AGRICOLES
Les autres travaux de culture présentent dans cette circonstance une diminution toute aussi considérable; par exemple, on transporte' plus de 22 charges de fumier dans une journée de travail, sur une pièce de terre placée à 400 met. de distance du corps des bàtimens; on n'en peut plus transporter que 15 à une distance double, que 9 à une distance quadruple, et à peine en voiture-t-on 5 charges à une distance de 4000 mètres.
On suppose, dans les faits de pratique que nous venons de citer, que les chemins ruraux sont en bon état, autrement la quantité de travail utile pourrait être considérablement diminuée.
Le système de culture et d'aménagement. C'est une des choses qui influent le plus sur la masse des travaux de culture. Ainsi, pour n'en citer que des exemples vulgaires, il y a une grande différence entre la masse des travaux qui s'exécutent, à surface égale, sur une ferme à grains et sur une ferme à pâturages; sur un domaine exploité suivant l'assolement triennal avec jachère où un travailleur suffit pour 15 ou 18 hectares, et un autre où on a établi un bon système de culture alterne avec plantes sarclées, nourriture des bestiaux à l'étable, et où il faut souvent un travailleur pour 2 hect. et même moins ; dans celui où on ne fume qu'avec parcimonie, et où la terre est mal travaillée, et celui où on lui donne de riches fumures et des façons énergiques et multipliées, etc.
Le choix des instrumens. Plus ils sont perfectionnés et mieux adaptés au terrain, moins ils nécessitent d'efforts et de travail.
Le mode d'administration. Dans un mode régulier et bien entendu d'administration, les travaux sjnt répartis et distribués d'une manière telle qu'ils sont tous exécutés sans encombre, à l'époque précise, avec la moindre dépense de force possible, avec l'étendue, le soin convenables, et sans être obligé à les recommencer sans nécessité. En outre, dans un domaine bien dirigé, les chemins ruraux sont en bon état, et les véhicules bien appropries ; la force des animaux de trait, leur mode d'attelage, le jeu des machines, y sont réglés avec une exacte économie; et enfin, tous les travaux, tous les mouvemens, s'exécutent d'une façon telle que chaque travailleur fait l'emploi le plus utile , pour l'établissement, de ses forces et de son temps.
Sur un domaine quelconque , quand on connaît le plan de culture, la rotation et l'aménagement, il est facile de déterminer et de distribuer pendant tout le cours de l'année la masse des travaux de culture ; nous en avons donné des exemples en nous occupant de l'estimation des biens ruraux; nous reviendrons sur ce sujet, dans le chapitre qui sera consacré aux travaux.
Quand on connaît la masse des travaux annuels de culture, par exemple le poids des fumiers ou des récoltes à transporter avec la distance, la surface à labourer, herser ou moissonner, etc. , il est facile de convertir ces travaux an journées d hommes, de femmes ou a" animaux ; pour cela, il suffit de diviser les nombres qui représentent ces travaux par la quantité de travail que peut exécuter un de ces agens pendant un certain. temps : je suppose, par exemple, que 2 bœufs conduits par un charretier labourent dans un terrain de consistance moyenne 25 ares par jour, il est clair que si je veux labourer 100 hect. de terre de celte qualité en 80 jours, il faudra 5 attelages de 2 bœufs conduits chacun par autant de charretiers.
Il s'agit donc de constater, relativement aux divers agens, la quantité de travail dont ils sont susceptibles, et pour cela il faut avoir égard , en nous bornant aux serviteurs, à quelques circonstances que voici :
Le nombre des journées de travail de l'année. Il est variable suivant les pays : dans les uns il est de ôOO
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à SiO jours dans l'année, et dans d'autres de 290 seulement pour les hommes; quant aux travaux avec les attelages, ils ne dépassent guère 260 jours avec les chevaux dans les fermes les mieux dirigées et 130 à 140 jours pour les bœufs travaillant alternativement.
La durée de la journée de travail n'est pas fixée partout de la même manière et change avec les saisons. Dans quelques pays elle est de 10 heures et dans d'autres de 12 pendant l'été ; de 9 et 10 l/2 heures en automne et de 7 à 8 en hiver, non-compris les heures de repas. Le commencement et la fin de celte journée, l'époque, le nombre et la durée des repas sont également variables dans chaque contrée, et il est difficile à ce sujet de s'écarter des usages du canton qu'on habite.
La force et L'énergie des travailleurs. Nous avons déjà dit que les populations présentaient de grandes différences sous ce rapport, et il serait impossible et quelquefois injuste d'exiger de certaines d'entre elles une quantité de travail égale à celle que d'autres peuvent fournir; mais il faut que cette infériorité soit bien constatée et due à des circonstances locales , au climat ou à la constitution des individus et non pas à des habitudes d'indolence et d'inertie, à un mauvais emploi que les travailleurs font de leur temps ou une économie mal entendue de leurs forces.
Quoi qu'il en soit, l'expérience a fait connaître d'une manière assez précise la quantité de travail qu'on doit attendre, dans des circonstances ordinaires, des efforts musculaires d'un homme de stature et de taille moyennes quand il est appliqué à des travaux proportionnés à ses forces et à sa capacité et dirigé de manière à en retirer le plus grand effet utile. Ce sujet, l'un des plus intéressans dans l'économie administrative d'un domaine, devant être traité plus au long dans le lit. IV, et d'ailleurs, diverses noiions quis'y rattachent se trouvant répandues dans les chapitres où l'on s'occupe de l'organisalion des attelages , nous terminerons ici les détails où nous sommes entrés sur les causes qui, dans les travaux de culture, peuvent accroître ou diminuer le nombre des serviteurs à gages dont on a besoin sur un établissement.
2° Travaux manuels et accessoires.
Les travaux manuels et accessoires autres que ceux de culture que nécessite l'exploitation d'un domaine sont assez multipliés et consistent parfois en détails qu'il est difficile d'évaluer, et pour lesquels il faut consulter l'expérience et les usages locaux, quand on veut connaître le nombre des travailleurs qu'il faut y appliquer. Voici quelques faits propres à éclaircir ce sujet :
Le nombre de tètes de gros bétail que peut soigner un serviteur dépend de la disposition des étables, qui rendent le service plus ou moins facile; de la manière de préparer et distribuer les alimens et de l'éloignement des lieux où il faut aller les chercher; de l'espèce de bétail qui peut être composé de vaches laitières, de bœufs d'engrais, de bétail d'élève; de la race des animaux qui consomment plus ou moins et donnent plus ou moins de lait; des habitudes du pays, de l'habileté, de l'activité et du sexe des serviteurs, etc. — Un habile marcaire suisse soigne, nourrit et trait 18 à 20 vaches et fauche de plus une partie de leur nourriture en ^ert et aide à son transport. — Une vachère, dans la plupart des pays, ne peut donner ses soins à plus de 1 2 à 14 vaches. Dans la belle ferme-modèle de Hohenheim, dans le Wurtemberg, où l'on compte 60 vaches, il y a 2 hommes pour traire, faire le beurre et le fromage , travailler le fumier, soigner les veaux, et 2 autres serviteurs dont un jeune .garçon pour distribuer »es alimens t les hacher au- besoin, panser les vaches , net-'
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loyer les étables et qui participent en outre aux travaux des champs pour récolter les fourrages : au total, 4 hommes, ou un individu pour 15 vaches. — Une vachère qui ne soigne que 10 vaches doit en outre s'occuper à d'autres travaux, soit à la basse-cour, soit au jardin, soit à la culture ou à la préparation des p'antes industrielles. — Une servante suffit pour 50 têtes de bétail dans les 2 premières années de leur existence.
— Un vacher fauche la nourriture verte en été et hache celle en hiver pour 48 à 50 vaches ou 1 00 à 120 jeunes bêles. — Un bouvier conduit au pâturage 25 à 30 lètes de gros bétail, et le double s'il est assisté par un jeune homme, ou avec l'aide d'un bon chien.
— Les bêtes d'engrais exigent plus de travail pour transporter, hacher, cuire et di^ribuer leurs alimens ; un homme ne peut guère en soigner au-delà de 10.
Un berger conduit, soigne et nourrit aisément tant à Péiable qu'au pâturage 160 à 170 tètes. Dans les grands troupeaux, et suivant la nature des pâturages , on peut lui confier 200 à 500 tètes et parfois davantage.
Un porcher, dans les établissemens bien dirigés, conduit et soigne aisément de 30 à 60 porcs.
Les autres travaux dans un établissement sont : 1° Les travaux manuels, teis que binages, huilages, sarclages , etc., et dont 1 importance est toujours d'autant plus grande que la ferme est plus pelile et la culture plus riche et mieux entendue. On connaît assez bien dans chaque pays la quantité de travail de ce genre que peut faire un homme, une femme ou un enfant. 2° Les charrois pour le transport des denrées aux marchés , pour celui du combustible pour chauffage, des matériaux pour construction et réparations , etc. Il est facile, d'après le poids de ces objets et la distance où il faut les transporter, d'évaluer ces travaux en journées d'hommes et d'animaux, comme nous le verrons plus tard. 5° Les travaux d'amélioration, qui se font ordinairement sur un devis préalable qui règle à l'avance le nombre des travailleurs qui devront y prendre part.
Enfin, dans les grands établissemens il y a aussi des servi leurs spécialement chargés des travaux du ménage. Leur nombre ne peut être déterminé, et change suivant les besoins ou la fortune de l'entrepreneur.
On a quelquefois cherché à évaluer le nombre des individus, soit serviteurs, soit manouvriers qu'il convient de réunir sur une ferme pour les travaux de toute espèce, en prenant pour base l'étendue superficielle de celte ferme et son mode d'exploitation ; mais celte manière est trop sujette à erreur pour qu'on puisse y avoir queique confiance, et nous ne nous y arrêterons pas, malgré les nombreux exemples d'évaluation de ce genre que nous avons recueillis dans tous les pays et dans des systèmes très variés d'économie rurale.
§ III. — Organisation du personnel.
1° Dumode d'organisation.
Jusqu'ici nous n'avons envisagé la question du nombre des serviteurs ou aides agricoles que sous le point de vue des circonstances locales et de la masse du travail annuel que nécessite l'exploitation d'un établissement; mais il en est un autre plus important peut-être et dont nous allons nous occuper: c'est celui de la surveillance destravauxon de Yorganisation de subordination.
Dans les petites exploitations, l'entrepreneur, étant lui-même agent actif dans les travaux matériels et travaillant sans cesse avec sa famille ou le petit nombre d'ouvriers qu'il emploie, peut exercer sans peine une
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