CHAPITRE IV. — DES ENGRAIS
Définition : — On désigne sous le nom d'engrais les divers débris des animaux et des végétaux dont la décomposition peut Jour nir des produits liquides ou gazeux propres à la nutrition des plantes.
Ainsi, on cfoit se garder de confondre ces substances organiques ou résidus de l'organisation, susceptibles de se décomposer spontanément à l'air, jusqu'à se réduire eu terreau de plus en plus consomme et moins actif, soit avec les amendemens terreux ou inorganiques qui ne se décomposent pas d'euxmêmes par une simple fermentation, dont la fonction principale est d'améliorer le fonds ou les qualités ph; siques du sol, en le rendant ou plus léger ou plus compact ; soit avec Xt^stimulans quciorment différens sels, composés également non organisés, non décomposables spontanément, et dont les fonctions utiles paraissent être, en général, d'exciter les forces végétatives.
Ajoutons que certains sels insolubles ou solubles, compris dans les amendemens ou dans les stimulans, et qui remplissent les fonctions que nous venons de rappeler, peuvent être décomposés sous l'influence de certains agens, comme les acides ou sels acides qui seuls nuiraient, et alors laisser dégager un gaz, de l'acide carbonique par exemple, comme cela arrive pour le carbonate de chaux; ils peuvent ainsi indirectement servir d'aliment eu d'engrais; mais cette fonction, indirectement remplie, ne doit changer ni la distinction ci-dessus établie, ni la définition que nous donnons des engrais.
Les divers détritus organiques, ou débris
des végétaux et des animaux dans leur decomposition, élèvent la température, déterminent des courans électriques, laissent dégager ou dissoudre plusieurs composés nouveaux de leurs élémeus, et surtout l'acide carbonique, dont les plantes assimilent le carbone et le caibonate d'ammoniaque qui parait assurer aux engrais azotés dus débris animaux une incontestable supériorité sur les engrais -végétaux, surtout dans la reproduction des graines et des autres parties azotées des plantes.
Si l'action intime de tous les produits solubles ou gazeux que fournissent les engrais n'a pas été encore suffisamment étudiée, il est toutefois certain que la plupart de leurs efjets, récemment bien précisés, se reproduisent partout où les conditions favorables sont remplies.
Nous commencerons donc par l'exposé de ces conditions et des moyens de les réunir.
Section i"^'. — Des circonstances favorables à Vaction des engrais.
§ jer, De l'humidité.
Au premier rang parmi les agens extérieurs qui favorisent l'action des engrais, se place V humidité : en effet, sans une certaine proportion d'eau, la décomposition des engrais n'a pas lieu ou se trouve trop retardée, et d'un autre côté la végétation des plantes, trop ralentie par suite de la même cause, ne peut même profiter des émanations gazeuses, dont le défaut d'humidité rend ea-
§ II. — De la chaleur et de la porosité
c;iiAP. 4% CIRCONSTANCES FAVORABLES A L'ACTION DES ENGRAIS.
core le contact moindre et l'absorption plus
diCficile.
Ainsi, durant les sécheresses, on a souvent remarqué, et notamment l'an dernier(1833), que les engrais n'avaient produit aucun effet sensible; mais que ceux dans lesquels un agent de désinfection avait suspendu la décomposition spontanée produisaient enfin des résultats très-avantageux sous l'influence d'une première pluie. Cette dernière circonstance s'est encore réalisée en 1833 : dans beaucoup de localités elle a produit une récolleinattendue, etamplement dédominagéd'une fumure que l'on croyait désormais inerte. Nous verrons que l'on peut artificiellement obtenir celte liumidité si favorable, à l'aide d'arrosages, d'engrais verts, de marcs de fruits ou de substances hygrométriques qui peuvent être considérées comme de puissans auxiliaires des engrais.
Un excès d'humidité dans le sol, empêchant l'accès de l'air et des gaz, asphyxiant en quelque sorte les racmes, ou rendant leur tissu trop lâche, trop lymphatique, est très-nuisible à l'action des engrais comme au développement ou à la force des plantes; toutes les fois donc que l'eau e-sl persistante à la superficie du sol ou à quelques centimètres de profondeur, on doit chercher à s'en débai'rasser. L'un des moyens les plus économiques consiste à creuser des rigoles d'écoulement, les unes parallèles entre elles, les autres perpendiculaires aux premières, et d'autantplus rapprochées que la terre, moins poreuse, est moins facile à égoulter. On choisit les lignes des plus grandes pentes naturelles, afin d'avoir moins à creuser, et, lorsque la pente est assez rapide pour charrier les terres, on creuse transversalement que'
ques fossés plus profonds dans lesquels on reprend chaque année l'espèce de terre d'al- /iH'ion entraînée, puis on la répand à la superficie du sol.
Si l'excès d eau n'est pas susceptible d'être écoulé ainsi, parce que le terrain est généralement horizontal et près d'une nappe d'eau, on laboure ensilions irès-profonds à des distances de 1 à 2 mètres, en sorte que le champ est divisé en ados, dont le sommet esl suffisamment sec quand même le fond des sillons serait rempli d'eau, ^g^. 53 cfti ce champ
Fig. 53.
est vu en coupe, en perspective.
et fig. 54 où on l'a montré
Une certaine température n'est pas moins indispensable à la décom|)osition des engrais qu'aux progrès de la végétation.
La porosité du sol, que nous avons donné les moyens de recoimaitre et d'obtenir, offre aux gaz émanés des engrais un puissant et utile réservoir. Aussi trouve-t-on du profita recouvrir de terre ou mélanger avec elle les engrais, mais surtout ceux qui sont trop rapidement altérables.
On rend facilement évidente cette propriété du sol : que Ton enferme dans un terrain meuble le cadavre d'un animal, qu'on le recouvre seulement de 8 à 10 pouces de terre, et à peine pourra-t-on sentir au dehors des traces de l'odeur de sa putréfaction, tandis que, laissé découvert ou même enfermé dans une caisse assemblée sans précaution, il eût répandu l'infection aux alentours. La terre au-dessusde lui sera d'ailleurs fertilisée pour plusieurs années sans que les racines viennent loucher l'animal en putréfaction.
La cohésion plus ou moins Ibrte des engrais insolubles, la solubilité également variable de plusieurs autres, ont une grande influence sur la durée de -leur décomposition, et de cette durée dépend surtout l'effet utile des engrais: voici à cet égard la donnée générale que nous avons déduite d'une foule d'essais, et qui s'accorde avec toutes les observations pratiques : Les engrais agissent d'autant plus utilement que leur décomposition est le mieux proportionnée aux développemens des plantes. Nous verrons, en traitant de chacun des engrais en particulier, qu'il est toujours possible de les modifier de manière à se rapprocher de cette condition, soit en ralentissant la décomposition des engrais trop actifs, soit en l'accélérant pour les autres; qu'il est généralement avantageux de le faire, et qu'enfin une fo'.ile d'anomalies apparentes dépendent des variations de la durée de leur altération spontanée , dont on n'avait pas assez tenu compte dans les précédentes recherches sur les engrais. Nous pouvons encoreindiquer comme une des conditions les plus essentielles du succès de presque toutes les fumures, la présence dans le sol d'une base qui puisse saturerles acides; c'est là un des eifets constans et les plus utiles de la chaux, de la marne calcaire, des cendres de végétaux, etc.
Voyons comment cela se peut prouver : déjà nous avons démontré qu'un excès d'acide est généralement nuisible aux plantes cultivées; or, l'un des produits de la germination est un acide excrété par les racines de plusieurs espèces de plantes, notamment des céréales, et rejeté dans le sol; presque tous les débris végétaux, en se décomposant, donnent des solutions aeides; enfin plusieurs résidus de débris animaux ont une réaction acide, bien que les gaz qui s'en sont exhalés aient eu un caractère alcalin : on voit donc qiie l'acidité nuisible tend sans cesse à dominer. Il n'est pas moins évident que le carbonate de chaux des marnes et des cendres, les carbonates de soude et de potasse des cendres non épuisées, peuvent salurcr des acules mOme faibles; qu'eu-