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42 AGRICULTURE FORESTIÈRE : ARBRES ET ARBUSTES FORESTIERS, lîv. v°
et le plus majestueux de tous ceux que nous | connaissons. Le mont Liban (yfe.67)estsa pa-
Fig. 67.
trie,etjamais on ne l'a trouvé croissant spontanément sur aucun autre point du globe.Ily était autrefois si abondant que l'on s'en servaitdans la construction des flottes et des édifices ; mais , déjà depuis long-temps , le nombre en est tellement diminué, qu'en 1574 il n'en existait plus que 26 individus ; que cent ans après, Rawolf n'en trouva plus que 16, et qu'enfin Labillardière n'en a compté que 7 en 1798. Quoique le cèdre produise des graines en quantité , il n'en résulte aucun jeune arbre sur le mont Liban , parce que la terre y est couverte de gazon, et que ce lieu est un rendez-vous où le peuple s'assemble. Il est donc probable que bientôt il n'y aura plus aucun cèdre sur le mont Liban , et que la destinée de ce colosse du règne végétal sera entièrement entre les mains des cultivateurs. Heureusement que le degré de civilisation où les peuples de l'Europe sont parvenus , ne laisse aucune crainte de voir l'extinction de sa race, et qu'il est permis d'espérer qu'on en verra plutôt planter des forêts , que sa multiplication négligée.
Le tronc d'un cèdre mesuré sur le Liban même, avait 36 pi. et demi de circonférence, et ses branches couvraient une étendue de 111 pieds de diamètre. Des observations faites sur celui planté en 1754, au Jardin-du- Roi à Paris , établissent que cet arbre croît d'environ 5 lignes en diamètre chaque année, pendant les premiers siècles de son existence. Quant au nombre de siècles qu'il peut vivre , on ne sait rien de certain à cet égard. Au reste, le cèdre du Liban intéressera toujours par son port majestueux, sa taille colossale, son aspect étranger, sa verdure sévère et la disposition de ses vigou-
reux rameaux étendus par étages distincts. Ses feuilles sont courtes, subulées et disposées en faisceaux. A ses fleurs, peu éclatantes, succèdent des fruits (cônes) {fig. 66), ovales ou elliptiques , hauts d'environ 3 pouces, et dont les graines ne mûrissent que dans la troisième année. Le bois du cèdre semble, pour les qualités, tenir le milieu entre celui du pin sylvestre et celui du sapin.
Le cèdre du Liban n'étant encore chez nous qu'un arbre d'agrément , propre aux scènes des grands jardins paysagers , son éducation et sa multiplication sont entre les mains des pépiniéristes , qui l'élèvent de graines recueillies sur quelques anciens individus qui commencent à fructifier assez abondamment en France, en Angleterre et en Allemagne , pour qu'on ne craigne plus d'en perdre l'espèce. Quoiqu'il soit assez difficile de tirer les graines de leur cône, je n'en dirai rien , puisque tous les pépiniéristes connaissent les différens moyens de les en faire sortir.
Semis. — Les graines du Cèdre doivent être semées au printemps, à une exposition chaude et ombragée , afin que le jeune plant puisse acquérir, dans le courant de l'été, assez de force pour résister aux dangers de l'hiver suivant.C'est donc un bon usage de les semer en terrine dans de la terre de bruyère, de placer la terrine sur une couche tiède , de la couvrir d'un panneau de châssis, de l'ombrer, et de tenir la terre de bruyère suffisamment chaude et humide pour que la germination s'effectue en 15 ou 25 jours. Quand les cotylédons sont sortis , il faut diminuer de beaucoup l'humidité de la terre en ménageant les arrosemens, éviter que le solçil ne
ciïap. T. ARBRES ET ARBUSTES
vienne frapper le jeune plant, donner un peu d'air, niais bien prendre garde que le vent ne s'introduise sous le panneau, car la grande humidité, le soleil et le vent, sont trois ennemis dangereux pour beaucoup de graines en germination. Si le jeune plant n'est pas trop dru, on peut le laisser dans la terrine toute l'année pour le rentrer en orangerie aux approches de l'hiver, ou bien , s'il est pressé, repiquer séparément chaque individu en motte quand les cotylédons sont bien développés, dans autant de petits pots en terre de bruyère mélangée avec un quart de terre franche on normale , arroser modérément , tenir à mi-ombre jusqu'à ce que la végétation se manifeste par l'alongement de la jeune tige; en novembre, on rassemble les pots dans un châssis , on les couvre de panneaux vitrés, et on prend bien garde que l'humidité ne s'introduise dans le coffre pendant l'hiver, autrement le jeune plant fondrait.
Pendant les deux et trois premières années, la prudence demande que l'on abrite les jeunes cèdres des intempéries de l'hiver; après ce temps révolu, ils sont moins sensibles et ne réclament plus d'abris, mais il faut chaque année leur donner un plus grand pot et de la terre de bruyère mélangée avec un tiers de terre normale. On pourrait les planter en place et à demeure à l'âge de 4 ans; cependant le plus souvent on les conserve en pot beaucoup plus long-temps , parce que l'occasion de les planter ne se présente pas encore fréquemment dans l'état actuel de nos cultures; pendant ce temps, leurs racines se contournent dans le pot, forment la boule , prennent une mauvaise direction , et lorsqu'on met l'arbre en place, elles ont de la peine à s'attacher au sol, et à s'étendre au loin pour aller chercher leur nourriture. C'est un inconvénient que partagent tous les arbres qui sont restés long-temps en pot, et qu'il n'est guère possible d'éviter dans le commerce des plantes. Si on les élevait en pleine terre, ils croîtraient plus vite et leurs racines seraient en meilleur état; mais les difficultés de les lever, de les faire voyager en motte, et le danger qu'ils courraient à la reprise, ont déterminé les pépiniéristes à les élever toujours en pot.
Les voyageurs ne nous ayant pas fait connaître la nature de la terre du Liban, nous sommes obligés d'examiner la croissance des cèdres plantés sur différens sols en France, pour reconnaître celui qui est le plus favorable à la végétation de ce bel arbre; et l'examen apprend qu'il croit mieux en bonne terre siliceuse , plus sèche qu'humide, que dans toute autre terre. C'est donc dans les sols de cette nature qu'il faut planter le cèdre si l'on veut le voir bien végéter et qu'il développe toute sa majesté au profit des races futures.
Pour planter un cèdre avec la plus grande chance de succès, il faut faire un trou carré de 6 pieds de diamètre et de 2 pieds ^à 3 pieds de profondeur, l'emplir d'un mélange composé de 1/2 terre de bruyère , 1/4 sable siliceux et 1/4 terre franche ou normale, et l'affaisser modérément si l'on doit planter de suite. Vénoque la moins dangereuse est la fin d'avril pour notre pays. La terre étant ainsi
préparée, on choisit un jeune cèdre bienfait, dont la croissance n'a pas souffert, qui surtout n'a pas perdu sa flèche, car quoique les jeunes cèdres s'en reforment une autre assez facilement , il ne faut pas trop y compter; d'ailleurs ce n'est jamais qu'aux dépens de quelques années décroissance qu'une flèche se reforme. Si la tige du jeune cèdre convient, on le dépotera pour examiner l'état de ses racines, et pour peu qu'il s'en trouve d'avariées , il faut le refuser. Quand au contraire elles sont en bon état , on gratte la circonférence de la motte pour en faire tomber un peu de terre et mettre leurs extrémités à nu, sans les blesser ni les racourcir ; on plante de suite afin qu'elles ne se dessèchent pas, et on arrose légèrement et doucement pour les attacher à la terre. Le cèdre voulant croître en liberté, les seuls soins qu'il réclame pendant sa jeunesse, sont quelques arrosemens dans les saisons sèches, des sarclages au pied pour que les mauvaises herbes ne mangent pas la terre, de l'air et de la place pour qu'il puisse élever sa tête au-dessus des plus hauts arbres d'alentour, tandis que ses branches inférieures couvriront au loin le sol où il est planté.
Depuis long-temps on fait des vœux, sinon pour voir des forêts , du moins pour voir planter des masses imposantes de cèdres sur le sol de la France. Un seul mot du gouvernement suffirait pour que quelques grands propriétaires les réalisassent.
2. CYPRES commun ( Cûpressus sempervirens, Lin.). — Petit arbre pyramidal, originaire de la Grèce, ne s'élevant guère qu'à la hauteur de 25 ou 30 pieds, et dont le tronc ne prend que 8 ou 10 pouces de diamètre sur notre sol. Son bois est assez fin , plus beau que celui du pin ; mais, lorsqu'on le travaille, soit vert, soit séché depuis long-temps, il répand une forte odeur désagréable. L'usage de cet arbre se bornera probablement toujours à accompagner les tombeaux et à produire des scènes mélancoliques dans les grands jardins paysagers. Il aune variété dont les Lranches étendues horizontalement forment moins la pyramide.
3. GENEVRIER commun {Juniperus communis}Lin.)(fïg. 68).— Cette espèce croît sponta-
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nément en France, et se trouve plus fréquemment vers le nord de Paris que vers le midi.On la rencontre plus souvent dans les mauvaises terres que dans les bonnes ; c'est sur la pente des collines calcaires, nues, exposées au nord, qu'elle paraît se plaire, et où elle se multiplie le plus, sous forme de petits buissons hauts seulement de 3 à 4 pieds, tandis que les individus qui croissent en bonne terre dans les bois s'élèvent à la hauteur de 12 à 15 pieds. Le genévrier commun a les rameaux étalés , pendans ou inclinés, diffus ; les feuilles opposées 3 par 3, linéaires, piquantes, longues de 6 lignes, d'un vert sombre et foncé. Ses fleurs, petites et de peu d'apparence, s'épanouissent en mai, et il leur succède de pelits fruits ronds, noirâtres, un peu charnus, globuleux, de deux lignes de diamètre, mûrissant en automne, d'une saveur très-aromatique, acre, un peu amère, et dont on fait usage en médecine et surtout en économie domestique. Dans plusieurs départemens, les pauvres se fabriquent une boisson en mettant une certaine quantité de fruits de genévrier dans un tonneau avec de l'eau , et en remuant le tout de temps en temps; il en résulte une liqueur piquante, aromatisée, qui d'abord ne paraît pas agréable, mais à laquelle on s'accoutume.
Le genévrier commun ne devenant jamais grand, son bois est ordinairement abandonné aux pauvres gens, qui en font des bourrées pour brûler. Dans les endroits où il s'élève en petit arbre, on l'exploite en merrains pour en faire des seaux et d'autres vases, qui durent très-long-temps, parce que ce bois est incorruptible et d'un grain très-fin. Il est d'ailleurs d'un assez beau rouge qui s'avive encore avec le temps. Je n'ai rien à dire sur la multiplication de ce genévrier, puisqu'on ne le cultive pas, et qu'on laisse à la nature et aux oiseaux le soin de sa conservation.
Genévrier d'Orient (Juniperus excelsa, Wild.).— Celui-ci est un grand arbre pyramidal, originaire des bords de la mer Caspienne, où il croît, selon Willdenow, dans les sols arides et pierreux. On ne le connaît guère en Franèe que par quelques individus qui existent çà et là dans quelques jardins, et qui proviennent de graines envoyées de Madrid par le docteur Ortega il y a environ 50 ans. Malheureusement ce peu d'individus se trouvent tous mâles ou stériles. Ce n'est même que depuis très-peu d'années que l'on a porté quelque attention au seul pied de cette espèce planté dans le temps au Jardin-du-Roi à Paris ; et comme si une fatalité le poursuivait, il se trouve placé si près de l'endroit où l'on élève aujourd'hui (1834) un nouveau cabinet de minéralogie, qu'il n'est pas probable qu'il puisse être conservé. Le tronc de cet arbre a 15 pouces de diamètre sur une assez grande longueur; sa hauteur n'est guère que de 45 pieds , parce que, gêné, étouffe par des arbres voisins pendant sa jeunesse, il n'a pu jouir de l'air qui lui était nécessaire pour s'élancer selon sa nature; mais on voit assez que sans ces inconvéniens il aurait formé un beau fût; et comme tous les genévriers ont le bois précieux par leur couleur, leur densité et leur force, on regrette que celui-ci ne soit pas par millions sur le sol de la France.
Depuis 3 ans seulement on a commence à le multiplier avec assez de succès par la greffe en fente et herbacée sur le genévrier de Virginie; mais ce dernier genévrier n'étant qu'un petit arbre, il ne pourra jamais fournirau genévrier d'Orient assez de nourriture pour en faire un grand arbre. Peut-être que si on le greffait sur racine, il s'affranchirait et prendrait le développement qui lui est naturel. Dans tous les cas, il vaudrait toujours mieux en faire venir des graines de son pays natal, et le multiplier abondamment de semis sur notre sol.
Genévrier de Virginie {Juniperus Virginiana,\j\x\.). On appelle assez communément celui-ci cèdre, cèdre rouge, cèdre de Virginie.hes crayons de plombagine sont enveloppés de son bois, qui est rougeâtre et odorant. C'est un arbre qui, dans son pays, s'élève à la hauteur de 30 à 40 pieds sous une forme pyramidale ; mais ici on n'en connaît guère qui aient plus de 20 pieds de hauteur; ils sont trèsrameux, laissent pendre leurs branches flexibles, effilées, couvertes de très-petites feuillées ternées, imbriquées, et beaucoup moins longues et piquantes que dans le genévrier commun. Les fleurs des individus mâles répandent un pollen si abondant qu'il en résulte un petit nuage jaunâtre lorsqu'on les secoue. Les pieds femelles se chargent d'une énorme récolte de fruits bleuâtres, moins gros que des pois, et moins aromatisés que ceux du geiievrier commun. On ne s'en esrt que pour multiplier l'espèce.
J'ai vu exploiter en planches des troncs de genévriers de Virginie crûs en France ; ils avaient 8 ou 9 pouces de diamètre; leur aubier était blanc, et formait à peu près le tiers de leur diamètre; le cœur était d'un aussi beau rouge, était aussi fin, aussi odorant, et se polissait aussi bien que celui qui nous vient d'Amérique. Je pense donc que le cèdre ou genévrier de Virginie, qui jusqu'ici n'a été cultivé que comme arbre d'ornement dans les jardins paysagers, pourrait se cultiver en grand pour l'usage de son bois. Son éducation n'offre aucune difficulté. On en sème les graines en terre légère ou de bruyère à miombre; on repique le jeune plant à un pied de distance pour le faire fortifier, et on le met en place quand il a atteint la hauteur de 2 à 3 pieds.
Parmi les autres genévriers qui peuvent se cultiver en France, mais dont le bois n'est de nulle valeur, je citerai seulement le Cade, Juniperus oxycedrus , qui fournit l'huile de cade dans nos départemens méridionaux, et la S abine, Juniperus sabina, qui se reconnaît à son odeur forte et désagréable, et dont on fait usage particulièrement dans la médecine vétérinaire.