‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 5)Chapitre 141 sur 329 · SPÉCIALES D'IRRIGATION · texte numérisé non relu

SPÉCIALES D'IRRIGATION

Fig. 369.

maux et pour laver le linge. On la conduit de là, par des rigoles creusées dans la terre, partout où elle est nécessaire.

Les fontaines plus particulièrement destinées à Varrosement coulent dans un réservoir plus ou moins grand, qui, lorsqu'il est plein, déverse par des canaux dans d'autres réservoirs inférieurs, à une certaine distance les uns des autres. Nous les appelons tampo ou gourgo; pesquié, lorsqu'on y tient du poisson ; boutade, s ils sont destinés à faire aller un moulin.

Ces réservoirs sont ordinairement adossés à la montagne et sont alors formés d'un côté par le rocher même d'où sort la source, et des autres côtés par des murs en maçonnerie ou en pierres sèches, c'est-à-dire sans chaux, ou en terre battue; je dirai plus bas comment on opère pour la rendre imperméable à l'eau.

Les réservoirs ou bassins en maçonnerie sont les plus chers à cause du prix de la chaux dans nos montagnes schisteuses où granitiques. Pour l'économiser, on bâtit quelquefois un mur trop mince pour soutenir la poussée de l'eau, à un demi-mètre de distance on en fait un second en pierres sèches, et l'on remplit l'intervalle en terre battue {fig. 370 ). Au lieu de faire un glacis

Fig. 370.

dedans, on pave le fond en larges pierres dont les joints seulement sont garnis de mortier ou d'argile. Ces réservoirs ont le défaut d'être attaqués par la gelée qui soulève les enduits de chaux. Un ciment résisterait mieux; mais pourquoi ferait-on plus de dépenses pour entretenir plein un bassin qu'on vide matin et soir, et lorsque l'eau est abondante?

(1) Le pont du Gard, qui est une merveille, n'est qu'une faible partie d'un aqueduc d'environ 7 lieues, dont on suit les traces entre Nîmes et Usez, tantôt souterrain, tantôt taillé dans le roc, soutenu par des arches plus ou moins élevée» et traversant le Gardon.

AGRICULTURE : DES ARROSÉMENS ET IRRIGATIONS

liv. r

Les réservoirs de pierres sèches et de terre sont formés d'un mur d'enceinte de gros quartiers de roches, autant que possible, d'un mètre ou d'un mètre et quart de largeur et de hauteur {fig. 371). En dedans on forme Fig. 371.

un talus de terre battue qui doit avoir environ 3 décimètres de plus de base que de hauteur. Quelquefois, en dehors on fait aussi un autre talus sans le battre. Le tout forme alors un glacis gazonné ou la continuation de la pente de la prairie. C'est presque un rempart pour la plupart de ceux qui liront ma description, mais sa masse n'a rien de choquant dans nos montagnes; elle y est en harmonie avec le paysage, comme les pièces d'eau régulières et revêtues de marbre le sont au milieu d'un parterre élégant.

Lorsque la localité permet que le réservoir soit enfoncé dans la terre au niveau du sol, le mur devient inutile. Après avoir creusé le bassin de manière que ses parois soient perpendiculaires et qu'il ait plus de diamètre et de profondeur qu'on ne veut lui en donner, on forme dans l'intérieur un talus de terre battue, dont la base est à peu près égale à la hauteur, comme dans la précédente construction.

Pour faire cette sorte de pisé, on se sert d'un instrument représenté {fig. 372), qu'on appelle une masse. C'est un Fig. 372. morceau de planche carré , de 4 décimètres de long sur 2,5 ou 3 de large et 7 centimètres d'épaisseur, au milieu duquel est un manche flexible de 8 décimètres de long, un peu courbé. Il faut deux ouvriers pour ce travail, un homme vigoureux habitué à masser, et un jeune homme pour le servir. Le premier entre dans le creux, et commence à batlre fortement le fond ; il marche en tournant à reculons, soulève la masse à deux mains et frappe devant lui, en la dirigeant un coup de la main droite et un coup de la gauche. Pendant ce temps, l'aide remue le tas de terre tirée du creux pour l'ameublir, l'humecte, si elle est trop sèche, et en ôte les

Ï terres. Lorsque la première battue est laite, e jeune homme avec une pelle jette un lit de terre dans le bassin, l'autre l'égalise sur toute la surface, de quatre doigts d'épaisseur, et il la bat pour la réduire de moitié et même plus. On fait une troisième battue de la même manière; ensuite on mesure la base du talus, et l'on ne jette de la terre que sur ce cercle qui va toujours en diminuant

à chaque couche. A mesure que le talus s'élève, on bêche les bords du réservoir, afin que les dernières assises de terre battue aient une certaine largeur. On finit par appliquer quelques bons coups de masse dans l'intérieur sur les parois et sur le fond, et l'on recouvre les bords en mottes gazonnées, en formant une rigole pour laisser couler le tropplein.

Pour arroser, ou faire vider les différens bassins dont j'ai parlé, on place au fond un arbre AB (voy. fig. 370 ci-dessus) percé d'abord de part en part, fermédu côté intérieur par un tampon, avec un trou évasé au dessus C, qu'on bouche au moyen d'un bâton CD. On sent la nécessité de cette disposition, l'épaisseur des parois ne permettantpas d'ouvrir et de fermer ces sortes de bondes par dehors. Si îe Cévennois n'a pas de tarière pour percer un tronc d'arbre de longueur suffisante, il y supplée en le fendant, et en creusant dans les deux moitiés des gouttières qui se correspondent; il les lie avec des osiers et les dispose de la façon que j'ai indiquée.

Nous avons dans les Cévennes deux manières d'arroser les jardins potagers, dont l'agriculture peut aussi profiter : V irrigation à raies, la meilleure sans contredit et la plus pratiquée ; elle est trop généralement connue pour la décrire ici.

Lorsqu'on ne sait pas, ou qu'on ne veut pas disposer les planches du potager pour les arroser en raies ; lorsque les légumes sont plantés sans ordre, et il en est qu'on ne peut pas mettre autrement, tels que les courges, les concombres, ceux qu'on ne transplante pas, comme les carottes, les épinards, etc. , alors on creuse, de 10 en 10 pas et à chaque étage du jardin, s'il est en terrasse, de petits réservoirs dans la terre, d'un mètre de diamètre et d'un demi-mètre de profondeur; on les fait tous communiquer par une rigole avec le réservoir principal, et. avec une espèce de cuillère de bois ou écope , on jette en l'air l'eau qui les emplit, comme les bateliers vident celle qui entre dans leurs barques ; l'eau tombe en grosse pluie sur les plantes d'alentour. Nous représentons de face et de profil (fig. 373) l'instrument qu'on appelle azaïgadouire (du mot azaiga, arroser). La fig. 374 est une azaïgadouire en fer-blanc, plus chère, mais plus durable; et la fig. 375 en représente une très en usage, qui ne coûte rien au paysan, faite avec une gourde, espèce de coloquinte.

Fig. 373. 374. 375. 376. 377.

Les fig. 376 et 377 représentent différentes

hautes

chap. 9«. DE QUELQUES PRATIQUES

écopes de bateliers qui serviraient très-bien à l'usage que nous indiquons; on peut avec un peu d adresse, au moyen de ces ustensiles, répandre l'eau de 7 à 10 mètres de distance. Pour arroser un pré, le Cévennois fait un besaou (tranchée ou rigole principale) dans la partie la plus élevée; il lui donne peu de pente pour que l'eau n'arrive pas trop vite, et, sans connaître le niveau, il la conduit sur tous les points , la fait serpenter de cent manières dans des rigoles toujours pleines, et l'eau ne séjourne nulle part quand il ne veut plus qu'elle coule.

D'autres fois, et selon les localités, le besaou règne dans toute la longueur de la prairie, et des besalieiros (petites rigoles), qu'il ouvre et ferme tour-à-tour, avec une motte de terre, laissent entrer l'eau dans le pré et l'inondent tout -à- fait. C'est de cette manière qu'on arrose ce qui se trouve près du bief d'un moulin.

Lorsque la position de la prairie est tout-àiait plane, ce qui est rare, des rigoles nombreuses font circuler l'eau dans tous les sens; elle filtre ainsi dans le terrain si elle ne peut le couvrir.

Pour faire toutes ces rigoles, on se sert, dans Cévennes, d'une sorte de houe appelée pfgasso, fossoir dans les Vosges, qui porte une hache du côté opposé ; le fer est plus mince et plus étroit, et son manche est perpendiculaire, afin qu'un puisse facilement travailler des deux côtés. Avec la hache , on taille dans le pré deux lignes parallèles, à 10 ou 12 centimètres de distance, et avec la houe on enlève en mottes la terre qui les sépare, et on la dépose à côté de la rigole que l'on forme. Ces mottes servent à arrêter l'eau pour changer sa direction ou la faire verser.

J'ai supposé jusqu'à présent une quantité d'eau suffisante recueillie dans des réservoirs; chacun arrose selon ses moyens, et les coutumes du canton qu'il habite. Ceux qui n'ont pas de source détournent une portion d'un ruisseau, en coupant un ravin, en amènent l'eau, et la distribuent sur leurs terres au moyen de canaux et de rigoles fermées par des vannes; mais il faut pour cela le consentement ou l'association des voisins et de ceux qui, audessous, peuvent profiter de ce ruisseau.

Plusieurs habitans du même hameau s'associent pour l'entretien des prises d'eau ; dans quelques communes, il y a des réglemens entre les propriétaires des divers quartiers, qui fixent les jours où chacun d'eux jouira des eaux pour l'irrigation de ses champs.

Lorsque le terrain est au bord d'un canal ou d'une rivière, et trop élevé pour être arrosé parles eaux courantes, on établit un engin ou machine si simple que la fig. 379, où je la représente, me dispensera de la décrire. J'observerai seulement que les paysans le font eux-mêmes et tout en bois. On se sert du même moyen pour puiser l'eau d'un puits peu profond ; il exige moins de force que la

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