LIV. \JJ
bord rares et cners; aussi une demande subite plus étendue a - t-el le presque constamment pour résultat de faire élever les prix courans. Par upe raison semblable, le prix d'un produit baisse généralement d'autant plus qu'il est plus offert par le producteur et moins demandé par le consommateur, ou que les services dont il est le résultat sont plus offerts et moins demandés.
Très souvent le prix courant des denrées agricoles éprouve d'autres influences que celle des frais de production; des circonstances politiques, l'apparence de» réco'tes prochaines, la crainte d'une mauvaise année ou l'espérance d'une bonne, la direction des besoins des consommateurs, la formation d'industries nouvelles, la concurrence entre les acheteurs combinée avec celle qui s'établit entre les vendeurs, la mode et l'engouement qui exercent aussi leur empire sur les denrées agricoles, etc., influent sur les quantités offertes et demandée?, et par conséquent sur le rapport de l'une à l'autre qui est l'expression du prix courant. Dans tous les cas, les frais de production d'un côté et les besoins de l'autre tendent sans cesse à ramener ce rapport à son taux naturel.
Les économistes ont donné le nom de marché à tous les endroits où l'on trouve l'écoulement ou la vente des produits dont on veut se défaire; c'est, à proprement parler, l'étendue physique de terrain sur lequel on trouve des consommateurs de ces produits : ainsi, nos départemens maritimes soot un marché actif pour la vente des chanvres, celui du Bas-Rhin pour celle de Sa garance, celui dé la Seine pour les denrées agricoles de toute espèce, etc.
Un marché, dans le sens général de ce mot, est d'autant plus considérable ou plus étendu que l'importance et les moyens de vente y sont plus considérables, plus faciles et plus multipliés. Un pays populeux et riche offre, pour tous les produits qu'on peut y vendre? un marché plus étendu qu'un pays pauvre et dépeuplé, çt les grandes villes présentent partout un marché considérable pour la vente des denrés agricoles.
Des moyens de transport faciles et peu coûteux, qui permettent de faire voyager plus au loin les denrées agricoles, un service d'attelages bien organisé, etc., augmentent l'étendue du marché sur lequel on peut vendre des denrées. De mauvaises roules, l'absence c}e canaux de navigalion, de chemins de fer, des mesures, fiscales onéreuses, des attelages mal montés, l'ignorance des besoins des populations et du prix courant dans les localités environnantes, l'indolence du plus grand nombre des cultivateurs, l'apathie des popula^ lions, sont autantde causes qui tendent au contraire à restreindre l'étendue du marché.
Le poids des demies, combiné avec leur valeur (échangeable ou leur prix courant, concourt à accroître ou à restreindre l'étendue du marché. Par exemple, une marchandise précieuse ou qui a une haute valeur pjut, quel que soit son poids, être transportée à une grande distance; les frais de transport ne seront toujours qu'une petite fraction de sa valeur qui se trouvera fort peu augmentée par ce déplacement. Il n'en est pas de même de la plupart des, denrées agricoles, qui ont en général un grand poids et un volume souvent considérable avec une faible valeur. Il n'est pas possible, si ce n'est par les moyens les plus économiques que prcsen ten t la navigation de la mer, des rivières ou des canaux, et les chemins de fer, de les transporter à une grande distance sans augmenter d'une manière notable leurs frais de production que les prix du transport viennent encore grossir; leur marché est donc toujours borné à une étendue de pays assez limitée par suite de la difficulté ou du prix des transports.
L\tns un sens pins restreint, on désigne par le mot
marché un emplacement public où l'on se rend de tous les lieux d'alentour pour vendre des denrées qu'on produit ou acheter celles qu'on veut consommer.
Il ne suffit pas, en effet, de produire des denrées et que les consommateurs dans un pays soient multipliés, riches et en état de les acquérir par l'échange, il faut encore, ppur qu'ils puissent proposer et effectuer cet échange, qu'on mette les produits à leur portée ou sous leur main par des transports, qu'on les divise par portions, afin qu'ils puissent en prendre la quantité dont ils ont besoin et dans un lieu où il leur est commode de les trouver. C'est ce lieu, cet emplacement où le producteur et le consommateur se rencontrent et où l'on trouve communément les denrées que l'un veut céder ou l'autre acheter divisées en portions d'un poids ou d'un volume déterminé, auquel on donne le nom de marché public, de halle, bourse de commerce, etc.
C'est dans ces halles et marchés publics, où les agriculteurs, les industriels ou les marchands se rendent à certaines époques fixes, que s'établit le prix courant ou cours des denrées agricoles. Ce prix, ainsi que nous l'avons dit, s'établit naturellement en hausse, suivant que les denrées sont plus demandées et moins offertes, et en baisse, suivant qu'elles sont plus offertes et moins demandées. Souvent ce prix éprouve des fluctuations assez notables dans un même marché par suite d'une nouvelle affluence de vendeurs ou d'acheteurs, pardeg spéculations inattendues ou considérables, par des causes fortuites, des nouvelles sur la politique ou la situation industrielle et agricole du pays, vraies ou fausses, ou par besoins imprévus, etc. Tantôt, au contraire, ce prix reste calme ou n'éprouve que des variations peu étendues.
Les halles et marchés ont donc l'avantage pour le cultivateur de constituer des points de réunion ou des rendez-vous dans lesquels il ^st certain, à diverses époques de l'année , de trouver rassemblés des acheteurs ou des vendeurs de denrées agricoles , et où la concurrence et les circonstances locales ou accidentelles fixent le prix courant des denrées qu'il veut vendre ou de cplles dont il veut se pourvoir.
La connaissance du cours des denrées sert ensuite pour les achats et les ventes qui peuvent se faire hors des marchés; elle permet de ne p*is payer une marchandise au-delà de sa véritable valeur, ni de la vendre au-dessous de son prix courant.
Ces principes étant posés, nous allons examiner quels sont les devoirs de l'administrateur comme marchand de denrées agricoles.
L'objet le plus important que l'administrateur d'ua domaine doit d'abord avoir en vue pour la vente de ses denrées est de s'assurer de V étendue du marché sur lequel il pourra écouler ses produits ; pour cela, il passera successivement en revue les lieux où se tiennent les marchés, ceux où il y a des halles permanentes, les points où la population se trouve agglomérée, comme les villes, les bourgs, les camps, ou bien les centres d'activité industrielle ou commerciale, comme les fabriques, les usines, les ports, les villes d'entrepôt, etc. Cela fait , il s'assurera de l'espèce des denrées dont on trouve le plus facilement a se défaire sur ces marchés, de celles qui y ont un cours permanent, ou qu'on demande le plus particulièrement dans les lieux de consommation.
Ces notions étant acquises, il s'informera de l'importance des marchés, de la masse des affaires qui s'y font dans chaque espèee de denrées, les jours où le marché est ouvert ; si ces affaires se font plus particulièrement par petites, moyennes ou grosses parties; quels sont les individus qui se présentent communément comme acheteurs; s'il sont solvableset d'une moralité rec^nue; si la vente des denrées et la variation
çiiAP. f. DES VENTES
des prix courante ne sont pas à la diacrélipn de quelques gros marchandai, de courtiers qu. de spéculaleurs , et s'il fyut nécessairement avoir à faire à tu* et passer par lcqrs majps; quels sont les modes i|o \raiter les plus en usage; si on fait les affaires au comptant, à crédit ou à terme; à quelles conditions et sous quelles réserves, suivant les usages locaux , les ventes se fout ordinairement ; si, qvec la quantité de denrées qu'on peut jeter sur le marché, oq ne dépréciera pas lu prix courant; si ce prix s'établit naturellement et n'est pas sujet à des Uuplitaljpn^ eonsid.érables, résultat des manœuvres de quelques spéculateurs; s,i on n'est pas soumis pour le dépècement des denrées à des mesures vexatqires ou aux exigences du lise , etc.
Toutes ces matières étant éclaircies, il s'assurera de la distance de |a ferme a tous ces marchés ou lieux de consommation dans un rayon asses étendu, en tenant compte des sinuqsilés pt détours des chemins; puis, il étudiera avep Je p|qs grapd soin les voies de conunimicaiioii qui conduisent aux uns et aux antres sous le rapport de leur viabilité, 4tf la célérité des moyens de transport , de la sécurité du roulage, q| onfin du prix du transport pour pue distance fit pour uq poids détermipé de denrées.
C'est d'après toqs ces dpeumens, Pî en les combinant entre eux, que l'administrateur se déterminera à porter ses denrées sur lp marché qui lui présentera une somme d'iivarUaSes supérieure 4 celle de lous les aplres.
Donnons uq exemple du, calcul auquel ilest«lilede recourir dans ce cas.
L'administrateur 4e la ferme 4e M'* dan» le canton de P", je suppose , veut vendre $0 hectolitres dp forr* ment dp poids de 70 kilog. l'heclo,.; pq tout f ,400 kil. (ou f s/3, tonneau de i ,000 kilog. ). Les frais de ce frqment sur la ferme ont été, d'après le relevé dp la comptabilité, et y compris les frais de conservation jusqu'à celte époque et les bénéfices, industriels de l'entrepreneur, qu'on a portés à 6 p. 0/0 de son capital d'exploitation, dp la fr. l'heciplitre. Cinq marché* pqqr l'éciulement de ce froment sont ouverts constamment , et | résentent chacun, ppur une distance qui n'est pas la ( îème , une voie dp cpmmnnicatjpn différente, et un prix souvent différent pour chacun dpu$»
». Sur le marché de A, situé à 20 kilom., le prix (lu Idé rslcon la route rmi y conduit est pavée , en bon tl.it de viabilité en lout ••: Mur. l.i .-s frai* pour le transport et le retour <|ui peuvent sert Su 3 joui in es par une charrette de la ferme utlelée de f chevaux
4 journées de rheval â 2 fr. 3o e 9 fr,
» journées de eh, irrelier, y compris le chargement et
décharfieinenj de la voilure a l fr. 40 ç. . - . . . » Roulage, échantillons, défaut de poids, mesurage,
un quart pour cent ' é
Droits municipaux. .... , I
Logement pendant une nuit des chevaux et de la yoj-
emps
ectuer
sont :
lure.
bu
ïota
ET ACHATS. 52îi
t Nn U- marché de H «itiié ù 8 kiioin., le prix du (reniant en cote 1 5 l'i Go c La rouie «pu y conduit est ferrée cf en mauvais élut. Les frais pour le transport et le retour. CfUÎ peiiveni |'?i'C (lier eu une journée par une charrette allclce «le k chevaux nécessaires sur celte 1 oulc, Ipnt, sa\oii ■:
4 joui nées de dictai à î fr- 3o C 9 fr. 30 c.
1 journée de rliarn-li|-r. y comprit- le < h argenient rt déchargement de la voiture, à \ fr 4o c » 4°
Coulage, échantillon*, défaut de meiuruce. un (juait pou* cent. . • » 80
LVuils inunieip.uix. I 60
ToUl 13 »
\. I.ç marche <le ('. m s'uu.i à 4S kilom : le froment y est colé iC f Roc. Op peul se rendre à ce marché par une litière navigable , OUI passe q proximité de la ferme, donl la navigation est assez sûre et où l'on iroiivc eu loui {epips des haleaux en eharjre, lanl à la remonte qu'à la descente l.e prix du trin-noit est de ip cent, par tonneau cl par kilomètre, y compris les droits de navigation. |.e transport et la vrnlc «e Ion par l'entremise de courtiers résidant sur les lieux et <iui prennent un pour cent de droit de commissiqn. t-1-'» frais sont alors les suivaps : Demi-journée de cheval pour transport au hateau, à
1 fr ôo c. ...... » fr. 20 c
Quart de journée d'homme pour charger, conduire, décharger la voiture et déposer sur le hateau, à
1 fr. 40 e » 55
Frais et druit de navigation »."> 44
Déchargement du bateau transport au marché. . . . j »
Coulage, avaries, échantillons, défaut de mesurage ,
un demi pour cent 1 £0
Assurance contre les .ucidens, j/8 nopr cent • 4o
Droit de commission au courtier 5 30
Droits municipaux 1 So
Total s4 69
4- fx marché de D est situé à 54 kilom. Le froment y est coté »6 fr 55. c. On se rend a ce marche par un canal distant d'une demi-journée dé route de la feime et où l'on trouve en lout temps des bateaux en charge. Le transport et la vente se font de même par des courtiers qui prélèvent un huit de droit de commission. Le prix du transport et des divers droits eslde'25 cent, par tonneau et par kilomètre et les frai» de transport, savoir :
2 journées de cheval pour transport au canal, àaf'r. 5o. 4 fr. 60 C. I journée d'homme pour charger, conduire, décharger la voiture et déposer sur le Laleau. , 1 4o
Frais et droit de navigation 11 90
Déchargement du bateau et transport au marché . . 1 Coulage, avaries, échantillons, dVfaut de mesurage ,
un demi pour cent . 1 5o
Droit de commission au courtier ; 3 Co
Assurance contre 1rs aecidens, 1/2 pour cent «2
Droite municipaux , 1 8
Total 7" ïl 4o
i. Le marché de E est situé à Co kilom. et le froment y est eoté lÇ fr. 5o (i Qn parvient à ce marché par un chemin de 1er qui passe à peu de distance. Le chantier de chargement pour ce chemin e*t à une demi-journée delà renne. La vente peut g opérer directement par f administrateur qui itri'ompapne ses denrées. Le prix du transpcrl rst de 8 cent, par tonneau et par kilom.: celui du transport des voyageurs de 4 cent, par kilom. Les frais se composent des élèmens suivans : a journées de cheval po»)r transport au chantier de chargement du chemin, à 2 fr ôo c t . . . . . 4 fr. 60 ç.
1 journée d'homme pour charger, conduire, décharger la
voilure et charger sur les wagons. l 4o
Prix du transport. • 6 7»
Déchargement et transport sur le marché 3 5o
Coulage, avaries, échantillons, défaut de mesurage, i/a
p. cent. 1 So
Droits municipaux » 98
Frais de voyage de l'entrepreneur, aller et retour. . • 4 80
~a5 êlT"
Avec ces élemens, on est en état de dresser le tableau suivant qui fait voir d'un seul coup d'œil les avantages que présente tel ou tel marché.
1 LllVX DE MA.HCUI.
MOYEN de
TaA*8POUT.
DI»ÎAλCÊ
à par-
couiir.
20 kil.
de
transport
pour
i'IUX
de riiept.
sur cliaque marché.