‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 4)Chapitre 97 sur 369 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

146 AGRIC. FORESTIERE tiplicnt prodigieusement et peuvent causer de grands dégâts. Heureusement qu'une multitude d'autres insectes et d'oiseaux en consomment une quantité prodigieuse, et que les pluies et les brouillards les détruisent en grand nombre.

D. Hyménoptères.

15° Au nombre des hyménoptères dangereux aux forêts, il faut ranger quelques tenthrèdes ou mouches h scie qui, avec leur tarière, font dans les branches des arbres ou les feuilles de petits trous où elles déposent leurs œufs. Les larves, soit solitaires, soit en société, qui éclosent, vivent aux dépens des sucs du végétal. Nous citerons surtout le tenthrède du pin {tenthredo pmi, Geoff. ) ( fig. 182), qui est noir, long de 5 à 6 lignes, a le thorax velu, et qui fait des ravages considérables dans les forêts de pin, où il multiplie avec une étonnante rapidité; le T. du marceau {T.capreœ Geoff.) {fig. 183), qui vit sur les Fig. 182. F)g. 183.

CONSERVATION ET DÉFENSE DES FORÊTS, liv. m. à un gros ver; elle est rougeâtre, avec des bandes transverses d'un rouge de sang. Elle

saules, etc. Les fourmis causent aussi dans les forêts, surtout dans celles d'arbres résineux, quelques dégâts qu'il est facile, au reste, de prévenir, en détruisant leurs fourmilières.

E. Lépidoptères.

16° Les lépidoptères ou papillons sont les insectes qui causent le plus de ravages dans nos forêts, tant parleur prodigieuse multiplication que par leur accroissement rapide et la consommation considérable d'alimens qu'ils font à l'état de larves. Ces larves, connues sous le nom de chenilles, se nourrissent la plupart des bourgeons et des feuilles des végétaux. D'autres rongent les fleurs, les racines, les fruits, l'aubier ou la partie ligneuse des arbres. Il y en a qui aiment à vivre solitaires, d'autres se réunissent en société et exercent en commun leurs dégâts. Les plus dangereux de ces ennemis appartiennent à la famille des papillons nocturnes, on phalènes de Linné, parmi lesquelles nous citerons les suivantes :

Le cossus ronge-bois {cossus lignipcrda , FabO.C/^". 184), long d'un peu plus d'un pouce, Fig. 184.

d'un gris cendré, avec de petites lignes noires nombreuses sur les ailes supérieures. La chenille, que l'on trouve au printemps, ressemble

vit dans l'intérieur du bois du saule, du peuplier, du chêne, et particulièrement de l'orme.

Parmi les bombyces, qui sont nombreux, citons : 1° le bombyce processionnaire {bombyx procès sionnea, Reaum.) {fig. 185), corps cendré ainsi que les Fig. 185.

ailes; 2 raies transverses , obscures vers la base des supérieures, et une 3e un peu noirâtre vers le milieu.

Les chenilles ont le corps velu, d'un cendré obscur, avec le dos noirâtre et quelques tubercules jaunes; elles vivent en société sur le chêne; 2° le B. grand paon {B. pavonia, L.) {fig. 186), le plus grand des papillons de no-

Fig. 186.

Ire pays, ayant jusqu'à 5 pouces de largeur, les ailes étendues. Le corps brun, ainsi que les ailes , une grande tache en forme d'œil sur le milieu de chacune. La chenille est verte avec des tubercules bleus; elle vit de feuilles de différens arbres; 3° \êB. du pin {B. pythiocampa, Wiener) {fig. 187); sa chenille dévore les ai-

Fig. 187.

guilles des pins sylvestres, des sapins et des épicéas; 4° le B. moine {B. monaca, L.) {fig 188 ), attaque près- p-

que tous les arbres, ^*

surtout les résineux.

Dans les phalènes proprement d|« tes, dont les chenilles sont connues sous le nom d'ar-

penteuses, on doit redouter : 1° la phalène du sureau {Phalœna sambucaria^h.), d'un jaune de soufre, les ailes marquées de 2 raies transverses et brunes : la chenille est brune; 2° la P. du bouleau {P. betularia, L.) {fig. 189), qui ronge les feuilles de cet arbre \ 3° la P. pi-

ANIMAUX NUISIBLES AUX FORKTS

Fig.189 . ria, Fab) {fig. 195)

nitiireiP. piniaria, L.) {fig. 190), qui se nour- Fig, 190.

rit de celles du pin.

Parmi les noctuelles nous rangeons la N. du frêne {noctuafraxini,'L.) {fig. 191), qui vit sur Fig. 191.

le frêne et le peuplier; la N. fiancée {N. sponsa, L.) {fig. 192), qui habite le chêne; la

N. hibou (2V. pronuba, L.) (fig. 193), et la N.

piniperde {N. p iniperda, Esr.) {fig. 194),qui,au Fig. 194.

mois de mai, font souvent de grands dégâts dans les forêts de pins sylvestres.

La pyrale verte à bandes <f>yralis prasina>

la plus grande des es- Fig. 195.

pèces de ce genre et dont les ailes supérieures sont d'un vert tendre avec 2 lignes obliques blanches, est connue par les ravages qu'elle cause à l'aune et surtout au chêne.

Plusieurs papillons de la famille des crépusculaires sont aussi très-nuisibles aux arbres de nos forêts, entre autres le sphinx du pin {sphinx pinas tri, L.) {fig. 196), dont la chenille

Fig. 196.

éclôt en juillet et vit principalement sur le pin laricio, dans le nord de la France.

Les attaques de la plupart de ces insectes causent la mort des vieux arbres, mettent dans un état de langueur ceux qui ont atteint leur maturité, nuisent aux jeunes plantes et les font périr; il importe donc de se délivrer de ces animaux, et de les détruire le plus activement possible.

Pour prévenir les ravages des insectes on multiplie les animaux qui leur font lâchasse et dont la présence ne peut être préjudiciable aux forêts; on exerce une surveillance très-active toute l'année, mais surtout au printemps, après un temps chaud qui favorise leur développement; on évite d'abattre les arbres en sève, surtout les résineux; ou bien on écorce aussitôt ceux qui ont été abattus ou renversés par les vents, ou enfin on les transporte promptement hors de la forêt; on extirpe tout de suite les souches de ces arbres, ou au moins on les écorce; on abat les arbres ou bouquets d'arbres qui sont isolément infestés par les insectes, et on creuse un fossé profond autour de l'arbre ou du canton attaqué; on rompt les gazons et on retourne la terre sous les arbres qui sont devenus la proie des insectes, pour faire périr leurs larves ou les empêcher de se métamorphoser; on introduit les porcs dans les forêts à l'automne et au printemps ; on enlève, pour les brûler, les mousses et les feuilles tombées des conifères, quand cela est possible, et lorsqu'on remarque qu'elles contiennent un grand nombre de chrysalides ou de chenilles.

Quand ces mesures ne suffisent pas, il faut mettre en œuvre des moyens plus actifs de. destruction. On fait un appel à tous ceux qui ont quelque intérêt direct ou indirect à la

148 AGRIC. FORESTIÈRE : CONSERVATION ET DÉFENSE DES FORÊTS, [liv. v* conservation de la forêt, on assemble des hommes, des femmes et des enfans, et, moyennant un salaire médiocre, on recherche, avec leur secours sous la mousse, au pied des arbres, et on détruit les œufs, les larves, les chenilles et les insectes parfaits qu'on

peut recueillir; on enlève les rameaux, les écorces, les jeunes sujets chargés de ces animaux, de leurs chrysalides, de leurs cocons ou de leurs œufs, et on les brûle. Une légère prime accordée pour la chasse des insectes sert de stimulant et permet d'en détruire

n grand nombre.

Quand les insectes se sont multipliés audelà de toute expression, ces moyens sont malheureusement trop bornés pour empêcher leurs ravages, mais on n'en doit pas moins les mettre en usage pour atténuer autant que possible les dommages qu'ils causent à nos forêts, et pour détruire leurs chrysalides et leurs œufs, et empêcher le retour de semblables dégâts.

La nature vient souvent à notre secours, pour nous délivrer de ce terrible fléau. C'est ainsi que l'humidité, le froid, et surtout les fortes gelées,au momentoùles insectes sont prèsd'éclore, ou à celui de leur naissance, lors de.leurs premiers développemens, ou même à un âge

Î>lus avancé, les font périr par milliers ; que es pluies froides de printemps, les pluies d'orages, les giboulées, anéantissent souvent des générations entières. La grande chaleur fait quelquefois dessécher les chenilles; les vents violens, en les précipitant des arbres, «ffrent souvent aussi à l'homme l'occasion de les détruire, et aux animanx la facilité de les dévorer.

h Ces derniers sont les agens les plus puissans que la nature emploie pour limiter le nombre des insectes. Parmi les mammifères qui les dévorent, surtout à l'état de larves, nous avons déjà cité le porc ; nous y ajouterons le renard, le blaireau, la martre, le putois, le hérisson, la musaraigne, l'écureuil, la taupe, la belette, les chauve-souris, etc. Les oiseaux sont ceux qui font la plus grande consommation d'insectes à tous les états de transformation ; aussi les réglemens forestiers défendent-ils de détruire les aires ou nids de ces animaux. On distingue sous ce rapport plusieurs oiseaux nocturnes, la pie-gnèche commune, Pécorcheur, le pic-vert, le coucou, le rollier commun, le torcol, la huppe, le grimpereau, les merles, les mésanges, l'étourneau, les hirondelles, le rossignol, la fauvette, le pinson, les moineaux, le corbeau, la corneille, le freux, les pies, etc. On doit par conséquent favoriser la multiplication de ceux de ces oiseaux qui ne dévorent pas en même temps les semences ou ne détruisent pas le gibier. Quelques reptiles, tels que les lézards, les grenouilles, les couleuvres, en font aussi leur proie.

Les insectes eux-mêmes comptent parmi leurs tribus plusieurs espèces qui sontdes ennemis redoutables pour ceux qui vivent sur les arbres de nos forêts ; ils les détruisent, soit à l'état de larve, soit sous celui de chrysalide ou d'insecte parfait.De ce nombre sont, parmi les coléoptères, les cicindèles, plusieurs espèces de carabes, de staphylins, de coccinelles ; parmi les névroptères, les larves d'hé-

mérobes détruisent un grand nombre de pucerons ; les hyménoptères sont ceux qui en font la plus grande consommation, et parmi eux il faut distinguer les ichneumons, qui placent leurs œufs dans le corps même des chenilles, lesquelles servent ensuite d'alimentà leurfuture famille; les sphex, qui tuent divers insectes ou leurs larves pour servir de nourritures à leur petits ; les fourmis, qui détruisent les larves ou les insectes qu'elles peuvent atteindre ; les guêpes, qui renferment dans leurs nids des chenilles ou d'autres larves; enfin il n'est pas?jusqu'à certains diptères ou mouches qui ne fassent une chasse active aux pucerons et à de petites larves.

Section m. — Plantes nuisibles aux forêts.

Certaines plantes nuisent aux forêts, surtout quand elles s'y multiplient outre mesure : l°parce qu'elles couvrent une partie ou la totalité de la surface du sol, et s'opposent ainsi au repeuplement; 2° parce qu'elles s'emparent du terrain à la surface, le soustraient aux influences atmosphériques, et l'épuisent de ses sucs nourriciers; 3° parce qu'elles étouffent les jeunes plants; 4° parce qu'elles s'opposent à la culture du sol que le réseau compacte de leurs racines ne permet pas de remuer sans de grands efforts et avec des frais considérables; 5° enfin, parce qu'elles vivent en parasites aux dépens des arbres.

Le nombre des plantes nuisibles aux forêts est très-grand; mais toutes ne présentent pas, suivant les circonstances ou les localités, les mêmes inconvéniens. Nous placerons parmi ces plantes quelques arbustes et végétaux ligneux, tels que le genêt commun (spartium scoparia, L.), dont les racines pénètrent fort avant dans le sol : cet arbuste se reproduit avec beaucoup d'énergie, et est très-difficile à extirper ; la ronce du mont Ida on framboisier {rubus Idœus, L.) : elle se multiplie également avec une extrême facilité et étouffe les jeunes plants ; la ronce des haies ou frutescence {R.fruticosus, L.), dont tout le monde connaît la prompte multiplication et les envahissemens; la ronce à fruit bleu {rubus cœsius, L.), qu'on trouve plus rarement que la précédente dans les forêts; la clématite des haies, herbe aux gueux [clematis vitalba, L.) : elle s'élève à 15 à 20 pieds de hauteur, et nuit plutôt à la croissance des arbres adultes qu'à celle des jeunes sujets; le lierre grimpant (hedera hélix, L.) : comme toutes les plantes grimpantes et sarmenteuses, il serre les branches, y forme des bourrelets qui arrêtent le développement des arbres qui le portent, et vit en partie à leurs dépens ; la bruyère commune (erica vulgaris, L.), dont les racines pénètrent fort avant dans le sol et empêchent celles des arbres de croître et de s'étendre ; Y aire lie myrtille (vaccinium myrtillus, L.), arbuste rampant qui fait beaucoup de tort aux plantations; V airelle ponctuée [vaccinium vitis Idœa, L.), qui s'empare du sol et en exclut tous les autres végétaux ligneux; le houx commun [ilex aquijolium, L.), qui forme parfois des massifs où les autres arbres ne peuvent prospérer. Toutes ces plantes doivent être extirpées quand elles portent préjudice au développement des bois ou traitées

PLANTES NUISIBLES AUX FORETS

comme on l'a dit au paragraphe du nettoiement des taillis, page 98.

Dans les terrains numides ou marécageux, on rencontre en outre quelques arbustes qui croissent spontanément, épuisent le sol, et forment, par leurs racines, des réseaux si serrés, que les semences ne peuvent y pénétrer. Tels sont le ledon des marais ( ledum palustre y L.), Xandromède à feuilles de pouliot (andromeda poliifolia, L.), la bruyère quaternée {erica tetralix, L.), la camarinc àjruits noirs (empetrum nigrum, L.), X airelle veinée (vaccinium uliginosum, L.). On se délivre facilement de ces plantes, en desséchant le sol qui les porte.

Au nombre des monocotylédonées qui peuvent porter préjudice aux forêts, on range le scirpe des bois (scirpus silvaticus, L.), et les joncs ; parmi les graminées, plusieurs agrostis et elymes, le nard serré (nar dus s trie ta, L. ), et différentes laîches {carex). Ces plantes n'ont d'effet nuisible que quand elles poussent trop dru, que les racines s'entrelacent, se feutrent et empêchent le sol de recevoir les influences atmosphériques, quand elles s'opposent à la culture des bois, provoquent l'introduction des bestiaux, servent de retraite aux insectes ou à leurs larves, et étouffent les graines qui lèvent lentement.

Les cryptogames doivent également attirer l'attention du forestier. Les fougères s'étendent avec rapidité dans les endroits qui ne sont pas ombragés par les arbres, et empêchent tout repeuplement dans ces lieux; il faut les extirper avant la maturité des semences. Les mousses couvrent, au contraire, le sol dans tous les lieux ombragés et humides ; quelques espèces, telles que les hypnum, entretiennent la fraîcheur du sol et la germination de plusieurs semences ; mais généralement les mousses, surtout celles du genre polytric, s'opposent à l'écoulement des eaux, empêchent les semences de parvenir sur le sol, donnent retraite aux insectes et servent à faire naître ou à propager les incendies dans les forêts. On s'en débarrasse en labourant le sol au printemps ou en été. Celles qui s'attachent au tronc des arbres empêchent aussi la transpiration et entretiennent l'humidité. On doit autant que possible les faire disparaître. Les lichens viennent sur le sot ou sur les arbres; ces derniers sont les plus nuisibles; ils s'opposent aussi à la transpiration et à l'absorption du végétal, entretiennent sur le tronc une humidité constante longtemps après les pluies, servent de refuge à une foule d'insectes, et nuisent à la croissance des arbres; autant que possible, il faut en délivrer ceux-ci le plus fréquemment possible. Les champignons apparaissent sur les racines des plantes qu'ils font périr, ou bien s'attachent au, tronc ou aux branches des arbres, et causent la pourriture du bois, ou enfin se montrent sur les feuilles, et n'ont pas alors d'effet bien marqué sur la vie des grands végétaux.

La destruction des champignons a peu d'effet sur les arbres ; ce sont les causes de l'existence de ces parasites qu'on doit rechercher. Ces causes sont dues à quelques perturba dons dans les fonctions vi taies des végéta ux; il faut combattre ces maladies par des soins

ou par un autre mode de culture ou d'aménagement.

Section iv. — Phénomènes physiques nuisibles aux forets.

Les phénomènes physiques qui peuvent nuire à nos forêts sont dus, les uns au climat, d'autres à la nature et à l'état du sol ou à sa configuration topographique. Nous allons examiner dans des paragraphes particuliers l'influence de ces deux causes.

§ Ier. — Phénomènes naturels dus aux climats.

Les phénomènes naturels dus au climat ou atmosphériques, sont le froid, la chaleur, le vent, la neige, le givre et le verglas, et enfin la grêle et la foudre. Le forestier doit d'autant plus chercher à garantir les bois contre leur influence, qu'indépendamment des dégâts qu'ils causent, ce sont eux qui la plupart du temps donnent naissance aux maladies des arbres que nous avons fait connaître plus haut.

1° Le froid est en général nuisible à un assez grand nombre de végétaux de nos forêts, qu'il fait souvent périr ou dont il arrête le développement. C'est surtout par \es gelées auxquelles il donne lieu, que ce phénomène atmosphérique cause le plus de dommages à nos bois. Les gelées produisent des effets d'autant plus funestes pour les arbres, qu'elles succèdent tout-à-coup à un dégel, à de fortes pluies, à une fonte de neige; dans ce cas, toutes les parties desvégétaux,imbibées d'eau, distendues et rompues lorsque celle-ci vient à se glacer, sont complètement désorganisées. Les fortes gelées fendent et éclatent les gros arbres de nos forêts, et produisent les défauts connus sous le nom de gelivures, cadranures, faux- aubier, etc. ( Voy. p. 114 ). Les gelées de printemps endommagent souvent beaucoup les bourgeons des taillis, surtout si le soleil luit de bon matin et fait fondre la glace par la chaleur de ses rayons.

On garantit les forêts des effets du froid et de la gelée, ou du moins on atténue leurs effets désastreux par un aménagement raisonné et habilement dirigé. De plus, pour parvenir à ce but, on conserve et on entretient avec soin les lisières des bois (p. 96), on forme des rideaux de grands arbres du côté où les vents froids soufflent le plus constamment, ou bien du côté où s'élèvent des vapeurs aqueuses. On donne un écoulement aux eaux qui séjournent à la surface du terrain ou dans les sols humides, et on ménage des courans assez vifs d'air dans ceux qu'on ne peut assécher complètement. Quant aux semis, aux jeunes plants et aux cépées, on les abrite en réservant dans les coupes un certain nombre de vieux arbres convenablement espacés qui les protègent contre le froid; on les couvre avec des feuilles mortes, de la mousse, des joncs ou des ramilles ; on les abrite pendant quelque temps avec des plantes qui poussent avec rapidité, et procurent promptement le couvert que les autres réclament; on foule la terre pour que le froid la pénètre moins; on fait choix des essences qui supportent aisé-

AGRIC. FORESTIÈRE : CONSERVATION ET DÉFENSE DES FORÊTS, liv. v.

ment le froid, môme dans un âge tendre ; enfin, on fait usage des moyens qui ont été indiqués au chapitre des plantations, p. 77.

2° La chaleur est surtout nuisible par la sécheresse qu'elle occasione. Une chaleur forte ou prolongée, en épuisant les sols, surtout ceux qui sont légers, ouverts et sableux, de toute leur humidité, dessèche et fait périr les semences, enlève aux jeunes plantes le véhicule qui charrie leurs alimens, ainsi que leur humidité propre, et les fait périr. Elle exerce aussi une influence funeste sur les arbres dont elle dessèche et fait fendre l'enveloppe corticale.

On parvient à garantir les forêts contre les influences pernicieuses de la chaleur à peu près par les mêmes moyens qui servent à les préserver de l'action du froid. Seulement, clans les sols exposés fortement aux effets des rayons solaires, il faut faire choix, pour les semis et plautalions, des essences qui prospèrent dans les terrains secs, les abriter par de grands arbres, conserver des rideaux de bois du côté du sud; les entremêler avec des plantes qui poussent vite, telles que les saules, merisiers, épines, genêts, etc., ou les défendre par des haies sèches, et enterrer les plants plus profondément ; enfin, empêcher l'enlèvement des végétaux qui peuvent les abriter.

3° Les ve/*?.?, surtout les ouragans-, causent d'affreux dégâts dans les forêts, principalement dans Tes futaies, dont ils brisent ou déracinent les arbres. Les taillis résistent mieux ; leurs arbres offrent moins de surface à l'action des vents et fléchissent en partie sous leurs efforts.

Les causes qui favorisent les ravages des vents sont: 1° ['essence des arbres i ainsi, ceux dont les racines s'enfoncent peu profondément et courent à la surface, tels que le sapin, le tremble et le charme, sont plus aisément renversés que ceux qui pénètrent profondément dans le sol, tels que le chêne; 2° la croissance des arbres : plus ils filent, c'est-àdire plus ils sont alongés, et en même temps plus leur tête est développée et moins leurs racines sontétendties et solides, plus les vents alors les renversent facilement : les arbres résineux sont presque tous dans ce dernier cas; 3° le sol : s'il est léger, sans cohésion et humide, il n'offre plus une base suffisamment solide pour que les arbres résistent aux vents puissans; 4° la situation de la forêt : elle a sur l'action des vents une influence décisive ; ainsi, dans les montagnes, sur les bords de la mer, les ravages sont plus considérables que dans les plaines, et, dans celles-ci, une foule de causes influent encore sur la direction, l'étendue ou la violence des vents.

Quanta Yétendue des dégâts causés par les vents, elle dépend de la nature de ceux-ci : les vents qui tourbillonnent arrachent beaucoup d'arbres, mais tous leurs efforts sont bornés à une petite surface. Les vents d'orage bornent également leurs ravages à une bande longue et étroite; mais les ouragans s'étendent sur une large surface, et renversent souvent tous les arbres d'une vaste étendue de terrain.

On parvient à prévenir en partie les effets désastreux des vents, en étudiant avec soin

la configuration topographique du sol, la nature, la fréquence et la direction des vents; en dirigeant avec intelligence l'aménagement et la coupe des bois {Foy. p. 85), suivant celle des vents violens ou dominans; en écartant des plantations exposées à leurs ravages les arbres qui, comme les résineux, sont aisément renversés par eux, ou bien en les abritant par des lisières d'arbres à racines pivotantes, qui bravent facilement les efforts de ceux-ci; en conservant dans les lieux fréquemment battus par les tempêtes des rideaux d'arbres courts et gros, qui ne doivent jamais être abattus, même lorsqu'ils ont péri; en écartant des plantations au bord de la mer ou sur le sommet des montagnes, les arbres à cime branchuedont le feuillage donne prise au vent.

Les vents desséchans sont très-nuisibles en enlevant aux végétaux et à la terre leur humidité, en faisant ainsi périr les jeunes plants, avorter la fécondation, manquer la germination, etc. On prend contre eux les mêmes mesures que celles indiquées contre la chaleur.

4° La neige, dans les pays où elle tombe en abondance , cause souvent des dégâts dans les forêts trop touffues, surtout dans celles d'arbres résineux, en s'accumulant sur leur cime, et en faisant fléchir et rompre leur flèche et leurs rameaux. Parfois la neige, après s'être ainsi accumulée sur la cime, tombe en masse et brise ou mutile les jeunes plants. On préserve autant que possible les forêts de l'action destructive de la neige, en évitant d'y planter les arbres trop serrés, en pratiquant avec habileté des éclaircies, des élagages qui permettent d'un côté à la neige de tomber jusqu'à terre sans être arrêtée par les branches, et de plus aux jeunes plants qui jouissent alors de plus d'air et de lumière, de se fortifier et de résister au poids des masses neigeuses qui tombent sur eux.

5° Le givre et le verglas. Les branches des arbres sont souvent si chargées de cette espèce déglace, qu'elles rompent sous le poids. Les arbres qui souffrent le plus du givre sont les pins et les sapins, parce que, conservant leurs feuilles pendant l'hiver, le givre s'y dépose en grande quantité. On affaiblit ses effets en veillant à ce que le contour des forêts soit peu ouvert et ne doune pas accès aux vents froids et à l'humidité, et en repeuplant toutes les clairières.

6° La grêle et la joudre peuvent causer dans les forêts des dégâts qu'il n'est pas au pouvoir de l'homme de prévenir. Seulement, si la dernière a causé un incendie, on prend alors les mesures indiquées plus haut contre ce fléau.

Phénomènes physiques dus à la nature ou à la configuration du terrain.

Les phénomènes de cet ordre sont souvent d'autant plus désastreux qu'ils étendent quelquefois leurs ravages sur une surface considérable de terrain; qu'ils enlèvent, engloutissent ou recouvrent le sol, ou bien arrêtent la croissance des végétaux qu'il porte, s'opposent à leur culture et à leur exploitation, et qu'ils ne peuvent être combattus

PHigVOMÈNES PHYSIQUES NUISIBLES AUX FORÊTS.

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qu'avec des peines infinies ou des frais considérables.

Au nombre de ces phénomènes nous rangeoni lo débordement ou la stagnation des eaux, les sables mouvans, les avalanches et les éboulemens.

Les eaux sont stagnantes ou courantes.

Les eaux stagnantes nuisent aux forêts, en convertissant le terrain, soit en marécages, soit en terres inondées où les arbres, surtout ceux qui ne sont pas propres à ces sortes de terrains, périssent bientôt, sans qu'il soit possible de repeupler par semis ou plantations. Les eaux stagnantes, en outre, occasionent par leur évaporalion des brouillards, du givre, des gelées blanches et des froids qui concourent à la destruction des pousses encore tendres et à celle des jeunes sujets. Nous nous sommes étendus suffisamment dans le premier livre de 1 encyclopédie, page 131, sur le dessèchement des terrains marécageux ou inondés, et sur les moyens qu'il faut employer pour les rendre à la culture, pour qu'il soit inutile de revenir sur ce sujet.

Les eaux courantes qui baignent les forêts peuvent, par des crues extraordinaires, dues à des pluies considérables, des ondées, ou à la fonte de neiges, entraîner une partie du sol forestier, ou seulement la couche végétale qui le recouvre, ou les arbres qu'elle porte, couvrir le terrain de sables, de pierres, de débris, faire périr les jeunes sujets par le séjour qu'elles font à la surface, ou par leur conversion en glace, ou les renverser en charriant des glaçons. Les torrens, les violentes pluies d'orage causent des dégâts analogues. Il n'y a qu'un seul moyen de se garantir de ces désastres, c'est par la construction des endiguages ou embanquemens, qui ont fait déjà le sujet d'un article (livre 1er, page 123), auquel nous renvoyons , ou la formation

des rigoles d'écoulement , livre V, page 95.

Les sautes mouvans sont ceux des dunes ou ceux des plaines de sable. Ces sables, emportas par les vents, peuvent fondre sur les forêts du voisinage et lescngloulir.ll faut donc se préserver de leurs ravages. Déjà nous avons fait connaître (livre 1er, page 32-33, livre V, p. 76) les moyens de conquérir de semblables terrains à la culture, et par conséquent d'arrêter leur action désastreuse. Nous croyons, à cet égard, être entre dans des détails suffisans pour l'usage des forestiers, et n'avoir rien à ajouter à ce que nous avons dit.

Les avalanches sont des masses de neiges qui, ne pouvant plus s'arrêter ou rester sur la pente des montagnes, tombent en forme de poussière, ou glissent sur ces penles en détruisant tout sur leur passage. Pour se préserver des avalanches glissantes, les habitans du Valais enfoncent des troncs de mélèze, là où les avalanches se forment, pour les empêcher de glisser. On peut faire aussi des fossés à angles coupés, ou établir des briseavalanches à angles aigus avec des pilots, ou en laissant de grands tronçons dans les coupes.

Les éboulemens de terre qui ont lieu dans les montagnes, surtout quand les couches superficielles reposent sur des lits d'argile, quoique très-difficiles à contenir, peuvent parfois être prévenus en détournant les eaux des vallées, en plantant des aunes, des saules, ou liant le terrain par des plantations d'arbres à racines traçantes, en soutenant par des digues ou des pilotis les terrains qui coulent, etc. On emploiera des moyens à peu près analogues contre la formation des crevasses ou des fis sures , qui se manifestent quelquefois à la surface du sol.

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