‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 3)Chapitre 96 sur 304 · I. Sol garanti des crues de torrens, rivières et fleuves · texte numérisé non relu

I. Sol garanti des crues de torrens, rivières et fleuves

A. Lits de torrens et de rivières torrentielles endigués.

Les torrens et les rivières qui en ont l'impétuosité ne laissent guère sur leur passage, dans les premières parties de leur route, que d'énormes cailloux et des blocs de rochers. Il est rare alors qu'on puisse les endiguer avec avantage; mais lorsque, parvenus dans de larges vallées, ils ne déposent plus que des galets, du gravier et du sable, il peut êti-e très-profitable de conquérir sur leur lit tout ce qui n'est pas indispensable pour contenir les fortes eaux.

Cependant, cette conquête une fois réalisée par un bon système d'endiguemenf, on se trouverait souvent n'avoir acquis qu'une plaine stérile, si le torrent lui-même ne fournissait le raoyeii de fertiliser le sol qu'on lui

LTUKE : OPERATIONS AGRICOLES. tiv. I".

a ravi. Il suffit pour cela de pratiquer, le long de la digue, des déversoirs disposés de telle sorte que les eaux de submersion n'arrivent qu'à reculons sur la plaine endiguée. Ce n'est plus du sable et du gravier qu'elles apportent alors, mais du limon. Ce résultat est d'autant plus assuré, que l'opération a été mieux combinée. Le moyen le plus sûr de l'obtenir est de construire, immédiatement en aval de chaque déversoir, une petite digue qui traverse la grève perpendiculairement au cours du torrent, de manière qu'elle retienne l'inondation, afin que, au lieu de dévaster le sol, elle forme autant de bassins à eau dormante qu'il y a d'intervalles entre deux digues. A chaque crue tous les bassins sont submergés, mais nullement engravés, le sable et le gravier restent dans le lit du torrent.

Souvent les eaux torrentielles n'arrivent pas assez fréquemment dans ces bassins pour produire un effet utile; alors il convient de recourir au ter rement ( warning des Anglais), si on le peut sans trop ae frais. Cette opération, peu connue en France, mais usitée dans quelques cantons de l'Allemagne, de l'Angleterre et de l'Italie, consiste à diriger un cours d'eau rapide sur le sol qu'on veut amender ainsi, et à faire charrier par cette eau la terre qu'on y jette à force de bras. (Voir ci-devant, pag. 132. )

Si par l'un ou l'autre de ces procédés l'on parvient à créer un sol susceptible de cultures régulières, cette grève se trouve assimilable aux terres ordinaires analogues : nous n'en parlerons pas. Mais si on ne peut rien faire de semblable, on sera obligé de se contenter de la végétation qui convient aux sols de cailloux : la vigne, le mûrier, l'olivier, le figuier dans les contrées méridionales ; quelques autres espèces d'arbres fruitieis dans des climats moins heureux, et par tout pays des arbres forestiers de diverses espèces.

Il arrive souvent que l'endiguement n'est pas tellement complet, que le terrain ne soit sujet à être submergé accidentellement. Dans ce cas, il faudrait n'y cultiver que les espèces d'arbres qui ne craignent pas de pareils accidens, le bouleau, le irêne, i'oruie, le chêne, etc«

Si ce terrain e?,\.Xro^ fréquemment inondé, soit par l'imperfection des travaux, soit par l'adoption d'un des systèmes d'attérissemont dont nous avons parlé tout-à-l'heure; en attendant qu'on puisse y introduire des cultures ordmaires, il faudra le couvrir de peupliers de diverses espèces, de saules, d'aunes, de trembles, etc., qui, réussissant par boutures, coûtent très-peu de plantation, retiennent les eaux les font déposer, et augmentent, par la chute annuelle de leurs feuilles, la couche de bonne terre végétale. Leur rapide végétation permet d'ailleurs des coupes très-fréquentes et très-lucratives.

Quelquefois, l'endiguement fait, il se trouve aei,Jonds de cuve qui, par les infiltrations aftluentes ou par toute autre cause, se remplissent d'eau et ne peuvent être desséchées; si l'on désespère ae parvenir à les attérir ou si l'opération paraît trop dispendieuse, il faudra faire de ces fonds de cuve des réservoirs pour le poisson, y faire croi-

rii»r. 5». DESSÈCHEMENT DES MA.RAIS

»re des végétaux aquatiques, ne fût-ce que du cresson, les entourer d'arbres, et, s'il est impossible d'en tirer un parti plus utile, tâcher d'en faire une pièct; d'eau d'aji;rément. Il est inutile que j'observe ici que les cultures devront être modifiées dans les divers cas selon la nature des alluvions, argileuses, calcaires, siliceuses ou mixtes, sur lesquelles on opère.

B. Alluvions des fleuves et rivières douce.

à pente

L'endiguemeut des fleuves et rivières à pente douce donne des terrains presque foujours très-fertiles. Leur traitement, quand le dessèchement a élé complet, est trop connu pour que j'en parle ici. Je me bornerai à recommander de conserver à ces terrains, surtout dans les pays chauds, les moyens d'irrigation que les pentes peuvent fournir.

Lorsqu'après les travaux de dessèchement on est encore exposé à des inondations accidentelles, le parti le plus sage c'est de faire en sorte que ces inondations enrichissent le sol au lieu de l'appauvrir, et pour cela de ralentir autant qu'on le peut par des haies transversales, des palissades et des plantations, le cours des eaux submergeantes, tout en adoptant un système de rigoles d'écoulement assez bien combiné pour qu'après l'inondation l'eau s'écoule le plus tôt possible. Les cultures qui conviennent le mieux dans cette circonstance sont celles qui craignent le moins ces accidens et celles dont les produits sont récoltés avant les crues.

On trouve en général plus commode et plus souvent avantageux de disposer les terrains de cette nature pour le pâturage du gros bétail. Il y aurait danger à y conduire les bêtes à laines.

Les fonds de cuve et les terrains indesséchahles QUI restent quelquefois après les opérations de dessèchement, ne peuvent guère être employés qu'à des pêcheries, s'ils ont beaucoup de profondeur; s'ils en ont peu, une végétation abondante et très-profitable peut s'y établir.

Les terrains à moitié desséchés peuvent devenir, selon le plus ou moins long séjour des eaux, des terres susceptibles d'être cultivées en céréales de printemps, en légumes, en plantes textiles, ou de ton le autre manière, sinon être laissées, à l'état de pré marécageux ou de roselières , genre de propriété trop peu connu et su»* hquel voici quelques détails.

Il existe dans le Midi et notamment à Bellegarde, département du Gard, de ces roselières, c'est-à-dire des espèces de prés palustres où domino le roseau [Arundo phragmiies), et souvent une autre espèce [Arundo eg)ptiaca ) dont la coupe annuelle se vend jusqu'à lâo fr. et 200 fr. par hectare, sans autres frais pour le propriétaire que la mise aux enchères. Ce sont des plaines fertiles inondées en hiver par l'eau du Rhône, et convenablement arrosées par submersion au printemps. Ces roseaux fournissent tout à la fois la nourriture et la litière aux mulets et aux chevaux qui labourent les beaux vigDobleti des environs. Celle nourriture suffit,

ISS avec une médiocre quantité d'avoine, pour maintenir en bon étal, durant les pénibles travaux de l'hiver, ces bêtes de labour. L'on a reconnu qu'avec ce rt-gime ces animaux se portent toujours bien, malgré les rudes fatigues qu'on en exige. Cette nourriture est la plus saine, sinon la plus substantielle, qu'on connaisse.

IL Sols goutteux, étangs et marais propre^ ment dits.

A. Sols goutteux.

imperméable, on s'est emparé de toutes les eaux qui, des coteaux envirounans, viennent former une sorte de lac entre deux terres, et dont le siphonnemenl fatigue la végétation des terrains qui le subissent.

Quand celle opération a complètement réussi, ces terrains rentrent dans la catégorie des sols superposés à une couche argileuse plus ou moins rapprochée de la surface, nous n'avons pas à nous en occuper spécialement ici. Mais, quand elle a échoué, on peut couper la surface goutteuse par des fossés parallèles très-rapprochés, pour planter sur le talus des aunes ou des saules qui réussissent fort bien, et, dans les espaces intermédiaires, des peupliei-s, des ormes, des bouleaux, etc. On se procure ainsi en peu de temps un revenu avantageux, et on change un sol nu et fangeux en un riant bosquet. L'aune et le saule se coupenttous les 4 ans, au rez de terre, et donnent une grande quantité de bourrées, de barres, etc. Les fossés doivent être dirigés dans le sens de la pente pour mieux égoutter, et pour qu'en réunissant les suintemens on puisse en former un réservoir d'eau, et, s'il y eu a suffisamment, un étang. D'autres orèfèrentoratiquer des tranchées, qu'on remplit de gravier ou de fascines, et qu'on couvre de terre, pour que le sol ne reste pas dépecé en lanières.

Parmi les terrains goutteux, les plus ingrats sont ceux que M.Bosc appelle uligineux; ils sont tout à la fois goutteux'et tourbeux; ce qui en a été dit {Tome \",page 37) nous dispense de nous en occuper ici.

Nous renvoyons ce qui concerne les étangs proprement dits à l'article qui les concerne. Nous nousborneronsà observer que ceux qui sont alternativement cultivés pendant 2 ou 3 ans consécutifs, submergésensuite, et empoissonnés pendant un pareil nombre d'années, donnent un excellent revenu, mais qu'on ne peut pas toujours réunir les conditions nécessaires pour adoptercette espèce d'assolement, uu des plus avantageux au'on connaisse.

Les étangs, s'ils n'ont pas une grande profondeur, peuvent nourrir plusieurs espèces de végétaux d'un bon produit, tels que le roseau dont nous avons déjà parlé; le Scirpus lacustns, qui fournit pendant sa végétation une abondante litière, et dont les racines après le dessèchement, présentent aux cochons une nourriture tellemeiil attrayante pour eux que ceux qui les gardent ont bien de la peine à les empêcher de sèchapper

pour aller fouiller la terre qu'ils savent en contenir et bouleverser les céréales qui y sont ensemencées; je citerai encore le fenouil d'eau {PheLlandrium aquaticum) ^ que les vaches mangent volontiers, ainsi que la brouille {Festucafiuitans) (1); enfin diverses espèces de souchets et de joncs, parmi lesquelles plusieurs peuvent alimenter le bétail, toutes fournir de la litière, quelques-unes serNir dans les arts pour faire des nattes ou des paillassons, garnir des chaises, etc.

jVous ne pouvons entrer dans des détails circonstanciés sur le meilleur système dadministration de ces terrains, non plus que sur les précautions sanitaires les plus importantes; cela nous mènerait trop loin.

B. Marais proprement dits.

OPÉRATIONS AGRICOLES. iiv. i".

Comme on n'a pas toujours à sa portée une ville où le besoin de combustibles fasse rechercher la tourbe, el comme d'ailleurs, même dans ce cas, il serait la plupart du temps trop long d'attendre la consommation de toute la couche tourbeuse pour tirer du sol un produit agricole, il faut tâcher de yflz're croître unevégétation avantageuse sur ces tourbes elles-mêmes. Le plus simple de tous les moyens, c'est de les rendre à l'étal marécageux; mais, outre que le produit des marais est bien mince, ce serait perpétuer des foyers d'infection. Il vaut mieux, quand on est convenablement placé pour cela, recourir au moyen employé par les Hollandais dans plusieurs de leurs principaux/>o/<^er.v. Le sol est divisé par de larges fossés en lanières étroites et longues, légèrement relevées en ados sur le milieu. Chacune de ces lanières reçoit au printemps et jusqu'à l'automne le noiubre de bœufs ou de vaches qu'elle peut nourrir ; ces animaux n'en sortent ni nuit ni jour, ils se gardent seuls, grâce à la largeur des fossés dont le fond vaseux est un obstacle suffisant pour les vaches de ce pays naturellement paresseuses etsédentaires , accoutumées d'ailleurs par des corrections et des entraves à ne pas sortir de leurs domaines respectifs, où du reste elles se trouvent trop bien pour tenter fortune ailleurs. Chacune de ces lanières contient de 3 à 4 et jusqu'à 7 et 8 vaches, d'après son étendue et d'après la plus ou moms grande abondance et la qualité de l'herbe. Les propriétaires soigneux font epargir fréquemment la fiente de ces animaux, afin qu'il ne se forme pas d'inégalités et que le sol soit uniformément amendé partout; ils font aussi arracher les chardons avec un échardonnoir^ espèce de grandes tenailles en bois, très-commode pour cet objet {fg. 135).

Fjg. 135.

Les marais peuvent être de diverses nature : argileux, sablonneux, calcaires, mixtes ou tourbeux. Nous n'avons à nous occuper ici que des terrains de la dernière espèce; les autres, une fois desséchés, rentrent dans l'ordre des cultures ordinaires, avec cette modification, toutefois, qse les détritus végétaux dont ils sont couverts conservent une certaine acidité qui tromperait les espérances de l'agriculteur s'il avait pu penser que ces détritus fussent un humus de la même nature que celui des bois ou prés desséchés. Les engrais calcaires, quelques autres agens physique:-, et chimiques sagement et économiquement employés, pourront diminuer et même faire disparaître à la longue cette acidité que leur état prolongé de subniersion leur a fait contracter.

Mais si le sol est tout-à-fait tourbeux, ce n'est qu'à la longue et par un traitement approprié à sa nature qu'il peut être rendu apte à nouirir un petit nombre de végétaux d'abord, et devenir ensuite avec le temps susceptible des plus riches cultures, la luzerne, la garance, la betterave.

Lorsque sous la couche tourbeuse on trouve de la bonne terre, ce qu'il y a de mieux à faire c'est d'exploiter la tourbe pour alimenter les foyers ou les usines du voisinage, s'il y a une consomn)ation suffisante. On connaît les procédés d'extraction, la fabrication des mottes, etc., nous n'en parlerons pas, mais nous devons mentionner le procédé pour carboniser la tourbe introduit dans les marais de Bourgoin par le général Evain, aujourd'hui ministre de la guerre en Belgique, alors emplo\é de M. Lapierre, adjudicataire de ces marais. C'est une sorte d'alambic à l'aide duquel on sépare, de la tourbe par la distillation, la partie bitumineuse,el l'on converti t le surplus en morceaux de charbons propres à être employés dans les fabriques d'acier, comme le goudron obtenu peut l'être dans la marine. 11 existe aux environs de Paris ( à Croi) un grand établissement où ce procédé est, dit-on, ^n pleine activité. (Voir le livre des Arts agricoles, où cet objet sera traité dans un article spécial.)

(I) « Un étang brouilieux de 6 liectares et demi peut nourrir parfaitement 40 têtes de gros bétail «depuis le con)mencenient du printemps jusqu'au milieu du mois de mai, et depnis la fin d'août jus- >. qu aux premiers froids. Au milieu de Icté les feuilles continuent à tapisser la surface des eaux, mais V k bétail a ccàsé d'en être avide, v ( Statistique de l'Ain, p. 536.)

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