‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 5)Chapitre 261 sur 329 · DES LENTILLES · texte numérisé non relu

DES LENTILLES

courbé et creusé de deux fossettes au-dessus de l'onglet; — des ailes obtuses; — un légume oblong, contenant de 2 à 4 graines plus ou moins comprimées.

On cultive en grand deux espèces et trois variétés de lentilles : la grande ( Ervum lens major), la petite ou lentillon (Ervum lens minor), et la Lentille à une fleur {Ervum monanthos ).

1. La grande Lentille (fig. 611 ) est une des plus cultivées. On l'ap- Fig. 611.

porte abondamment sur les marchés de Paris , des sables quartzeux des environs de Rambouillet, des sols

volcaniques du Puy, et des terres calcaires et légères du Soissonnais. Le grain de cette lentille est de couleur blonde, fortement comprimé et large d'environ 3 lignes (0m 007 ).

2. La petite Lentille, Lentille à la reine. Lentille rouge (fig. 612), est plus petite de près de moitié que la précé- Fig. 612.

dente. Ses grains, plus bombés et plus colorés,sont regardés dans

beaucoup de lieux comme plus délicats. C'est cette variété qui , sous le nom de lentillon, est cultivée le plus fréquemment dans les cham ps comme fourrage, quoique l'autre soit également propre à la même destination.

3. La Lentille uniflore, assez répandue dans le Loiret, sous le nom impropre de Jarosse, et dans le Roussillon sous celui de petite Lentille, diffère essentiellement des autres lentilles, par ses stipules dont l'une est

La culture de la lentille en plein champ a deux destinations principales : la production de ses graines, dont on fait eu France une consommation assez considérable, et celle de ses tiges, qui, fauchées en vert lorsque les gousses sont déjà formées, procurent un fourrage dont le peu d'abondance est compensé par l'excellente qualité, puisqu'aucun autre herbage n'est plus riche en parties nutritives, et qu'on est obligé de ne donner celui-là aux bestiaux, même en sec, qu'avec modération.

- Espèces et variétés.

La Lentille (Ervum); enangl..£e/?ft7;enall., Lentzen, et en ital., Lenticio (fig, 610), a pour caractères génériques un calice en tube à 5 divisions profondes, qui diffère de celui des yesces parce que ces divisions sont presque égales;— un étendard plus grand que les ailes et la carène, arrondi , légèrement

linéaire et entière, tandis que l'autre est beaucoup plus grande et divisée en 6 ou 7 lanières grêles et profondes. Les 3 ou 4 grains de la gousse sont irrégulièrement sphériques (fig. 613 ). Cette espèce est cultivée comme fourrage et pour Fig. 613.

ses fruits.— Nous verrons, en parlant des prairies, qu'elle offre une précieuse ressource sur les terrains sableux les plus médocres.

Toutes les lentilles sont des plantes propres aux assolemens des terres légères ; elles redoutent la trop grande humidité plus qu'elles ne craignent la chaleur. Aussi croissentelles beaucoup mieux que les fèves, les pois même et les haricots, sur les sols sablonneux d'assez médiocre qualité; sur les terrains sablo- calcaires ou calcaro- sableux, peu susceptibles de donner d'autres produits aussi avantageux.

On les sème ordinairement comme cultures jachères, sur un ou deux labours, tantôt en augets ou en touffes de la manière que j'ai indiquée pour les haricots; tantôt en rayons ou en lignes, tantôt enfin à la volée.

Les deux premières méthodes sont particulièrement applicables aux cultures de lentilles dont on veut récolter les graines. Les semis en quinconce, par touffes, qui se font nécessairement à la main, ainsi qu'on Ta dès long-temps remarqué, ont non-seulement l'inconvénient d'être lents et par conséquent peu praticables en grand , de rendre les binages à la houe à che-yal impossibles et les autres plus difficiles, mais

AGRICULTURE : DES LÉGUMINEUSES A SEMENCES FARINEUSES, liv. i",

ibre plus ou moins qui s'affament et se

encore de réunir ou plutôt d'accumuler sur un seul point, contre tous les principes de la végétation, un nom' considérable de plantes privent réciproquement dès influences béni gnes de l'air et de la lumière. — Les semis en lignes sont donc préférables. On les fait derrière la charrue, au fond du dernier sillon qu'elle vient de tracer, et en laissant successivement un sillon sur deux sans grains. Un homme qui suit le semeur recouvre à l'aide d'un léger râleau, si mieux on n'aime le faire à la herse de branchages, qui remplit le même but plus économiquement et souvent avec une perfection suffisante. — « Le résultat des expériences comparatives que nous avons faites de la méthode ordinaire et de i elle qui vient d'être décrite, écrivait notre savant confrère Yvart, a été, en faveur de la dernière, économie de semence, célérité et régularité dans les travaux, diminution de frais, augmentation de produits; et la terre laissée dans un état de netteté et d'ameublissement très-favorable aux cultures subséquentes. Nous ne saurions en conséquence trop la recommander... »

Le lentillon, cultivé comme fourrage, se sème presque toujours à la volée, à raison de 150 litres environ par hectare. Assez souvent on le mélange à une petite quantité de seigle pour le soutenir. En pareil cas, on peut réduire d'autant la proportion de la semence.

Les cultures de lentilles réservées pour leurs graines, soit qu'elles se pratiquent en augets ou en rayons, exigent une quantité moins considérable de semence.

Les semis commencent, sous le climat de Paris, dans la dernière quinzaine d'avril. La lentille à une fleur se confie seule à Ja terre en automne. Elle résiste très-bien au froid.

La culture d 'entretien des lentilles semées à la volée se borne assez souvent à des sarclages répétés. Cependant cette plante se trouve à merveille des binages qu'on ne manque pas de lui donner lorsqu'on le peut. De là le grand avantage des semis en lignes, toutes les lois du moins qu'on vise à la récolte des graines.

Le moment favorable pour récolter les lentilles est celui où les feuilles inférieures se détachent d'elles-mêmes de la tige, et où les gousses prennent une teinte roussàtre. On les arrache alors ; — on les laisse sécher par petites bottes, et on les bat au fléau au fur et à mesure de la consommation qu'on en fait dans le commerce.

Indépendamment de la graine de lentille, qui a toujours une assez grande valeur, on ne doit pas perdre de vue que son fourrage vert ou sec est un des plus nourrissans connus. A l'état de paille, beaucoup de personnes le considèrent encore comme préférable au meilleur foin. Aussi la culture des lentilles peut-elle être considérée assez souvent comme une. des plus productives sur les sols médiocres.

Section vi. — De quelques autres plantes de la même famille.

Le Pois chiche ( Cicer arietinum) { fîg. 6 1 4) est une plante légumineuse, voisine des lentilles,

dont il se distingue Fig. 614.

surtout par son légume

ovoïde, renflé, vésicu-

leux et renfermant

une ou deux graines

arrondies, parfois ra-

boteuses,sur lesquelles

la place occupée par

la radicule est plus ou moins proéminente.

Le Pois chiche , garvance ou cicerole , cultivé exclusivement dans les jardins du centre de la France, l'est beaucoup plus en grand dans le sud de ce même pays et de l'Europe. — Il se fait en Asie et en Afrique une consommation considérable des grains de ce végétal, soit rôtis et encore chauds, soit bouillis et diversement préparés. Dans plusieurs de nos départemens méridionaux on les mange en purées,et on les utilise, chez les restaurateurs, pour préparer les potages aux croûtons, justement renommés par leur délicatesse. — Les fanes du pois chiche sont un excellent fourrage.

Dans les contrées où la température des hivers ne s'oppose pas à la culture en grand du cicer, on le sème en automne, le plus souvent à la volée et sur un seul labour. — Plus au uord, on ne peut le confier à la terre qu'au printemps, aussi sou produit y est-il de beaucoup inférieur. — On le récolle à la manière des lentilles.

La Vesce blanche { Vicia sativa alba ), ou lentille du Canada, est une variété qui se distingue de l'espèce la plus ordinairement cultivée comme fourrage parla couleur blanche ou blanchâtre, et la grosseur plus considérable de ses grains. Dans plusieurs cantons, les habitans de la campagne les mangent en purée, ou mêlent en petite quantité sa farine a celle des céréales, pour en faire du pain.

— La vesce blanche n'en est pas pour cela moins bonne à faucher en vert. Ses usages sont donc multiples, et sous ce point de vue je crois qu'on devrait la préférer à l'autre. J'en ai vu souvent dans l'ouest de fort belles cultures. {Voy. l'art. Prairies.)

La Gesse cultivée { Latyrus sativus ) , ou lentille d' Espagne, est aussi cultivée pour son fourrage et pour sa graine, que l'on mange ta»ntôt en vert, comme les petits pois, tantôt en purées. —Dans plusieurs cantons du midi de la France, les cultivateurs pauvres s'en nourrissent pendant une partie de l'année.

— Les enfans la mandent grillée; — en cet état, après avoir été réduite en poudre, on en fait des infusions analogues à celles que l'on obtient du lupin, de l'orge, de la chicorée, etc.

La Gesse blanche est une variété de la précédente.

La Gesse chiche {Latyrus cicera), est une espèce voisine qu'on cultive en Espagne, et dont, sous le nom de petits pois chiches, on estime beaucoup les grains.

Les gesses comme les cicers sont des plantes du midi;ieur culture est la même, c'est-à-dire qu'on les sème en automne, partout où l'on n'a pas à redouter les effets de Ihiver, et au printemps, lorsqu'on peutcraindre les gelées. {Voy. l'art. Prairies.)

Le Loti*>r comestible croît dans le midi de l'Europe et sur plusieurs points du nord de l'Afrique. En Egypte on mange dit-ou. ses

CJIAP. 17°.

gousses remplies, avant leur maturité, d'une pulpe sucrée, d'un goût analogue à celui des petits pois. On peut aussi appliquer au même usage le lotier cultivé (lotus corniculatus).

Il serait possible d'ajouter encore à ce chapitre quelques autres plantes légumineuses

DES POMMES-DE-TERRE. „ 425

dont on peut ou pourrait, en cas de besoin , manger les graines. Mais aucune, à ma connaissance, n'a sous ce rapport assez d'importance pour trouver place dans un livre plutôt pratique qu'historique.

Oscar Leclerg-Thouin.

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