D'UN ÉTABLISSEMENT
raux appartient de droit et en propre à l'administrateur qui, au besoin et suivant la nécessité, peut déléguer une partie de son autorité à d-s personnes de confiance. Néanmoins, nous lui conseillons de ne jamais se dessaisir entièrement de ce droit, qu'il ne pourrait déléguer en entier sans courir les risques de voir les opérations perdre de leur ensemble et de leur activité, et souvent rétablissement et les capitaux qu'il représente compromis par l'indifférence d'agens secondaires qui, rarement, portent le même zèle, le même scrupule et autant d'attention que le mailre dans tous les détails dont se compose l'administration d'un grand établissement.
Afin d'exercer d'une manière comp'ète et régulière cette police, l'administrateur fait d'un cdlé tous les réglemens qu'il juge nécessaires pour prévenir ou punir toute faute ou délit et pour arrêter dans leurs conséquences tous les accidens graves ou les événemens fâcheux. Il fait choix de personnes de confiance, et sur le zèle desquelles il peut compter, qui doivent le remplacer dans certaines occasions ou l'assister en cas de besoin. 11 constate par lui-même ou par ses m ndataires toute atteinte portée à son droit de propriété, défère les délinquans aux magistrats compétens, poursuit et soutient toutes les actions judiciaires, etc. De Pautrecôlé, il fait personnellement ou fait exécuter par ses agens de fréquentes inspections . Ces inspections peuvent être entreprises à des époques fixes et à des intervalles réguliers dans le cours de l'année, mais elles n'excluent pas d'autres visites que l'entrepreneur doit faire tout à coup, de temps à autre et sans être attendu, et qui lui permettent d'observer une foule de choses importantes, qu'on dissimule souvent ou qu'on cherche à cacher à l'oeil du maitre quand on sait qu'il va parai tie.
Pendant ces sortes d'inspections, l'administrateur examine en détail et avec soin toutes les causes générales ou particulières qui tendent à détériorer son fonds et à diminuer sa fécondité; il inspecte avec la plus scrupuleuse attention tous les objets immobiliers qui le garnissent, étudie leur état de conservation, constate leurs détériorations ou les dommages qu'ils ont éprouvés, apprécie leur durée probable; puis, passe aux récolles sur pied, s'assure de leur état, médite sur les mesures qu'il sera nécessaire de prendre pour conjurer ou atténuer l'effet des fléaux ou arrêter les attaques extérieures dont elles peuvent êire l'objet.
Partout il consigne par écrit, et dans un carnet spécial, toutes ses observations et tous les renseignemens dont il juge qu'il aura besoin. Rentré chez lui, il prend, d'après ses notes, toutes les dispositions nécessaires pour remettre les choses en état et rétablir l'ordre; il dresse le projet de tous les travaux pour réparations ou améliorations (voy. p. 404) qui doivent être entreprises sur le fonds; et enfin il arrête les mesures qu'il croit utiles pour faire punir les délits et les contraventions.
Pour diriger avec plus de facilité et d'ensemble les agens qui doivent prévenir, constater ou réprimer les délits ou les attaques contre sa propriété, ou bien les travailleurs qui réparent ou rétablissent les lieux ou les objets immobiliers, l'administrateur a constamment sous les yeux le plan cadastral ou la carte topographique ^ qu'il a fait dresser, et où sont indiqués l'emplacement des bornes et poteaux qui fixent les limites de son héritage, le relief et les accidens du terrain, la division des pièces de terre, les chemins ruraux, les clôtures, les cours ou amas d'eau et les sources, et tous les objets d'art et de construction établis sur le fonds. Chacun de ces objets porte un numéro d'ordre qui renvoie à l'état de lieux dans lequel ils ont été décrits avec détail et précision au moment de l'entrée en jouissance.
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ADMINISTRATION RURALE
D.ms l'exercice de la police des champs et bàtimens ruraux l'admin;strat.eur doit être guidé par les principes généraux su i vans:
Tout abus, tout acte de négligence qui peut avoir causé un dommage quelconque au fonds ou aux objets qui 9'y trouvent établis, que ces actes ou abus proviennent des serviteurs de l'établissement nu des étrangers, doivent èire réprimés avec sévérité. La fermeté, dans des cas semblables, est indispensa !e si on ne veut pas voir quelques actes d'indulgence consacrer ces abus et les rendre, avec le temps, intolérables et très difficiles à déraciner.
De même, les délits doivent èire punis ou poursuivis avec vigueur; c'est un bon moven pour les arrêter dans leur cours et les rendre moins fréquens et moins audacieux.
Un désastre, de quelque nature qu'il soit et quelle que soit la cause qui lui donne naissance, doit, aussitôt qu'il a été constaté et qu'on a pris les mesures de précaution pour en prévenir le retour, être réparé sans délai. Dans un établissement rural, tout devant être dans une activité constante, les grands inslrumens de la production, comme le fonds de terre ou les choses qui doivent en faciliter l'exploitation, tels que les chemins, canaux, fossés, rigoles, etc., doivent être constammeut dans le meilleur état d'entretien si on veut tirer de ce fonds un bon service ou le plus grand produit qu'il soit capable de donner.
De !a même manière, les détériorations ou dégradations aux objets qui garnissent le fonds, tels que bàtimens ruraux, constructions diverses, etc., ne doivent pas éprouver de. délai ; la négligence, dans ce cas, ne tarde pas à accroître le mal dans un rapport qui augmente en progression toujours croissante et qui finit par jeter dans des dépenses considérables pour le rétablissement des lieux. Par des réparations légères et (aites à propos, non -seulement on prévient des détériorations fort étendues, maison prolonge souvent pour un temps assez long la durée d'un mur, d'un plancher et même d'un bâtiment tout entier qui, sanscel entrelien, eussent été en peu de temps hors de service et eussent nécessité une nouvelle construction, toujours trèsdispendieuse. Rien d'ailleurs ne témoigne mieux de l'habileté de l'administrateur et de la prospérité de son établissement que le bon état d'entretien des objets immobiliers. Partout où l'agriculture est mal dirigée, nonseulement les terres y sont en mauvais état, mais les bàtimens y tombent en ruines*, les objets d art n'y reçoivent nul entretien, et les uns et les autres, devenus peu à peu impropres à remplir leur destination, font descendre au plus bas degré le produit net du domaine.
Section II. — De la direction économique et administrative des objets mobiliers.
Nous comprendrons, dans les considérations où nous allons entrer dans cet article, tous les objets qui font partie du capital d'exploitation de l'entrepreneur, et, comme nous savons déjà que ce capital se divise en 2 portions, l'une, qui est engagée, et l'autre, circulante; nous profiterons de cette distinction pour étudier chacune d'elles dans 2 paragraphes différents.
$ 1er. — Des objets qui forment le capital fixe d'exploitation.
Le capital fixe ou engagé d'exploitation, ainsi qu'il est expliqué à la page 38 7, sert à se procurer des bêtes de trait et de rente, ainsi que le mobilier qui doit gar-
nir l'établissement. Tous ces objets sont de leur nature périssables, et c'est de leur bon entretien que dépend la conservation de cette partie du capital d'exploitation.
Dans un établissement bien organisé et où tout marche d'après les principes d'une bonne direction, le capital engagé d'exploitation n'est susceptible d'aucun accroissement utile; ainsi, il ne peut être question d'augmenter le nombre des instrumens ou des machines, ainsi que celui des animaux de trait ou de rente, puisque ces services ont reçu, dans leur organisation et des l'origine ou successivement, tous tes dé\e'oppemens qu'ils comportent Tous les soins de l'adminisiratenr doivent tendre à conserver à cette partie de son capital la plus grande partie de sa valeur, et à s'ciposer à ce qu'il y ait dépérissement ou perte complète par une cause quelconque.
Les causes qui tendent à amener le dépérissement et la détérioration du capital fixe d'exploitation son!,dan« les cas ordinaires, les accidens graves, lesépizooties ou l'incendie, le temps et l'usage; enfin, les hommes par cas fortuit ou à dessein.
Aux lrM causes, l'adminis'rateur oppose l'assurance sur la vie des animaux et contre l'incendie; il remédie aux 2e* par l'entretien et les réparations, et aux 3es par les% mêmes moyens, mais en y joignant une surveillance active pour les prévenir ou pour réprimer, ainsi que nous le dirons plus loin, les désordres auxquels elles donnent lieu.
La base sur laquelle on s'appuie pour la conservation de cette portion du capital d'exploitation est l'inventaire ou étal détaillé de tous les objets mobiliers, appartenant au capital fixe, qui se trouvent sur l'établissement. Cet inventaire fait connaître non-9eulement le nombre de ces objets, mais leur état, âge ou condition au moment où ils ont ^té inventoriés. Chaque année ensuite, et plus souvent si on le juge utile, on vérifie, l'inventaire à la main, le nombre de ces objets, les détériorations qu'ils ont éprouvées par des causes quelconques, et on détermine la remonte ou les réparations qui sont nécessaires pour maintenir les services en bon état et s'opposer à la perte, la dissipation ou la diminution de la valeurde cette portion des capitaux.
Examinons maintenant en particulier les principes applicables à la direction économique de chacun des services dont se compose le capital fixe d'exploitation.
i° Des animaux de trait.
L'objet le plus important qui puisse occuper l'administrateur dans la direction économique de ce service, ce sont les moyens d'obtenir des animaux la plus grande somme de travail au moindre prix possible. Pour atteindre ce but, quand le service des attelages a été organise avec habileté, il est nécessaire de porter son attention sur !e régime qu'on doit adapter pour les animaux de travail.
Le régime des animaux, quand il est bien dirigé, contribue essentiellement à entretenir leur vigueur et leur santé. Toui animal auquel on fait suivre un mauvais régime ne rend pas la totalité des services dont il est susceptible et souvent dépérit avec promptitude. Une bête de trait, qu'on est obligé de laisser à l'écune par une cause ou une autre, est toujours très onéreuse pour un établissement. Il faut donc avant tout s'appliquer à régler le régime des bêtes de trai», de façon i^u'on les maintienne autant que possible dans un état constant de santé et de vigueur, et chercher, dans la direction de ce service, à n'entretenir que des animaux sains et robustes, dont on puisse, avec des soins convenables, tirer un bon travail. Un animal faible, mala-
DIRECTION ÉCONOMIQUE D'UN ÉTABLISSEMENT
chap. 1er.
difoudont on n'obtient qu'un mauvais service doit être réforme. \Jn bon cheval ne cnùie pas plus à nourrir qu'un mauvais el rend bien plus de services.
Lj régime des animaux de travail embrasse les soins de propreté et hygiéniques, leur alimentation et leur application au travail.
Nous n'entrerons pas ici dans des détails sur les soins de pruprete que réclament les bêtes de travail et les mesures hygiéniques qu'on doit prendre relativement ? la salubrité e leur habitation et des objets qui sont à leur usage, parce qu'on trouve dans le livre qui traita de l'éducation des animaux domestiques toutes les instructions qu'on peut dé>irer sur ce sujet.
Relativement à leur alimentation, nous avons également peu de considérations à présenter, parce qu'on a, dans le même livre, traité la question avec étendue. Nous croyons devoir rappeler que le mode d'alimentation a une influence hien décisive sur la vigueur et la sanié des animaux, et que nous avons déjà eu occasion, dans le cours de ce livre (p. 435), d'établir que la quantité de travail qu'on tire d'un animal est presque constamment proportionnelle, dins certaines limites, à la quantité et à la qualité de ses alimens; ce qui démontre la nécessité de choisir et régler ceux-ci de manière à atteindre le plus économiquement possible le but qu'on se propose.
Enfin, dans l' application des animaux au travail, il ne faut jamais perdre de vue qu'ils ne sont capables que d'une certaine quantité d'action, qu'en exiger des travaux au-delà de ce qu'ils peuvent fournir suivant leur force, leur condition ou leur alimentation, c'est les user et les mettre promplemenl hors de service, ou mieux onsommer en peu d'instans, et presque sans fruit, une valeur capitale dont, avec plus de soin, on aurait tiré des services utiles pendant un temps beaucoup plus long.
Afin d'être à même de diriger dans tous ses détails le service qui nous occupe, l'administrateur fait de fréquentes visites à ses animaux de travail; il les examine les uns après les autres en particulier, sous le rapport de leur bon entretien, et observe, par lui-même ou par le secours d'un homme de l'art, leur état sanitaire. Puis, il s'assure que les animaux ont reçu exactement leurs rations d'alimens, que ceux-ci ont été distribués aux époques, aux heures et de la manière déterminée par lui, qu'il n'a été commis sous ce rapport aucune fauie ou infidélité, que les soins de propreté ou les pansernens qu'il a prescrits ont été donnés r.vec régularité, qu'on a observé avec exactitude les mesures qui ont été arrêtées pour soigner les animaux indisposés ou malades ou pour exécuter celles relatives à la salubrité des écuries. des élabîes el des vases ou ustensiles à l'usage dc-8 animaux, el enfin il donne tous les ordres nécessaires pour compléter ou modifier en tout ou en partie ce service.
Dans ces inspections, il examine également Vinfluence du régime alimentaire qu'il a prescrit sur la force el la santé de ses bêles de trail ; il appmte à ce régime les modifications jugées nécessaires, soil par suite des circonstances dans lesquelles se trouvent les animaux, soit à raison des saisons, des époques de l'année agricole, etc.
C'est surtout quand les animaux sont appliqués au travail que ces inspections sont utiles et qu'el'es deviennent instructives pour l'administrateur. D'abord, avant le départ pour les champs ou pour un travail quelconque, il examine la manière dont on attelle ses animaux et s'il ne s'est pas glissé dans cette partie du service des négligences ou des abus q l'il doit s'empresser de réformer. Pendant les heures de travail, il se rend fréquemment sur les lieux, quand cela est possible, et vérifie si les attelages sont diriges et conduits
ainsi qu'il l'avait prescrit et anêté. Il examine ensuite comment on gouverne ses animaux dans ce travail, si on les maltraite, les blesse ou les surmène, si on abuse de leur force ou si le travail marche avec l'activité qui donne en même temps un bon résultat et procure l'emploi le plus fructueux ' de la force de? attelages sans leur faire éprouver une plus grande fatigué. Enfin, il assiste souvent au retour des champs de ses bêtes de trait, il les examine sous tous les rapports, donne tous les ordres nécessaires pour que chaque animal, soit sain, soit malade, reçoive dans cette occasion tous les soins que réclame son état el à ce que chacun d'eux trouve le bien-être qui doit rétablir ses forces épuisées. Des soins mal entendus ou de la négligence dans cette occasion tuent plus d'animaux que l'excès du travail et de la fatigue.
Afin de procéder avec régularité dans la direction du service d*»s attelages, il est nécessaire d'avoir un registre dans lequel on porte d'abord des détails empruntés I à l'inventaire des objets mobiliers et relatifs à chaque I bête de travail, tels que son numéro d'ordre particulier et le nom qui sert à le désigner, son âge, sa taille ou ! son poids; on y ajoute d'autres documens utiles sur ! l'époquede son acquisition, se6 qualités et son aptitude plus ou moins grande pour certains travaux. Dans ce même registre, on peut, à la suite de ces renseignemens ouvrir une sorte de compte à chaque animal, noter, chaque fois qu'il sort, l'agent auquel il a été confié et qui doit en être responsable, les heures de sortie el de retour, la quantité et la qualité du travail qu'il a fourni, les circonstances ou accidens qui ont pu se présenter pendant le cours du travail, etc. Ce registre eu livre de notes offre par la suite une foule d'élémens précieux pour faire dtscalculs ou desévaluaiions économiques.
Toutes ces mesures d'ordre ne seraient d'aucune utilité si on ne savait pas en même temps diriger avec intelligence la partie mécanique do. service des attelages. L'administrateur devra donc, après avoir anêté l'étendue et la nature des travaux qui devront être exécutés, ainsi que nous le dirons plus loin, déterminer le nombre des atlelagts qui en seront chargés, les animaux qui seront attelés, le jour et l'heure où les travaux commenceront et où iis devront être terminés, la durée des attelées el du repos, les précautions à prendre en se rendant au lieu du travail et au retour, etc. Dans l'exécution de toutes ces mesures, on cherchera antanl que possible à n'atteler que le nombre d'animaux strictement nécessaire, en ayant égard à la nature des travaux, aux difficultés ou accidens qu'ils présentent, et en même temps à ce que ces travaux soient exécutés avec la perfection et la célérité désirables. On s'assurera, par des comparaisons ou en consultant l'expérience, que le mode adopté est celui qui donne à la fois les résultats les plus satisfaisans el les plus économiques.
Quand les attelages seront envoyés au loin el quitteront rétablissement pendant plusieurs jours, il faudra redoubler d'attention relativement aux mesures d'ordre à observer pour les diriger. C'est ainsi qu'on arrêtera, et au besoin par écrit, une instruction qu'on délivreraà l'agent chargé delaconduitedesanimaiix, sur la longueur des étapes, le régime alimentaire en route, les soins hygiénique*, et, enfin, les mesures a prendre en cas d'accident. En général, ou ne doit donner ces sortes de missions qu'à dès personne* ou aides de confiance, el même s'assurer, quand cela esl possible, de quelques moyens de contrôle et de vérification. Il est presque toujours désavantageux que les agens, les bêles de trait, les inslrumens ou les véhicules soient, pendant un certain temps, soustraits à la surveillance immédiate de l'administrateur.
Les vrais principes de l'économie prescrivent d'entretenir les a le luges dans une activité constante, sans toutefois porter la fatigue au point de mettre temporairement les animaux hors d'état de travailler et de les rendre pour toujours impropres au service. Nous avons vu, en effet, dans le chap. IV du lit. III, combien le prix du travail des animaux s'accruîl à mesure qu'on diminue le nombre des heures et des journées de travail dans l'année, et combien il importe à la prospérité d'un établissement que ce travail annuel soit porté au maximum qu'il peut a'teindre dans le climat où on se trouve, suivant la nature du terrain et les difficultés naturelles qu'on doit vaincre, et suivant l'espèce de bêtes de trait qu'on fait fonctionner.
Les travaux qu'on fait exécuter aux attelages doivent avoir la plus haute valeur possible. On ne doit s'écarter de ce principe que lorsqu'il n'y a aucun autre travail important à faire sur l'établissement et que les menues occupations ne peuvent être laites à meilleur marché. C'est en se basant surce principe qu'un agronome instruit blâme avec juste raison les fermiers de certains districts de l'Ecosse, qui appliquent plusieurs de leurs attelages, dans la saison de l'année où leur service est le plus utile et le plus urgent pour les travaux des champs, à voiturer d'une grande distance et pour leur usage personnel de la tourbe qu'on pourrait leur délivrer chez eux à un prix très modique, tandis que, par cet emploi peu judicieux de leurs attelages, elle leur revient à un prix élevé.
Nous avons peu de chose à ajouter ici à ce que nous avons dit à la page 434 sur les frais d'entretien du service des bêles d'attelage, nous désirons seulement rappeler aux administrateurs qu'il paraît démontré que tout en tirant des animaux la plus grande somme de travail, on peut, par des soins inte'ligens et une bonne alimentation, prolonger la durée de leur vigueur et de leur ex su-nce, ce qui diminue la prime annuelle pour renouvellement qui est la conséquence de leur prompt dépérissement, et par suite le prixde leur travail; tandis qu'aveede la négligence ou par ignorance on éprouve des pertesqui exigent, pour être réparées, des frais énormes d'entretien qui rendent alors le travail des attelages, où ces frais entrent comme él mens, fort dispendieux.
Il faut bien se garder de laisser dégénérer la direction du service des attelages en une sorte de routine indifférente; au contraire, on ne saurait y apporter tropdesoin etd'intelligence.L'expérience,auboutd'uncerlain temps, a déjà dùdémoulrer, ou au moins faire clairement sentir, si, lors de l'organisation, on a fait choix de l'espèce ou de la race la mieux appropriée au pays, à la nature du domaine ou au mode d'exploitation adopté, et s'il est nécessaire d'apporter successivement des modifications à celte partie du service. Dans tous les cas, l'achat des animaux qui doivent servir à l'entretien exige des connaissances dans cette matière et une grande pratique; quand l'administrateur ne possède pas par lui-même ces connaissances et celte pratique, il doit redoubler de prudence et s'entourer des conseils d'hommes éclairés et probes. Les fautes dans ce genre donnent presque toujours lieu à des pertes importantes de capitaux.
2° Des bêtes de rente.
La majeure partie des obligations qui ont été imposées à celui qui conduit un établissement rural dans le paragraphe précédent, relativement à la direction économique et administrative du service des animaux de trait, doivent lui être également prescrites pour les bêtes de rente, et cVst un devoir impérieux pour lui de régler avec un soin tout particulier leur régime hygiéniqueel alimentaire, de s'assurer, par des visites 1res mul-
ADMINÏSTIIATION RURALE, tiv. vu.
tipliées, de leur état sanitaire et physiologique, et de
donner enfin tous les ordres ou prendre à leurégard toutes les mesures que les circonstances peuvent exiger. L'œil du maître, dit un proverbe vulgaire, engraisse les bestiaux. Rien ne témoigne mieux de l'état florissant d'un établissement quedes bestiaux bien choisis et bien entretenus, tandis que des bêtes chétives, maigres et débilessont toujours 1 indice d'une administration ignorante ou incapable et qui néglige tousses devoirs.
C'est une chose qui mérite les plus mûres réflexions de la part d'un administrateur que de déterminer à qui il doitco/z/?er le soin de ses bestiaux, surtout lorsque ceux-ci ne restent pas constamment à l'élableet sous son contrôle immédiat. Dans ce cas, c'est en effet du choix de l'agent q 'on chargera de cet objet que dépendra en grande partie la prospérité du troupeau, et il ne suffit pas que cet agent soit probe, actif, vigilant et qu'il ait le courage nécessaire pour défendre les animaux qu'on met sous sa garde, il faut en outre qu'il ait des connaissances pratiques dans l'économie du bétail qu'on lui confie ou au moins qu'il ait assez d'intelligence pour observer et mettre en pratique les préceptes et les instructions que le maître lui donne. On néglige trop souvent cette importante branche du service, soit par économie, soit par indolence, et on livre à des enfans ou à des individus dépourvusa intelligence ou des qualités qu'on doit rechercher dans ces sortes d'agens une portion nolable et importante de son capital, au risque de lui faire éprouver, par suite de leur incapacité ou de leur incurie, des avaries considérables et peut-être de le perdre en totalité.
Dans tous les cas, les troupeaux qui vont prendre aux champs une partie de leur nourriture seront soumis à des mesures particulières relativement aux époques du pâturage, aux heures desortie des étables ou bergeries et à celles du retour, à la manière de les conduire dans les pâturages aux époques du jour où ils devront pâturer, aux pâturages ou enclos qui leur seront abandonnés suivant les saisons, les temps, la qualité, la nature des pâlis, la taille des animaux, leur race, leur destination, l'époque du part, etc.
Pendant ses inspections l'administrateurvérifiera en particulier ses besliaux et s'assurera que les mesures qu'il a prescrites ont été observées rigoureusement, que ses animaux reçoivent les soins convenables, qu'ils ne courent aucun danger et qu'on exerce sur eux une surveillance active et éclairée.
Quant à la nourriture à l'élable, à la bergerie ou dans des cours, la surveillance doit être également très active, afin qu'il ne se glisse aucun abus; un peu de négligence sur ce point entraîne parfois à des mécomptes dont on a peine à deviner l'origine. Par exemple, quelque petit, je suppose, que soit le dommage causé par des valets ou la perle qu'ils font éprouver par une cause quelconque à l'établissemenl sur la ration de chaque animal en particulier, cette perle, multipliée par le nombre des rations distribuées dans la journée à chaque tête, puis parle nombrede têtes de bétail, et enfin par celui des jours de l'année, peut, au bout d'un certain temps, présenter une effroyable dilapidation des ressources accumulées pour l'alimentation des bêtes de rente.
Dans cette distributiondes alimens, tout doit être réglé de telle façon que tout en conservant la santé et la vigueur des animaux on obtienne d'eux la plus grande quantité de produits qu'ils puissent donner avec le moins de sacrifices possible. Ainsi, l'expérience apprendra bien vite à connaître quelle est la ration d'entretien de la vie des animaux dans une race donnée,la ration de production ou celle qui, indépendamment du soutien de leur vie leur permet de donner encore du lait, de la laine, de la graisse, etc. ; et enfin comment
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doit se composer celte ration pour obtenir ces produits aux conditions les plus favorables, c'est à-dire quelles substances alimentaires sont les plus propres et les plus économiques pour favoriser, suivant les espèces et les races, la sécrétion du lait, l'engraissement, la production d'une laine plus ou moins fine ou le développement des masses musculaires.
Une chose qu'il ne faudrait jamais perdre de vue, c'est de Rassurer des alimens en quantité' suffisante pour le bétail pendant tout le cours de l'année agricole. Toutes les années ne se ressemblent pas, toutes ne sont pas également productives, et il faut chercher, si on ne veut pas être obligé à des ventes ruineuses de bestiaux dans les saisons défavorables, à faire venir les années d'abondance au secours des années de disette, couvrir les années faibles par les fortes, en établissant, dans lepremiercas, une réserve pour les années qui suivent.
Nous conseillons, quand on pourra le faire sans trop de perte de temps ou de main-d'œuvre, de distribuer les rations d'alimeus aux animaux au poids, à la mesure ou au volume. Par cette méthode, on fait certainement une économie notable sur la quantité de substances alimentaires ainsi employées, et on a en outre l'avantage, quand on tient un compte exact des quantités délivrées, de posséder des élémens précieux pour établir un contrôle et un grand nombre de calculs économiques qui sont d'un haut intérêt sur un établissement bien dirigé.
Dans la direction du service du bétail^ il est un objet dont l'administrateur doit exclusivement se charger lui-même ou dont il ne doit confier le soin qu'aux agens les plus intelligens et les plus instruits parmi ceux qui le secondent. Cet objet, c'est la propagation de ses bêles de rente et Y amélioration progressive de la race de ses troupeaux. Ce sera donc lui qui classera les animaux du troupeau suivant leur sexe, âge ou qualités, qui déterminera ceux qui seront destinés à la propagation et les sujets qui seront accouplés, qui fixera l'époque de la monte, pour que les élèves arrivent au temps opportun, la manière dont elle s'opérera et le régime des animaux propagateurs, qui suivra toutes les phases de la gestation, assistera, autant que possible, à l'instant du part, veillera à ce que les bêles portières et leurs petits reçoivent les soins convenables, qui étudiera avec toute l'attention dont il sera capable les résultais obtenus, les modifications dont le système de propagation peut èlre susceptible, et qui, par la comparaison des animaux nouvellement créés sous le rapport de la taille, du poids, de la quantité ou de la qualité des produits, s'appliquera à introduire tous les perfectionnemens qui doivent porter son troupeau au plus haut degré de réputation et de prospérité.
Pour diriger plus facilement le service des bêtes de renie et pour déterminer avec maturité et réflexion les animaux qui seront chargés delà propagation, on commence par assigner à toutes les bêles du troupeau un numéro d^ordre, qu'on leur imprime sur quelque partie apparente du corps par des moyens dont nous n'avons pas à nous occuper ici, et en se servant directement de chiffres ou de signes arbitraires et conventionnels. Ce numéro d'ordre est ensuite porté dans un registre sur lequel- on inscrit à la suite l'époque de la naissance de l'animal, les pères, mères ou autres ascendans dont il provient, son sexe, les particularités qu'il a présentées aux diverses phases de sa vie, ses caractères sous le rapport de sa laille,de son poids, de sa forme, de la quantité et de la qualité de sa viande et de ses produits, de sa prompte ou lente croissance, de sa faculté d'engraisser, de sa fécondité, de sa constitution et de ses facultés prolifiques. On y ajoute en outre quelques détails sous ces divers rapports sur les animaux dont il descend, quand ils ne sont pas nés sur
AGRICULTURE
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l'établissement. Chaque fois ensuite qu'on veut accoupler des animaux, on consulte le registre et on combine par son secours ses moyens de propagation. De celte manière, on voit d'un seul coup d'œil les succès et les revers qu'on a obtenus dans les essais qu'on a tentés; on évite de faire de nouvelles fautes et on marche avec plus de certitude dans la carrière des améliorations.
C'est encore au moyen du registre où est inscrite l'histoire de chaque animal du troupeau qu'on détermine les bêles qui doivent être mises à la réforme ou engraissées, qu'on voit en un instant les élevés dont on peul disposer, soit pour l'entretien du troupeau, soit pour la vente, ou ceux dont on aura t besoin pour donner une marche plus accélérée aux améliorations qu'on projette dans ce service.
La récolte des produits fournis journellement ou à certaines époques par les bêtes de rente exige une surveillance toute particulière, d'abord pour qu'elle soit faite avec le soin et l'attention convenables, ou pour que ces produits n'éprouvent aucune avarie sous le rapport de leur quantité ou de leur qualité, mais ensuite pour qu'il ne soit commis aucune infidélité de la part de ceux qui sont chargés de les recueillir ou de tous autres.
L1 entretien du service des bêtes de rente doit se faire d'après des principes bien simples et sous 2 points de vue différens.
D'abord on doit chercher, comme nous venons de le dire, à ce que les produits du troupeau ne perdent ni sous le rapport de la quantité, ni sous celui de la qualité. Ainsi, toute bête dont les produits sont inférieurs sous ces 2 rapports à ceux de la majorité du troupeau, ou celle dont les produits ne paient pas aussi avantageusement les frais de sa nourriture, de 6a litière, des soins qu'on lui donne et îes intérêts de ceux de son éducation, doit être réformée pour faire place à une autre qui réunit à un degré plus éminent les qualités générales du troupeau ou même des qualités supérieures.
Il faut ensuite maintenir le troupeau au complet et
tretenir le même des cas particuliers.
Dans un troupeau de bêles à cornes bien dirigé et qui consiste en bêles saines et d'un âge moyen, et dans lequel on met à la réforme les animaux maladifs, faibles ou vieux pour les remplacer à des époques régulières par des jeunes, on compte que les pertes causées par les accidens et par la mort s'élèvent à 3 p. 0/0 par an au moins et qu'il est même prudenl de les porter à 5. En y ajoutant 10 à 12 p. 0/0 pour le remplacement dc3 animaux de réforme, on verra qu'il faut en somme, dans les années ordinaires, remplacer de t5 à 17 centièmes des bêtes d'un troupeau, si on ne veut pas en voir décroître le nombre. Dans cette évaluation ne sont pas comprises les chances résultant des épizoolies et maladies contagieuses qui élèvent encore le chiffre annuel d'entretien, mais qu'il est difficile d'évaluer avec exaclitude.
Dans les mêmes circonstances que celles précitées et quand le climat et les pâturages sont bien adaptés à la race des animaux, il parait que la perte pour accidens ou mort3 subites ne s'élève pas non plus, dans un troupeau bien soigné de moutons à laine fine, au-delà de 5 p. 0/0, mais peut, dans des circonstances moins favorables, atteindre 10 et même 12 p. 0/0; en y ajoutant 15, 18 ou 20 p. 0/0 suivant l'âge auquel on engraisse ou réforme en moyenne les bêtes adultes, on connaîtra l'entretien qu'un troupeau de cette e&pèce exige annuellement.
11 est quelquefois nécessaire, afin de pourvoir à cet entretien, de connaître la quantité d'élèves qu'en eslen droit d'espérer d'un certain nombre de bêles adultes