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CAUSES GÉNÉRALES QUI INFLUENT SUR UN SYSTÈME

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possède et les capitaux dont il dispose pour en tirer la plus grosse somme possible d'avantages et de bénéfices. Ce sujet en effet se rattache par tous les points à l'organisation du domaine, ainsi que nous avons eu plusieurs fois l'occasion de le rappeler dans le titre II; il domine toutes les opérations qui appartiennent à la direction générale d'un établissement, exige l'exercice de toutes les facultés de l'entrepreneur, et forme, ainsi qu'on l'a dit avec raison, le trait le plus caractéristique d'une bonne ou d'une mauvaise culture, et celui qui exercera par la suite le plus d'influence sur le succès de l'établissement.

Considéré sous un point de vue aussi général, le choix d'un système d'exploitation exigerait qu'on entrât dans des détails très étendus sur toutes les considérations qui se rattachent à un sujet aussi important, et qu'on lui consacrât de longs développemens; mais la nature et le plan de cet ouvrage ne nous le permettent pas. Seulement, nous rappellerons qu'un grand nombre de questions intéressantes, qui se lient plus ou moins directement à ce sujet, ont déjà été traitées en particulier dans diverses parties de cet ouvrage, et que cette circonstance, jointe au motif ci-dessus, nous autorise suffisamment à nous renfermer dans les termes les plus généraux du problème.

Nous nous occuperons en 1er lieu des causes influentes dans le choix d'un système d'exploitation; puis, nous terminerons par des considérations propres à diriger l'agriculteur dans ses applications dans une des parties les plus difficiles de l'administration des domaines.

Section Ire. — Des causes générales qui influent sur le choix d'un système d'exploitation.

Lorsque nous nous sommes occupés de l'organisation des domaines ruraux dans le titre II, nous avons essayé (page 380), de définir ce que, dans un système d'exploitation, nous entendions par systèmes d'économie rurale et de culture, ainsi que par plan de culture et

iménagement. Nous partirons de cette base dans la classification des matières qui vont faire le sujet des paragraphes suivans.

Du système d'économie rurale.

Si l'on suppose qu'un domaine rural quelconque , abandonné depuis long-temps aux seuls soins de la nature, soit remis tout à coup aux mains d'un administrateur instruit et intelligent, la première chose à laquelle celui-ci doit songer, après qu'il aura fait une enquête régulièreetcornplètesur toutes les circonstances physiques, agricoles, politiques et commerciales au sein desquelles le domaine est placé, c'est de rechercher quel est le système d'économie rurale qui peut lui être applicable.

Trois systèmes économiques se présentent; celui où l'on s'occupe exclusivement de la production des végétaux, celui où la production animale est au contraire le but à peu près unique de l'exploitation , et eniin un système mixte ou qui participe plus ou moins des deux premiers. Examinons dans quel cas l'un ou l'autre de ces systèmes devient applicable en particulier.

1° De la production végétale. Dans •« système économique où la production \égéU*W est l'uïùuue ou a*

moins le principal but de l'établissement , les cultures qui peuvent entrer dans ce mode d'exploitation sont celles des forêts, des prairies, des plantes potagères , des arbres, arbustes et arbrisseaux industriels et eniin celle de tous les nomie agricole.

Tantôt la plantation et la culture desjbré'ts est impérieusement commandée parles circonstances locales; là c'est un terrain en pays de montagne en pente rapiJe et d'un accès difficile , sur lequel il serait impossible <le conduire la charrue et qui ne fournit que des pâturages peu abondants ou d'un faible produit , ou même un sol qui ne peut être misulilementen vaîeurque par des plantations de végétaux ligneux ; ici c'est un terrain dan3 une situation plus ou moins horizontale et en plaine , mais composé de telle sorte ou placé sous l'influence de circonstances locales de telle nature qu'il serait impossible, sans des efforts considérables et sans des avances de capitaux qui ne seraient pas en rapport avec les résultats qu'on obtiendrait, de lui donner d'autre destination que celle de servir à la culture des arbres des forêts ordinaires, des landes ou des terrains inondés, etc.

Tantôt au contraire, la plantation et la culture des grands végétaux ligneux de nos forêts est le résultat d'un choix molivé sur l'existence, dans le pays, de nombreuses usines qui consomment une grande quantité de bois et le paient à un prix élevé et satisfaisant, ou basé sur la présence aux alentours d'une multitude d'industries qui s'exercent sur le bois ou les produits des forêts; sur l'agglomération, à certaines distances, de populations richeset industrieuses qui consomment beaucoupdebois et le paient forlcher; sur l'existence, ausein même du domaine , d'une rivière flottable et navigable où le bois est transporté à peu de frais dans des villes importantes et de grands centres de consommation , où il est toujours d'un prix élevé; ou enfin, sur la proximité des arsenaux militaires et maritimes de construction , ou au moins des voies faciles de communication avec ces vastes établissements où l'on consomme des masses énormes de bois.

La culture exclusive des prairies permanentes n'est avantageuse que là où l'on possède des fonds excellents qui donnent de celle manière, et à surface égale, un produit net suppérieur à celui qu'on pourrait tirer de ces fonds s'ils étaient soumis à la charrue; ou bien où certaines circonstances locales, le défaut de capitaux ou toute autre cause ne permettent pas de tirer autrement des fruits d'un fonds. Près des villes riches et populeuses, des lieux de garnison de cavalerie , des grands établissements qui nourrissent beaucoup de bêtes de trait ou de bestiaux , et où l'on est certain de placer le foin à un prix élevé; la culture du sol en prairies permanentes , quand il se prête à ce mode d'exploitation , peut être exclusivement adoptée pour tirer des fruits d'un domaine.

La culture des plaines potagères, pour la nourriture des hommes et sans bestiaux, n'a également de succès que près des grandes villes et dans un rayon d'une certaine étendue autour de ces centres de consommation. Nous en dirons à peu près autant de celle des vergers, à moins qu'on netrouveaux fruits une autre destination, soit en les conservant, soit en les transformant en d'autres produits d'un débit plus étendu.

Le mùrieme peut être raisonnablement cultivé que dans les lieux où l'on s'adonne déjà avec succès à lé' ducation des vers à soie.

La culture de la vigne , celle de Y olivier , du câprier , etc. ne sont favorables que dans des climats. des expositions ou des terrains parfaitement adaptés à ces végétaux; où ils fournissent des produits de bonne qualité, ou qui trouvent un écoulement sur et permanent.' oui me <jù '^ culture des terres arables est peu

avancée, ou bien où celles-ci ne pourraient, à surface égale, donner les mêmes profils, dans les localités où les engrais sont rares, etc.

Enfin, on voit près des grandes villes, des usines , des fabriques, qui fournissent en abondance et à bas prix les engrais nécessaires pour soutenir la fécondité des terres, de» établissements ruraux , où l'on s'adonne avec succès et sans bestiaux à la culture de tous les végétaux utiles qui peuvent entrer dans l'économie agricole.

2° De la production animale. La production animale seule et sans culture de la terre , pourrait souvent être considérée plutôt comme une spéculation mercantile que comme une brandie distincte d'économie rurale. On l'observe particulièrement dans les localités où J'on trouve des herbages riches et abondants, tels que les plaines basses de la Normandie, de la Hollande , du Holslcin , etc. ; ou bien dans certains pays de montagnes comme en Auvergne et en Suisse, qui sont couverts de pâturages abondants, et substantiels, et où les terres ne pourraient avoir une destination plus avantageuse et donner des produits plus faciles à récoller. On rencontre encore ce système en pleine vigueur dans des contrées peu avancées en agriculture, où le système pastoral est encore en honneur, où les terres, même les plus fertiles et les plus avantageusement situées, sont abandonnées au pâturage , et où l'on trouve facilement à louer celles-ci pour nourrir des troupeaux, qui forment tout le capital fixe d'exploitation d'un assez grand nombre d'éleveurs de ces contrées.

Depuis qu'il s'est formé dans les villes ou au sein des fermes elles-mêmes des élablissemens industriels et de s fabriques, tels que des distilleries, des féculeries, des fabriques de sucre de betteraves, des huileries, etc. dont les résidus abondants et vendus à bon compte peuvent servir à l'alimentation ou a l'engraissement des animaux domestiques, on a vu aussi se former des établissemens où, sans culture de terres , on s'est livré à la production animale avec des profits assez conslans.

La production du poisson dans les étangs toujours en eau, qui appartient encore à ces ystème économique, demande, pour êlredirigée avec quelques chances de succès, un concours de circonstances qu'un de nos plus habiles collaborateurs a cherché à faire connaître et apprécier dans l'article de ce volume qui est consacré aux étangs ( pag. 179). Il en est de même de l éducation et de l'e.igraissement des petits quadrupèdes et oiseaux domestiques, qu'on trouve souvent profitable en achetant à autrui leurs alimens, mais qui ne forment qu'une branche infiniment restreinte de l'économie rurale.

3° Du système mixte. Dans un système mixte d'économie rurale, on se livre simultanément à la production végétale et animale dans un rapport infiniment variable, mais qui, dans les élablissemens ruraux dirigés suivant les bons principes de la culture alterne, est soumis, comme nous le savons déjà, à des règles généralement fixes.

Les circonstances qui peuvent engager un entrepreneur à faire choix d'un système mixte d'économie rurale, le seul qui nous occupera dans la suite de celte section, sont celles qui se présentent le plus communément dans la direction des élablissemens ruraux. Ainsi c'est tantôt la nécessité de produire soi-même les engrais destinés à réparer l'épuisement des terres, tantôt la nature et l'exposition diverses des terrains qui composent le domaine, leur état d'amélioration, la nécessité de multiplier, varier et perfectionner les produits de l'établissement et de leur trouver un débit plus sûr et plus étendu sous une forme que sous une autre, les prolits qu'on peut recueillir en transformant en d'autres denrées et en donnant une valeur vénale à certains produits »]ui n'en ont aucune ou une très faible sous leur pre-

ADMINISTRÀTION RURALE. liv. vu.

mière forme ou qui ne peuvent en cet état être offerts aux consommateurs ou mis à leur portée," etc. Toutes causes intéressantes sans doute, mais dans la discussion desquelles nous ne pouvons entrer ou sur lesquelles nous reviendrons en nous occupant du plan de culture.

§ II. — Du système de culture.

On comprend que toutes les branches de l'économie agricole, pouvant entrer pour une part plus ou moins importante dans l'exploitation d'un domaine par le système mixte, il y a un grand nombre de combinaisons possibles qui constituent chacune ce que nous avons appelé un système de culture.

Les principales branches de V économie agricole, qui peuvent entrer dans ces combinaisons ou concourir au système de culture qu'on adoptera sur un établissement rural, sont t° la culture des terres arables; 2° celle des prairies naturelles et permanentes ; 5° les pâturages; 4° celles de certains végétaux industriels, tels que vignes, oliviers, arbres à fruit, etc. ; 5° les bois et forets ; 6° les étangs alternativement en culture et eau.

Les causes les plus puissantes qui pussent déterminer un administrateur à consacrer certaines positions de son domaine à telle ou telle branche de l'économie agricole, sont les mêmes que celles qui viennent d'être énumérées en nousoccupantdu système économique, surtout lorsque le domaine, soit par sa position, soit par les différentes circonstances qu'il présente, se prête à l'exploitation de plusieurs de ces branches et promet de les rendre fructueuses.

Plusieurs autres causes peuvent aussi influer sur celte détermination, et parmi quelques-unes de celles qui peuvent se présenter le plus généralement, nous citerons comme exemples la nécessité, dans certaines localités, d'établirdes plantations deboiselforêls pour former des abris et se garantir des vents destructeurs ou nuisibles à la végétation ou pour procurer aux terres du domaine une fraîcheur salutaire et s'opposer à leur trop grand dessèchement ; le besoin de rassembler dans des étangs des eaux qui pourraient causer des ravages et de leur donner un emploi utile pour les irrigations ou pour faire marcher les machines de fabriques agricoles, ou se procurer les eaux nécessaires à tous les besoins du service; l'obligation d'établir une rigoureuse distribution des travaux annuels, enfin des rapports tout particuliers de commodité agricole et administrative ou de localité, etc.

Néanmoins, nous ferons observer que, considérées comme parties d'un système de culture, les diverses branches de l'économie agricole ne paraissent avoir entre elles qu'un très petit nombre de rapports nécessaires, et que ce n'est que lorsqu'on les étudie relativement au plan de culture ou d'aménagement qu'il convientd'appliquerà chacune, qu'on voit s'établir pour plusieurs d'entre elles des rapports intéressans, dont nous avons déjà eu occasion de parler lorsque nous nous sommes occupés de l'estimation des domaines ruraux ( pag. 546 ) et de la production des engrais (pag. 479 ).

§ III. Du plan de culture.

Nous avons donné le nom de plan de culture au mode particulier au moyen duquel on dirige chacune des branches dont se compose l'économie agricole, et à la combinaison théorique et pratique qui doit servir le plus immédiatement à tirer des fruits de la terre.

Déjà, dans divers livres de cet ouvrage, on a traité avec beaucoup de détail du plan de culture et d'aménagement des bois et forêts, ainsi que des méthodes de culture applicables aux prairies, aux arbres, aux arbustes et arbrisseaux qui ont des applications indus-

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trie-Iles, et enfin de la formation et de l'aménagement 1 grande de conserver la chaleur,ses propriétés pour a b-

des étangs ; c'est donc en particulier aux terres arables qui, sous ce rapport, peuvent donner lieu aux considérations les plus importantes et les plus étendues que nous consacrerons les considérations qui vont suivre.

On a déjà dit que pour les terres arables un plan de culture comprenait : i° V assolement, c'est-à-dire le nombre de soles entre lesquelles on partage les terres du domaine ou la période de temps pendant laquelle on fait alterner les récolles sur une même sole; 2° la rotation ou le ebo x des plantes qui viendront successivement occuper le sol pendant la période de l'assolement. On pourrait sans doute entrer dans quelques développi'inens sur le rôle que joue ebacun de ces deux élénu'iis dans un plan de culture et sur les rapports qui les lient entre eux, mais nous préférons, pour éviter les répétitions, les envisager ensemble et d'un point de vue plus élevé.

Cela posé, au lieu de discuter touslescasqui peuvent se présenter lorsqu'on veut faire eboix d'un plan de culture, ce qui nous entraînerait dans des détails de métier fort étendus, nous allons cbercberàétablirquelles sont les conditions auxquelles ce plan doit satisfaire et que l'administrateur doit prendre en considération, toutes les fois qu'il est appelé à méditer sur ce sujet.

Nous rapporteronsces conditions àdeux ordres divers: dans le premier, nous rangerons celles que nous considérons comme agricoles, et dans le second, celles auxquelles nous reconnaissons un caractère purement administratif.

1° Conditions agricoles.

lo Sous le point de vue agricole, un plan de culture doit d'abord être en harmonie avec le climat général du pays; c'est-à-dire que dans la rotation, on ne doit pas faire entrer, par exemple, des plantes qui, dans la localité ou à celle latitude, ne parviennent pas à maturité ou qui ne peuvent, pendant la durée du temps favorable à la végétation, atteindre tout leur développement; celles qui craignent une surabondance d'humidité, des chaleurs et des sécheresses prolongées, des vents violens, froids, humides, desséchans, des hivers rudes et prolongés, des gelées de printemps, des pluies d'orage dans les pays ou ces phénomènes sont fréquens, etc. C'est faute d'avoir égard à cette circonstance que des agriculteurs qui débutent, ou ceux qui n'ont pas étudié avec le soin convenable la localité qu'ils habitent, voyent souvent éebouerdes plans qui du reste paraissent bien conçus, tandis que le praticien habile, qui a observé avec soin les influences climatériques sur les végétaux utiles, tombe rarement dans celle erreur. Dans celle matière il ne faut pas se borner à l'élude du climat général, il faut encore observer avec soin les modifications que la hauteur du terrain au-dessus du niveau du pays, les pentes vers tel ou tel point de l'horizon, les abris, les eaux, la direction des montagnes et des vallées, etc., apportent dans ce climat et exercent par conséquent sur la végétation des plantes agricoles. (A oy. tome Ier, pag. 262.)

En second lieu, un plan de culture bien étudié ne peut admettre dans la rotation que des plantes qui prospèrent dans le sol auquel on les confie ; et, ici, il ne s'agit pas d'obtenir des récoltes passables de plantes dans des terrains qui ne leur con\iennent pas, mais les récoltes les plus abondantes possibles dans un terrain bien adapté à ebaque culture. C'est ainsi qu'un agriculteur éclairé consultera, avant d'établir son plan de culture, les caractères chimiques et physiques de Be6 terres ; que parmi ces derniers il s'attachera surtout à délerminer la ténacité du sol, son état d'ameublissement, son humidité, sa faculté plus ou moins

sorber l'humidité atmosphérique, la quantité d'humus qu'il contient, la nature, la richesse et la perméabilité du sous-sol, et déterminera enfin à quelle division et à quelle classe elles appartiennent ; tous sujets sur lesquels on trouvera, dans le tome 1er, p. AS et suiv., et à la p. 201 , ainsi que dans le tome IV, à la p. 533, des détails qui laissent peu de chose à désirer.

Un plan de culture doit encore prendre en considération: 1° l 'épaisseur de la couche arable, puisqu'on sait qu'une terre qui n'a pas une profondeur suffisante ne peut admettre dans la rotation des planles qui, comme les navets, les choux, les betleraves, etc., vont chercher jusqu'à 12,15 et 16 po. les élémens de leur nutrition ;' 2° l'étendue du domaine. Personne n'ignore que les petites fermes sont souvent exploitées avec bien plusde soin que les grandes, et que, par exemple, il serait en général très difficile en grande culture d'adopter plusieurs assolemens de la Flandre ou du petit pays de Waes, où toutes les terres sont défoncées à la bêche tous les 7 ou 8 ans, où l'on fume en abondance et où on fait entrer dans la rotation les cultures les plus riches et les plus épuisantes; 3° l'espèce de bétail qu'on élève, entretient ou engraisse,' puisque les récoltes qui sont destinées à la nourriture des bêles de rente doivent être adaptées à l'espèce qui doit les consommer et au régime qu'on lui fait suivre; 4° le mode de gouvernement du bétail. Dans les établissemens où l'on consacre une certaine partie des terres à des pâturages permanens et où les bestiaux qui pâturent une partie de l'année détruisent par ce mode d'alimentation une portion notable des produits du sol, où leurs déjections profilent peu aux terres de l'établissement, on conçoit facilement que, là, on doit adapter, pour les terres exploitées à la charrue, un assolement tout autre que dans ceux où les animaux, soumis à une stabulation permanente, sont nourris avec les produits récoltés sur des prairies artificielles ou permanentes, ou des récoltes de racines ou de tubercules. Cette distinction est très importante et apporte des modifications notables dans un plan de culture, ainsi qu'on a pu le remarquer dans Je tableau de la page 340, ainsique lorsqu'on faiteonsommer sur place ou à l'étable les produits des soles fourragères sur un domaineexploilé par la culture alterne sans prairies naturelles ni pâturages; 5° X étendue des prairies etpâturages qui fournissent des aliraens pour le bétail, et modifient sur les terres arables de la ferme, soit le rapport des solesà grains aux soles fourragères, soit 1 etenduerelalive deces soles, soit enfin la rotation elle-même et les plantes qu'on y fait entrer; 6° Enfin, la facililé de se procurer au dehors et à bon compte des alimens pour le bétail ou des engrais, qui apporte aussi des changemens matériels fort importans dans l'étendue réciproque de soles consacrées à des cultures diverses ou dans les plantes mêmes qui se succèdent sur le même terrain.

Un plan de culture doit être calculé de manière à entretenir la propreté du sol par une combinaison judicieuse de la jachère, des récoltes sarclées qui la remplacent jusqu'à un certain point, et de la culture des plantes qui étouffent les mauvaises herbes, avec les cultures qui tendent à favoriser la multiplication de celles-ci. Si les terres n'étaient pas encore dans un élat satisfaisant de propreté, le plan doit alors être combiné pour amener ce résultat le plus promptement possible.

Un bon plan de culture doit être tel qu'il permette d'entretenir la fécondité de la terre ou même qu'il l'accroisse quand la terre n'a pas encore acquis toute la richesse que comporte la classe à laquelle elle appartient. Celte importante condition, qu'un administrateur doit sans cesse avoir en vue s'il ne veut pas dissiper son

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capital foncier, a déjà été discutée à plusieurs reprises dans le cours de ce livre, et notamment lorsqu'il s'est agi d'estimer des domaines ruraux en prenant pour base la fécondité des terres et leur mode de culture (p. 355); et lorsque nous avons traité, dans des chapitres spéciaux, de la quantité du bétail ( p. 46 i), de la consommation et de la production des engrais (p. 4 72); c'est là qu'on trouvera, ainsi qu'à l'article assolement du tome Ier, tous les développemens que comporte une question sur laquelle semble reposer tout l'avenir des élablissemens ruraux.

Enfin, un plan de culture doit satisfaite à la théorie chimique des assolemens, telle qu'elle a été exposée à la page 257 du tome 1er, et aux conséquences <|ui découlent des règles qu'elle a posées quand on les combine avec les diverses conditions de l'ordre physique qui ont été mentionnées plus haut.

2° Des conditions administratives.

Les conditions que doit remplir un plan de culture, sous le point de vue administratif, peuvent, si on veut, être distinguées en conditions économiques et conditions commerciales. Commençons par les premières.

A. Sous le rapport économique, le plan doit être combiné de telle façon qu'il donne: i° les récoltes les plus abondantes possibles sur une étendue de terrain donnée; 2° les récoltes les plus certaines. Ces 2 conditions sont ordinairement remplies quand on a observé avec sagacité celles que nous avons considérées comme purement agricoles, et qui ont été exposées dans le paragraphe précédent; 3 les récoltes qui donnent le produit net le plus considérable. 11 ne suffit pas en effet d'augmenter le produit brul d'un domaine, mais bien d'accroître le produit net qui est la source réelle des bénéfices, et ainsi que le dit un habile praticien, la principale pierre de touche du mérite d'un plan de culture. On accroît le produit net lorsque le plan, remplissant toutes les conditions exposées précédemment, on obtient d'une même surface et pour les mêmes frais de production des produits plus abondans, plus parfaits et d'une plus haute valeur ; lorsqu'on combine ce plan de manière à obtenir sans beaucoup de frais et sans diminuer la fécondité de la terre des récoltes multiples ou le retour plus fréquent des végétaux précieux ou de végétaux aisément transformables en d'autres produits recherchés et d'un débit facile, etc.

{ Le plan de culture ne doit pas seulement avoir en vue de donner une récolte abondante, certaine et qui fournit le produit net le plus élevé pendant une année seulement, ces avantages doivent être permanens et 6'étendre à toute la période de l'assolement pour un fermier et indéfiniment pour un propriétaire.

Un plan de culture doit en outre être applicable dans la pratique et d'une facile exécution. Pour cela il est nécessaire qu'il remplisse les conditions ciaprès :

1 ° Être en rapport avec les capitaux de V entrepreneur^ mesurés d'après l'étendue de terrain qu'il cultive. Tout le monde sait en effet que, pour une surface de terrain donnée, il faut bien plus de capitaux quand on adopte un plan de culture alterne que dans le système triennal, et que plus il entre dans le nombre déterminé d'années de l'assolement de plantes précieuses fct épuisantes, plus il est nécessaire de faire d'avances Via production, etc. {Voy. tome Ier, p. 265.)

Ȱ S'adapter à l'état numérique, intellectuel et au degré a* instruction des populations agricoles. Partout , en effet, où se fait sentir le manque de bras, il est difficile de mettre fructueusement à exécution un plan oùlcs Uavauxde culture sont multipliés et nombreux; on

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éprouve encore fréquemment des difficultés ^presque insurmontables quand ce plan exige des travaux qui sont au-dessus de l'intelligence ou des connaissances pratiques des. serviteurs ou des manouvriera du pays, et, sous ce rapport, on doit quelquefois tenir compte de leurs préjugés, de leur entêtement et souvent même de leur malveillance.

3o Satisfaire à certaines exigences de localité. Ainsi on ne peut adopter le même plan de culture pour une ferme en pay&de plaine, où les travaux sont faciles, les transports aisés et rapides, et pour une autre ferme en pays élevé où les engrais sont difficiles à transporter et la récolte des plantes encombrantes très pénible; pour les élablissemens où les arrosages peuvent se pratiquer à peu de frais et ceux où celte faculté est interdite; pour ceux où les salaires ou certains frais de produc ion sont très élevés, ce qui force à renoncer à certaines cultures qui exigent de nombreuses façons, et ceux où ils sont à bas prix; pour les domaines où les instrurnens d'agriculture sont grossiers et imparfaits et ceux où ils sont établis d'après de bons principes ; pour ceux où les batimens d'exploitation sont insuffisants, mal distribués, incommodes, et où certaines récoltes peuvent éprouver des avaries considérables, et ceux où les constructions ne présentent pas ces défauts; pour ceux où les baux n'ont qu'une durée très limitée et ceux où ils ont un pluslong terme, etc. Enfin un plan doit se plier à certaines circonstances de localité que la pratique et des observations attentives ont constaté d'une manière authentique.

4° Se prêter à une bonne distribution des travaux dans ie cours de l'année; c'est-à-dire à ce que les travaux qu'exige chaque récolte ne nuisent pas à ceux qui sont nécessaires à une autre, et en outre à ce que ces travaux soient répartis d'une manière à peu près égale et régulière sur toutes les saisons de l'année.

On ne doit pas non plus négliger d'envisager un plan sous le rapport des facilités qu'il peut offrir pour établir sur le domaine la division du travail quand elle est possible.

8° Enfin il doit être en rapport avec le degré d'intelligence et les connaissances de l'entrepreneur. Un homme, en effet, qui manque de la plupart des connaissances agricoles et des dispositions personnelles (voy. p. 3t 0) qui mettent en état de diriger avec quelque espoir de succès une exploitation rurale, ne peut faire choix d'un plan de culture savant où il se trouverait arrêté à chaque pas par -des difficultés qu'il ne pourrait résoudre ou des obstacles que son ignorance ne lui permettrait pas de vaincre, et dans les mains duquel l'assolement le mieux conçu pourrait bien ne donner que des fruits médiocres ou même entraîner à des pertes.

h' ignorance des principes de l'administration agricole s'oppose aussi souvent à ce qu'on puisse formuler et mettre à exécution un bon plan de culture, ou à ce qu'on puisse se rendre un compte exact de la marche qu'on suit et des modifications qu'il faut y apporter ou dont elle est susceptible.

B. Passons maintenant aux conditions qui paraissent purement commerciales et auxquelles le plan de culture doit se conformer.

D'abord, un plan f!e culture doit être basé sur Les besoins du pays. Ces besoins se révèlent à l'agriculteur par la demande et l'écoulement de ses produits. Plus un produit est d'un emploi général dans un pays, plus on y attache un prix élevé, et plus aussi l'agriculteur peut es^ pérer de trouver un écoulement sûr, rapide et avantageux pour le produit de cette nature qu'il a créé. Une population consomme d'autant plus de produits qu'elle est plus nombreuse, plus riche et plus industrieuse; et un assolement peut être d'autant plus riche H plus varié qu'on est placé au sein d une population qui présente

2e. CONSIDÉRATION

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ces caractères, et que des hommes, des animaux, des usines, des manufacture*, des fabriques, des commerçans qui trafiquent avec les pays étrangers, y consomment plus de denrées et une plus grande variété de produits agricoles.

Sous le point de vue commercial , il importe encore que les plantes qui entrent dans la rotation donnent, soit brutes, soit après les transformations qu'elles ont subies entre les mains de l'agriculteur, le plus grvs profit net; qu'elles soient d'une vente constante, certaine,d'un prix généralement ferme, ou quioscilîedans d'étroites limites, et qu'elles puissent être vendues, la plupart du temps, aux individus les plus solvables du

Enfin, certaines considérations sur Yétat économique et administratif du pays peuventmotiverdesaltérations dans un plan de culture, toujours néanmoins sous le point de vue commercial. Ainsi, des voies de communication peu nombreuses, mal entretenues, en mauvais état ; des marchés mal placés, trop éloignés, mal fréquentés; des mesures fiscales onéreuses pour certains produits, etc., peuvent tantôt faire établir un plan de culture où domine la production animale, tantôt ramener au contraire à la production végétale, ou faire établir entre elles un certain équilibre ou un rapport qui peut varier de bien des manières différentes ; enfin, sous ce rapport, le plan de culture doit être tel que la terre bien préparée en toute saison, soit propre à recevoir, soit des végétaux du commerce, soit des plantes destinées à la nourriture des hommes ou des animaux, et toujours disposée à se prèterdans un court délai à toutes les modifications dans le plan que besoins, des goûts ou des habitudes la population, ou des débouchés nou-

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