‹ Maison rustique du XIXe siècle (volume 5)Chapitre 314 sur 329 · AGRICULTURE : MALADIES DES PLANTES · texte numérisé non relu

AGRICULTURE : MALADIES DES PLANTES

très-souvent mortelles pour les plantes herbacées, sont en général peu dangereuses pour les végétaux ligneux, qu'on guérit ordinairement sans difficulté eu rendant la plaie nette, ou y appliquant un emplâtre. Ce qui va suivre ne sera donc applicable qu'aux arbres et arbustes.

Les fractures occasionées par les vents, par la foudre, par la chute d'arbres voisins, les déchirures provenant de la dent des animaux, sont les plaies les plus dangereuses; il n'y a souvent pas de meilleur remède que de rabattre au tronc si ce sont les branches qui ont été brisées, et rez-terre si le tronc luimême a souffert.

Las fentes qui se produisent naturellement à l'écorce en raison de la croissance, ou qu'on y fait quelquefois pour favoriser l'accroissement, sont des accidens rarement suivis de lésions. Il n'en est pas de même des fentes longitudinales considérables qu'éprouvent les arbres par suite des grands froids, et qui altèrent profondément le bois lorsqu'elles ne font pas périr les individus. On y a quelquefois remédié, pour des végétaux précieux, en rapprochant les parties désunies au moyen de liens très-forts, tels que des cercles de fer, etc. Ces fentes sont quelquefois rayonnantes, partant du centre et suivant à peu près la direction des rayons médullaires; on leur donne alors les noms de cadran ou cadranure. La maladie appelée roulure consiste en ce que la partie celluleuse de chaque couche ligneuse se désorganise d'une manière analogue aux gelivures, d'où résulte dans ces couches des intervalles vides ou peu remplis de tissu cellulaire. On nomme gelivures quand elles sont anciennes, faux-aubier quand elles sont récentes, les couches d'aubier désorganisées en partie par la gelée, et qui, revêtues d'une nouvelle zone ligneuse, peuvent se conserver quelquefois dans les vieux troncs; si l'arbre a éprouvé durant sa vie deux ou trois fois le même accident, ou trouve alternativement dans sa coupe des zones de bois sain et de bois gelé : c'est ce qu'on appelle gelivures entrelardées. On peut facilement reconnaître la date des gelivures en comptant le nombre des couches. « C'est ainsi, dit M. de Candolle, qu'on trouve souvent dans les vieux troncs des traces de l'hiver de 1709. » Le plus ordinairement on ne s'aperçoit de ces accidens que lorsqu'il n'est plus temps d'y porter remède.

Les plaies transversales produites en cassant ou coupant une branche, ne sont pas toujours sans danger, la nature ne présentant aucun moyen direct pour les recouvrir; telle est l'origine des cavités ou gouttières qui se creusent dans le bois et réduisent souvent à l'écorce les gros et vieux arbres qu'on dirige en têtards, tels que les saules, les châtaigniers, les peupliers, etc. ; l'olivier taillé est fréquemment soumis au même accident. Les moyens de guérir ou diminuer les inconvéniens des plaies, aussi bien dans les cas d'élagages que dans la coupe des taillis et l'abattage des arbres, consistent à ne pas laisser ces plaies baveuses, et à leur donner une coupe oblique qui procure l'écoulement de l'eau, et fait que s'il se développe un bourgeon du côté supérieur, l'écorce, se trouvant

alors alimentée, pourra former un bourrelet latéral capable de recouvrir la plaie. S'il s'agit d'une branche latérale, on doit la couper près du tronc et de manière à présenter une coupe oblongue que l'accroissement de l'écorce recouvrira comme une plaie verticale. Les forestiers savent cependant que pour quelques arbres, comme les conifères, les rameaux latéraux doivent être coupés à un pouce du tronc, parce que si l'on coupe à la naissance des branches, il se forme un Irou qui pénètre jusque dans le bois, tandis que ces tronçons, en se desséchant, ferment la plaie.

Les plaies qui mettent à nu le corps ligneux méritent toujours de fixer l'attention, parce qu'elles peuvent devenir graves; l'air agit sur le carbone du bois et diminue sa solidité; l'eau dissout les parties attaquables, les amollit et lesdésorganise. Le bois résiste mieux que l'aubier à cette désorganisation, et les bois durs mieux que les bois tendres. LesConifères, à cause de la résine que contient leur bois, résistent mieux aussi à l'action de l'eau. On évite autant que possible cesinconvéniens, lorsque la surface de la plaie est lisse et ne présente aucune anfractuosite , parce que l'eau pouvant s'écouler, la destruction est plus lente; les bois coupés à tranche nette souffrent donc moins que ceux rompus ou à tranche baveuse, qui permettent l'infiltration des eaux. Il y a moins d'inconvéniens lorsque ce sont des surfaces verticales qui sont dénudées que quand ce sont des surfaces horizontales, parce que l'eau s'y arrête moins; aussi les coupes transversales produisent-elles des accidens plus graves que les plaies longitudinales.

Les plaies qui n'attaquent que les parties extérieures de l'écorce sont peu importantes ; ces blessures ne deviennent graves que quand elles ouvrent un passage aux sucs laiteux, gommeux, résineux, qui abondent dans certaines écorces, ou bien lorsqu'elles mettent à nu un tissu très-parenchymateux et susceptible de pourriture.

Toutes ces plaies se guérissent souvent naturellement par suite de la direction du cambium qui tend à former un bourrelet croissant aux deux bords; il s'ensuit que la longueur de la plaie est de peu d'importance comparée à sa largueur: étroite, elle est promptemeut recouverte et le corps ligneux est peu altéré ; large ou circulaire, il lui faut des mois, des années pour se recouvrir; quelquefois elle ne se couvre jamais, et il en résulte la mort du végétal.

Empêcher l'action de l'atmosphère sur la plaie , c'est le seul moyen de favoriser la réunion de l'écorce; voilà pourquoi les cultivateurs recouvrent ces plaies de diverses manières. Une simple planche clouée ou fixée de toute autre manière est un moyen bien grossier; le meilleur abri de ce genre, c'est l'onguent de Saint-Fiacre, que Forsith compo saiteommeilsuit: bouse de vache, une livre; plâtre, demi-livre; cendre de bois, demi-livre; sable siliceux, une once; on pulvérise d'abord ces trois dernières substances, puis on les mêle avec la première. La manière d'employercet onguent consiste à l'étendre «sur la plaie à l'épaisseur d'un huitième de

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pouce; on saupoudre de sable, on presse ce sable, et on répète l'opération jusqu'à ce que la surface soil unie comme une pierre; cette pâte a l'avantage de ne pas se fendiller et elle remplit bien son but, abriter de l'air les surfaces dépouillées d'écorce. Dans la confection de ces emplâtres, qui varient à l'infini, et que Ton compose souvent tout simplement de bouse de vache et de terre franche, auxquelles il est bon d'ajouter un peu dé menue mousse, on peut encore employer avec avantage les matières cireuses ou résineuses, mais il faut rejeter avec soin les substances huileuses et celles qui sont un poison pour les plantes.

Ainsi, tout ce qui concerne la guérison des plaies des arbres se réduit à protéger le plus possible le corps ligneux contre i'action de l'air et de l'eau, en favorisant le développement de l'écorce, ou y suppléant par des abris artificiels; et on peut presque dire que c'est à l'emploi diversement modifié de ces emplâtres préservatifs, que seréduisent presque tous les pansemens chirurgicaux des végétaux.

VI ef feuillaison ou la défoliation, qui prive le végétal des organes les plus importans de la nutrition , est un accident sans gravité quand il n'est pas total ou presque total ; la nature répare bientôt cet accident par le développement de bourgeons axillaires qui donnent naissance à de nouvelles feuilles; c'est ce qu'on voit sur les arbres défeuillés par la grêle, chez les mûriers effeuillés pour la nourriture des vers-à-soie, et dans quelques autres circonstances. Lorsque l'effeuillaison a lieu par la volonté de l'homme, comme dans le mûrier, on a soin de laisser quelques feuilles à l'extrémité des rameaux, afin que ces feuilles attirant la sève, celle-ci dans sa route nourrisse les branches et produise un développement plus prompt des bourgeons. Les effets de la grêle ou de la dent des bestiaux sont d'ailleurs plus graves, parce que, outre que ces précautions ne sont pas prises, il y a souvent contusion et déchirure; aussi est-on quelquefois obligé de rabattre les rameaux les plus maltraités.

La compression des organes et particulièrement de l'écorce, comme il arrive lorsqu'on serre un arbre avec une corde, ou que ce lien n'est pas relâché en proportion de l'accroissement de la tige, produit des effets analogues à la section annulaire de l'écorce; cette ligature empêche, en tout ou en partie, la descente des sucs élaborés dans les feuilles, et donne lieu à la formation d'un bourrelet supérieur et inférieur.

La flagellation, c'est-à-dire l'action de frapper les branches avec des perches ou des gaules pour s'éviter la peine de cueillir certains fruits, tels que les pommes, les noix, les olives, etc., cette pratique, en usage dans beaucoup de contrées, inflige souvent aux arbres des lésions compliquées des effets de l'effeuillaison, de la contusion et de la plaie. En agissant de cette manière, on fait d'abord avec les fruits tomber les feuilles, ce qui n'est pas sans inconvénient pour les végétaux à feuilles persistantes, comme l'olivier; en second lieu, on rompt les petits rameaux

qui portent les bourgeons fruitiers pour les années suivantes ; on entame souvent l'écorce des grosses branches, de façon à déterminer une multitude de petites plaies qui se transforment quelquefois en ulcères ; en tous cas, les coups dont on frappe l'écorce la meurtrissent et produisent plusieurs des fâcheux effets de la contusion ; enfin, en précipitant lourdement les fruits à terre, on les meurtrit aussi, ce qui hâte considérablement leur pourriture. Cette pratique est donc condamnable sous tous les rapports, et doit être proscrite en bonne agriculture.

La décortication ou l'enlèvement de l'écorce, est une autre pratique, accidentelle ou faite avec intention, qui peut gravement compromettre la santé et même la vie des arbres; le premier cas rentre dans les plaies dont nous avons parlé précédemment. Lorsqu'on exécute volontairement la décortication totale, elle a pour but de donner plus de dureté au bois, ou de se procurer l'écorce pour des usages particuliers; il s'ensuit la mort du végétal; mais cela était entré d^h^u les prévisions du cultivateur. — On la fait quelquefois partielle, comme dans Yincision \n~ nulaire, afin de diminuer la force de végétation de l'arbre, le porter à fruit, ou empêcher la coulure des fleurs. Des entailles ou des trous de tarière faits dans l'écorce , et même jusque dans le corps ligneux, ont le même but en procurant un écoulement de sève. Il en est de même de Yarcure ou courbure des branches, de la torsion ou du pincement des jeunes rameaux, qui sont recommandés dans la culture de plusieurs végétaux. — Dans la greffe, la taille , l'ébourgeonnement et dans beaucoup d'autres pratiques agricoles, on cause encore des plaies aux végétaux : loin de chercher à y remédier, on se propose, en les exécutant, un but utile ; nous n'avons donc point à nous en occuper ici. C. B. de M.

Section ii. — Des plantes nuisibles en agriculture.

Un auteur allemand, Teïndl, a fait un Traité sur les mauvaises herbes seulement; on pourrait en composer un non moins étendu sur les plantes parasites et microscopiques nuisibles aux végétaux cultivés. Contraints de nous réduire ici aux données pratiques les plus positives, nous ne donnerons pas la description botanique de tous les végétaux dont le cultivateur doit repousser la multiplication ou détruire la race, nous n'en ferons pas même une énuméralion complète; ce travail aurait peu d'utilité, et, avec les moyens spéciaux qui seront indiqués dans les articles suivans, il nous suffira de dire, d'une manière générale, que l'agriculteur soigneux de ses récoltes et qui désire l'amélioration progressive de son fonds, doit détruire exactement toutes les plantes adventices sauvages ou cultivées, toutes les mauvaises herbes, tous les végétaux parasites qui viennent habituellement ou accidentellement salir ou infester ses cultures. Avant de parler de ceux qui nuisent pi us particulièrement soit aux céréales, soit aux prairies, soit aux cultures industrielles ou fo-

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restières,nous renverrons à la section duiV>/ioyaçe du sol ( Chap. VIII de ce livre, p. 231 et suiv.),où il est question de la destruction des mauvaises herbes dans les champs cultivés en général, et des moyens d'y parvenir selon les espèces à détruire et l'état de la culture.

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