de conserver parfois difficilement les racines fourragères, et de les distribuer aux bestiaux avec des soins toujours coûteux; au lieu de faire charrier à grands frais une partie, quelquefois la totalité des engrais nécessaires, le berger se charge de tout, et la terre s'enrichit tandis que les animaux se nourrissent. On évite ainsi bien des frais de main-d'œuvre. Malheureusement, dans nos régions où l'on regarde comme nécessaire d'abriter les troupeaux au moins pendant une partie de l'hiver, et où le parcage de nu-it des moutons n'est que trop souvent nuisible à leur santé, les mêmes moyens n'existent pas. — Les turneps, d'ailleurs, sont fréquemment détruits dans nos champs par les altises, et l'on ne doit pas les considérer comme aussi nutritifs que diverses autres racines que, par cette raison, on trouvera souvent de l'avantage à leur préférer : telles sont la pommede-terre et la betterave qui atteignent en partie le même but dans les assolemens, qui réussissent assez ordinau'ement dans les mêmes terres, et sont d'une conservation plus facile.

L'orge a anssibeaucoup plus de valeur en Angleterre qu'en France, a cause des nombreuses brasseries qui en étendent la consommation. On a calculé qu'une très-belle récolte d'orge vaut à peu près autant qu'une belle récolte de froment. Cette circonstance est donc encore à l'avantage de nos voisins; elle est une preuve de plus des modifications que peuvent apporter a la théorie des assolemens les circonstances locales.

Dans le premier assolement cité, la terre étant convenablement ameublie par les binages, et richement fumée, peut donner sans doute deux belles récoltes de céréales ; mais on doit prévoir que la succession prolongée et sans intermédiaire, de l'orge et du froment ou du seigle, deviendra à la longue de moins en moins productive.

Dans le second et le troisième, on remarque un iDCOQvénieut presque aussi grave; c'est le

iiv. ï".

retour trop fréquent du trèfle. Ici se pressente naturellement une double réflexion : — rien ne prépare mieux une récolte de froment que celle du trèfle; mais il faut pour cela qu'il soit beau, car, loi\squ'il pousse maigrement, il est envahi par les mauvaises herbes, et son effet devient presque nul. L^ pratique le démontre chaque jour. — D'un antre côté, même dans les contî'ées où l'introduction de cette précieuse légumineuse est encore en queUpie sorte n'cenle, on s'est aperçu qu'au lieu de la reposer, elle effrite sensiblement la terre sur laquelle elle revient trop souvent, et que de la sorte sa cultuie cesse d'être profitable en elle-même et aux récoltes suivantes dès qu'elle s'affaiblit. Or, c'est ce qui ne peut manquer d'arriver tôt ou tard avec une rotation triennale, et c'est ce (|u'il importe avant tout d'éviter, si l'on tient à se ménager une des plus précieuses ressources de l'agriculture moderne.

Quant à la lupuline {Medicago lupulina), qui convient parfaitement aux sols légers dans lesquels le trèfle aurait de la peine à prospérer, et qui produit sur les terres à seigle d'aussi bons effets que le trèfle sur les terres à froment, quoique je ne sache pas que l'expérience se soit encore prononcée aussi clairement, il est bien probable, si l'on considère le genre auquel elle appartient , que les inconvéniens d'une culture trop fréquente seraient les mêmes.

2° En terres plus fortes que légères.

V année : Fèves fumées et binées. — 2* année : Blé froment. — 3® année : Trèfle.

1"^ année : Fèves fumées et binées. — 2* année : Blé. — 3" année : Vesces pour fourrages.

l'^'^ année : Pommes-de-terre fumées et binées. — 2* année : Avoine. — 3* année : Trèfle rompu pendant l'hiver.

l""" année : Choux fumés. — 2* année : Avoine ou blé de printemps. — 3' année: Trèfle.

l'^"^ année : Colza fumé. — 2* année : Blé. — 3^ année : Trèfle.

1'"'= année : Rutabagas fumés et binés. — 2^ année : Blé. — 3" année : Vesces d'hiver ou de printemps.

La fève, quoiqu'elle vienne de préférence dans les sols meubles et substantiels, mieux que beaucoup d'autres plantes, s'accommode cependant des terres argileuses, compactes, humides, d'une exploitation à la fois coûteuse, difficile et peu profitable. Yvart la nomme, à bon droit, la plante par excellence, pour diviser, ameublir, fertiliser ces sortes de teiTains, et les préparer à la culture des céréales, particulièrement à celle du froment.

Dans ce but, au lieu de la semer à la volée, comme on le doit toujours quand on veut la faucher à l'époque de sa floraison, on la sème en rayons pour en recueillir les graines dont on fait un usage assez important dans plusieurs de nos départemens du sud et du sud-ouest, non seulement pour la nourriture des animaux de travail et d'engrais, mais comme aliment des hommes.

Dans les deux premiers exemples, on peut cultiver les fèves comme fourrage ou comme

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