partie de la
DES PRAIRIES
mauvaise saison. Celte nourriture, un peu aqueuse, a besoin d'être miligée par d'autres alimens. L'espèce que j ai vue le plus habituellement recherchée est verte, oblongue, de la grosseur de la tête ou davantage, et rayée de blanc ; quelquefois simplement tachetée de cette dernière couleur et nresque ronde.
Ou la sème sans grande précaution lorsque les dernières gelées ne sont plus à craindre, tantôt en des autels, au tond desquels on a déposé quelques engrais, tantôt sans cette précaution, sur des fonds naturellement fertiles, au plantoir ou à la main, à des distances à peu près égales entre chaque pied. D'après le premier procédé, qui est préférable, on répand 4 à 5 graines dans chaque augel, quoique plus tard on ne doive laisser subsister que deux pieds. A mesure que les courges mûrissent, ce qu'on reconnaît à leur changement de couleur, et surtout à la dureté complète de leur écorce, on les cueille; on les laisse se ressuyer quelque temps en plein air, et on les rentre toutes avant les gelées dans un lieu sec et abrité.
La culture des courges est assez étendue dans les départemens de l'Ain, de Saône-et- Loire, de la Sarlhe, de Maine-et-Loire, etc. La, les cultivateurs en font grand cas pour les localités dont le fond est léger, quoique fertile. Au-delà du 49 degré vers le nord, elle ne présenterait plus les mêmes avantages.
§ IV. — Des arbres et arbrisseaux fourragers.
Les végétaux sous-ligneux et même ligneux offrent dans quelques localités, et pourraient offrir dans beaucoup d'autres, des ressources assez importantes pour la nourriture des bestiaux. Comme les plantes herbacées, il y a deux manières principales de les faire consommer : en vert, soit au pacage, soit à Tétablé; — à l'état sec, à l'aide de divers modes de consemation.
Les BR\jYti\Es(Ericœ) elles-mêmes, dans les terrains qui ne conviennent qu'à leur végétation, sont quelquefois broutées par les mou tons. M. de Morogues en oite des exemples pour la Sologne. D'après les essais qu'il rapporte,ce sont \esErica cinerea elvulgaris dont les mérinos s'accommodent le mieux. Quand îesbruyères croissent mêlées à des genévriers, ce dernier arbrisseau rend leur pacage meilleur, parce que les moutons le broutent avec plaisir et profit pour leur santé. On pourrait donc semer le genévrier comme le genêt, s'il ne croissait pas avec une si grande lenteur.
Les Genêts {Genista etSpartium, Lin.), famille des légumineuses, croissent spontanément dans beaucoup de localités sur les terrains qu'on abandonne sans culture pendant un certain nombre d'années. Dans d'autres on les sème, comme l'un desmeilleurs moyens d'amélioration des coteaux à pente rapide et des sables arides. C'est le Genêt à balai (Spartium scoparium, Lin.) qui est le plus répandu en France. Je ne me suis jamais aperçu chez moi que le gros bétail y touchât dans* les pâturages mais il procure une bonne nourriture yerte aux moutons. L'agronome distin-
gué que je citais ton t-à -l'heure en a tiré un fort grand parti dans ses propriétés du Loi ret : « Les genêts, dit il, sont peu coûteux à multiplier; on eu fait ramasser la graine par des pâtres; le litre revient à 50 ou GO c, et il en faut 2 à 3 litres par arpent de 20 pieds pour perche. Afin d'éviter les labours, on les sème dans les terres usées et arides avec le seigle et le sarrasin ; au bout de 3 ans la genetièrepeut être pacagée avec avantage. Heureusement on commence, depuis plus de 20 ans, à se servir de ce moyen pour améliorer les pâturages de la Sologne, et cela seul a déjà produit un bien réel que la généralisation de cette pratique ne fera qu'accroître. »
Le Genêt velu (Genistapilosa, Lin.), d'après Strengel, est celui qui tient le 1er rang parmi toutes les espèces de genêts les plus propres à garnir les pâturages des moutons. Voici les raisons qu'il en donne : 1° Il vient fort bien dans les terrains sablonneux et même dans ceux qui, à cause de leur grande aridité, ne produisent que la canche blanchâtre, l'épervière piloselle et quelques autres plantes, partage des terres les plus stériles; 2° ses tiges et ses feuilles ne gèlent jamais, de manière que, même pendant l'hiver, il procure aux moutons une nourriture abondante; 3° les rameaux sont mangés en entier; 4° de toutes les espèces de genêts, c'est celle que les moutons préfèrent, ce dont il est facile de se convaincre dans un pâturage où il se trouve plusieurs autres espèces de ce genre; 5° ses racines s'étendent à des profondeurs telles que la plante est insensible aux excès de la sécheresse et du froid, et qu'elle tire du soussol une grande partie de ses principes nourriciers; 6° elle ne souffre nullement d'un pâturage continuel; 7° sa présence non seulement ne nuit aucunement au trèfle, aux graminées, mais elle procure à ces plantes une végétation plus vigoureuse, parce que le genêt velu améliore la couche supérieure du sol ; aussi ne devrait-il manquer dans aucun pâturage à moutons, en sol sablonneux et sec.
La Genestrolle (Genista tinctoria, Lin.; partage une partie de ces avantages. L'analvse nous la montre comme plus nourrissante encore; elle dure longtemps, est d'une culture facile, parce que la semence, qui est fort grosse, lève aisément, et souffre peu du voisinage des autres plantes. Sprengel re» commande de semer ce genêt avec d'autres, plantes fourragères en automne ou au printemps, par-dessus une céréale d'hiver.
L'AjoiNc(Z7/ej;é?«/o/?e«.v,Lin.),même famille, croît aussi naturellement dans diverses localités sur les terres abandonnées pendant un certain nombre d'années sans culture, après quelques récoltes économiques. — Ailleurs on juge convenable de le semer, dans la persuasion qu'il améliore le sol pour les céréales. On répand alors à la volée une quinzaine de kilog. de semence par hectare. L'ajonc aime les terrains consistans. Il vient de préférence dans les schistes argilo-sableux, sur la crête des fossés où il forme d'assez épaisses clôtures, pendant ses premières années, et sur les friches, où, comme en Bretagne et une partie de la Vendée, on peut en retirer un combustible abondant et de bonne qualité.
Lorsqu'on cultive l'ajonc pour fourrage, on le tond ordinairement deux fois, une au commencement et la seconde vers la fin de l'hiver, en ayant soin de prévenir l'entier épanouissement des fleurs, parée que dèslors ses nombreuses épines seraient plus difficiles à briser, et parce que surtout les tiges acquerraient une rigidité telle que la faulx ne pourrait plus les renverser. Lorsque les champs d'ajoncs arrivent à un certain âge, on doit recourir à la serpe. Dans tous les cas, on frappe les branchages au maillet sur un billot, ou on les faii passer sons les meules à cidre pour émousser les piquans qui repousseraient les animaux. En cet état, tous les mandent avec grand plaisir, et ce peut être, à défaut d'autres fourrages, une ressource souven! importante.
Les Pins (Pi ni) sont aussi, dans les assolemens où l'on juge utile de les introduire pour quelques années, employés à la nourriture des troupeaux. Je ne reviendrai point ici sur le mode de culture applicable à de tels assole mens (Foy. le chap. X); mais il est utile d'appeler l'attention des cultivateurs sur le parti qu'on peut tirer des espèces les plus abondamment cultivées, et notamment du Pin maritime (Pi nus maritima, Lin.), dont l'usage sous ce rapport est trop peu connu. Je ne puis mieux faire que de laisser parler M. de Morogues : « N'omettons pas ici le oarti qu'on peuttirerdes branchages de cette dernière espèce. Malheureusement les mérinos en fout p.eu de cas; mais les bêtes à lame indigènes qui ne les appèlent point en été, les mangent eu hiver. Depuis deux ans, M. le comte de Tristan aaffourragé de cette manière pendant tout l'hiver deux troupeaux de brebis, race de Sol-gne, et il s'en est applaudi. — M. de Gauvilliers, président de la Société d'agriculture du département de Loir-et-Cher, a aussi employé avec succès, dans sa terre près de Blois, ces branches pour nourrir les moutons; et moi-u ême j'ai fait, de mon côté, plusieurs expériences à ce sujet qui toutes m'ont paru concluantes. — Il ne laut couper les branches de pins qu'au fureta mesure du besoin, parce que quand elles sont sèches, les moutons paraissent ne s'en pas soucier, tandis qu'ils se jettent dessus avec avidiié quand elles sont fraîches et qu'ils y ont été accoutumés. Si par hasard ils y répugnaient, on pourrait vain re ce dégoût en trempant d'abord dans de l'eau salée les branches qu'on leur donnerait. Cet expédient, dont on use avec succès pour fa re manger (les premières fois, aurait où ajouter l'auteur) des marrons d'Inde concassés aux brebis mérinos qui allaitent leurs agneaux, réussirait sans doute dans le cas que nous venons de mentionner. » (Essai sur tes moyens d'améliorer l'agriculture en France. )
Certes, on ne cultivera jamais des pins comme fourrage dans les lieux où l'on pourra ents éprendre des cultures herbagères; mais on ne doit pas perdre de vue que M. de Mor gués, en les recommandant, parlait aux habitan s de la Sologne, et que les circonstances fâcheuses qu'il avait en vue peuvent se présenter malheureusement en bien d'autres lieux. {Voy. l'art. Assolement.)
ANTES FOURRAGÈRES. Mv.r*.
Beaucoup $ arbres estivaux sont très propres à donner des feuillards qui conviennent également à tous les herbivores. A. Tiiolun a consacré une partie de l'école pratique du Muséum d'histoire naturelle, et tfh paragraphe desonCoursdeculture,a la formation et a la description de haies a Jourrageè. Malheureusement les espèces qui conviennent le mieux au bétail ne sont pas généralement celles qui procurent les clôtures les plus défensives, attendu qu'elles doivent être privées d'épines. Cet inconvénient est assez grave; néanmoins il est telles positions ou l'on pourrait atteindre suffisamment le second but, sans manquer le premier; or, selon moi, cette question est plus importante qu'on ne parait le croire. Ce n'est pas seulement au Jardin des Plantes de Paris qu'on peut voir de superbes haies qu'une tonlure rigide ne fait que rendre pins touffues dans leur mince épaisseur. Tous ceux qui ont parcouru la Belgique en ont pu remarquer de semblables en plein champ, et certes l'abondance des ramées obtenues une ou deux fois dans le cours de la belle saison, lorsqu'elles sont de nature à àffourrager les animaux, sot d'autant moins à dédaigner, qu'on peut choisir, pour les abattre, le moment où les prairies offrent le moins de ressources.
Une première condition à rechercher dans les végétaux qu'on destine à former des hdies fourragères, c'est : Tqu'ils plaismt aux bestiaux ;2°que leur végétation soit le plus active possible, etquede fréquentes tontures ne leur soient pas nuisibles. Uorme, les érables, le charme et divers autres végétaux ligneux remplissent fort bien ce double but.
Quant aux arbres ou arbrisseaux qui ne pourraient former de bonnes clôtures, parce que leurs tiges sont ou trop faibles ou trop disposées à se dégarnir du pied, ou enfin parce qu'ils auraient à souffrir des etfets de la tenture, on peut encore les utiliser à la nourriture des bestiaux, en les plantant, commeon l'a conseillé, en taillis, en quelque sorte fauchables chaque année ; — en lesarrêtaut sur souches très-basses; —ou en les élevant en têtards, destinés a être coupés tous les 3 ou 4 ans, et dépouillés seulement de leurs feuilles chaque année aux approches de l'automne. Sous les àeuK premières formes, quelques-unes des espèces qui paraîtraient présenter le plus d'avantage sont les suivantes:
La Luzerne en arbre (Medicago arboreat Lin.), famille des légumineuses, qui est considérée parla plupart des naturalistes comme le vrai cytise, tant vanté des anciens, dont quelques essaisavantageux ont été faits, je crois, aux environs de Montpellier, et qui parait très-propre à fournira la fois dans les régions méridionales un excellent fourrage aux bestiaux et une nourriture de prédilection pour les abeilles. On sait que l'excellent miel du mont H)bla, célébré par Virgile, était recueilli sur les fleurs de ce végétal.
Le Cytise des Alpes (Cytisus laburnum, Lin.), même famille, qui prospère sur les terres sèches, rocailleuses, et dont il est probable qu'on obtiendrait des feuillards abondans et fort du goût des bestiaux.
chap. 18e. DES PRAIRIES.
Le Baguenaudier ordinaire (Colutca arborescent, Lin.), même Camille. Arbrisseau à croissance rapide qui se plaît aussi dans les terrains sablonneux ou calcaires de peu de valeur, et que toutes les bêles fauves rongent jusqu'au bois. J'en ai vu des haies tondues depuis long-temps 2 et 3 lois chaque année, sans en souffrir.
Le Caragaîma ou Arbre aux pois {Robinia cara^ana, Lin.) ; le Robinier faux-acacia {Robinia pseudoacaciasVfï\à.)\ le Robinier sans épines {Robinia inermc.s), même famille.
Tous les 3 très-propres à être conduits en têiards de 2 à 3 pieds de haut, et à donner à la fin de Pété des branchages abondans et feuillus dont les herbivores de toutes sortes sont avides.
La variété du Robinier connue sous le nom rie spectabilis, dont les feuilles un peu glaunues sont plus grandes que celles de l'espèce commune, et d»nt les branches sont entièrement dépourvues d'épines, a , dans ces derniers temps, attiré d'autant plus l'attention des cultivateurs, qu'on est parvenu à I obtenir franche de pied. M. Michaux, notre confrère, qui s'est tout particulière n.enl occupé de l'étude des arbres sous le point de vue économique, tout en recommandant d'une manière spéciale la multiplication de cette intéressante variété, ne laisse cependant pas ignorer que si on permettait aux bestiaux de mander lécorce d'acacia, le principe irritant quelle contient en proportions telles que les Indiens de l'Amérique du Nord en emploient les décoctions pour se faire vomir, pourrait produire des accidens fâcheux.
Quant au Robinier sans épines ou Acacia boule, dont j'ai déjà parlé ci-dessus, comme il ne fructifie pas, il est plus difficile de le multiplier- en grand. Cependant son feuillage délicat et très-abondant esi recherché avec unempressemenl remarquable parles vaches, les moutons et les chèvres; — M. Michaux a éprouvé qu'où pouvait le couper au moins deux lois dans le cours de l'été; qu'il peut être très-utilement conservé en sec pour t hiver, et il conseille en conséquence de greffer cet arbre eu fente sur la racine même ou sur le collet des racines de l'acacia ordinaire, afin de le cultiver en rangées parallèles ou d'en placer les pieds isolés aux endroits qu'on ne pourrait utiliser d'une manière plus profitable.
L'Orme {ÎJlnfû$ campe s tris ,Lin.) , famille des amentacées, est depuis long-temps et dans beaucoup de lieux utilisé pour la nour nture des bestiaux. Il se conserve parfaite ment en massifs plantés sur les terrains d'u e pente rapide et tondus chaque année. Il vent bien aussi en haies dans les lieux où l'on peut se défendre contre la disposition traçante de ses racines; enfin, il forme des têtards d'un grand pioduit en branches et en feuilles. — VOrme e Hollande, dont les feuilles sont plus gran les et plus épaisses que celles de I espèce ordinaire, devrait être généralement préféré.
« Le feuillage des divers Erarles, famille des acériuéiS, en exceptant toutefois Celui du negundo {Acer negundo , lin), don; e frais, ou encore conservé sec pour 1 hiver,
un aliment très-nourrissant aux bestiaux. V Erable jaspé est de toutes les espèces de ce genre celle dont la sève eSl la plus sucrée. Dans le nord des Etats-Unis, au Canada et à la Nouvelle-Ecosse, les cerfs et les élans se nourrissent presque exclusivement de ses branches de deux années d'exisltnce, ainsi que de ses bourgeons qui se développent de très-bonne heure au printemps, ce qui lui a fait donner le nom de moosefx'ood [bois d'élan ). L'érable jaspé se trouve particulièrement aux endroits élevés, humides et ombragés. Introduit dans les montagnes de la Suisse, des Vosges, de l'Auvergne, etc., il s'y reproduirait naturellement et il ajouterait utilement à la nourriture des chèvres qui seules peuvent gravir les pentes rapides et escarpées de ces montagnes. — On peut encore donner aux besliaux des ramées du Peuplier suisse, du Peuplier franc et du Peuplier de Canada. Les Indiens de la haute Louisiane nourrissent leurs chevaux, une partie de I hiver, avec les jeunes branches conservées de cette dernière espèce. » Michaux. Note communiquée. Le Frêne (Fraxinus excelsior, Lin.) , fa-
mille des jasminées, est un des arbres les plus utiles sous le point de vue qui nous occupe ici. Je n'ai i>as vu couper ses jeunes branches pour affourrager les ruminans à l'étabte; mais dans plusieurs départemens, comme dans celuideMaine-et-Loire, on Peffeuille chaque année en automne avec un soin minutieux pour en nourrir les vaches laitières. Ce sont ordinairement des femmes et des enfans qui sont chargés de monter sur les têtards, toujours peu élevés, pour faire cette cueillette. Ils la font également sur les ormeaux, pat fois sur lespeupliers, et ces produits, malgré leur grande utilité, au moins en certaines années, ne coûtent cependant qu'un peu de temps, et ne peuvent nuire sensiblement aux arbres à l'époque où on les obtient. 11 n'en est pas toujours de même de l'ébranchage.
Lorsque l'on veut conserver des ramées ou feudlards pour l'hiver, on en forme de petits fagots qu'on superpose, après quelque temps de séjour à l'air libre, dans un endroit abrité des grandes pluies, d'où on les relire ensuite au fur et à mesure du besoin. — La feuillée est susceptible aussi de conservation. Aux environs de Lyon, on entasse les feuilles de vigne dans des citernes ou des tonneaux, et après les avoir foulées le plus possible, on les couvre d'eau. On les coupe ensuite à la bêche lorsqu'on veut en faire usage pendant l'hiver. I! paraît que les animaux, une foi* accoutumés à ce genre de nourriture, s'en trouvent à merveille. Dans quelques provinces d'Italie, on cm-ille les feuilles en septembre. On les laisse plusieurs heures étendues au soleil, puis on les entasse de la même manière dans des tonneaux ou des espèces de silhos simplement recouverts de sablé, parfois même de paille et de terre.
D'après les analyses que Sprengel a faites des espèces de feuilles employées à la nourriture des bestiaux en Allemagne, on trouverail que celles de chêne < ontiennent a l'état sec environ 80 pour cent d«- parties nutritives;- celb s de frêne, 81 2,3; —celles d'orme,
81 ; — celles de charme, 76 1/2 ; — celles d'érable, 77 ; — «elles d'acacia, 78 1/2; — celles de hêtre, 72 1/2: — celles de peuplier, 76 1/2 ; -celles d'aune, 71 1/2 ; — celles de saule, plus de k0; — celles de tilleul, 80 1/3; — enfin, celles de bouleau, 72 1/2. Toutes ces feuilles étaient sèches lorsqu'elles ont été soumises à l'expérience; mais il est probable qu'elles avaient élé détachées des arbres avant que la sève les eût abandonnées, cestà-dire dans le cours de l'été ou le commencement de l'automne. J'ajouterai, avec M. Puvis , que, dans une ferme où l'on a donné pendant plusieurs mois à 3 vaches, comme
DES PLANTES FOURRAGERES. liv. i".
supplément au pâturage, 24 livres de ramée de peuplier de Virginie, elles consommaient chacune en moyenne 11 livres tant bois que feuilles; donnaient aulanl de lait, et étaient aussi bien entretenues que lorsqu'on les atfourrageaitde 15 à 18 livres de
trèfle! — De tels résultats, quelle que
soil la manière de les envisager, doivent, ce me semble, engager à étudier, plus qu'on ne l'a encore fait, l'utilité des feuilles d'arbres comme fourrages, et conduiront trèsprobablemenl à étendre leur emploi au-delà de ses limites actuelles.
"). Leclerc-Thouin.
CHAPITRE XIX. — • DES MALADIES et des attaques auxquelles les végétaux cultivés SONT SUJETS, ET DES MOYENS D'Y REMÉDIER.
Les chapitres précédens, qui développent d'une manière aussi complète et aussi claire qu'il nous a élé possible de le faire, les principes théoriques et pratiques de la culture des plautes qui font l'objet principal de l'agriculture européenne, ne suffisent pas encore pour assurer au cultivateur la récompense de ses travaux : les végé;aux cultivés sont sujets aux attaques de maladies organiques et itagens extérieurs qui compromettent plus ou moins gravement leur développement ou leur existence; un grand nombre de plantes parasites, souvent presque imperceptibles, des végétaux plus ou moins inutiles ou nuisibles, non seulement absorbent, au détriment des bonnes plantes, les sucs nourriciers du sol, mais encore développent chez celles-ci des affections maladives fort redoutables; enfin, une foule d'animaux de toutes les classes vivent aux dépens des diverses parties du végétal, et menacent continuellement de détruire uos récoltes, depuis l'instant où le laboureur les a confiées à la terre et même encore après qu'il les a rentrées dans ses greniers. Il faut donc indiquer aux cultivateurs les moyens sanctionnés par l'expérience, que l'état actuel de nos connaissances nous offre, pour nous mettre à l'abri de ces divers agens destructeurs, ou du moins diminuer leurs ravages.
Section ire — Des maladies organiques et
Les plantes, an ssi bien que les animaux, sont sujettes à des désordres et à des infirmités qui peuvent altérer leur santé, les empêcher de remplir le but qu'on se proposait en les cultivant, et même amener leur fin prochaine. Mais, il faut l'avouer, si la médecine appliquée à l'espèce humaine est encore un art empirique, bien souvent trompé par la variété infinie des maladies, la pathologie végétale est encore tout-à-faildans l'enfance, aussi bien pour la connaissance des affections maladives que pour celle des moyens curatifs.Les cultivateurs ont recueilli quelques faits isolés, incomplets, ont proposé quelques remèdes empiriques; un petit nombre de physiologistes ont cherché à en
former un corps de doctrine : M. Tessier dans son Traité des maladies des grains, Bosc, dans le Cours d'agriculture , M. De Candolle, dans sa Physiologie végétale, d'une part; Duhamel, Plenck, Wildenow, Smith, Ré, M. de Mikrel, M. Turpin, de l'autre, se s.mt plus ou moins occupés de ce sujet difficile, mais il laisse encore beaucoup à désirer. Réduits à ne point en former un ensemble satisfaisant, nous ne pourrons ici donner que quelques généralités sur les lésions accidentelles, internes et externes des végétaux, et indiquer quelques prat ques suivies de succès dans ol sieurs maladies spéciales.
§ Ier. — Des lésions accidentelles.
Les cultivateurs savent combien la succession favorable ou défavorable du temps concourt au succès ou aux n auvaises chance- de l'agriculture. A. vrai dire, chez la plante, d'une orginisation infiniment plus simple que l'animal, attachée d'ailleurs au sol qui la vue naître, et privée ainsi des moyen- de fuir les agens nuisibles, l'histoire des n aladies n'est presque qu'une simple conséquence de l'influence des agens extérieurs, tels que le sol, l'eau, Pair, la chaleur, la lumière, l'électricité ( FoirXe chap. I de ce livre); et de plus, sous le point de vue jtratique, c'est particulièrement sur cette influence qu'il est utile d'appeler l'attention du cultivateur.
Les effets de la température sont les plus importans, parce que les conséquences en sont plus graves. Chacun connaît les fâcheux accidens de plusieurs genres qui résultent desgelées, non seulement pour les végétaux exot'quesouimparfailementacclimatés, mais encore pour les plantes indigènes ou cultivées de temps immémorial. Il existe quelques moyens généraux de diminuer les fâcheux effets de lagelée sur les plantes: V On peut, au moyen de paillassons, de toiles, de treillis, de simples canevas, de paillis grossiers en litières ou en fougères, abriter les végétaux du rayonnement nocturne, et par suite du dépôt de la rosée qui, lorsque la température de l'air n'est que de peu de degrés supérieure à 0°, se transforme en gelée
blanche et cause quelquefois la perte des bourgeons et presque toujours la coulure des fleurs; cette pratique est susceptible d'un grand nombre d'applications aussi bien dans l'agriculture que dans le jardinage.— On peut avoir recours, dans le même cas, à des arroseniens superficiels avec une eau à la température des sources ou des puits, et quil faut avoir soin de répandre avant le lever du soleil : cette eau, en fondant la gelée blanche, empêche la transition subite de l'état glacé à une température élevée, qui paraît être cause de la désorganisation des tissus délicats qu'il s'agit de préserver.— On a aussi recommandé, dans le même bat, de secouer la rosée, et, pour les blés, de promener une corde assez forte qui courbe les tiges et parait enlever les etits glaçons : deux ou un pins grand nom-
bre de^persounes s'alignent dans le champ, de distance en distance, et marchent en portant la corde assez bas pour que les tiges soient fortement abaissées : il est indispensable que cette opération ail lieu avant que les rayons du soleil viennent frapper le champ. — Un autre moyen dont on obtient aussi de bons résultats dans diverses circonstances, c'est de brûler devant les espaliers, les arbres, les champs , les coteaux qu'on suppose frappés de la gelée blanche, du fumier ou de la paille mouillée dont la fumée intercepte les premiers rayons du soleil, et, en réchauffant l'air, fond les petits glaçons. — 2° Pour les végétaux vivaees ou ligneux qui passent l'hiver en plein air, et redoutent les gelées de nos climats, on peut les en abriter, soit en les empaillant avant l'époque des froids, c'est-à-dire en enveloppant de paille ou de fougère les tiges et les brandies ou bien les rameaux seulement, suivant la délicatesse de l'individu; soit en couvrant de litière, de feuilles, etc., ou même simplement de terre, les basses tiges, les racines ou les tubercules qui restent dans le sol durant l'hiver et pourraient y être détruits par les gelées.— 3- Enfin, pour les arbres et arbustes qui n'ont pas été protégés contre les froids, ou pour lesquels la protection donnée n'a pas suffi, on peut au printemps, quand l'apparition des bourgeons indique bien les parties qui ont souffert, rabattre les rameaux gelés sur les parties saines. — Une dernière lésion, résultat de la fâcheuse influence des gelées, consiste dans la désarticulation des parties, d'où résulte la chute des feuilles, des fruits, et même des jeunes rameaux chez plusieurs végétaux, comme la vigne. On a donné à cette affection le nom de champlure.
L'action de la chaleur occasione aussi des affections dangereuses et communes : on en a désigné sous le nom de brûlure ou b roui s ■sure, plusieurs de caractères très-différens. On nomme plus particulièrement brûlure, la lésion qu'éprouve un arbre exposé contre un mur à toute l'ardeur du soleil, ou transporté djnn lieu abrité, tel qu'un bois, une pépinière épaisse, etc., à une vive lumière, et dont lécorce se fend, s'écaille, se sépare du tronc, se dessèche et noircit ; les branches frappées de la sorte ne se nourrissent plus qu'imparfaitement et quelquefois périssent. Les gelées, en soulevant leeorce, produisent le